Le bison est un grand mammifère herbivore de la famille des bovidés, reconnaissable à sa tête massive portée bas, à sa bosse sur les épaules et à son épaisse toison laineuse qui lui permet d'affronter des hivers rigoureux. Le mot désigne aujourd'hui deux espèces bien vivantes, le bison d'Amérique, emblème des grandes plaines nord-américaines, et le bison d'Europe, plus discret habitant des forêts, auxquelles s'ajoutent plusieurs espèces disparues connues par les fossiles et par l'art préhistorique. Plus lourd animal terrestre de chacun de ces deux continents, il a longtemps vécu en troupeaux immenses avant d'être conduit au bord de l'extinction par la chasse, puis sauvé de justesse par l'une des premières grandes opérations de conservation de l'histoire. Son destin est intimement lié à celui des hommes : gibier majeur des chasseurs paléolithiques, ressource vitale des peuples des Plaines, victime d'un massacre organisé au XIXe siècle, il est devenu un symbole de la nature sauvage et de sa fragilité. Cette définition présente ses espèces, son anatomie, son mode de vie, l'origine de son nom et l'histoire mouvementée de ses relations avec l'humanité, en corrigeant au passage quelques confusions fréquentes, notamment avec le buffle.

Qu'est-ce qu'un bison ? Définition et classification

Le bison appartient à l'ordre des artiodactyles, à la famille des bovidés et à la sous-famille des bovinés, comme les vaches domestiques, les yacks, les buffles et les gaurs ; c'est un ruminant, doté d'un estomac à plusieurs compartiments qui lui permet de digérer une végétation coriace. Le genre Bison compte deux espèces actuelles, et non deux sous-espèces comme on le lit parfois : Bison bison, le bison d'Amérique, et Bison bonasus, le bison d'Europe, également appelé bison d'Europe ou wisent. Le bison d'Amérique se divise lui-même en deux sous-espèces, le bison des plaines et le bison des bois, ce dernier vivant plus au nord, au Canada, et se montrant un peu plus grand et plus sombre. On le confond souvent avec le buffle, terme réservé en zoologie aux buffles d'Afrique et d'Asie, alors que les Américains appellent couramment leur bison buffalo, une source de confusion ancienne. Dans les prairies et forêts claires qu'il fréquente, le bison d'Amérique partage souvent son territoire avec le wapiti, grand cerf nord-américain qui, comme lui, a failli disparaître de nombreuses régions avant d'y être réintroduit.

Dessin comparatif du bison d'Amérique et du bison d'Europe avec leurs différences principales Bison d'Amérique Bison d'Europe Tête très basse, bosse marquée Toison épaisse à l'avant, barbe Pattes plus longues, tête plus haute Silhouette élancée, pelage plus ras Prairies ouvertes à gauche, forêts claires à droite
Bison d'Amérique et bison d'Europe : deux espèces proches, l'une taillée pour brouter l'herbe des plaines, l'autre plus haute sur pattes pour les forêts.

À quoi ressemble un bison ? Anatomie du plus grand herbivore d'Europe et d'Amérique

Le bison impressionne par sa masse : un grand mâle peut dépasser 1,80 mètre au garrot et, selon l'espèce et la sous-espèce, peser entre 700 kilos et une tonne environ, les femelles étant nettement plus légères. Sa silhouette est très déséquilibrée vers l'avant, avec une bosse musculeuse au-dessus des épaules, soutenue par de longues apophyses des vertèbres thoraciques, et un arrière-train plus fin. Cette bosse abrite les muscles qui lui permettent de balancer sa lourde tête de droite à gauche pour dégager la neige et atteindre l'herbe en hiver. Les deux sexes portent des cornes courtes et recourbées vers le haut, qui ne tombent jamais. La toison varie avec les saisons : longue, laineuse et très isolante en hiver, elle tombe par plaques au printemps, donnant à l'animal un aspect dépenaillé. Chez le bison d'Amérique, la crinière, la barbe et les longs poils des pattes avant sont particulièrement fournis, tandis que le bison d'Europe, plus haut sur pattes, porte sa tête un peu moins bas et présente un pelage plus court. Malgré sa corpulence, le bison est un animal agile, capable de galoper vite, de sauter des obstacles et de nager pour traverser une rivière.

