Le chien viverrin est un petit mammifère sauvage originaire d'Asie de l'Est qui déroute presque tous ceux qui le croisent pour la première fois. Avec son masque facial sombre, son pelage épais gris-brun et sa silhouette trapue, il évoque immédiatement un raton laveur, alors qu'il appartient en réalité à la famille des canidés, celle du chien, du loup et du renard. Ce cousin méconnu de nos animaux familiers possède plusieurs particularités qui en font un cas à part : il est le seul canidé connu pour passer une partie de l'hiver dans un état de léthargie hivernale, il vit en couple fidèle plutôt qu'en meute et il se nourrit de presque tout ce qu'il trouve. Introduit volontairement dans l'ouest de l'ancienne Union soviétique au XXe siècle pour sa fourrure, il s'est ensuite répandu dans une grande partie de l'Europe du Nord et de l'Est, au point d'être aujourd'hui considéré comme une espèce exotique envahissante par l'Union européenne. Au Japon, où il est connu sous le nom de tanuki, il occupe au contraire une place de choix dans le folklore. Cette définition présente son anatomie, l'origine de son nom, son mode de vie, son expansion européenne et ses rapports avec l'homme.

Qu'est-ce qu'un chien viverrin ? Définition et classification

Le chien viverrin, de son nom scientifique Nyctereutes procyonoides, est un mammifère carnivore de la famille des Canidés, dont il représente une branche ancienne et isolée : son genre, Nyctereutes, ne compte aujourd'hui qu'une ou deux espèces selon les classifications, certains zoologistes considérant la forme japonaise comme une espèce distincte, Nyctereutes viverrinus. Il n'est donc ni un raton laveur, qui appartient à la famille des Procyonidés et vient d'Amérique, ni un renard, même s'il partage avec le goupil une taille comparable, des mœurs plutôt nocturnes et une grande souplesse alimentaire. Ses caractères de canidé se lisent dans son crâne, sa dentition et sa démarche, mais son allure s'en éloigne par ses pattes courtes, son museau assez pointu et sa queue relativement courte et touffue. Adulte, il mesure en général entre cinquante et soixante-dix centimètres de long sans la queue, pour un poids qui varie fortement au cours de l'année : léger au printemps, il s'alourdit nettement à l'automne en accumulant des réserves de graisse. Son aire d'origine couvre l'extrême est de la Russie, la Chine, la péninsule coréenne, le Japon et une partie du Vietnam, dans des milieux généralement humides et boisés.

Dessin comparatif du chien viverrin et du raton laveur : masque, queue et appartenance familiale Chien viverrinfamille des Canidés (Asie) Raton laveurfamille des Procyonidés (Amérique) Queue courte, touffue, sans anneaux Queue longue, barrée d'anneaux noirs pattes sombres de canidé, ne lave pas sa nourrituredoigts agiles comme des mains
Chien viverrin et raton laveur se ressemblent par le masque, mais la queue sans anneaux et les pattes de canidé trahissent le premier.

Un faux raton laveur aux pattes de chien

La confusion entre le chien viverrin et le raton laveur est si fréquente qu'elle se retrouve dans plusieurs noms de l'animal, comme l'anglais raccoon dog ou l'allemand Marderhund, « chien-martre ». Quelques détails permettent pourtant de les distinguer au premier coup d'œil. Le raton laveur porte une longue queue annelée, barrée de cinq à sept anneaux noirs, alors que celle du chien viverrin est plus courte, touffue et de couleur uniforme, souvent plus sombre sur le dessus. Le masque du raton laveur forme un bandeau continu sur les yeux, tandis que celui du chien viverrin dessine deux taches sombres sur les joues, séparées par un museau plus clair, avec souvent une bande sombre sur les épaules. Les pattes diffèrent aussi : le raton laveur possède des doigts longs et habiles avec lesquels il manipule ses aliments, alors que le chien viverrin a des pattes de canidé, courtes et noires, faites pour marcher et creuser un peu, mais pas pour saisir. Enfin, le chien viverrin ne grimpe que maladroitement, là où le raton laveur escalade les arbres avec aisance. En Europe, où les deux espèces sont introduites, cette distinction a son importance pour les naturalistes chargés de suivre leur progression.

D'où vient le nom « chien viverrin » ?

