Le harfang des neiges est une grande chouette blanche des régions arctiques, que l'on reconnaît à son plumage immaculé, plus ou moins moucheté de noir, à sa tête ronde et à ses yeux jaune vif. Nicheur de la toundra, de l'Alaska au Groenland et de la Laponie à la Sibérie, il fait partie des rares oiseaux capables de passer toute l'année dans le Grand Nord, où il supporte des températures très inférieures à zéro grâce à un plumage d'une densité exceptionnelle, qui couvre jusqu'à ses doigts. Contrairement à la plupart des rapaces nocturnes, il chasse volontiers en plein jour, une nécessité sous des latitudes où le soleil ne se couche pas en été. Sa vie est étroitement liée à celle des lemmings, petits rongeurs de la toundra dont les populations connaissent de fortes fluctuations : les bonnes années, le harfang élève de grandes nichées, les mauvaises, il renonce à se reproduire et se disperse parfois loin vers le sud. Symbole du Québec, héros de la littérature jeunesse et figure ancienne de l'art préhistorique, il est aussi devenu un indicateur de la santé de l'Arctique. Cette définition présente son identité, l'origine de son nom, son apparence, son mode de chasse, sa reproduction et son statut.

Qu'est-ce qu'un harfang des neiges ? Définition de la chouette blanche

Le harfang des neiges est un oiseau de l'ordre des Strigiformes, celui des rapaces nocturnes, et de la famille des Strigidés, qui rassemble la plupart des chouettes et des hiboux. Longtemps classé seul dans un genre particulier, Nyctea, il est aujourd'hui rattaché au genre Bubo sous le nom de Bubo scandiacus, à la suite d'études génétiques qui ont montré sa proximité avec le hibou grand-duc et les autres grands-ducs. Bien qu'on l'appelle souvent « chouette harfang », il appartient donc à la même lignée que ces hiboux, et il possède d'ailleurs de minuscules aigrettes de plumes sur la tête, rarement visibles. C'est l'une des plus grandes chouettes d'Amérique du Nord et d'Eurasie : il mesure environ 55 à 70 centimètres de long, pour une envergure de 1,25 à 1,5 mètre environ, et pèse de 1,6 à 3 kilogrammes selon le sexe et l'état des individus, les femelles étant nettement plus lourdes que les mâles. Il est souvent présenté comme le rapace nocturne le plus lourd d'Amérique du Nord, en raison de son plumage épais et de ses réserves de graisse qui l'aident à affronter les hivers polaires.

Dessin animé du harfang des neiges : le mâle presque entièrement blanc et la femelle barrée de brun foncé, avec yeux jaunes, pattes emplumées et petites aigrettes Mâlepresque tout blanc Femelleplus grande, barrée de brun Yeux jaune vif Aigrettes minuscules Pattes emplumées Plumage barré de camouflage
Chez le harfang des neiges, le mâle adulte est presque entièrement blanc, tandis que la femelle, plus grande, porte de nombreuses barres sombres.

D'où vient le mot « harfang » ? Étymologie et noms

Le mot harfang est d'origine suédoise. Il vient de harfång, un terme formé de hare, « lièvre », et de fånga, « attraper », qui signifie littéralement « attrape-lièvre » ou « preneur de lièvres ». Les populations scandinaves avaient en effet observé que cette grande chouette blanche était capable de capturer des lièvres, en plus des petits rongeurs qui constituent l'essentiel de son menu. Le mot a été introduit en français au XVIIIe siècle par les naturalistes, et l'on attribue généralement sa diffusion à Buffon, qui l'a employé dans son Histoire naturelle des oiseaux. Le complément « des neiges » souligne à la fois la blancheur du plumage et l'habitat polaire de l'oiseau, et il permet de distinguer clairement l'espèce. Le nom scientifique actuel, Bubo scandiacus, associe le latin bubo, qui désignait le grand-duc, et un adjectif rappelant la Scandinavie, où l'espèce fut décrite par Linné. En anglais, on parle de snowy owl, la « chouette neigeuse ». Les Inuits, qui côtoient l'oiseau depuis toujours, le nomment ukpik ou uppik selon les dialectes, un nom repris au Canada par une célèbre poupée artisanale en forme de hibou devenue un symbole d'artisanat inuit.

