Le cormoran est un oiseau aquatique au plumage sombre, au long cou sinueux et au bec terminé par un crochet, qui se nourrit presque exclusivement de poissons capturés en plongée sous-marine. On le reconnaît facilement à sa silhouette posée sur un rocher, un piquet ou une bouée, les ailes grandes ouvertes au soleil, une posture qui l'a rendu familier des côtes, des estuaires, des lacs et des rivières. Le terme ne désigne pas une seule espèce, mais une famille d'une quarantaine d'oiseaux présents sur presque tous les continents, des côtes rocheuses de l'Atlantique aux lagunes tropicales et aux îles subantarctiques. Excellent nageur, capable de poursuivre ses proies sous l'eau en se propulsant avec ses larges pattes palmées, le cormoran est aussi un oiseau social qui niche souvent en colonies bruyantes. Son histoire avec l'homme est double : en Chine et au Japon, il a été dressé depuis des siècles pour pêcher aux côtés des pêcheurs, alors qu'en Europe il est souvent considéré comme un concurrent des pisciculteurs et des pêcheurs, au point de faire l'objet de mesures de régulation. Cette définition présente son origine, sa classification, ses principales espèces, ses techniques de pêche, sa reproduction et la place ambivalente qu'il occupe dans nos cultures.
Qu'est-ce qu'un cormoran ? Définition et classification
Le cormoran appartient à la famille des Phalacrocoracidés, qui rassemble environ quarante espèces de cormorans et de leurs proches parents, parfois appelés cormorans huppés ou shags en anglais. Longtemps, ces oiseaux ont été placés dans l'ordre des Pélécaniformes aux côtés des pélicans, des fous et des frégates, avec lesquels ils partagent une particularité anatomique rare : leurs quatre doigts sont reliés par une même palmure, une disposition dite totipalme. Les classifications récentes, fondées sur la génétique, les rangent désormais dans l'ordre des Suliformes avec les fous, les anhingas et les frégates, tandis que le pélican reste dans un groupe voisin, ce qui n'empêche pas les deux oiseaux de partager ce pied entièrement palmé et une même spécialisation dans la pêche. Les cormorans mesurent selon les espèces d'une cinquantaine de centimètres à un peu moins d'un mètre, pour une envergure pouvant approcher 1,60 mètre chez les plus grands. Leur plumage est généralement noir ou brun foncé, souvent à reflets verts ou bronze, mais certaines espèces de l'hémisphère Sud arborent un ventre blanc éclatant. Les genres ont été plusieurs fois révisés, et le nom Phalacrocorax ne s'applique plus aujourd'hui qu'à une partie d'entre elles.
D'où vient le mot « cormoran » ?
Le mot cormoran vient du latin médiéval corvus marinus, « corbeau de mer », passé par l'ancien français cormareng ou cormaran, avant de se fixer sous sa forme actuelle. L'image est parlante : avec son plumage noir, son allure dégingandée et sa façon de se percher sur les rochers du rivage, l'oiseau évoquait pour les anciens une sorte de corbeau marin. Le nom scientifique Phalacrocorax repose sur une idée voisine, puisqu'il associe deux mots grecs signifiant « chauve » et « corbeau », allusion probable aux plumes blanches qui apparaissent sur la tête de certains individus en période de reproduction et donnent l'impression d'un crâne dégarni. Les noms vernaculaires des différentes espèces décrivent souvent un détail de leur apparence ou leur répartition : le cormoran huppé porte une petite crête de plumes au printemps, le cormoran pygmée est le plus petit d'Europe, le cormoran impérial se distingue par son contraste noir et blanc. En anglais, la distinction entre cormorant et shag ne correspond pas toujours à une parenté réelle et reflète surtout des habitudes de langage régionales.
