L'ara bleu, ou ara bleu et jaune, est un grand perroquet d'Amérique du Sud tropicale, que l'on reconnaît instantanément à son dos d'un bleu turquoise éclatant, à sa poitrine jaune d'or et à son visage blanc strié de fines lignes de plumes noires. De son nom scientifique Ara ararauna, il fait partie des oiseaux les plus spectaculaires des forêts néotropicales et des plus familiers du grand public, tant il est présent dans les parcs zoologiques, les volières et l'imaginaire des pays tropicaux. Bruyant, sociable et doté d'un bec capable de briser les noix les plus dures, il vit en couples fidèles qui se déplacent souvent en groupes au-dessus de la canopée en poussant des cris rauques. Sa beauté lui a longtemps valu d'être capturé pour le commerce des oiseaux de compagnie, ce qui explique qu'il soit aujourd'hui encadré par la Convention de Washington. Cette définition présente son identité zoologique, l'origine de son nom, son apparence, son habitat et son alimentation, son comportement social et sa reproduction, sans oublier les espèces voisines avec lesquelles on le confond souvent et les questions que pose sa détention en captivité.

Qu'est-ce qu'un ara bleu ? Définition du perroquet bleu et jaune

L'ara bleu est un oiseau de l'ordre des Psittaciformes, celui des perroquets, et de la famille des Psittacidés, qui rassemble les perroquets d'Afrique et d'Amérique. Il appartient au genre Ara, qui regroupe les grands aras au long bec et à la longue queue pointue, comme l'ara rouge ou l'ara macao. Avec une longueur de l'ordre de 80 à 90 centimètres, dont une bonne moitié pour la queue, et un poids qui avoisine généralement le kilogramme, il compte parmi les plus grands perroquets du monde. Comme tous les perroquets, il possède un bec crochu très puissant, une langue charnue et habile et des pattes dites zygodactyles, avec deux doigts vers l'avant et deux vers l'arrière, qui lui permettent de grimper et de tenir sa nourriture. Son intelligence et ses capacités vocales le rapprochent d'autres perroquets célèbres pour leurs aptitudes cognitives, comme le perroquet gris du Gabon, même si l'ara est réputé moins doué pour reproduire la parole humaine. En français, l'espèce est aussi appelée ara canindé ou ara bleu et jaune, des noms qui désignent tous le même oiseau.

Dessin animé légendé de l'ara bleu : dos bleu, poitrine jaune, face blanche striée, bavette noire, bec puissant, pattes zygodactyles et longue queue Bec crochu très puissant Face blanche striée de noir Bavette noire Calotte verte à bleue Dos et ailes bleu turquoise Poitrine jaune d'or Pattes zygodactyles Longue queue pointue
L'ara bleu se reconnaît à son contraste bleu et jaune, à sa face blanche striée de petites plumes noires et à sa longue queue.

Ara bleu, ara hyacinthe, ara de Spix : ne pas les confondre

Le nom d'ara bleu prête parfois à confusion, car plusieurs grands perroquets d'Amérique du Sud arborent un plumage bleu. L'ara hyacinthe, Anodorhynchus hyacinthinus, est entièrement bleu cobalt, avec un cercle jaune autour de l'œil et à la base du bec : c'est le plus grand des perroquets volants et il appartient à un autre genre. L'ara de Spix, Cyanopsitta spixii, plus petit et d'un bleu gris uniforme, est devenu célèbre grâce au film d'animation Rio ; considéré comme éteint à l'état sauvage pendant de nombreuses années, il fait l'objet d'un programme de réintroduction au Brésil à partir d'oiseaux élevés en captivité. L'ara à gorge bleue, Ara glaucogularis, ressemble beaucoup à l'ara bleu et jaune, mais sa gorge et ses joues sont bleues et non noires et blanches ; endémique d'une petite région de Bolivie, il est gravement menacé. Retenir la combinaison du dos bleu, de la poitrine jaune et de la face blanche à fines lignes noires suffit à identifier Ara ararauna, qui reste de très loin le plus répandu et le plus commun des aras bleus.

D'où vient le nom de l'ara bleu ? Étymologie

Le mot ara est emprunté au tupi, une langue amérindienne parlée sur la côte du Brésil, dans laquelle arara désignait ces grands perroquets bruyants. Il est passé en français dès l'époque des premiers récits de voyageurs et de naturalistes qui décrivaient la faune du Brésil et du Nouveau Monde, souvent sous des graphies hésitantes avant de se fixer. Le nom d'espèce ararauna, donné par Linné au XVIIIe siècle, reprend lui aussi un terme d'origine tupi, araraúna, utilisé localement pour nommer ce perroquet. L'adjectif bleu renvoie évidemment à la couleur dominante des parties supérieures de l'oiseau, tandis que l'appellation « ara bleu et jaune », calquée sur l'anglais blue-and-yellow macaw, a l'avantage d'éviter la confusion avec les espèces entièrement bleues. Le nom d'ara canindé, parfois employé en français, provient lui aussi des langues amérindiennes du Brésil. Le mot ara a d'ailleurs connu un pluriel régulier, « des aras », et il ne faut pas le confondre avec l'expression latine ara, l'autel, qui a donné le nom de la constellation de l'Autel, sans aucun rapport avec l'oiseau.