Bison au pelage brun laineux broutant dans une prairie, tête massive et bosse sur les épaules

Où vit le bison et comment se comporte-t-il ? Mode de vie

Le bison d'Amérique occupait autrefois une immense aire allant du nord du Mexique au Canada, avec ses plus grandes concentrations dans les grandes plaines herbeuses, tandis que le bison des bois fréquentait les forêts boréales et les prairies du nord. Le bison d'Europe vivait dans les forêts claires, les clairières et les vallées humides d'une bonne partie du continent. L'un comme l'autre sont des herbivores qui se nourrissent principalement de graminées et d'herbacées, complétées selon les saisons par des feuilles, des rameaux, des écorces, des bourgeons ou des glands, le bison d'Europe consommant davantage de végétaux ligneux. Ils vivent en troupeaux structurés : les femelles, leurs veaux et les jeunes forment des groupes stables menés par des femelles expérimentées, alors que les mâles adultes vivent seuls ou en petits groupes et ne rejoignent les hardes qu'à la période du rut, en été. Les mâles s'affrontent alors en mugissant, en se roulant dans la poussière et en se heurtant front contre front. Après une gestation d'environ neuf mois, la femelle donne naissance à un seul veau, au pelage roux clair, capable de suivre le troupeau quelques heures seulement après sa naissance.

Un ingénieur des écosystèmes

Par sa seule présence, le bison modèle les paysages qu'il habite, ce qui lui vaut le titre d'espèce ingénieure. En broutant de manière sélective, il maintient une mosaïque de zones rases et de zones plus hautes qui favorise une grande diversité de plantes, d'insectes et d'oiseaux. Ses déplacements et ses piétinements ouvrent le sol et facilitent la germination de certaines espèces, tandis que ses bouses fertilisent la prairie et nourrissent une multitude d'insectes coprophages. Le bison a aussi l'habitude de se rouler dans la poussière ou la boue pour se débarrasser des parasites et marquer son territoire : ces cuvettes de roulade, piétinées pendant des années, retiennent l'eau de pluie et forment de petites mares temporaires qui profitent aux amphibiens. Dans les forêts d'Europe, l'écorçage et l'abroutissement des jeunes arbres par le bison entretiennent des clairières lumineuses. Les carcasses, enfin, nourrissent loups, ours, rapaces et charognards. C'est pourquoi la réintroduction du bison est aujourd'hui envisagée comme un outil de restauration écologique, en Amérique du Nord comme dans plusieurs pays européens, dont la France, où quelques troupeaux vivent en semi-liberté.

D'où vient le mot « bison » ? Étymologie

Le mot bison est emprunté au latin bison, que l'on trouve chez des auteurs romains comme Pline l'Ancien pour désigner un bœuf sauvage des forêts de Germanie. Ce terme latin est lui-même un emprunt à une langue germanique : il se rattache à la même racine que l'allemand Wisent et l'ancien haut-allemand wisunt, qui servent encore à désigner le bison d'Europe. Le mot désignait donc à l'origine l'espèce européenne, bien avant que les Européens ne découvrent les troupeaux d'Amérique. Les Romains distinguaient d'ailleurs le bison de l'urus, l'aurochs, autre grand bovin sauvage aujourd'hui disparu, ancêtre de nos vaches domestiques, avec lequel il a souvent été confondu dans les textes anciens. Lorsque les naturalistes ont décrit le bovin à bosse des plaines nord-américaines, ils lui ont appliqué ce même nom, consacré ensuite dans la nomenclature scientifique avec le nom de genre Bison. En anglais américain, l'usage populaire a imposé buffalo, emprunté au français ou au portugais « buffle », alors que l'animal n'a rien d'un buffle au sens zoologique, d'où les confusions fréquentes entre les deux termes dans les traductions.