Le nom français chien viverrin associe deux idées : le mot « chien » rappelle son appartenance aux canidés, tandis que l'adjectif « viverrin » signifie « qui ressemble à une civette ». Il dérive du latin viverra, terme qui désignait un petit carnivore de type furet et qui a donné son nom à la famille des Viverridés, celle des civettes et des genettes, auxquelles les premiers naturalistes européens trouvaient une ressemblance avec l'animal en raison de son masque et de son pelage. Le nom scientifique est tout aussi descriptif. Nyctereutes vient du grec et peut se traduire par « chasseur de nuit », en référence à ses mœurs nocturnes, tandis que procyonoides signifie « semblable au Procyon », le genre du raton laveur : les savants ont donc inscrit la ressemblance dans le nom même de l'espèce. Selon les pays, l'animal porte d'autres appellations encore, comme tanuki en japonais, terme parfois traduit à tort par « blaireau » dans les anciennes adaptations occidentales de contes japonais, ou des noms évoquant le raton ou le renard dans plusieurs langues d'Europe de l'Est. Dans le commerce de la fourrure, ses peaux ont été vendues sous diverses dénominations commerciales qui masquaient parfois leur véritable origine, ce qui a nourri des polémiques sur l'étiquetage des vêtements.

Comment vit le chien viverrin ? Alimentation, couple et hiver

Le chien viverrin fréquente surtout les forêts humides, les bords de rivières et de lacs, les marais et les zones agricoles entrecoupées de haies, où il trouve à la fois de la nourriture et des abris. Principalement actif au crépuscule et la nuit, il se déplace en prospectant le sol et les berges, sans grande vitesse mais avec une remarquable constance. Son régime est l'un des plus opportunistes parmi les canidés : il consomme des petits rongeurs, des grenouilles, des insectes, des vers, des œufs et des oisillons d'espèces nichant au sol, des poissons et des mollusques, des charognes, mais aussi beaucoup de végétaux selon la saison, notamment des fruits, des baies, des graines et des céréales. Contrairement au loup ou au lycaon, il ne chasse pas en meute : il vit généralement en couple stable, souvent pour plusieurs années, et les deux partenaires partagent un domaine qu'ils parcourent ensemble ou séparément. Les membres d'un même voisinage utilisent des latrines communes, des endroits où ils déposent régulièrement leurs excréments et qui servent de moyen de communication olfactive. Il occupe volontiers des terriers creusés par d'autres animaux, comme le blaireau ou le renard, des cavités entre les racines ou des tas de branches plutôt que de creuser lui-même un abri.

Le seul canidé qui « hiberne »

La particularité la plus célèbre du chien viverrin tient à son comportement hivernal. Dans les régions où l'hiver est rigoureux, il accumule à l'automne d'importantes réserves de graisse, puis se retire dans un terrier pendant les périodes les plus froides et y passe des jours, voire des semaines, dans un état de repos hivernal où son activité et sa dépense d'énergie diminuent nettement. Il ne s'agit pas d'une hibernation profonde comparable à celle de la marmotte, car sa température corporelle baisse peu et il peut se réveiller et sortir lors des redoux, mais ce comportement reste unique dans la famille des canidés, dont aucun autre membre ne ralentit ainsi son métabolisme. Dans les régions aux hivers doux, cette léthargie est courte, voire absente. Au printemps, la reproduction prend le relais : après une gestation d'environ deux mois, la femelle met bas une portée souvent nombreuse, qui peut compter une demi-douzaine de petits ou davantage, nettement plus que chez la plupart des canidés sauvages de taille comparable. Le mâle participe activement à l'élevage, en surveillant la tanière et en apportant de la nourriture, et les jeunes deviennent autonomes dès l'automne, ce qui explique en partie la vitesse à laquelle l'espèce peut coloniser de nouveaux territoires.

CaractéristiqueChien viverrin
Nom scientifiqueNyctereutes procyonoides
FamilleCanidés (comme le chien, le loup et le renard)
TailleEnviron 50 à 70 cm sans la queue
RégimeOmnivore opportuniste : petits animaux, fruits, graines, charognes
Vie socialeEn couple stable, sans meute
HiverRepos hivernal dans un terrier dans les régions froides
Statut en EuropeEspèce exotique envahissante

Comment le chien viverrin a-t-il colonisé l'Europe ?