Ara bleu et jaune perché, dos bleu turquoise et poitrine jaune d'or

À quoi ressemble l'ara bleu ? Plumage et silhouette

Le plumage de l'ara bleu associe deux couleurs franches. Le dessus du corps, les ailes et la longue queue sont d'un bleu turquoise lumineux, tandis que la gorge, la poitrine et le ventre sont d'un jaune orangé intense, la face inférieure des ailes et de la queue tirant plutôt sur le jaune doré. Le front et le dessus de la tête prennent une teinte vert vif qui se fond progressivement dans le bleu. La face est la signature de l'espèce : une large zone de peau blanche nue, traversée de petites lignes de minuscules plumes noires, encadre l'œil jaune pâle, et une bavette noire souligne la gorge sous le bec. Ce dessin facial varie légèrement d'un individu à l'autre, au point que les chercheurs l'utilisent parfois pour reconnaître des oiseaux sur des photographies, un peu comme une empreinte digitale. Le mâle et la femelle se ressemblent presque totalement, et seul un examen génétique ou un œil très exercé permet de les distinguer avec certitude. Les jeunes ont un iris plus sombre et une queue plus courte. En vol, l'ara bleu dessine une silhouette élancée, avec de longues ailes pointues et une queue étirée, et il bat des ailes de façon régulière et puissante.

Un bec et des pattes taillés pour les graines dures

Le bec de l'ara bleu, noir et massif, est un outil remarquable. Sa mandibule supérieure crochue s'emboîte sur une mandibule inférieure robuste, et la force exercée suffit à briser des coques de noix de palme très dures, qui résisteraient à la plupart des autres oiseaux. La langue, épaisse et sèche, aide à manipuler la nourriture et à dégager l'amande de son enveloppe. Le bec sert aussi de troisième patte : l'ara s'en sert pour s'agripper aux branches et grimper dans les arbres, avec une agilité étonnante pour un oiseau de cette taille. Ses pattes zygodactyles, avec deux doigts orientés vers l'avant et deux vers l'arrière, lui permettent à la fois de se tenir fermement sur un perchoir et de porter la nourriture au bec comme avec une main, un geste caractéristique des perroquets. Comme chez beaucoup d'entre eux, on observe d'ailleurs des préférences de côté, certains individus se servant plus volontiers d'une patte que de l'autre. Ce bec impressionnant impose aussi des précautions en captivité, car un ara stressé ou mal socialisé peut infliger une morsure sérieuse, et il réclame en permanence des branches à ronger pour s'user et s'occuper.

Où vit l'ara bleu et que mange-t-il ? Habitat et alimentation

L'ara bleu occupe une vaste aire de répartition en Amérique du Sud tropicale et jusqu'au Panama. On le rencontre notamment au Venezuela, en Colombie, en Équateur, au Pérou, en Bolivie, au Brésil, au Paraguay et sur le plateau des Guyanes, y compris en Guyane française, où il est protégé. Il fréquente les forêts humides de basse altitude, les forêts galeries le long des rivières et surtout les zones marécageuses riches en palmiers, comme les palmeraies de Mauritia, dont il consomme les fruits et dont les troncs morts lui offrent des cavités pour nicher. Son régime est essentiellement végétal : graines, noix, fruits, fleurs, bourgeons et feuilles, avec une prédilection pour les fruits de palmiers. Il lui arrive de consommer des fruits encore verts ou contenant des substances toxiques pour d'autres animaux. En se déplaçant d'arbre en arbre et en laissant tomber une partie de ce qu'il mange, il participe à la dispersion des graines et donc à la régénération des forêts. Les aras parcourent chaque jour d'assez longues distances entre leurs dortoirs et leurs zones d'alimentation, en couples ou en groupes, à des heures régulières, le matin et en fin d'après-midi.

Infographie animée de la journée d'un ara bleu : départ du dortoir, repas de fruits et de graines, visite d'une falaise d'argile, retour au dortoir Une journée type d'ara bleu Aubedépart du dortoiren couples bruyants Matinéefruits, noix de palme,graines Mi-journéeargile minérale,repos à l'ombre Soirdernier repas,retour au dortoir Des trajets quotidiens réguliers entre dortoir et zones de repas
Une journée d'ara bleu s'organise autour de deux pics d'activité, le matin et en fin d'après-midi, entre dortoir et arbres fruitiers.

Pourquoi l'ara bleu mange-t-il de l'argile ?

