Le pécari est un mammifère d'Amérique qui ressemble à un petit sanglier : corps trapu couvert de soies raides, tête en coin terminée par un groin mobile, pattes fines et courtes. Il n'appartient pourtant pas à la famille des cochons et des sangliers, mais à une famille voisine et propre au Nouveau Monde, celle des Tayassuidés, dont les représentants vivent du sud-ouest des États-Unis jusqu'au nord de l'Argentine. Le terme recouvre aujourd'hui trois espèces bien distinctes, le pécari à collier, le plus répandu, le pécari à lèvres blanches, qui forme de grandes hardes dans les forêts tropicales, et le pécari du Chaco, longtemps connu uniquement par des fossiles avant d'être découvert vivant au XXe siècle. Animal très social, le pécari vit en groupes soudés qui se reconnaissent à leur odeur, grâce à une glande située sur le dos. Omnivore à dominante végétale, il joue un rôle important dans les forêts et les zones arides en dispersant ou en détruisant des graines, en retournant le sol et en servant de proie aux grands félins. Cette définition présente sa classification, ses différences avec le sanglier, ses espèces, son mode de vie, l'origine de son nom et la place qu'il occupe auprès des sociétés humaines du continent américain.

Qu'est-ce qu'un pécari ? Définition et classification

Le pécari est un mammifère ongulé de l'ordre des artiodactyles, celui des animaux à nombre pair de doigts, qui comprend aussi les ruminants, les hippopotames et les suidés. Il forme avec ses congénères la famille des Tayassuidés, une lignée qui s'est séparée de celle des cochons il y a des dizaines de millions d'années et qui ne survit plus aujourd'hui qu'en Amérique. On le compare spontanément au cochon domestique et au sanglier, et même au jeune porcelet que le français appelle le goret, tant leur silhouette générale se ressemble : même groin, même corps compact, mêmes soies. Mais cette ressemblance cache de nombreuses différences anatomiques, au niveau des dents, de l'estomac, des pattes ou des glandes, qui justifient leur classement dans deux familles séparées. Les pécaris ont d'ailleurs évolué en Amérique de façon indépendante, alors que les sangliers et les cochons qu'on y rencontre aujourd'hui ont été introduits par les Européens. Parmi les trois espèces actuelles, le pécari à collier est de loin le plus répandu et le mieux étudié ; c'est généralement à lui que l'on pense lorsqu'on parle du pécari sans autre précision. Ses dimensions restent modestes, avec une longueur d'environ 80 centimètres à un mètre et un poids de 15 à 30 kilos.

Dessin animé légendé d'un pécari à collier qui fouille le sol avec son groin Collier de poils clairs Glande odorante dorsale Canines droites Groin fouisseur Trois doigts aux pattes arrière Pécari à collier : environ 80 cm à 1 m de long, 15 à 30 kg
Le pécari à collier tire son nom de la bande de poils pâles qui entoure son cou ; sa glande dorsale lui sert à marquer les membres de son groupe.

Quelle différence entre un pécari et un sanglier ?

Au premier regard, un pécari passe facilement pour un petit sanglier, mais plusieurs détails permettent de les distinguer. Ses canines supérieures, courtes et droites, pointent vers le bas et frottent contre les inférieures à chaque mouvement de la mâchoire, ce qui les maintient affûtées et produit un claquement caractéristique quand l'animal est irrité ; chez le sanglier, les canines supérieures se recourbent vers le haut en défenses. Le pécari possède en outre un estomac à plusieurs compartiments, plus complexe que celui des cochons, qui l'aide à digérer des végétaux coriaces sans pour autant faire de lui un ruminant. Ses pattes postérieures ne portent que trois doigts, contre quatre chez les suidés, et sa queue est réduite à un petit moignon presque invisible. Il possède surtout, au milieu du dos, une glande odorante qui sécrète un liquide musqué très puissant, à l'origine de l'odeur que l'on perçoit souvent avant même de voir les animaux. Enfin, il est nettement plus petit qu'un sanglier adulte et vit exclusivement en Amérique, alors que les sangliers et cochons marrons que l'on y rencontre descendent d'animaux introduits depuis l'Europe.