À quoi ressemble un cormoran ? Anatomie d'un oiseau plongeur
Tout, dans l'anatomie du cormoran, est pensé pour la pêche en plongée. Son corps allongé et fuselé glisse facilement dans l'eau, son cou long et souple lui permet de lancer la tête vers une proie, et son bec fin, terminé par un crochet acéré, retient sans peine les poissons glissants. Ses pattes, placées très en arrière du corps, sont munies de larges palmures reliant les quatre doigts, ce qui en fait de véritables pagaies sous l'eau, mais lui donne une démarche maladroite et une posture très redressée à terre. Ses os sont moins pneumatisés que ceux de beaucoup d'oiseaux, ce qui réduit sa flottabilité. Surtout, son plumage n'est pas totalement imperméable : la structure de la partie externe des plumes laisse l'eau pénétrer, ce qui chasse l'air emprisonné et facilite l'immersion, tandis qu'une couche interne reste isolante. C'est ce compromis qui explique la célèbre posture des ailes déployées au soleil, destinée à sécher les plumes après la pêche ; certains chercheurs pensent qu'elle peut aussi favoriser la digestion ou la régulation de la température. Le cormoran nage souvent très enfoncé, seuls le dos, le cou et la tête dépassant de la surface, ce qui permet de le reconnaître de loin.

Quelles sont les principales espèces de cormoran ?
Parmi la quarantaine d'espèces de cormoran recensées, quelques-unes sont particulièrement connues. Le grand cormoran, le plus répandu, vit en Europe, en Asie, en Afrique, en Australie et sur la côte est de l'Amérique du Nord, en mer comme en eau douce ; c'est lui que l'on observe le plus souvent sur les lacs et les rivières de France. Le cormoran huppé, plus petit et strictement marin, fréquente les côtes rocheuses de l'Atlantique et de la Méditerranée, et se pare au printemps d'une petite huppe recourbée. Le cormoran pygmée, minuscule cousin des marais d'Europe de l'Est et d'Asie occidentale, niche dans les roselières. En Amérique, le cormoran vigua est commun des zones humides tropicales, tandis que le cormoran de Brandt occupe la côte pacifique. Dans l'hémisphère Sud, le cormoran impérial et ses proches parents au ventre blanc nichent en colonies serrées sur les falaises de Patagonie et des îles subantarctiques. Le plus étonnant reste le cormoran aptère des Galápagos, qui a perdu la capacité de voler : ses ailes atrophiées ne lui servent plus guère qu'à garder l'équilibre, l'absence de prédateurs terrestres ayant rendu le vol inutile pour pêcher autour de ses îles.
| Espèce de cormoran | Répartition | Particularité |
|---|---|---|
| Grand cormoran (Phalacrocorax carbo) | Europe, Asie, Afrique, Australie, côte est de l'Amérique du Nord | Le plus répandu, en mer comme en eau douce |
| Cormoran huppé | Côtes rocheuses de l'Atlantique et de la Méditerranée | Strictement marin, petite huppe au printemps |
| Cormoran pygmée | Europe de l'Est, Asie occidentale | Le plus petit d'Europe, niche dans les roselières |
| Cormoran vigua | Amérique centrale et du Sud | Fréquente les eaux douces et les milieux aménagés |
| Cormoran impérial | Patagonie, îles subantarctiques | Ventre blanc, grandes colonies sur les falaises |
| Cormoran aptère | Îles Galápagos | Incapable de voler, ailes atrophiées |
Comment pêche le cormoran ? Comportement et habitat
Le cormoran chasse en plongeant depuis la surface : après un petit saut vers l'avant, il disparaît sous l'eau et poursuit ses proies en se propulsant avec ses pattes palmées, les ailes plaquées le long du corps. Selon l'espèce et la profondeur, ses plongées durent généralement de quelques dizaines de secondes à plus d'une minute, et certaines espèces marines descendent à plusieurs dizaines de mètres. Il capture des poissons de toutes sortes, souvent de petite taille et vivant près du fond, comme les gobies, les épinoches, les perches ou les poissons plats, mais aussi des anguilles, des crustacés ou des amphibiens, et avale la plupart de ses prises en remontant à la surface. Il rejette ensuite par le bec des pelotes contenant les arêtes et les parties non digérées. Certains cormorans pêchent seuls, d'autres en groupes nombreux qui rabattent les bancs de poissons, une technique observée chez le grand cormoran sur les lacs et dans les estuaires. L'oiseau fréquente des milieux très variés : côtes, lagunes, deltas, lacs, étangs, rivières, et même canaux urbains ou bassins portuaires. Une partie des populations migre vers des zones plus douces en hiver, tandis que d'autres restent sédentaires près de leurs sites de reproduction.