Dans plusieurs régions d'Amazonie, notamment au Pérou, des centaines de perroquets se rassemblent certains matins le long des berges de rivières pour gratter et avaler de la terre : l'ara bleu participe volontiers à ces spectaculaires rassemblements sur les falaises d'argile, connues localement sous le nom de collpas. Ce comportement, appelé géophagie, intrigue les scientifiques depuis longtemps. Une première explication voudrait que l'argile neutralise certaines substances toxiques présentes dans les graines et les fruits encore verts que consomment les aras. Une autre hypothèse, appuyée par plusieurs études, insiste sur l'apport de sels minéraux, en particulier de sodium, rare dans les régions de l'ouest amazonien éloignées de la mer. Les deux explications ne s'excluent pas et pourraient varier selon les sites et les saisons. Ces rassemblements colorés sont devenus une attraction écotouristique majeure, qui contribue à sensibiliser le public et à financer la protection des forêts environnantes, à condition que les visiteurs restent à distance pour ne pas effrayer les oiseaux, très méfiants à l'approche des prédateurs comme les grands rapaces.

Comment vit l'ara bleu ? Comportement et reproduction

L'ara bleu est un oiseau très sociable et monogame. Les couples, formés pour plusieurs années et souvent pour la vie, restent soudés en toute saison : on les voit voler côte à côte, se lisser mutuellement les plumes et partager la nourriture. Ils se joignent volontiers à des groupes plus importants, qui peuvent compter quelques dizaines d'individus dans les dortoirs ou autour des arbres en fruits. Bavard, l'ara communique par une large palette de cris, du croassement rauque et puissant, audible de très loin, aux petits sons de contact entre partenaires. Pour se reproduire, le couple recherche une cavité dans un arbre mort, très souvent un tronc de palmier, qu'il agrandit avec le bec. La femelle y pond en général deux à trois œufs, qu'elle couve pendant environ quatre semaines pendant que le mâle la nourrit. Les poussins naissent nus et aveugles et restent au nid pendant environ trois mois, nourris par les deux parents, avant de prendre leur envol ; ils demeurent ensuite plusieurs mois auprès d'eux. L'ara bleu vit longtemps : plusieurs décennies dans la nature, et parfois davantage en captivité.

EspèceTaille indicativeSigne distinctifSituation
Ara bleu et jaune (Ara ararauna)80 à 90 cmDos bleu, poitrine jaune, face blanche striéeRépandu, préoccupation mineure
Ara à gorge bleue (Ara glaucogularis)Environ 85 cmGorge et joues bleuesGravement menacé, Bolivie
Ara hyacinthe (Anodorhynchus hyacinthinus)Environ 1 mEntièrement bleu, cercle jaune autour de l'œilVulnérable, Brésil surtout
Ara de Spix (Cyanopsitta spixii)Environ 55 cmBleu grisâtre uniformeDisparu à l'état sauvage puis réintroduit
Ara macao (Ara macao)80 à 90 cmRouge vif, ailes jaunes et bleuesRépandu, en recul localement

L'ara bleu sait-il parler ?

Comme beaucoup de perroquets, l'ara bleu est capable d'imiter des sons, y compris quelques mots ou courtes phrases de la voix humaine, en particulier lorsqu'il est élevé au contact des hommes. Ses performances restent toutefois plus modestes que celles des champions de l'imitation, et sa voix naturellement puissante donne à ses « paroles » un timbre rauque assez reconnaissable. Dans la nature, cette aptitude à reproduire les sons servirait surtout à la vie sociale : les jeunes apprennent les cris de leur groupe, et les partenaires d'un couple partagent des signaux vocaux qui leur permettent de se retrouver. L'ara bleu est également réputé pour son intelligence : il résout des problèmes simples, manipule des objets, apprend par observation et a besoin de stimulations quotidiennes. Privé d'occupations et de compagnie, un ara captif peut développer des troubles du comportement, comme l'arrachage de ses propres plumes ou des cris incessants. Ce besoin de relations et d'activité est l'une des raisons pour lesquelles de nombreux vétérinaires et associations déconseillent l'adoption impulsive d'un grand ara, animal exigeant qui peut vivre plus longtemps que son propriétaire.

L'ara bleu est-il menacé ? Protection et captivité

À l'échelle mondiale, l'ara bleu est classé dans la catégorie « préoccupation mineure » par l'Union internationale pour la conservation de la nature, en raison de sa vaste aire de répartition. Ses populations sont pourtant en recul dans de nombreuses régions, sous l'effet de la déforestation, de la destruction des palmeraies où il niche et de la capture d'oiseaux sauvages pour le commerce, longtemps intense. Il a ainsi disparu de certaines zones situées en marge de son aire, et des programmes de réintroduction ont été menés, par exemple sur l'île de Trinidad. L'espèce est inscrite à l'annexe II de la Convention de Washington (CITES), qui encadre strictement son commerce international : les échanges doivent être accompagnés de permis, et les oiseaux vendus légalement en Europe proviennent d'élevages. En Guyane, l'arrêté ministériel du 15 mai 1986 l'inscrit parmi les espèces protégées, ce qui interdit notamment sa capture. La détention d'un ara chez un particulier est soumise à des règles d'identification et de déclaration. Avec ses couleurs vives et son bec démesuré, l'ara bleu partage avec le toucan le statut d'emblème des forêts tropicales américaines, et sa protection passe d'abord par celle de ces forêts.