Le gorille des montagnes (Gorilla beringei beringei) est un grand singe qui vit dans les forêts d'altitude d'Afrique centrale, sur les pentes des volcans des Virunga, à la frontière entre le Rwanda, l'Ouganda et la République démocratique du Congo, ainsi que dans la forêt impénétrable de Bwindi, en Ouganda. Plus grand primate vivant avec ses cousins gorilles, il impressionne par sa carrure, son pelage noir épais et le dos argenté des mâles adultes, mais il mène une vie paisible de végétarien, au sein de groupes familiaux soudés. Il partage avec le bonobo, le chimpanzé et l'orang-outan le statut de grand singe, ce groupe de primates qui comprend aussi l'être humain et dont il est l'un des plus proches parents. Rendu célèbre par la primatologue Dian Fossey et par le film Gorilles dans la brume, il est devenu un symbole mondial de la conservation : au bord de l'extinction dans les années 1980, il a vu ses effectifs remonter au-dessus du millier d'individus grâce à une protection intensive. Cette réussite reste toutefois fragile, car l'ensemble de la population survit dans deux petits îlots de forêt entourés de régions très densément peuplées.

Qu'est-ce qu'un gorille des montagnes ? Définition

Le gorille des montagnes est l'une des deux sous-espèces du gorille de l'Est (Gorilla beringei), l'autre étant le gorille de Grauer, qui vit dans les forêts de basse altitude de l'est de la RDC. Le gorille de l'Ouest (Gorilla gorilla), qui peuple les forêts du Gabon, du Cameroun, du Congo et des pays voisins, constitue quant à lui une espèce distincte, elle-même divisée en deux sous-espèces. Tous appartiennent à la famille des Hominidés, comme les chimpanzés, les bonobos, les orangs-outans et l'homme, avec lequel ils partagent une très grande partie de leur patrimoine génétique. Le gorille des montagnes se distingue des autres gorilles par un pelage plus long et plus soyeux, une adaptation au froid des forêts d'altitude, des bras un peu plus courts et une mâchoire puissante adaptée à un régime riche en tiges et en feuilles coriaces. On ne le trouve que dans deux populations isolées : celle du massif des Virunga, une chaîne de volcans éteints ou actifs partagée par trois pays, et celle de la forêt de Bwindi, en Ouganda, à une trentaine de kilomètres de là. Le dernier recensement complet a dénombré un peu plus de mille individus au total, ce qui en fait l'une des sous-espèces de grands singes les mieux suivies au monde.

GorilleRépartitionStatut UICN
Gorille des montagnes (G. beringei beringei)Virunga (Rwanda, Ouganda, RDC) et Bwindi (Ouganda)En danger
Gorille de Grauer (G. beringei graueri)Forêts de l'est de la RDCEn danger critique
Gorille des plaines de l'Ouest (G. gorilla gorilla)Gabon, Cameroun, Congo, Centrafrique, Guinée équatorialeEn danger critique
Gorille de la rivière Cross (G. gorilla diehli)Frontière entre le Nigeria et le CamerounEn danger critique

D'où vient le nom du gorille des montagnes ?

Le mot gorille a une origine étonnante. Il apparaît pour la première fois dans le récit grec du périple du navigateur carthaginois Hannon, qui aurait longé les côtes de l'Afrique de l'Ouest plusieurs siècles avant notre ère : le texte mentionne une île peuplée d'êtres sauvages et velus, que les interprètes appelaient gorillai, et dont l'expédition captura trois femelles. On ignore quels animaux ces voyageurs ont réellement rencontrés, peut-être des chimpanzés ou des babouins. Le terme a été repris au milieu du XIXe siècle par le missionnaire américain Thomas Savage et le naturaliste Jeffries Wyman, lorsqu'ils ont décrit scientifiquement le gorille de l'Ouest à partir de crânes rapportés du Gabon. Le gorille des montagnes, lui, n'a été connu des scientifiques occidentaux qu'en 1902, lorsqu'un officier allemand, le capitaine Robert von Beringe, abattit deux individus sur les pentes du volcan Sabyinyo. Les spécimens furent étudiés à Berlin par le zoologiste Paul Matschie, qui nomma la nouvelle forme beringei en l'honneur de l'officier. La qualification « des montagnes », enfin, rappelle son habitat d'altitude, qui le distingue des gorilles des plaines, et il est appelé ingagi dans plusieurs langues de la région.

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À quoi ressemble le gorille des montagnes ?

