Le casoar à casque est un grand oiseau incapable de voler qui vit dans les forêts tropicales du nord-est de l'Australie, de la Nouvelle-Guinée et de quelques îles voisines. Avec sa silhouette massive, son plumage noir aux allures de crins, son cou d'un bleu éclatant orné de deux caroncules rouges et surtout la haute crête cornée qui coiffe sa tête, il possède une apparence si singulière qu'on le surnomme volontiers « dinosaure vivant ». Cette image n'est pas totalement usurpée, puisque les oiseaux descendent bel et bien de dinosaures, même si le casoar n'est pas plus « primitif » qu'un moineau. Il appartient au groupe des oiseaux coureurs, ou ratites, aux côtés de l'autruche, de l'émeu, du nandou et du kiwi, et compte parmi les oiseaux les plus lourds de la planète. Discret, solitaire et puissamment armé, il est réputé pour sa capacité à se défendre avec des coups de pattes redoutables, ce qui lui vaut une réputation d'oiseau dangereux. Il joue pourtant avant tout un rôle de jardinier de la forêt, car il avale quantité de fruits dont il dissémine les graines. Voici sa définition, l'origine de son nom, son anatomie, son mode de vie et sa place dans les cultures humaines.

Qu'est-ce qu'un casoar à casque ? Définition

Le casoar à casque, aussi appelé casoar austral ou casoar de Nouvelle-Guinée, porte le nom scientifique de Casuarius casuarius. C'est l'une des trois espèces actuelles du genre Casuarius, avec le casoar unicaronculé et le casoar de Bennett, toutes regroupées dans la famille des Casuariidés, que l'on présente plus largement dans le casoar. De grande taille, il peut dépasser 1,5 mètre de hauteur et approcher 1,8 mètre chez les plus grandes femelles, qui sont nettement plus lourdes que les mâles et peuvent dépasser 50 kilogrammes, si bien qu'il figure parmi les oiseaux les plus lourds du monde, derrière l'autruche. Comme tous les ratites, il possède un sternum dépourvu de bréchet, l'arête osseuse sur laquelle s'attachent les muscles du vol chez les autres oiseaux, et des ailes réduites à de minuscules moignons. Son plumage noir est formé de plumes doubles et lâches, sans crochets, qui ressemblent davantage à des poils raides qu'à des plumes ordinaires et protègent efficacement la peau des épines et de la pluie. Sa tête et son cou dénudés, aux tons de bleu et de violet, contrastent avec les deux caroncules rouges qui pendent sous la gorge et avec la nuque, souvent teintée de rouge ou d'orangé selon les individus.

Dessin légendé d'un casoar à casque : casque, cou bleu, caroncules rouges, plumage noir, ailes atrophiées et griffe en forme de poignard Casque corné Deux caroncules rouges Cou nu, bleu vif Plumes noires comme des crins Ailes réduites, piquants Griffe interne en poignard Femelle adulte : jusqu'à environ 1,8 m de hauteur
Les traits distinctifs du casoar à casque : une crête cornée, un cou bleu orné de caroncules rouges et des pattes armées d'une longue griffe.

Le casque, un ornement encore mystérieux

Le trait le plus célèbre du casoar à casque est évidemment la crête qui surmonte son crâne et lui a donné son nom. Ce casque se compose d'une enveloppe de kératine, la matière des ongles et des becs, qui recouvre une structure interne légère, faite d'un tissu osseux et spongieux. De couleur brunâtre à grisâtre, il grandit avec l'âge et atteint sa taille maximale chez les adultes, les femelles arborant en général les crêtes les plus hautes. Sa fonction exacte fait encore débat parmi les scientifiques. On a longtemps pensé qu'il servait de bouclier pour écarter la végétation lorsque l'oiseau fonce à travers les sous-bois, mais cette hypothèse est aujourd'hui jugée insuffisante. D'autres pistes ont été avancées : un signal visuel de l'âge et de la vigueur de l'individu, un rôle dans la perception ou l'émission des sons très graves que l'espèce produit, ou encore une fonction de régulation thermique, des travaux ayant montré que le casque peut dissiper de la chaleur par temps chaud. Il est probable qu'il remplisse plusieurs de ces rôles à la fois, ce qui en fait l'un des organes les plus intrigants du monde des oiseaux et un sujet d'étude toujours ouvert.

