Le renard polaire, que l'on appelle aussi renard arctique ou isatis, est un petit canidé qui vit tout autour du pôle Nord, dans la toundra, sur les côtes et jusque sur la banquise de l'Arctique. À peine plus grand qu'un chat domestique, il est l'un des mammifères les mieux adaptés au froid : sa fourrure épaisse, l'une des plus isolantes du règne animal, lui permet de supporter des températures de l'ordre de -50 °C sans grande difficulté. Son trait le plus célèbre est sa mue saisonnière : blanc immaculé en hiver, il revêt en été un pelage brun et gris qui se confond avec les rochers et la végétation rase de la toundra, tandis qu'une forme dite « bleue », gris ardoise toute l'année, domine sur certaines côtes. Opportuniste, il chasse les lemmings et les oiseaux, pille les nids, stocke de la nourriture pour l'hiver et suit parfois les ours blancs pour profiter des restes de leurs repas. Sa vie est étroitement liée aux cycles de ses proies, qui conditionnent sa reproduction d'une année à l'autre. Cette définition présente sa classification, l'origine de son nom, ses adaptations au grand froid, son mode de vie, sa reproduction et les menaces qui pèsent sur certaines de ses populations.
Qu'est-ce qu'un renard polaire ? Définition et classification
Le renard polaire est un mammifère carnivore de la famille des canidés, comme le loup, le chien ou le renard roux. Son nom scientifique actuel est Vulpes lagopus ; on le classait autrefois dans un genre à part, Alopex, mais les analyses génétiques ont montré qu'il appartient bien au genre des renards vrais. Le terme lagopus, « pied de lièvre » en grec, fait allusion à ses pattes couvertes de poils épais jusque sous la plante. Son corps mesure environ 50 à 70 centimètres, auxquels s'ajoute une queue touffue d'une trentaine de centimètres, et il pèse en général entre 3 et 5 kilogrammes, avec des variations selon les régions et les saisons, car il accumule des réserves de graisse à l'automne. Il vit dans toutes les régions arctiques : nord du Canada et de l'Alaska, Groenland, nord de la Scandinavie et de la Russie, îles de l'océan Arctique, et il est le seul mammifère terrestre originaire d'Islande, où il serait arrivé en marchant sur la glace. Son nom français le plus ancien, isatis, vient du russe, et l'on emploie aussi pour la variante grise le nom de renard bleu. Il est le proche cousin des autres renards du genre Vulpes, que l'on appelait autrefois le goupil, ancien mot français qui désignait l'animal avant d'être supplanté par « renard ».
Renard polaire, renard roux et fennec : trois réponses au climat
Comparer le renard polaire à ses cousins permet de comprendre à quel point son corps est façonné par le froid. Le renard roux, présent dans une grande partie de l'hémisphère Nord, est plus grand, plus élancé, avec un museau long et de grandes oreilles pointues. Le fennec, petit renard des déserts d'Afrique du Nord, pousse cette logique à l'extrême avec des oreilles démesurées qui lui servent de radiateurs pour évacuer la chaleur. Le renard polaire, lui, présente l'inverse : un corps compact et arrondi, un museau court, des pattes courtes et de petites oreilles arrondies, à demi enfouies dans la fourrure. Ces différences illustrent une tendance décrite par les biologistes sous le nom de règle d'Allen : chez les animaux à sang chaud, les extrémités, comme les oreilles, la queue ou les membres, tendent à être plus courtes dans les climats froids, ce qui réduit la surface par laquelle le corps perd sa chaleur. Le renard roux étend d'ailleurs son aire de répartition vers le nord à la faveur du réchauffement climatique, et il entre en concurrence avec le renard polaire, plus petit, qu'il peut chasser de ses terriers, voire tuer, ce qui préoccupe les scientifiques dans plusieurs régions arctiques.