Le gorille des montagnes est un animal massif, au corps trapu et à la poitrine large, dont les bras longs et musclés dépassent les jambes en longueur. Il se déplace principalement à quatre pattes en prenant appui sur les phalanges repliées de ses mains, un mode de locomotion appelé knuckle-walking, et ne se dresse sur ses pattes arrière que brièvement, pour observer ou impressionner. Debout, un grand mâle peut approcher 1,70 mètre, et il pèse souvent entre 140 et 200 kilos, soit environ deux fois plus qu'une femelle. Les mâles adultes, à partir d'une douzaine d'années, développent sur le dos une selle de poils gris clair qui leur vaut le nom de dos argenté, ainsi qu'une crête osseuse au sommet du crâne, la crête sagittale, sur laquelle s'insèrent des muscles masticateurs très puissants. Leur pelage noir, long et dense, les protège du froid et de l'humidité des forêts d'altitude, où les nuits peuvent être fraîches. Chaque gorille possède en outre une empreinte nasale unique, formée par les plis et la forme des narines, que les chercheurs utilisent pour identifier les individus, au même titre que des empreintes digitales. Leur regard brun, très expressif, et leurs mains aux ongles plats rappellent de façon frappante leur proximité avec l'homme.

Dessin animé légendé d'un gorille des montagnes mâle à dos argenté : crête sagittale, empreinte nasale, pelage long et marche sur les phalanges Crête sagittale Empreinte nasaleunique, identifie Dos argenté du mâle adulte Pelage long et épais Marche sur les phalanges
Les signes distinctifs du gorille des montagnes mâle : une crête au sommet du crâne, un dos argenté et une empreinte nasale propre à chaque individu.

Où vit le gorille des montagnes et que mange-t-il ?

Le gorille des montagnes occupe des forêts humides situées en altitude, depuis environ 1 200 mètres dans certains secteurs de Bwindi jusqu'à plus de 3 500 mètres sur les volcans des Virunga. Dans les Virunga, son habitat s'étage sur les flancs des volcans : forêt de montagne, ceintures de bambous, forêts plus ouvertes d'arbres couverts de mousses et de lichens, puis prairies subalpines aux lobélies et séneçons géants. À Bwindi, il vit dans une forêt plus basse et plus dense, sur des collines aux pentes très raides. Le climat y est frais et humide, avec des brouillards fréquents qui ont donné leur nom aux « forêts de nuage ». Le gorille des montagnes est presque entièrement végétarien. Il consomme surtout des feuilles, des tiges, des moelles, des racines et des pousses, en particulier celles du céleri sauvage, des orties, des chardons et, à la saison favorable, les jeunes pousses de bambou, auxquelles s'ajoutent quelques fruits, plus fréquents dans son menu à Bwindi. Les fourmis et autres petits invertébrés ne représentent qu'une part infime de son alimentation. Comme cette nourriture est peu énergétique, un grand mâle doit avaler chaque jour une quantité considérable de végétaux, et l'essentiel de la journée est consacré à se nourrir et à digérer.

Schéma animé des étages de végétation sur un volcan des Virunga, de la forêt de montagne aux prairies subalpines, avec la zone fréquentée par les gorilles Forêt demontagne Bambous etforêt claire Forêt de mousses Prairiessubalpines altitude Zone la plus fréquentée par les gorilles
Les étages de végétation d'un volcan des Virunga : le gorille des montagnes se déplace surtout dans la forêt et les bambous, et monte parfois plus haut. Schéma simplifié.

La journée d'un gorille des montagnes

La vie quotidienne du gorille des montagnes suit un rythme régulier. Au lever du jour, le groupe quitte les nids où il a passé la nuit et commence à se nourrir, en progressant lentement dans la végétation. Vers le milieu de la journée vient une longue sieste collective, moment privilégié des contacts sociaux : les adultes se reposent, s'épouillent, tandis que les jeunes jouent, se poursuivent, grimpent et se bagarrent sous l'œil des adultes. L'après-midi est de nouveau consacré à l'alimentation et aux déplacements, souvent de quelques centaines de mètres seulement par jour dans les Virunga, où la nourriture abonde, davantage à Bwindi. À la tombée du jour, chaque gorille construit un nouveau nid en repliant et en entrecroisant des branches et des tiges, au sol ou dans un arbre bas pour les plus légers, les petits dormant avec leur mère. Ces nids, abandonnés chaque matin, permettent aux chercheurs de compter les individus et d'estimer leur âge d'après la taille des crottes laissées sur place. Le gorille ne boit presque jamais : l'eau contenue dans les plantes succulentes et la rosée suffisent à couvrir ses besoins, dans un milieu où l'humidité est quasi permanente.