L'arrivée du chien viverrin en Europe est le résultat direct d'une décision humaine. Entre les années 1920 et 1950, les autorités soviétiques ont relâché plusieurs milliers d'individus capturés dans l'Extrême-Orient russe dans des régions occidentales du pays, afin d'enrichir la faune à fourrure exploitable par les trappeurs. L'espèce s'est révélée d'une efficacité redoutable : grâce à ses portées nombreuses, à son régime omnivore et à sa capacité à traverser les hivers, elle s'est étendue de proche en proche vers la Finlande, les pays baltes, la Pologne puis l'Allemagne, atteignant aujourd'hui l'Europe centrale et la Scandinavie. En France, sa présence reste rare et dispersée, surtout dans le nord-est, et chaque observation est suivie de près. Ces animaux posent plusieurs problèmes : ils exercent une pression sur les oiseaux nichant au sol et sur les amphibiens, notamment dans les zones humides et les îles, et ils peuvent participer à la circulation de maladies comme la rage, la gale ou certains parasites transmissibles à l'homme et aux animaux domestiques. C'est pourquoi l'espèce figure sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes, ce qui interdit notamment de la détenir, de la vendre ou de la relâcher dans la nature.

Carte schématique : aire d'origine du chien viverrin en Asie de l'Est et expansion vers l'Europe après les introductions du XXe siècle Aire d'origineChine, Corée, Japon Aire d'introductionnord et est de l'Europe lâchers pour la fourrure (XXe siècle) Schéma simplifié, sans échelle
Originaire d'Asie de l'Est, le chien viverrin a été introduit dans l'ouest de l'URSS pour sa fourrure, puis s'est répandu dans le nord et l'est de l'Europe.

Le chien viverrin, l'homme et le tanuki japonais

Dans son aire d'origine, le chien viverrin entretient avec l'homme des relations anciennes et contrastées. Il a longtemps été chassé et piégé pour sa fourrure, épaisse et chaude, et il est encore élevé à grande échelle dans certains pays pour cette raison, une pratique vivement critiquée par les associations de protection animale. Mais c'est au Japon qu'il occupe la place la plus singulière. Le tanuki y est un personnage majeur du folklore : esprit facétieux capable de changer d'apparence, il se transforme en humain, en objet ou en théière pour jouer des tours aux passants, un peu à la manière du renard, autre animal métamorphe des contes japonais. Des statues de tanuki ventru, coiffé d'un chapeau de paille et tenant une bouteille de saké, ornent encore l'entrée de nombreux restaurants et boutiques, où elles sont censées porter chance et attirer la prospérité. L'animal apparaît aussi dans la culture populaire contemporaine, notamment dans le film d'animation Pompoko du studio Ghibli, qui met en scène des tanukis luttant contre l'urbanisation de leurs collines. Ces représentations ont largement contribué à faire connaître cet animal discret bien au-delà de l'Asie, parfois sous une forme très éloignée de sa réalité biologique.

Faut-il craindre le chien viverrin ?

Le chien viverrin n'est pas dangereux pour l'homme : timide, il évite la confrontation et préfère s'immobiliser ou faire le mort lorsqu'il est surpris, un comportement de défense assez inhabituel chez un canidé. Les précautions à prendre concernent surtout les maladies. Comme le renard, il peut être porteur de la rage dans les régions où elle circule encore chez les animaux sauvages, ainsi que de la gale sarcoptique et de parasites comme l'échinocoque, ce qui impose de ne jamais le manipuler à mains nues et de signaler tout individu malade ou trouvé mort. En France, où il reste très rare, toute observation présente un intérêt pour les naturalistes et les services chargés du suivi des espèces envahissantes, qui cherchent à empêcher son installation durable. Il ne doit en aucun cas être adopté comme animal de compagnie, même s'il est parfois présenté sur les réseaux sociaux comme une curiosité attendrissante : sa détention est interdite et il s'agit d'un animal sauvage aux besoins incompatibles avec la vie en appartement. Mieux connaître ce faux raton laveur permet aussi de ne pas le confondre avec d'autres petits mammifères au masque contrasté, comme le coati, cousin sud-américain du véritable raton laveur.