Le caribou est un grand cervidé des régions arctiques et subarctiques, connu des scientifiques sous le nom de Rangifer tarandus, la même espèce que le renne d'Europe et d'Asie. Le mot caribou est surtout employé en Amérique du Nord, où l'animal vit à l'état sauvage, alors que le terme renne s'est imposé en Europe, où il est souvent associé à l'élevage pratiqué par les peuples de Laponie et de Sibérie. Parfaitement adapté au froid, avec son épaisse fourrure, ses larges sabots et son museau velu, le caribou est le seul cervidé chez lequel mâles et femelles portent des bois. Il est aussi célèbre pour ses migrations, parmi les plus longues effectuées par un mammifère terrestre, qui conduisent certains troupeaux à parcourir chaque année des milliers de kilomètres entre la forêt boréale, où ils passent l'hiver, et la toundra, où les femelles mettent bas. Depuis des millénaires, il nourrit, habille et inspire les peuples du Grand Nord, des Inuits aux Cris en passant par les Innus, et il figure même sur la pièce canadienne de vingt-cinq cents. Voici sa définition, l'origine de son nom, ses adaptations, son mode de vie et les menaces qui pèsent aujourd'hui sur plusieurs de ses populations.
Qu'est-ce qu'un caribou ? Définition du cervidé arctique
Le caribou est un mammifère ruminant de la famille des cervidés, comme le cerf, le chevreuil, l'élan ou le wapiti, son grand cousin des forêts et prairies nord-américaines. Il vit dans un vaste ensemble de régions froides autour du pôle Nord : Alaska, Canada, Groenland, Scandinavie et Russie, du nord de la forêt boréale jusqu'aux îles de l'Arctique. Les zoologistes y distinguent plusieurs sous-espèces ou formes, dont le classement fait encore débat, et que l'on regroupe souvent par grands types d'habitat : caribous de la toundra, qui forment d'immenses hardes migratrices, caribous forestiers, plus sédentaires et vivant en petits groupes dans la taïga, ou caribous de Peary, petits et pâles, des îles de l'Arctique canadien. Leur taille varie donc beaucoup : un grand mâle peut dépasser largement 150 kilogrammes, voire approcher les 200 kilogrammes chez les formes les plus grandes, tandis que les femelles sont nettement plus légères. Le pelage, brun à grisâtre en été, s'éclaircit en hiver, avec un cou et une croupe souvent crème ou blancs. En Europe et en Asie, la même espèce est appelée renne et existe à la fois sous forme sauvage et sous forme domestique, ce qui explique que les deux noms coexistent pour désigner un seul et même animal. Ses yeux, enfin, présentent une particularité étonnante : ils perçoivent une partie du rayonnement ultraviolet, ce qui l'aiderait à repérer lichens et urine de prédateurs sur la neige.
Des bois chez les mâles comme chez les femelles
Le caribou est le seul cervidé dont les femelles portent normalement des bois, une singularité qui intrigue depuis longtemps. Comme chez tous les cervidés, ces bois sont des structures osseuses qui tombent et repoussent chaque année, recouvertes pendant leur croissance d'une peau veloutée très irriguée, le velours, qui sèche puis se détache. Chez les mâles, ils sont beaucoup plus grands et ramifiés, avec souvent un andouiller frontal aplati en forme de pelle au-dessus du museau, et servent dans les combats du rut, à l'automne. Les grands mâles perdent leurs bois au début de l'hiver, peu après la période de reproduction, tandis que les femelles conservent les leurs tout l'hiver, jusqu'à la mise bas au printemps. Cette différence de calendrier leur donne un avantage décisif lorsque la nourriture se fait rare : armées de leurs bois, les femelles gestantes peuvent écarter les mâles et les jeunes des cratères qu'elles ont creusés dans la neige pour atteindre les lichens. Une conséquence amusante en découle : les rennes représentés avec de beaux bois au moment de Noël, tirant le traîneau du père Noël, seraient plutôt des femelles ou des jeunes, puisque les grands mâles ont généralement perdu les leurs à cette époque.
D'où vient le mot « caribou » ? Étymologie
Le mot caribou est d'origine amérindienne. Il vient de la langue des Micmacs, un peuple algonquien des provinces maritimes du Canada actuel, dans laquelle un terme proche de xalibu ou qalipu signifiait à peu près « celui qui gratte » ou « celui qui pellette », en référence à l'habitude qu'a l'animal de creuser la neige avec ses sabots pour dégager sa nourriture. Les colons et voyageurs français de la Nouvelle-France l'ont adopté dès le XVIIe siècle, et la forme caribou s'est ensuite diffusée en anglais et dans les autres langues pour désigner les populations sauvages d'Amérique du Nord. Le mot renne, utilisé en Europe, a une tout autre histoire : il provient des langues scandinaves, par l'intermédiaire de l'ancien norrois hreinn, et a probablement été influencé par l'allemand. Quant au nom scientifique Rangifer tarandus, il reprend des termes latins anciens dont le sens précis reste discuté, tarandus désignant chez les auteurs antiques un animal du Nord à la robe changeante. Au Québec, le mot a donné lieu à des usages populaires, comme le caribou, boisson traditionnelle à base de vin et d'alcool fort servie lors du carnaval d'hiver, ou certaines expressions familières. La coexistence de deux mots pour un même animal reflète surtout deux histoires humaines différentes : la chasse en Amérique, l'élevage en Eurasie.

