Le varan est un lézard de la famille des Varanidés, reconnaissable à son long cou, à son corps puissant posé sur des pattes griffues, à sa queue musclée et surtout à sa langue fourchue, qu'il sort sans cesse pour flairer son environnement. On en connaît plus de quatre-vingts espèces, toutes réunies dans le seul genre Varanus, réparties dans les régions chaudes de l'Afrique, du Moyen-Orient, de l'Asie du Sud et du Sud-Est, de la Nouvelle-Guinée et de l'Australie. Leur taille varie de manière spectaculaire : le plus petit tiendrait dans la paume de la main, tandis que le plus grand, le célèbre dragon de Komodo, dépasse souvent deux mètres et demi et reste le plus grand lézard vivant. Tous sont des prédateurs ou des charognards actifs, à l'intelligence et à l'endurance remarquables pour des reptiles. Leur silhouette évoque parfois celle d'un serpent à pattes, et ils partagent d'ailleurs avec le cobra royal les forêts et les mangroves d'Asie du Sud-Est, où les deux reptiles peuvent se croiser, voire s'affronter. Redoutés, chassés pour leur peau ou leur viande, parfois vénérés, les varans occupent une place à part dans les écosystèmes comme dans l'imaginaire humain.

Qu'est-ce qu'un varan ? Définition de ce lézard

Un varan est un reptile squamate, c'est-à-dire du même grand groupe que les lézards et les serpents, appartenant à la famille des Varanidae. Celle-ci ne compte aujourd'hui qu'un seul genre, Varanus, dont les espèces, malgré leurs tailles très différentes, partagent une architecture commune : tête allongée, museau étroit, cou nettement dégagé, corps cylindrique, pattes robustes armées de griffes recourbées et longue queue, souvent plus longue que le reste du corps. Leurs écailles, petites et granuleuses, leur donnent un aspect perlé. Les varans sont des animaux terrestres, arboricoles ou semi-aquatiques selon les espèces : certains grimpent avec aisance dans les arbres, d'autres creusent des terriers dans les sols secs, d'autres encore nagent remarquablement bien en ondulant de la queue. On les trouve dans des milieux aussi variés que les déserts, les savanes, les forêts tropicales, les mangroves et même les parcs et les canaux de grandes villes asiatiques. Les paléontologues rattachent à leur lignée de grands reptiles disparus, comme un varan géant qui vivait en Australie à l'époque des premiers hommes, et certains spécialistes rapprochent les varans des mosasaures, ces reptiles marins géants du temps des dinosaures. Leur métabolisme, plus élevé que celui de la plupart des lézards, leur permet de rester actifs longtemps.

Espèce de varanLongueur indicativeRépartition et milieu
Varan de Komodo (Varanus komodoensis)Souvent 2,5 m, jusqu'à 3 mQuelques îles d'Indonésie, savanes et forêts sèches
Varan malais (Varanus salvator)Souvent 1,5 à 2 m, parfois plusAsie du Sud-Est, rivières, mangroves, villes
Varan du Nil (Varanus niloticus)Environ 1,2 à 2 mAfrique subsaharienne, bords de l'eau
Perentie (Varanus giganteus)Jusqu'à 2 m environDéserts du centre de l'Australie
Varan du désert (Varanus griseus)Environ 1 mAfrique du Nord, Moyen-Orient, Asie centrale
Varan à queue courte (Varanus brevicauda)Une vingtaine de centimètresDéserts sableux d'Australie

D'où vient le mot « varan » ?

Contrairement à une idée reçue, le mot varan ne vient ni du latin ni du grec. Il est emprunté à l'arabe waral ou waran, terme qui désigne en Afrique du Nord et au Proche-Orient le grand lézard du désert et celui du Nil. Les naturalistes européens l'ont latinisé sous la forme Varanus au début du XIXe siècle, lorsque le genre a été défini, et le mot français en est directement issu. Une autre appellation a longtemps circulé dans les ouvrages scientifiques et subsiste en anglais : monitor, du latin monere, « avertir ». Elle repose sur une ancienne croyance selon laquelle ces lézards, souvent observés au bord de l'eau, préviendraient de la présence des crocodiles, une légende sans fondement biologique mais tenace. On parlait aussi autrefois de « sauvegarde » pour certains varans d'Afrique. Le nom de dragon de Komodo, enfin, n'a rien de scientifique : il vient des récits des pêcheurs et des premiers visiteurs européens, impressionnés par cet animal massif à langue jaune qui évoquait les dragons des légendes. Les habitants de l'île l'appellent ora, et l'espèce porte depuis sa description le nom latin de Varanus komodoensis, d'après l'île qui l'abrite.

