Le paresseux est un mammifère des forêts tropicales d'Amérique centrale et du Sud, célèbre pour sa lenteur proverbiale et pour son habitude de vivre suspendu la tête en bas aux branches des arbres. Sa réputation d'animal fainéant, inscrite dans son nom même, est pourtant injuste : sa manière de vivre au ralenti est une stratégie parfaitement adaptée à un régime de feuilles très peu nourrissant, qui l'oblige à économiser chaque calorie. Les zoologistes distinguent aujourd'hui deux grands groupes, les paresseux à trois doigts et les paresseux à deux doigts, qui se ressemblent par leur mode de vie mais ne sont que des cousins éloignés. Tous partagent un métabolisme très lent, une température corporelle basse, de longues griffes en crochet et un pelage où prospèrent des algues, des papillons et des champignons, véritable petit écosystème ambulant. Ils sont aussi les derniers représentants d'un groupe autrefois bien plus diversifié, qui comptait des paresseux terrestres géants de la taille d'un éléphant. Cette définition présente le paresseux, ses espèces, son mode de vie, son alimentation, sa reproduction et les menaces qui pèsent sur lui, sans oublier la place qu'il occupe dans la culture populaire, où il est devenu un symbole de calme et de lenteur assumée.
Qu'est-ce qu'un paresseux ? Définition du mammifère arboricole
Un paresseux est un mammifère placentaire du super-ordre des Xénarthres, une lignée ancienne apparue en Amérique du Sud, et de l'ordre des Pilosa, qu'il partage avec les fourmiliers, comme le tamandua, petit fourmilier arboricole des mêmes forêts. Les paresseux forment le sous-ordre des Folivora, littéralement « mangeurs de feuilles », ce qui résume bien leur spécialité. Ils vivent dans les forêts humides de basse altitude et de moyenne montagne, du Honduras et du Nicaragua jusqu'au Brésil et au nord de l'Argentine, en passant par le Costa Rica, le Panama, la Colombie, le Venezuela, l'Équateur, le Pérou et la Bolivie. Leur silhouette est inimitable : un corps trapu couvert d'un pelage épais et hirsute, une petite tête ronde au museau court, des membres longs terminés par des griffes recourbées de plusieurs centimètres, qui fonctionnent comme des crochets et leur permettent de rester accrochés sans effort musculaire important. Leurs poils poussent dans le sens inverse de ceux de la plupart des mammifères, du ventre vers le dos, ce qui permet à l'eau de pluie de s'écouler lorsqu'ils sont suspendus. Ils ne descendent que rarement au sol, où ils se déplacent difficilement en rampant, mais ils se révèlent étonnamment bons nageurs.

Quelles sont les espèces de paresseux ? Deux doigts ou trois doigts
On compte six espèces de paresseux actuelles, réparties en deux genres qui se ressemblent par convergence plus que par parenté directe. Les paresseux à trois doigts, du genre Bradypus et de la famille des Bradypodidés, portent trois griffes à chaque patte, une face ronde souvent marquée d'un masque sombre autour des yeux et une queue courte ; ils sont strictement folivores, actifs de jour comme de nuit, et possèdent des vertèbres cervicales supplémentaires qui leur permettent de tourner la tête de façon spectaculaire. Le plus répandu est le paresseux à gorge brune, que l'on rencontre du Honduras au nord de l'Argentine. Les paresseux à deux doigts, du genre Choloepus, n'ont que deux griffes aux pattes avant et trois aux pattes arrière ; un peu plus grands, sans queue visible, au museau plus allongé, ils sont surtout nocturnes et ont un régime plus varié. Selon les classifications, ils sont rattachés aux Mégalonychidés ou placés dans une famille propre, les Choloepodidés, les études génétiques ayant montré que les deux genres se sont séparés il y a très longtemps. En français, on appelle parfois les premiers aï et les seconds unau, deux noms empruntés au tupi, une langue amérindienne du Brésil.