Comment le caribou survit-il au froid ? Adaptations et alimentation
Le caribou est équipé pour affronter des hivers où la température descend souvent très en dessous de zéro. Sa fourrure se compose d'un duvet dense et de longs poils de jarre creux, remplis d'air, qui forment une couche isolante remarquable et l'aident aussi à flotter lorsqu'il traverse lacs et rivières à la nage. Son museau est entièrement recouvert de poils et ses fosses nasales, très développées, réchauffent l'air glacé avant qu'il n'atteigne les poumons. Ses sabots larges et concaves jouent plusieurs rôles selon les saisons : en été, les coussinets sont souples et adhèrent au sol mou de la toundra ; en hiver, ils se rétractent, laissant le bord corné tranchant mordre la glace, et servent de raquettes sur la neige et de pelles pour creuser. En marchant, le caribou produit un petit cliquetis caractéristique, dû au glissement d'un tendon dans le pied, qui aiderait les membres d'un troupeau à rester groupés. Son alimentation varie au fil de l'année : l'été, il broute des feuilles de saules et de bouleaux nains, des herbes, des carex et des champignons, l'hiver il se nourrit surtout de lichens, en particulier du lichen appelé « mousse à caribou », qu'il localise sous la neige grâce à un odorat très fin et que peu d'autres herbivores savent digérer.
| Cervidé | Nom scientifique | Bois | Milieu de vie |
|---|---|---|---|
| Caribou / renne | Rangifer tarandus | Chez les deux sexes | Toundra et taïga circumpolaires |
| Élan (orignal) | Alces alces | Mâle seulement, larges et palmés | Forêts boréales et zones humides |
| Wapiti | Cervus canadensis | Mâle seulement, grands et ramifiés | Forêts claires, prairies, montagnes |
| Cerf élaphe | Cervus elaphus | Mâle seulement | Forêts d'Europe et d'Asie occidentale |
| Chevreuil | Capreolus capreolus | Mâle seulement, courts | Bois, lisières et campagnes d'Europe |
Pourquoi le caribou migre-t-il ? Mode de vie et reproduction
Le mode de vie du caribou est rythmé par les saisons. Les caribous de la toundra vivent en hardes qui peuvent rassembler, au moment des grands déplacements, des dizaines voire des centaines de milliers d'animaux. Au printemps, les femelles gestantes prennent la tête de la migration vers les aires de mise bas, souvent situées dans la toundra ouverte ou près des côtes, où la nourriture printanière est riche et les prédateurs moins nombreux. Chaque femelle donne généralement naissance à un seul faon, capable de se lever et de suivre sa mère quelques heures seulement après sa naissance, une nécessité pour échapper aux loups, aux ours ou aux aigles. L'été, les troupeaux errent dans la toundra en fuyant les nuées de moustiques et de taons, recherchant les zones ventées ou les plaques de neige. À l'automne a lieu le rut : les mâles, au cou gonflé et à la crinière blanche, s'affrontent bois contre bois pour l'accès aux femelles. Puis les hardes redescendent vers la lisière de la forêt boréale, plus abritée, pour y passer l'hiver. Selon les troupeaux, ces allers-retours représentent des centaines, voire des milliers de kilomètres par an. Les caribous forestiers, eux, migrent peu et vivent dispersés dans de grandes forêts de conifères riches en lichens, une stratégie qui les rend discrets mais très sensibles aux perturbations.
Le caribou et l'homme : élevage, culture et menaces
La relation entre le caribou et l'être humain remonte à la préhistoire. Les chasseurs du paléolithique européen consommaient déjà beaucoup de rennes, au point que certaines cultures de la fin de la dernière glaciation sont parfois décrites comme un « âge du renne ». En Amérique du Nord, les peuples autochtones ont longtemps organisé leur vie autour des passages des hardes : la viande nourrissait les familles, les peaux servaient aux vêtements et aux tentes, les tendons aux fils à coudre, les bois et les os aux outils. En Eurasie, l'histoire a pris un autre tour avec la domestication du renne, dont l'origine exacte reste débattue mais qui est attestée depuis plusieurs siècles au moins chez les Samis de Laponie et chez de nombreux peuples de Sibérie, qui l'utilisent pour le lait, la viande, le transport et le trait. Aujourd'hui, de nombreuses populations sauvages déclinent. Au Canada, plusieurs populations de caribous forestiers et de montagne sont considérées comme menacées ou en voie de disparition, en raison de l'exploitation forestière, des routes, des mines et des projets énergétiques, qui fragmentent leur habitat et favorisent leurs prédateurs. Les grands troupeaux migrateurs connaissent aussi des fluctuations importantes, et le réchauffement climatique ajoute de nouvelles difficultés, comme les pluies hivernales qui gèlent en croûte et empêchent d'atteindre les lichens.
Caribou, renne et élan : ne pas les confondre
Le caribou est souvent confondu avec d'autres grands cervidés du Nord, en particulier l'élan, que les Québécois appellent orignal. Les différences sont pourtant nettes. Le caribou est de taille moyenne pour un cervidé du Grand Nord, avec un pelage brun à gris et une crinière claire, et ses bois, longs, arqués et ramifiés, se retrouvent chez les deux sexes. L'élan est beaucoup plus massif, il est même le plus grand des cervidés actuels, et seuls les mâles portent des bois, larges et aplatis comme des paumes de main ; il a en outre de longues pattes, un museau proéminent et un repli de peau pendant sous la gorge. Le wapiti, de son côté, ressemble davantage à un grand cerf, avec une croupe claire et un brame sonore caractéristique. Quant au renne, il ne s'agit pas d'une autre espèce mais du même animal : on réserve souvent ce nom aux populations eurasiennes et aux animaux domestiques, plus petits et plus variés en couleurs, tandis que caribou désigne les animaux sauvages d'Amérique du Nord. Pour découvrir le géant de la famille, au mode de vie bien plus solitaire et aquatique que celui du caribou, on peut lire la définition de l'élan.