| Renard | Nom scientifique | Milieu | Oreilles et silhouette |
|---|---|---|---|
| Renard polaire | Vulpes lagopus | Toundra, côtes et banquise arctiques | Petites et rondes, corps compact |
| Renard roux | Vulpes vulpes | Forêts, campagnes, villes de l'hémisphère Nord | Grandes et pointues, corps élancé |
| Fennec | Vulpes zerda | Déserts d'Afrique du Nord | Immenses, corps menu |
| Renard corsac | Vulpes corsac | Steppes d'Asie centrale | Moyennes, pelage grisâtre |
D'où vient le nom « renard polaire » ? Étymologie
Le nom renard polaire a une histoire plus surprenante qu'il n'y paraît. En ancien français, le renard s'appelait goupil, un mot issu du latin populaire vulpiculus, diminutif de vulpes. Le mot renard vient d'un nom propre : celui de Renart, le héros rusé du Roman de Renart, un ensemble de récits satiriques écrits aux XIIe et XIIIe siècles, dont le succès fut tel que le prénom du personnage, d'origine germanique (Reginhart), a fini par remplacer le nom commun de l'animal. L'adjectif polaire vient quant à lui du latin médiéval polaris, dérivé de polus, emprunté au grec pólos, qui désignait le pivot, l'axe autour duquel tourne la voûte céleste, puis les pôles de la Terre. Le nom de renard arctique fait référence au même milieu : arctique vient du grec arktos, « ours », en référence à la constellation de la Grande Ourse qui domine le ciel du Nord. Le terme isatis, employé par les naturalistes depuis le XVIIIe siècle, serait d'origine russe. Les peuples du Grand Nord, Inuits, Samis ou peuples sibériens, ont bien sûr leurs propres noms pour cet animal familier, qui tient une place dans de nombreux contes, où il incarne souvent la débrouillardise et la ruse.
Le renard polaire dans les cultures du Grand Nord
Pour les peuples de l'Arctique, le renard polaire a longtemps été un animal à la fois familier et précieux. Les Inuits le piégeaient pour sa fourrure, qui servait à doubler les vêtements et à confectionner des bordures de capuches, et ils l'observaient attentivement, car il signalait parfois la présence d'ours blancs ou de carcasses. Dans plusieurs récits inuits, le renard apparaît comme un être capable de se transformer, à l'image de la femme-renarde qui ôte sa peau pour prendre forme humaine. En Finlande, une légende célèbre attribue l'origine des aurores boréales à un renard de feu dont la queue, en balayant la neige, ferait jaillir des étincelles dans le ciel : le mot finnois désignant les aurores, revontulet, signifie littéralement « les feux du renard ». Au XIXe et au début du XXe siècle, la traite des fourrures a profondément transformé ces relations : les comptoirs commerciaux achetaient les peaux de renard en grandes quantités, et le piégeage est devenu pour de nombreuses familles du Grand Nord une source essentielle de revenus monétaires. L'animal reste aujourd'hui un symbole de l'Arctique, apprécié des photographes animaliers et des visiteurs, et il est devenu, comme l'ours blanc, l'un des visages de la sensibilisation au changement climatique.
Comment le renard polaire survit-il au froid ? Adaptations
Le renard polaire est équipé pour l'un des climats les plus rudes de la planète. Sa fourrure d'hiver, composée d'un sous-poil laineux très dense et de longs poils de jarre, emprisonne une épaisse couche d'air et l'isole si bien qu'il ne commence à augmenter sa production de chaleur qu'à des températures extrêmement basses, très inférieures à celles que supportent la plupart des mammifères. Ses pattes, couvertes de poils jusque sous les coussinets, lui évitent le contact direct avec la glace et lui assurent une bonne adhérence sur la neige ; un système d'échange de chaleur entre artères et veines limite en outre les pertes au niveau des extrémités. Sa queue touffue lui sert d'écharpe et de couverture lorsqu'il se roule en boule pour dormir, museau caché dessous. Son organisme s'adapte aussi aux saisons : il accumule de la graisse à l'automne, peut réduire son activité et son métabolisme pendant les périodes de disette, et parcourt si nécessaire des distances considérables, certains individus suivis par balise ayant traversé la banquise sur des milliers de kilomètres. Son ouïe fine lui permet enfin de localiser les rongeurs qui circulent sous la neige, avant de les surprendre d'un bond spectaculaire, pattes en avant, pour percer la croûte neigeuse.