D'où vient le nom « casoar à casque » ? Étymologie

Le mot casoar est arrivé en français par l'intermédiaire des naturalistes et des navigateurs européens qui ont découvert l'oiseau dans l'archipel indonésien à partir de la fin du XVIe siècle. Il dérive du malais kesuari, ou d'une forme proche, nom que les populations des îles Moluques donnaient à cet animal, et il a été latinisé en casuarius par les savants de l'époque, avant de passer dans plusieurs langues européennes sous des formes voisines. Les premiers spécimens rapportés vivants en Europe, offerts à des princes et exposés dans des ménageries, ont fortement frappé les esprits, et l'oiseau a été décrit dans de nombreux ouvrages de curiosités. Le complément « à casque » s'explique tout simplement par la crête cornée qui orne la tête, et sert à distinguer cette espèce de ses deux cousines. Les appellations scientifiques jouent sur la même racine : le genre Casuarius et le nom d'espèce casuarius se répètent, une construction appelée tautonymie, fréquente pour les espèces décrites en premier dans leur genre. On note enfin que le casoar a donné son nom à un arbre, le Casuarina ou filao, dont les rameaux fins et pendants ont été comparés aux plumes de l'oiseau, et que le mot sert aussi, en français, à désigner le plumet du shako des élèves de Saint-Cyr.

Casoar à casque dans la forêt tropicale, avec son casque corné, son cou bleu et ses caroncules rouges

Où vit le casoar à casque et que mange-t-il ?

Le casoar à casque habite principalement les forêts tropicales humides de plaine et de basse montagne du sud de la Nouvelle-Guinée, de quelques îles indonésiennes voisines comme les îles Aru, et de l'extrême nord-est de l'Australie, dans le Queensland, où il fréquente la région des Wet Tropics et la péninsule du cap York. Il s'aventure aussi dans les mangroves, les forêts marécageuses et les lisières, à condition de trouver un couvert dense et des arbres fruitiers en abondance. Son régime est surtout frugivore : il consomme une grande variété de fruits tombés au sol, qu'il avale souvent entiers, et complète son menu avec des champignons, des insectes, des escargots, de petits vertébrés ou des charognes. Les graines traversent son tube digestif sans être détruites et sont rejetées, parfois à bonne distance de l'arbre d'origine, dans des excréments qui leur servent d'engrais. Certaines plantes à gros fruits dépendent d'ailleurs presque entièrement de lui pour leur dispersion, ce qui fait du casoar une espèce clé de la forêt tropicale, un véritable jardinier dont la disparition modifierait la composition des boisements. Solitaire, il parcourt un domaine vital qu'il connaît parfaitement, en suivant la fructification des arbres au fil des saisons.

Un oiseau dangereux ? Comportement et défense

Le casoar à casque traîne une réputation d'oiseau le plus dangereux du monde, qu'il convient de nuancer. Il est vrai qu'il dispose d'une arme impressionnante : le doigt interne de chacune de ses pattes porte une griffe en forme de poignard d'une dizaine de centimètres, et ses coups de pied, portés en sautant, peuvent infliger de graves blessures. Rapide à la course malgré son poids, capable de sauter et de nager, il peut se montrer agressif lorsqu'il se sent acculé, lorsqu'un mâle protège ses poussins ou lorsque des humains l'ont habitué à être nourri, ce qui le pousse à réclamer de la nourriture avec insistance. Pour autant, les accidents graves restent rares et les cas mortels documentés se comptent sur les doigts d'une main, la plupart impliquant des oiseaux provoqués ou détenus en captivité. Dans la nature, le casoar est un animal craintif qui évite l'homme et s'éclipse sans bruit dans la végétation. Il communique notamment par des grondements très graves, à la limite de ce que l'oreille humaine peut percevoir, adaptés à la transmission du son dans la forêt dense. Les autorités australiennes recommandent de ne jamais le nourrir, de garder ses distances et de reculer lentement en plaçant un obstacle, sac ou arbre, entre soi et l'oiseau en cas de rencontre.

Espèce de casoarNom scientifiqueSigne distinctifRépartition
Casoar à casqueCasuarius casuariusDeux caroncules rouges, la plus grande espèceSud de la Nouvelle-Guinée, îles voisines, nord-est de l'Australie
Casoar unicaronculéCasuarius unappendiculatusUne seule caroncule, souvent jaune ou rougeNord de la Nouvelle-Guinée et îles proches
Casoar de BennettCasuarius bennettiPlus petit, sans caroncules pendantes, casque triangulaireForêts de montagne de Nouvelle-Guinée, Nouvelle-Bretagne
Émeu (pour comparaison)Dromaius novaehollandiaeProche parent, plumage brun, sans casqueMilieux ouverts d'Australie

Comment se reproduit le casoar à casque ?