Des colonies bruyantes et des nids réutilisés
Au moment de la reproduction, la plupart des cormorans se rassemblent en colonies qui peuvent compter quelques dizaines à plusieurs centaines de couples, voire davantage pour certaines espèces marines. Ils installent leurs nids dans les arbres au bord des lacs et des fleuves, sur des falaises, des îlots rocheux ou des corniches, à l'abri des prédateurs terrestres. Construits avec des branches, des algues ou des débris divers, ces nids sont souvent réutilisés et rechargés d'année en année, si bien qu'ils finissent par former des plateformes épaisses. La femelle pond généralement trois à quatre œufs, que les deux parents couvent à tour de rôle en les posant sur leurs pattes palmées, faute de plaque incubatrice. Les poussins naissent nus et aveugles et sont nourris par régurgitation, en plongeant la tête dans le gosier de leurs parents ; ils quittent le nid après plusieurs semaines mais restent un moment dépendants des adultes. Les fientes accumulées sous les colonies, très riches en azote et en phosphore, finissent par tuer les arbres qui les portent, mais elles fertilisent aussi les îlots et favorisent une flore particulière, ce qui fait des colonies de cormorans de véritables petits écosystèmes à part entière.
Comment reconnaître un cormoran ? Les confusions fréquentes
Sur un lac ou en bord de mer, le cormoran peut être confondu avec plusieurs autres oiseaux aquatiques sombres. Le plus souvent, on le prend pour un canard, alors que son bec long et crochu, son cou étiré et sa façon de nager très bas sur l'eau, la tête légèrement relevée vers le ciel, le distinguent nettement. Les plongeons, oiseaux marins que l'on observe en hiver sur les côtes françaises, nagent aussi très enfoncés, mais leur bec est droit et pointu, sans crochet, et ils ne se perchent jamais pour sécher leurs ailes. Les harles, canards pêcheurs au bec fin et denté, ont un plumage beaucoup plus contrasté. Sous les tropiques, la confusion la plus fréquente concerne l'anhinga, parfois appelé oiseau-serpent, qui partage la posture des ailes déployées mais porte un bec droit en forme de poignard et un cou encore plus fin. En vol, le cormoran se reconnaît à sa silhouette de croix sombre, au cou tendu vers l'avant et aux battements d'ailes réguliers ; les grands cormorans voyagent souvent en formations en V ou en lignes, ce qui les fait parfois prendre de loin pour des oies. Enfin, entre grand cormoran et cormoran huppé, la taille, la présence d'une tache blanche à la gorge et le milieu fréquenté permettent généralement de trancher.
Le cormoran, l'homme et la pêche : une relation ambivalente
Peu d'oiseaux suscitent des sentiments aussi contrastés que le cormoran. En Chine et au Japon, il est depuis des siècles un auxiliaire de pêche : les pêcheurs passent un anneau ou une ficelle autour de son cou pour l'empêcher d'avaler les gros poissons, qu'il rapporte au bateau. Au Japon, cette technique appelée ukai est déjà évoquée dans la poésie ancienne et se pratique encore l'été sur la rivière Nagara, à Gifu, lors de démonstrations nocturnes éclairées par des feux de torches, devenues une attraction touristique. En Europe, l'image est plus sombre : dans Le Paradis perdu de Milton, Satan se pose sur l'Arbre de vie sous la forme d'un cormoran, et l'oiseau symbolise longtemps la voracité. Persécuté, le grand cormoran était devenu rare dans une bonne partie de l'Europe au milieu du XXe siècle, avant que sa protection par la directive européenne Oiseaux ne permette un retour spectaculaire à partir des années 1980. Cette expansion a ravivé les conflits avec les pisciculteurs et les pêcheurs, et des tirs de régulation sont autorisés chaque année en France, alors que les études montrent un impact très variable selon les milieux. Comme lui, l'aigle pêcheur illustre combien les oiseaux piscivores sont des indicateurs précieux de la santé des milieux aquatiques.