Comment est fait un varan ? Anatomie d'un chasseur

L'anatomie du varan en fait l'un des lézards les plus performants. Sa langue longue et profondément fourchue, semblable à celle des serpents, capte les particules odorantes dans l'air et sur le sol, puis les dépose dans l'organe de Jacobson, situé dans le palais, qui les analyse : la forme fourchue permet de comparer les odeurs perçues à gauche et à droite et donc de suivre une piste avec précision. Ses dents, recourbées vers l'arrière et finement dentelées comme une lame de scie, sont faites pour trancher la chair plutôt que pour broyer, et elles se renouvellent tout au long de la vie. Son crâne et sa mâchoire, assez mobiles, lui permettent d'avaler de gros morceaux, voire des proies entières. Ses poumons, plus efficaces que ceux des autres lézards, lui assurent une meilleure endurance, et la plupart des espèces peuvent courir vite sur de courtes distances. Sa queue puissante sert de gouvernail à la nage, d'appui lorsqu'il se dresse sur ses pattes arrière pour observer ou combattre, et d'arme qu'il abat comme un fouet sur un agresseur. Ses griffes, enfin, lui servent à creuser, grimper ou maintenir une proie, et ses bonnes capacités visuelles complètent un équipement sensoriel remarquable.

Dessin animé légendé d'un varan : langue fourchue, dents dentelées, long cou, pattes griffues et queue puissante Langue fourchue Dents en lame de scie Long cou Écailles petites et perlées Pattes à griffes robustes Queue : gouvernail, fouet
Anatomie du varan : un lézard au long cou, à la langue de serpent et à la queue qui sert à la fois de gouvernail et de fouet.
découvrez ce qu'est un varan, un reptile fascinant de la famille des lézards. cette définition vous plonge dans son habitat, ses caractéristiques uniques et son comportement, pour mieux comprendre cet animal emblématique.

Que mange le varan et comment chasse-t-il ?

Tous les varans sont carnivores, à quelques rares exceptions près : trois espèces des forêts des Philippines consomment en effet une grande quantité de fruits, un régime unique dans la famille. Pour les autres, le menu dépend surtout de la taille de l'animal. Les petites espèces se nourrissent d'insectes, d'araignées, de scorpions et de petits lézards ; les espèces moyennes ajoutent à leur régime des crabes, des escargots, des grenouilles, des poissons, des oiseaux, des rongeurs et des œufs, dont ils sont friands au point de piller les nids de tortues et de crocodiles ; les plus grandes s'attaquent à des proies de grande taille. Le varan est un chasseur actif plutôt qu'un animal d'embuscade : il parcourt chaque jour de longues distances en fouillant les terriers, les souches et les herbes, langue en mouvement, et peut déterrer des proies cachées grâce à ses griffes. Opportuniste, il ne dédaigne pas les charognes, qu'il détecte à grande distance grâce à son odorat. Le varan de Komodo, au sommet de sa chaîne alimentaire, chasse surtout à l'affût les cerfs, les sangliers ou les buffles d'eau, en les mordant avant de les suivre patiemment jusqu'à ce qu'ils s'affaiblissent.

Graphique animé comparant la longueur de plusieurs espèces de varans, du varan à queue courte au varan de Komodo Une famille aux tailles très variables Varan de Komodo≈ 3 m Varan malais≈ 2,2 m Varan du Nil≈ 1,8 m Varan du désert≈ 1 m Varan à queue courte≈ 20 cm valeurs maximales courantes, queue comprise
Longueurs indicatives, queue comprise : du varan à queue courte au dragon de Komodo, la famille des varans couvre un écart de taille spectaculaire.

Le varan de Komodo est-il venimeux ?