Comment vivent les gorilles des montagnes ? Famille et reproduction

Les gorilles des montagnes vivent en groupes stables qui comptent le plus souvent une dizaine d'individus, parfois beaucoup plus. Un groupe typique est dirigé par un mâle dos argenté dominant, accompagné de plusieurs femelles adultes, de leurs petits, de jeunes de différents âges et, assez souvent chez cette sous-espèce, d'un ou plusieurs autres mâles adultes subordonnés. Le dos argenté décide des déplacements, arbitre les conflits et protège le groupe. Face à une menace ou à un rival, il se lance dans des parades d'intimidation spectaculaires : cris, arrachage de végétation, course latérale et martèlement de la poitrine avec les mains à plat, qui résonne à grande distance. Ces démonstrations se terminent rarement par un combat réel, mais les affrontements entre mâles peuvent être violents. La communication repose aussi sur une large gamme de vocalisations, de grognements de satisfaction pendant les repas aux aboiements d'alarme. À l'âge adulte, beaucoup de jeunes femelles quittent leur groupe natal pour en rejoindre un autre ou un mâle solitaire, ce qui limite la consanguinité, tandis que de jeunes mâles partent vivre seuls avant de tenter de fonder leur propre famille.

La reproduction du gorille des montagnes

La reproduction du gorille des montagnes est particulièrement lente, ce qui rend l'espèce vulnérable. Les femelles ont leur premier petit vers l'âge de dix ans environ, après une gestation d'un peu moins de neuf mois, proche de celle de l'humain. Le nouveau-né, qui pèse environ deux kilos, est entièrement dépendant de sa mère : il s'accroche d'abord à son ventre, puis voyage sur son dos à partir de quelques mois. Il commence à goûter les plantes vers six mois, mais il continue de téter pendant plusieurs années et dort dans le nid de sa mère jusqu'à l'arrivée d'un nouveau petit. L'intervalle entre deux naissances est ainsi d'environ quatre ans, si bien qu'une femelle n'élève au cours de sa vie qu'un nombre limité de jeunes. Le dos argenté se montre souvent tolérant et protecteur envers les petits, qui jouent volontiers près de lui. La mortalité infantile reste toutefois notable, liée aux maladies, aux accidents et parfois à l'infanticide commis par un mâle extérieur qui prend le contrôle d'un groupe. Dans la nature, un gorille des montagnes peut vivre une quarantaine d'années, et chaque naissance est suivie de près par les équipes qui protègent l'espèce.

Le gorille des montagnes est-il menacé ? Un sauvetage exemplaire

Au début des années 1980, la population de gorilles des montagnes des Virunga était tombée à environ 250 individus selon les recensements de l'époque, victime de la chasse, du braconnage au collet destiné à d'autres animaux, de la capture de jeunes pour des zoos et des collectionneurs, et du grignotage de la forêt par l'agriculture. La primatologue américaine Dian Fossey, installée au Rwanda en 1967, avait fondé le centre de recherche de Karisoke, entre les volcans Karisimbi et Visoke, d'où elle étudia les gorilles pendant près de vingt ans et mena une lutte acharnée contre les braconniers, jusqu'à son assassinat en 1985. Son livre et le film qui en a été tiré ont alerté le monde entier. Depuis, la protection des gorilles a mobilisé gardes, chercheurs, vétérinaires et communautés locales, malgré les guerres qui ont ravagé la région des Grands Lacs dans les années 1990 et 2000. Plusieurs gardes du parc national des Virunga ont d'ailleurs perdu la vie en défendant la faune. Ces efforts ont porté leurs fruits : les effectifs ont augmenté régulièrement, et l'UICN a fait passer la sous-espèce de la catégorie « en danger critique » à celle de « en danger » en 2018.

Un succès de conservation qui reste fragile

Le redressement du gorille des montagnes repose sur plusieurs piliers. La surveillance quotidienne des groupes par les gardes et le retrait systématique des collets limitent le braconnage. Des vétérinaires interviennent sur le terrain pour soigner les animaux blessés ou malades, car les gorilles sont sensibles à de nombreuses maladies humaines, des infections respiratoires aux virus, ce qui impose aux visiteurs de garder leurs distances et de porter un masque. Le tourisme d'observation, très encadré et limité à quelques groupes habitués à la présence humaine, rapporte des revenus importants aux parcs et aux communautés voisines, qui perçoivent une part des recettes, ce qui donne une valeur concrète à la protection de la forêt. Au Rwanda, une cérémonie annuelle, le Kwita Izina, célèbre même la naissance des petits gorilles en leur attribuant un nom. Les menaces n'ont pourtant pas disparu : instabilité politique, pression démographique, besoin de bois et de terres, maladies et changement climatique. L'avenir du gorille des montagnes dépend ainsi de la préservation des forêts d'Afrique centrale dans leur ensemble, qui abritent d'autres trésors menacés comme l'okapi, discret cousin de la girafe qui vit lui aussi dans les forêts de l'est de la RDC.