À quoi ressemble le harfang des neiges ? Plumage et adaptations au froid

Le harfang des neiges est un oiseau massif, au corps arrondi et à la tête ronde sans aigrettes apparentes, qui peut tourner la tête d'environ trois quarts de tour grâce à un cou très souple, comme la plupart des chouettes. Ses grands yeux jaunes, tournés vers l'avant, lui donnent une excellente vision binoculaire, utile pour évaluer les distances au moment de fondre sur une proie, et son ouïe très fine lui permet de localiser un rongeur qui se déplace sous la neige. Son trait le plus frappant reste son plumage blanc, plus ou moins marqué de taches et de barres sombres, qui lui assure un camouflage efficace dans la toundra enneigée comme sur les pierres claires parsemées de lichen. Ce plumage est aussi un remarquable isolant : très dense, il emprisonne une épaisse couche d'air, et il recouvre même les pattes et les doigts jusqu'aux griffes, à la manière de chaussons, ce qui limite les pertes de chaleur. Le bec, noir et crochu, est lui aussi en partie caché par les plumes de la face. Grâce à cette armure de plumes et à ses réserves de graisse, le harfang peut rester actif par des froids extrêmes, en économisant son énergie lors des tempêtes par une immobilité prolongée.

Le mâle et la femelle, deux plumages différents

Le harfang des neiges présente un dimorphisme sexuel marqué, une particularité assez rare chez les chouettes. Le mâle adulte est presque entièrement blanc, avec seulement quelques petites taches sombres sur les ailes et le dos, et il a tendance à blanchir encore avec l'âge, certains vieux mâles devenant d'un blanc presque pur. La femelle, plus grande et plus lourde, est nettement plus marquée : son corps et ses ailes sont couverts de barres et de taches brun foncé, seule la face et le devant du cou restant d'un blanc net. Les jeunes des deux sexes sont encore plus sombres à leur sortie du nid, couverts d'un duvet gris foncé, puis ils acquièrent progressivement un plumage barré proche de celui des femelles. Cette différence de livrée s'explique probablement par la répartition des rôles : la femelle, qui couve seule au sol pendant plusieurs semaines, est mieux camouflée sur la toundra parsemée de pierres et de végétation grâce à son plumage tacheté, tandis que le mâle, qui chasse et surveille le territoire, est plus visible. On peut ainsi, avec un peu d'habitude, distinguer les deux sexes de loin, même si certaines jeunes femelles et certains jeunes mâles se ressemblent beaucoup.

Schéma indicatif : les populations de lemmings varient selon des cycles de quelques années ; les bonnes années, le harfang pond beaucoup d'œufs, les mauvaises il ne niche pas et peut migrer vers le sud Lemmings et harfangs : une vie en dents de scie lemmingsannées (schéma indicatif) Année fastegrande nichée Année creusepas de nid Pic suivantjusqu'à 10 œufs Après un picdéparts vers le sud Des cycles de quelques années, variables selon les régions
Le succès de reproduction du harfang suit les fluctuations des lemmings, dont les populations explosent puis s'effondrent selon des cycles irréguliers.

Comment chasse le harfang des neiges ? Alimentation et lemmings

Le harfang des neiges est un prédateur qui chasse surtout à l'affût. Posé sur un monticule, un rocher, un piquet ou un bâtiment, il scrute longuement les alentours, puis s'élance en vol bas pour fondre sur sa proie, qu'il saisit dans ses serres puissantes. Pendant l'été arctique, il est actif à toute heure du jour, et en hiver il chasse volontiers au crépuscule ou de nuit. Son régime repose avant tout sur les lemmings, de petits rongeurs de la toundra qu'un adulte peut consommer par centaines au cours d'une année, mais il est très opportuniste : il capture aussi des campagnols, des lièvres arctiques, des lagopèdes, des canards, des oiseaux marins et, sur les côtes, il lui arrive de prélever des poissons ou de se nourrir de charognes. Ses petites proies sont avalées entières, et il rejette ensuite les poils et les os sous forme de pelotes de réjection, comme les autres rapaces nocturnes. Les populations de lemmings connaissent des fluctuations très importantes, avec des années d'abondance suivies d'effondrements, selon des cycles de quelques années qui varient d'une région à l'autre. Le harfang adapte sa vie à ces variations : il se déplace sur de très longues distances pour trouver les zones où les rongeurs abondent, et ne s'installe pour nicher que là où la nourriture est suffisante.

Des invasions spectaculaires vers le sud

Certains hivers, des harfangs des neiges descendent en nombre bien au sud de leur aire habituelle, un phénomène que les ornithologues appellent une irruption. En Amérique du Nord, on peut alors en observer dans le sud du Canada et le nord des États-Unis, sur les plages, les aéroports, les champs ouverts ou les toits des villes, et, plus rarement, jusque dans des régions beaucoup plus méridionales. En Europe, les observations restent rares mais des oiseaux erratiques atteignent parfois les îles Britanniques ou les côtes de la mer du Nord. On a longtemps pensé que ces invasions étaient provoquées par la famine, lorsque les lemmings venaient à manquer. Les études récentes nuancent cette idée : les grandes irruptions suivent souvent au contraire une saison de reproduction très réussie, qui a produit beaucoup de jeunes oiseaux, lesquels se dispersent ensuite vers le sud à la recherche de territoires de chasse disponibles. Les oiseaux observés au sud sont d'ailleurs fréquemment des jeunes, souvent en bonne condition physique. Ces visites hivernales suscitent à chaque fois un grand engouement chez les observateurs, mais elles exposent aussi les harfangs aux collisions avec les véhicules, aux lignes électriques et au dérangement par des photographes trop insistants.