La reproduction du casoar à casque présente une originalité marquante : c'est le mâle qui couve les œufs et élève seul les petits. Pendant la saison de reproduction, la femelle, plus grande et dominante, fréquente un ou plusieurs mâles sur son domaine. Après l'accouplement, elle pond le plus souvent trois à cinq gros œufs d'un vert pâle à vert vif, déposés à même le sol sur une litière de feuilles, puis elle s'éloigne et peut aller s'accoupler avec un autre mâle. Celui-ci reste alors sur le nid pendant environ sept semaines, en ne s'alimentant presque plus, ce qui l'affaiblit considérablement. Les poussins naissent couverts d'un duvet rayé de brun et de crème qui les camoufle dans le sous-bois, et ne portent pas encore de casque ni de couleurs vives. Le père les guide vers les fruits, les protège avec une grande vigilance et les garde auprès de lui durant de longs mois, généralement jusqu'à environ neuf mois, avant de les chasser pour qu'ils mènent leur propre vie. Le plumage des jeunes devient ensuite brun, puis noir, tandis que le casque et les couleurs du cou s'affirment progressivement, et la maturité sexuelle n'est atteinte qu'au bout de plusieurs années.

Cycle de reproduction du casoar à casque : ponte par la femelle, couvaison par le mâle, poussins rayés élevés par le père 1. La ponte3 à 5 œufs vertspondus au sol,la femelle s'en va 2. Le mâle couveenviron 7 semaines,presque sansse nourrir 3. Poussins rayésguidés et protégéspar le père pendantenviron neuf mois
Chez le casoar à casque, la femelle pond puis s'éloigne : c'est le mâle qui couve les œufs et élève les poussins.

Le casoar à casque est-il menacé ? Histoire et protection

L'histoire du casoar à casque est étroitement liée à celle des peuples de Nouvelle-Guinée et du nord de l'Australie. Chassé pour sa viande, ses plumes et ses os, avec lesquels on façonnait des parures, des poignards ou des outils, il occupe une place importante dans de nombreuses traditions, et certaines communautés de Nouvelle-Guinée élèvent depuis longtemps des poussins capturés, au point que l'oiseau a pu faire l'objet d'échanges et de dons d'une île à l'autre. Les récits des premiers explorateurs européens ont ensuite forgé son image de créature fabuleuse et redoutable, entretenue par sa silhouette de dinosaure. À l'échelle mondiale, l'espèce est aujourd'hui classée en préoccupation mineure par l'UICN, car elle reste répandue en Nouvelle-Guinée, mais la situation est bien plus préoccupante en Australie, où la population, estimée à quelques milliers d'individus, est considérée comme menacée par la législation nationale. La destruction et la fragmentation des forêts, les collisions avec les véhicules, les attaques de chiens, les cochons sauvages qui détruisent les nids et la concurrence pour les fruits pèsent sur ces oiseaux, tout comme les cyclones qui ravagent parfois leur habitat. Des panneaux routiers, des corridors forestiers et des campagnes de sensibilisation tentent de limiter ces pertes, car avec le casoar disparaîtrait aussi un disperseur de graines irremplaçable.

Le casoar à casque et ses cousins coureurs

Le casoar à casque appartient à un ensemble d'oiseaux très particulier, celui des ratites, qui ont tous renoncé au vol au profit de la marche ou de la course. Ses plus proches parents vivants sont les émeus d'Australie, avec lesquels il forme l'ordre des Casuariiformes, mais la famille élargie compte aussi l'autruche d'Afrique, le nandou d'Amérique du Sud et le kiwi de Nouvelle-Zélande, ainsi que des géants disparus comme les moas néo-zélandais ou les oiseaux-éléphants de Madagascar. Longtemps, on a expliqué cette distribution par l'éclatement de l'ancien supercontinent du Gondwana, qui aurait séparé les ancêtres de ces oiseaux, mais les analyses génétiques récentes suggèrent une histoire plus compliquée, avec plusieurs pertes indépendantes de la capacité de voler chez des ancêtres qui volaient encore. Le casoar se distingue de ses cousins par son habitat forestier, là où l'autruche, l'émeu et le nandou préfèrent les milieux ouverts, et par son casque unique. Le plus étonnant de la famille reste sans doute son lointain parent néo-zélandais, petit, nocturne et doté de narines au bout du bec, que l'on découvre en détail avec le kiwi.