CritèreBison d'AmériqueBison d'Europe
Nom scientifiqueBison bisonBison bonasus
Milieu de viePrairies, plaines, forêts boréales (bison des bois)Forêts claires, clairières, prairies humides
SilhouetteTête très basse, bosse et toison avant très marquéesPlus haut sur pattes, pelage plus court
AlimentationSurtout des herbesHerbes, feuilles, rameaux et écorces
Point bas historiqueQuelques centaines d'animaux à la fin du XIXe siècleÉteint à l'état sauvage après la Première Guerre mondiale
Statut actuelQuasi menacé, grands troupeaux surtout en élevageQuasi menacé, populations réintroduites en hausse

Comment le bison a-t-il failli disparaître ? Histoire d'un sauvetage

Avant l'arrivée des colons européens, le bison d'Amérique se comptait par dizaines de millions selon les estimations des historiens, et il était au cœur de la vie des peuples des Plaines, qui en tiraient nourriture, vêtements, abris, outils et objets rituels. Au XIXe siècle, une chasse commerciale à grande échelle, portée par le commerce des peaux, l'arrivée du chemin de fer et la volonté politique d'affaiblir les nations amérindiennes en les privant de leur ressource vitale, a provoqué un massacre d'une ampleur inouïe. Des chasseurs professionnels, dont le plus célèbre est William Cody dit Buffalo Bill, abattaient les animaux par milliers. À la fin du siècle, il ne restait plus que quelques centaines de bisons sauvages, dont un petit groupe réfugié dans le parc de Yellowstone. Des éleveurs privés, des associations et les gouvernements américain et canadien ont alors entrepris de sauver l'espèce en constituant des troupeaux protégés. Le bison d'Europe a connu un sort comparable : chassé et privé de ses forêts, il a disparu à l'état sauvage peu après la Première Guerre mondiale, et l'espèce n'a survécu que grâce à une poignée d'individus détenus dans des zoos et des parcs.

Frise schématique de l'évolution des effectifs du bison d'Amérique : abondance, effondrement au XIXe siècle puis lente reconstitution Bison d'Amérique : effondrement et retour (schéma) effectifs Avant 1800des dizaines de millions Vers 1890quelques centaines Aujourd'huisurtout en élevage XVIIIe s.fin XIXe s.XXIe s. Courbe indicative, sans échelle : les estimations anciennes restent incertaines
Le bison d'Amérique est passé en un siècle d'une abondance légendaire à quelques centaines d'individus, avant une lente reconstitution.

Le bison aujourd'hui : un symbole de la conservation

Grâce à ces efforts précoces, le bison d'Amérique compte aujourd'hui plusieurs centaines de milliers d'individus, mais l'immense majorité vit dans des élevages destinés à la production de viande ; les troupeaux sauvages ou gérés pour la conservation restent bien plus modestes, et la pureté génétique de certains d'entre eux a été altérée par des croisements anciens avec des bovins domestiques. L'espèce est classée quasi menacée par l'UICN. Le bison d'Europe a été réintroduit à partir des années 1950 dans la forêt de Białowieża, à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, puis dans de nombreux autres sites d'Europe centrale et orientale, jusqu'à dépasser plusieurs milliers d'individus en liberté. Issu d'un très petit nombre d'ancêtres, il souffre toutefois d'une faible diversité génétique qui le rend vulnérable aux maladies. Aux États-Unis, le bison a été désigné mammifère national, et il figure sur de nombreux drapeaux, sceaux et pièces de monnaie. Pour les nations amérindiennes, son retour sur certaines terres tribales représente aussi une forme de réparation culturelle, qui redonne une place centrale à un animal lié à leur histoire, à leur alimentation et à leur spiritualité.

Le bison dans l'art et la culture : de la préhistoire à nos jours

Bien avant les grandes plaines américaines, le bison occupait une place majeure dans la vie des chasseurs de la préhistoire européenne. Pendant les périodes glaciaires, une espèce aujourd'hui éteinte, le bison des steppes, parcourait les vastes étendues froides de l'Europe et de l'Asie, aux côtés du mammouth, du cheval sauvage et du renne. Les hommes du Paléolithique le chassaient pour sa viande, sa peau et ses os, et ils l'ont représenté avec une précision saisissante sur les parois de nombreuses grottes ornées : les bisons polychromes d'Altamira, en Espagne, ceux de Niaux dans les Pyrénées ou de Font-de-Gaume en Dordogne comptent parmi les chefs-d'œuvre de l'art pariétal. Ces représentations, qui jouent avec les reliefs de la roche pour donner du volume aux corps, témoignent d'une observation très fine de l'animal, de sa bosse, de sa barbe et de ses postures. Le bison figure aussi, aux côtés des chevaux et des aurochs, dans le bestiaire peint de Lascaux, dont l'une des scènes les plus célèbres, dans le Puits, montre un bison blessé face à un homme renversé, une image qui fascine encore les préhistoriens.