Infographie comparant le pécari et le sanglier sur quatre critères : canines, doigts arrière, glande dorsale et continent Pécari Sanglier Caninesdroites, vers le basrecourbées vers le haut Doigts arrière3 doigts4 doigts Glande dorsaleoui, très odorantenon OrigineAmériques uniquementEurasie, Afrique du Nord
Pécari et sanglier se ressemblent par convergence, mais leurs dents, leurs pattes et leurs glandes trahissent deux familles distinctes.

Quelles sont les espèces de pécari ?

Les zoologistes reconnaissent généralement trois espèces de pécari, auxquelles s'ajoute parfois un « pécari géant » décrit au Brésil au début du XXIe siècle, dont le statut d'espèce à part entière reste débattu. Le pécari à collier occupe l'aire la plus vaste, du sud de l'Arizona, du Nouveau-Mexique et du Texas jusqu'au nord de l'Argentine, dans des milieux très variés : déserts à cactus, broussailles, savanes, forêts sèches et forêts tropicales humides. Le pécari à lèvres blanches, un peu plus grand et au pelage plus sombre, porte une tache blanche autour de la bouche ; il vit dans les grandes forêts d'Amérique centrale et du Sud, en hardes qui peuvent compter plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d'individus, et parcourt de longues distances à la recherche de fruits. Le pécari du Chaco, enfin, est le plus grand et le plus rare : décrit d'abord à partir de fossiles, il a été découvert vivant dans les forêts sèches et épineuses du Gran Chaco, entre Paraguay, Bolivie et Argentine, dans les années 1970, à la surprise des scientifiques. Aux longues pattes et aux oreilles plus grandes, il est aujourd'hui classé en danger par l'UICN, alors que le pécari à collier n'est pas menacé à l'échelle mondiale.

Espèce de pécariSigne distinctifHabitat principalStatut UICN
Pécari à collier (Pecari tajacu)Collier de poils pâles autour du couDu sud des États-Unis à l'Argentine, milieux variésPréoccupation mineure
Pécari à lèvres blanches (Tayassu pecari)Tache blanche autour de la bouche, très grandes hardesForêts tropicales d'Amérique centrale et du SudVulnérable
Pécari du Chaco (Catagonus wagneri)Plus grand, longues pattes, grandes oreillesForêts sèches du Gran ChacoEn danger
Pécari géant (statut discuté)Grande taille, petits groupesAmazonie brésilienneNon évalué séparément

Comment vit le pécari ? Comportement et alimentation

Le pécari est un animal grégaire. Le pécari à collier vit en groupes d'une dizaine d'individus en moyenne, parfois davantage, qui partagent un territoire, des points d'eau et des aires de repos. Les membres d'un groupe se frottent régulièrement les uns contre les autres, tête contre flanc, pour échanger la sécrétion de leur glande dorsale : cette odeur commune sert de signe de reconnaissance et soude la troupe, tandis que le marquage des rochers et des troncs signale le territoire aux groupes voisins. Le pécari a une vue médiocre, mais un odorat et une ouïe développés, et communique par des grognements, des claquements de dents et des aboiements d'alarme. Son régime alimentaire est très varié et majoritairement végétal : fruits, graines, noix, racines, bulbes et tubercules qu'il déterre avec son groin, champignons, mais aussi raquettes de figuiers de Barbarie et agaves dans les régions désertiques, où ces plantes charnues lui fournissent aussi l'eau dont il a besoin. Il complète ce menu par des insectes, des vers, des œufs et parfois de petits vertébrés. Face au danger, le groupe peut fuir en ordre dispersé ou faire front, et les pécaris à lèvres blanches sont réputés pour se défendre collectivement contre le jaguar.

Un animal adapté aux déserts comme aux forêts

Peu d'ongulés sont capables de vivre à la fois dans les forêts pluviales d'Amazonie et dans les déserts brûlants de l'Arizona, et le pécari à collier fait partie de ces exceptions. Dans les régions arides, il adapte son rythme aux saisons : en été, il se repose aux heures chaudes à l'ombre des buissons, dans des grottes ou des ravines, et devient surtout actif à l'aube, au crépuscule et pendant la nuit, alors qu'il peut se montrer actif en pleine journée pendant l'hiver. Il supporte mal le froid et se serre alors contre ses congénères pour se réchauffer, si bien que les vagues de froid exceptionnelles peuvent provoquer des pertes dans les populations les plus septentrionales. Son goût pour les plantes succulentes lui permet de limiter ses besoins en eau libre : les raquettes de cactus, malgré leurs épines, lui apportent à la fois nourriture et humidité, et son système digestif tolère certaines substances qui rendraient ces plantes indigestes pour d'autres animaux. En forêt tropicale, à l'inverse, il profite de l'abondance des fruits tombés au sol et partage souvent ses ressources avec d'autres espèces, ce qui en fait l'un des mammifères terrestres les plus polyvalents du continent américain.