Comment se reproduit le harfang des neiges ? Nid et jeunes

La reproduction du harfang des neiges se déroule dans la toundra arctique, au printemps et en été. Le mâle courtise la femelle par des vols de parade ondulants et en lui apportant des lemmings, qu'il lui présente au sol en déployant ses ailes. Le nid est une simple cuvette grattée par la femelle au sommet d'une butte ou d'un petit monticule dégagé, d'où elle peut surveiller les environs et où la neige fond tôt. La taille de la ponte dépend directement de l'abondance des lemmings : elle compte généralement de trois à une dizaine d'œufs, voire davantage les années exceptionnelles, et l'oiseau peut ne pas pondre du tout lorsque la nourriture manque. La femelle couve seule pendant environ un mois, les œufs étant pondus à un ou deux jours d'intervalle, si bien que les poussins éclosent de façon échelonnée et sont de tailles très différentes. Le mâle assure le ravitaillement et défend le nid avec une grande vigueur, n'hésitant pas à attaquer les renards arctiques, les labbes ou même les humains qui s'approchent trop près. Les jeunes quittent le nid avant de savoir voler, se dispersent à pied autour du site et restent dépendants de leurs parents plusieurs semaines.

CritèreHarfang des neigesHibou grand-ducChouette effraie
Envergure indicativeEnviron 1,25 à 1,5 mEnviron 1,6 à 1,9 mEnviron 0,9 m
PlumageBlanc, plus ou moins barréBrun roux, grandes aigrettesDos doré, ventre blanc
ActivitéDe jour comme de nuitCrépusculaire et nocturneNocturne
HabitatToundra arctiqueFalaises, forêts, montagnesCampagnes, granges, clochers
NidCuvette au solCorniche rocheuseBâtiment ou arbre creux

Le harfang des neiges, symbole et espèce menacée

Le harfang des neiges occupe une place ancienne dans l'imaginaire humain. Pendant la dernière période glaciaire, alors que le climat de l'Europe occidentale était beaucoup plus froid, l'oiseau vivait jusque dans le sud de la France : des ossements de harfang ont été retrouvés dans des sites préhistoriques du Paléolithique supérieur, et une célèbre gravure de la grotte des Trois-Frères, en Ariège, est souvent interprétée comme un couple de harfangs avec leur petit. Pour les peuples inuits, il est un animal familier, présent dans les récits et l'artisanat. Au Canada, il a été choisi en 1987 comme emblème aviaire du Québec, en raison de sa résistance au froid et de sa présence hivernale dans la province. La littérature jeunesse l'a rendu célèbre auprès du grand public avec Hedwige, la chouette blanche de Harry Potter. L'espèce est pourtant fragile : classée « vulnérable » par l'Union internationale pour la conservation de la nature depuis la révision des estimations de ses effectifs, bien plus faibles qu'on ne le pensait, elle subit les effets du réchauffement de l'Arctique, qui perturbe les cycles des lemmings, ainsi que les collisions, les lignes électriques et, localement, la chasse.

Un indicateur de la santé de l'Arctique

Parce qu'il dépend étroitement des lemmings et d'une toundra en bon état, le harfang des neiges est considéré comme une espèce sentinelle de l'Arctique. Lorsque l'hiver devient plus doux et que des épisodes de pluie succèdent à la neige, une croûte de glace peut se former au sol et priver les lemmings de l'abri de la neige poudreuse sous laquelle ils se reproduisent en hiver ; dans certaines régions, leurs cycles d'abondance se sont ainsi atténués, avec des pics moins marqués. Moins de lemmings, c'est moins de nichées pour les harfangs, mais aussi pour les labbes et les renards arctiques qui partagent la même ressource. Les chercheurs suivent donc ces grands rapaces à l'aide de balises satellites pour mieux comprendre leurs déplacements, souvent bien plus vastes qu'on ne l'imaginait, certains individus parcourant des milliers de kilomètres d'une année à l'autre, et passant parfois l'hiver sur la banquise, où ils chassent les oiseaux marins près des ouvertures dans la glace. La conservation du harfang passe par la protection de ces milieux et par la réduction du dérangement en hiver, une attention qu'il partage avec bien d'autres rapaces nocturnes plus familiers comme la chouette effraie, elle aussi menacée par la transformation de ses habitats.