Pendant des décennies, on a expliqué la redoutable efficacité de la morsure du varan de Komodo par la présence de bactéries dangereuses dans sa salive, qui provoqueraient une infection mortelle chez ses victimes. Cette théorie a été largement remise en cause par des travaux publiés à la fin des années 2000 : les chercheurs ont mis en évidence, dans la mâchoire inférieure de l'animal, des glandes à venin qui sécrètent des substances empêchant la coagulation du sang et faisant chuter la tension artérielle. Combinées aux plaies profondes laissées par ses dents en lame de scie, ces toxines provoquent un état de choc et une hémorragie qui affaiblissent rapidement la proie. Les bactéries présentes dans sa bouche ne seraient pas plus remarquables que celles d'autres carnivores. Des glandes comparables ont ensuite été identifiées chez d'autres varans, ce qui a alimenté l'hypothèse d'un ancêtre commun venimeux aux varans, aux serpents et à certains lézards, même si ce scénario reste débattu entre spécialistes. Pour l'homme, la morsure de la plupart des varans est surtout douloureuse et à risque d'infection. Celle du dragon de Komodo est en revanche dangereuse, et quelques attaques mortelles ont été rapportées dans son aire de répartition, même si elles restent rares.

Comment se reproduit le varan ?

Les varans sont ovipares : la femelle pond des œufs à coquille souple, dont le nombre varie de quelques-uns chez les petites espèces à plusieurs dizaines chez le varan du Nil. Pendant la saison des amours, les mâles s'affrontent lors de combats ritualisés spectaculaires, dressés sur leurs pattes arrière, en se tenant enlacés et en tentant de renverser l'adversaire. Les sites de ponte sont choisis avec soin : terrier creusé dans un sol meuble, cavité d'arbre, tas de végétation en décomposition ou, chez plusieurs espèces, intérieur d'une termitière. Dans ce dernier cas, la femelle ouvre une brèche dans l'édifice, y dépose ses œufs, puis les termites referment la cavité, offrant aux œufs une température et une humidité stables pendant toute l'incubation, qui dure plusieurs mois. Le dragon de Komodo utilise souvent les monticules de terre construits par un oiseau, le mégapode, pour y creuser son nid. Les jeunes, livrés à eux-mêmes dès l'éclosion, vivent souvent dans les arbres pour échapper aux adultes, cannibales à l'occasion. Fait remarquable, des femelles de varan de Komodo isolées en parc zoologique ont pondu des œufs viables sans s'être accouplées : ce phénomène, appelé parthénogenèse, a aussi été observé chez d'autres espèces de varans.

Varans et humains : menaces, protection et symboles

Les relations entre les varans et les humains sont anciennes et ambivalentes. Dans de nombreuses régions d'Afrique et d'Asie, ils sont chassés pour leur viande, leur graisse utilisée en médecine traditionnelle et surtout leur peau, qui alimente l'industrie de la maroquinerie : un très grand nombre de peaux de varans malais et de varans du Nil sont commercialisées chaque année, dans le cadre de quotas encadrés par la CITES. Plusieurs espèces sont aussi capturées pour le commerce des animaux de compagnie, un usage délicat car un varan adulte demande beaucoup d'espace, de chaleur et de compétences, et vit longtemps. Ailleurs, les varans sont plutôt bien tolérés, voire appréciés : dans certaines villes d'Asie du Sud-Est, les varans malais patrouillent les canaux et les parcs, où ils participent au nettoyage des déchets et à la régulation des rongeurs. Les espèces insulaires sont les plus vulnérables, car leur aire réduite les expose à la destruction de l'habitat et aux espèces introduites. Le varan de Komodo est ainsi classé en danger par l'UICN, sa survie à long terme étant menacée par l'élévation du niveau de la mer et la raréfaction de ses proies hors des zones protégées.

Le dragon de Komodo, emblème des varans

Décrit scientifiquement en 1912 par le naturaliste néerlandais Peter Ouwens, à partir de spécimens collectés sur l'île de Komodo, le dragon de Komodo n'est présent que sur quelques îles de la petite Sonde, en Indonésie, dont Komodo, Rinca et une partie de Florès. Le parc national de Komodo, créé pour le protéger et inscrit au patrimoine mondial, attire chaque année de nombreux visiteurs, encadrés par des gardes, et le tourisme y est devenu un enjeu économique et de conservation majeur. Le géant est devenu l'ambassadeur de toute la famille des varans, dont beaucoup d'espèces restent pourtant méconnues, en particulier celles des îles d'Indonésie, de Nouvelle-Guinée et du Pacifique occidental, où de nouvelles espèces sont encore décrites. Sur ces petites îles tropicales, plusieurs varans, comme le varan des mangroves, fouillent le littoral à la recherche de poissons échoués, d'œufs et de crustacés, et partagent les plages et les cocoteraies avec le crabe des cocotiers, le plus grand arthropode terrestre, qui fréquente les mêmes rivages et les mêmes lisières de forêt littorale.