| Espèce de paresseux | Doigts (avant) | Répartition | Particularité |
|---|---|---|---|
| Paresseux à gorge brune (Bradypus variegatus) | 3 | Du Honduras au nord de l'Argentine | Le plus répandu, gorge brune |
| Paresseux tridactyle (Bradypus tridactylus) | 3 | Guyanes, Venezuela, nord du Brésil | Gorge pâle, très folivore |
| Paresseux à crinière (Bradypus torquatus) | 3 | Forêt atlantique du Brésil | Crinière noire, espèce menacée |
| Paresseux nain (Bradypus pygmaeus) | 3 | Île Escudo de Veraguas (Panama) | Le plus petit, en danger critique |
| Paresseux didactyle (Choloepus didactylus) | 2 | Bassin amazonien, Guyanes | Nocturne, régime plus varié |
| Paresseux d'Hoffmann (Choloepus hoffmanni) | 2 | Amérique centrale, nord-ouest de l'Amérique du Sud | Gestation particulièrement longue |
Pourquoi le paresseux est-il si lent ? Un mode de vie économe
La lenteur du paresseux n'a rien d'un défaut : elle répond à un problème d'énergie. Les feuilles qui forment l'essentiel de son régime sont pauvres en calories, coriaces et souvent chargées de composés défensifs, si bien que l'animal doit dépenser le moins possible. Son métabolisme est l'un des plus bas connus chez les mammifères de sa taille, sa masse musculaire est réduite et sa température corporelle, comprise le plus souvent entre une trentaine et trente-quatre degrés environ, varie avec celle de l'air : le paresseux se réchauffe au soleil le matin, un peu comme un reptile, et souffre vite du froid. Il se déplace dans les branches à quelques mètres par minute au mieux, et ne parcourt souvent que quelques dizaines de mètres par jour. Cette discrétion constitue aussi une défense : ses principaux prédateurs, la harpie féroce, l'aigle orné ou le jaguar, repèrent leurs proies au mouvement, et un paresseux immobile, verdi par les algues, se confond avec le feuillage. Il dort ou se repose une bonne partie de la journée, accroché par ses griffes, et un paresseux en captivité semble dormir davantage qu'un individu sauvage, qui consacre plus de temps à se nourrir. Lorsqu'il est menacé, il peut toutefois se défendre avec vigueur à coups de griffes.
Une descente risquée au pied de l'arbre
Le comportement le plus surprenant du paresseux à trois doigts concerne ses excréments. Plutôt que de les laisser tomber depuis la canopée, il descend au pied de son arbre, généralement une fois par semaine environ, creuse une petite cuvette avec sa queue et y dépose ses crottes avant de remonter lentement. Cette descente est risquée, car elle l'expose aux prédateurs terrestres et lui coûte beaucoup d'énergie, et les scientifiques débattent encore de son utilité exacte. Une hypothèse séduisante relie ce comportement au petit écosystème de son pelage : des papillons de nuit spécialisés vivent dans ses poils, les femelles quittent l'animal pour pondre dans ses excréments, les chenilles s'y développent, puis les adultes remontent coloniser un paresseux. En se décomposant dans la fourrure, ces papillons apporteraient de l'azote favorisant la croissance d'algues que le paresseux consomme en se toilettant, un complément nutritif appréciable. D'autres explications sont avancées, comme la communication entre individus par l'odeur ou la fertilisation de l'arbre nourricier. Le pelage abrite par ailleurs des champignons et des bactéries dont certains intéressent les chercheurs pour leurs propriétés antimicrobiennes.
Que mange le paresseux ? Une alimentation faite de feuilles
Le paresseux à trois doigts est un folivore strict : il se nourrit presque uniquement de feuilles, de jeunes pousses et de bourgeons, prélevés sur un nombre limité d'essences d'arbres, comme les Cecropia, souvent citées, mais aussi bien d'autres selon les régions. Chaque individu semble avoir ses arbres favoris, et les jeunes apprennent les essences comestibles auprès de leur mère, ce qui rend les animaux déplacés très vulnérables lorsqu'ils se retrouvent dans une forêt dont ils ne connaissent pas les arbres. Pour digérer cette nourriture coriace, le paresseux dispose d'un estomac à plusieurs compartiments où des micro-organismes fermentent la cellulose, un peu comme chez les ruminants, même s'il ne rumine pas. Ce processus est extraordinairement lent : un repas peut mettre plusieurs semaines à traverser entièrement le tube digestif, et le contenu de l'estomac représente une part importante du poids de l'animal. Le paresseux à deux doigts a un régime plus souple, qui inclut des feuilles, des fruits, des fleurs et parfois des aliments d'origine animale, comme des insectes ou des œufs. Les paresseux boivent rarement : ils trouvent l'essentiel de l'eau dont ils ont besoin dans les feuilles et la rosée, ce qui leur évite des descentes supplémentaires.