Reproduction et rôle dans l'écosystème

Chez le pécari à collier, la reproduction peut avoir lieu à toute période de l'année, avec des pics liés aux pluies et à l'abondance de nourriture. Après une gestation d'environ cinq mois, la femelle s'isole pour mettre bas, le plus souvent deux petits, au pelage roussâtre parcouru d'une ligne sombre sur le dos. Les jeunes sont capables de suivre leur mère au bout de quelques jours seulement et rejoignent rapidement le groupe, où ils restent sous la protection des adultes. Sur le plan écologique, les pécaris occupent une place importante. En retournant la terre à la recherche de racines, ils aèrent le sol et créent de petites cuvettes qui retiennent l'eau et profitent aux amphibiens. En consommant des quantités énormes de fruits et de graines, ils en détruisent une partie mais en dispersent d'autres, influençant la composition des forêts tropicales. Ils sont enfin des proies majeures pour les grands prédateurs comme le jaguar et le puma, et, plus au nord, pour le coyote ou le lynx roux, qui s'attaquent surtout aux jeunes. La disparition des grandes hardes de pécaris à lèvres blanches dans certaines forêts est d'ailleurs considérée comme un signal d'alerte sur leur état de santé.

D'où vient le mot « pécari » ? Étymologie et histoire

Le mot pécari est un emprunt aux langues amérindiennes : il vient d'une langue caribe parlée dans le nord de l'Amérique du Sud, où un terme proche, souvent cité sous la forme pakira, désignait l'animal. Il est entré dans les langues européennes par les récits des voyageurs et des naturalistes qui exploraient les Guyanes et les Antilles, avant d'être adopté en français au XVIIe ou XVIIIe siècle. Les noms scientifiques empruntent eux aussi aux langues autochtones : tajacu et Tayassu viennent du tupi, la langue des peuples de la côte brésilienne, qui désignaient ainsi les pécaris. Pour les sociétés amérindiennes, le pécari est depuis des millénaires un gibier essentiel, chassé pour sa viande et sa peau, et il occupe une place de choix dans de nombreux mythes amazoniens, où les hardes de pécaris sont parfois présentées comme des humains transformés ou comme des troupeaux gardés par un maître des animaux. Aujourd'hui encore, la chasse de subsistance du pécari reste très importante dans les communautés rurales d'Amazonie. Son cuir, souple et marqué de petits pores caractéristiques, est par ailleurs utilisé pour fabriquer des gants et des articles de maroquinerie, un commerce encadré par la convention de Washington sur le commerce des espèces menacées.

Le pécari est-il menacé ? Protection et cohabitation avec l'homme

La situation du pécari varie beaucoup selon les espèces. Le pécari à collier, très adaptable, reste abondant sur une grande partie de son aire et s'accommode même de la proximité humaine : dans le sud-ouest des États-Unis, il fréquente les quartiers résidentiels en bordure du désert, où il peut fouiller les poubelles et les jardins, ce qui pose des problèmes de cohabitation et pousse les autorités à déconseiller de le nourrir. Les autres espèces sont plus fragiles. Le pécari à lèvres blanches, qui a besoin de vastes étendues de forêt continue, a disparu de nombreuses régions d'Amérique centrale et du Sud sous l'effet de la déforestation et de la chasse, et ses populations connaissent parfois des effondrements soudains encore mal expliqués. Le pécari du Chaco, dont les forêts sèches sont rapidement converties en pâturages et en cultures, est l'une des espèces les plus menacées de la famille, et des programmes d'élevage en captivité ont été lancés pour assurer sa sauvegarde. Le pécari partage d'ailleurs ses forêts avec d'autres mammifères sociaux et fouisseurs, comme le coati, petit cousin des ratons laveurs qui parcourt lui aussi les sous-bois en bandes bruyantes à la recherche de fruits et d'invertébrés.