Que mange le renard polaire et comment se reproduit-il ?
Le renard polaire est un carnivore opportuniste dont le régime varie selon les régions. À l'intérieur des terres, il dépend surtout des lemmings et des campagnols, petits rongeurs dont les populations connaissent des cycles d'abondance et d'effondrement de quelques années. Sur les côtes, il consomme davantage d'oiseaux marins et de leurs œufs, de poissons, d'invertébrés et de restes de phoques, et en hiver, certains renards s'aventurent sur la banquise dans le sillage des ours blancs pour se nourrir de leurs carcasses abandonnées. Il complète son menu avec des baies, des insectes et des déchets. Prévoyant, il enterre en été de nombreuses proies et des œufs dans des caches où le sol gelé les conserve comme dans un congélateur, et il revient y puiser pendant l'hiver. Ces réserves peuvent compter des dizaines, voire des centaines d'œufs d'oiseaux dans les régions riches en colonies, et elles lui permettent de traverser les mois les plus difficiles, lorsque la nuit polaire et la neige rendent la chasse incertaine.
Une reproduction réglée sur les lemmings
Le renard polaire vit souvent en couple fidèle, parfois accompagné d'une jeune femelle de l'année précédente qui aide à élever la portée. Le couple occupe un terrier aux multiples entrées, creusé dans un monticule de sable ou de gravier où le sol dégèle suffisamment en été ; certains terriers, agrandis et réutilisés de génération en génération, compteraient des dizaines d'entrées et seraient occupés depuis des siècles, leur végétation enrichie par les déjections et les restes de repas tranchant nettement sur la toundra environnante. L'accouplement a lieu à la fin de l'hiver et les petits naissent au printemps, après une gestation d'environ cinquante jours, aveugles et couverts d'un duvet sombre. La taille des portées dépend directement de l'abondance de nourriture : lors des bonnes années à lemmings, une femelle peut mettre au monde une portée exceptionnellement nombreuse, parmi les plus grandes de tous les carnivores, alors qu'en période de disette, beaucoup de couples ne se reproduisent pas du tout. Les deux parents nourrissent les renardeaux, qui sortent du terrier au bout de quelques semaines et s'émancipent à la fin de l'été. La mortalité des jeunes est élevée pendant leur premier hiver, et seule une partie d'entre eux atteint l'âge de se reproduire.
Le renard polaire est-il menacé ? Fourrure, climat et protection
À l'échelle mondiale, le renard polaire est classé en préoccupation mineure, car il reste abondant dans une grande partie de l'Arctique. Certaines populations ont pourtant frôlé la disparition. Sa fourrure, notamment celle de la variante bleue, a été très recherchée : le renard polaire a été intensivement piégé pendant des siècles et il est encore élevé en grand nombre dans des fermes à fourrure, une pratique de plus en plus contestée. En Scandinavie, la chasse du début du XXe siècle a décimé l'espèce, qui reste en danger malgré sa protection depuis plusieurs décennies ; des programmes d'élevage, de nourrissage d'appoint et de lutte contre le renard roux ont permis une lente remontée des effectifs en Suède et en Norvège. Sur certaines îles, comme les îles du Commandeur en Russie, des sous-populations isolées restent fragiles. Le réchauffement climatique constitue aujourd'hui la menace la plus préoccupante : il modifie les cycles des lemmings, réduit la banquise et favorise la progression vers le nord du renard roux, plus grand et dominant. Le renard polaire partage la toundra avec d'autres prédateurs du Grand Nord qui dépendent eux aussi des lemmings, comme le harfang des neiges, grande chouette blanche dont les nichées varient au rythme de ces mêmes rongeurs.