Comment se reproduit le paresseux ? Naissance et longévité
Le paresseux mène une vie solitaire et ne rencontre ses congénères qu'au moment de la reproduction. Chez le paresseux à trois doigts, la femelle en chaleur pousse des cris aigus qui portent loin dans la canopée et attirent les mâles des environs. Après l'accouplement, la gestation dure environ six mois chez les paresseux à trois doigts, et nettement plus longtemps, une dizaine de mois ou davantage, chez les paresseux à deux doigts. La femelle met généralement au monde un petit unique, souvent en restant suspendue à une branche. Le nouveau-né, déjà pourvu de griffes, s'accroche aussitôt à la fourrure du ventre de sa mère, qu'il ne quitte pas pendant plusieurs mois. Il tète, puis commence à goûter les feuilles que sa mère consomme, apprenant ainsi à reconnaître les arbres de son domaine. Lorsqu'il devient autonome, la mère lui laisse souvent une partie de son territoire et s'installe un peu plus loin. Les paresseux sont relativement longévifs pour leur taille : en captivité, les paresseux à deux doigts peuvent dépasser trente ans, et l'on estime que les individus sauvages vivent couramment une vingtaine d'années, même si les données restent incomplètes pour beaucoup d'espèces, en raison de la difficulté à suivre ces animaux discrets.

Le paresseux est-il menacé ? Forêts, routes et tourisme
Si plusieurs espèces de paresseux restent répandues, toutes souffrent de la déforestation et de la fragmentation des forêts, qui les privent de leurs arbres nourriciers et les obligent à traverser au sol des routes, des champs ou des clôtures, où ils sont exposés aux chiens, aux voitures et aux lignes électriques. Le paresseux à crinière, qui ne vit que dans ce qui subsiste de la forêt atlantique brésilienne, une forêt dont il ne reste qu'une petite partie de la surface originelle, et surtout le paresseux nain, cantonné aux mangroves d'une seule petite île du Panama, sont considérés comme menacés, le second étant en danger critique. Le commerce illégal et le tourisme non éthique constituent un autre problème : dans certaines régions, des paresseux sont capturés pour servir de modèles à des photos avec les visiteurs, une pratique stressante et souvent mortelle. Des centres de soins, des associations comme la Sloth Conservation Foundation et des aménagements tels que les ponts de corde au-dessus des routes tentent de limiter ces pertes.
Le paresseux, symbole de la vie lente
Son allure placide et son sourire apparent ont fait du paresseux une véritable vedette de la culture populaire. Le cinéma d'animation lui a offert plusieurs rôles marquants, comme Sid, le paresseux bavard et maladroit de L'Âge de glace, ou Flash, l'employé d'une lenteur désespérante de Zootopie, dont la scène au guichet est restée célèbre. L'animal est aussi devenu un emblème du mouvement de la vie lente, qui invite à ralentir, à prendre son temps et à résister à la course permanente, au point d'orner des tasses, des affiches et des comptes de réseaux sociaux. Cette image attendrissante a un revers : elle alimente une demande de contact avec l'animal, photos et caresses, qui nuit aux paresseux sauvages et favorise leur capture. Les spécialistes rappellent qu'il s'agit d'un animal sauvage stressé par les manipulations, qui ne doit être ni porté, ni nourri, ni gardé comme animal de compagnie. Le nom même de l'animal, enfin, renvoie à la paresse, l'un des sept péchés capitaux de la tradition chrétienne, alors que sa lenteur ne doit rien à un défaut de caractère et tout à une économie d'énergie remarquablement efficace.
Un héritier des paresseux géants
Les paresseux actuels ne sont que les survivants d'un groupe autrefois très diversifié. Pendant des millions d'années, l'Amérique du Sud, puis l'Amérique du Nord, ont été peuplées de paresseux terrestres de toutes tailles, dont certains, comme le mégathérium, atteignaient environ six mètres de long et pesaient plusieurs tonnes. Ces géants se dressaient sur leurs pattes arrière pour atteindre les feuilles des arbres et utilisaient leurs énormes griffes pour abaisser les branches. D'autres espèces, plus petites, vivaient dans les Antilles, et certaines ont même adopté un mode de vie semi-aquatique le long des côtes du Pérou. La plupart de ces paresseux terrestres ont disparu à la fin de la dernière glaciation, à une époque marquée à la fois par des bouleversements climatiques et par l'arrivée des humains, sans que la part de chaque cause soit tranchée. Leurs fossiles, découverts dès la fin du XVIIIe siècle, ont beaucoup intrigué les naturalistes. Les paresseux arboricoles actuels, qui descendent de lignées distinctes de ce vaste ensemble, gardent la trace de cette histoire commune aux Xénarthres, dont les cousins actuels sont les fourmiliers et les xénarthres cuirassés comme le tatou.