Faire chou blanc, c'est échouer complètement, revenir bredouille après une tentative, une recherche ou une démarche qui n'a rien donné. L'enquêteur qui fouille un appartement sans trouver le moindre indice, le pêcheur qui rentre le panier vide, le candidat qui envoie vingt lettres sans obtenir une seule réponse : tous ont fait chou blanc. L'expression intrigue pourtant par son image, car on voit mal ce qu'un légume pâle vient faire dans une histoire d'échec. La réponse la plus souvent avancée ne se trouve pas au potager mais sur un terrain de quilles, et dans la prononciation régionale d'un mot tout simple, le mot « coup ». Comme tomber sur un os ou « faire un bide », elle appartient à cette riche famille de locutions familières qui permettent de dire l'insuccès avec un brin d'humour plutôt que de manière brutale. Cet article détaille le sens exact de l'expression, l'explication de son origine et ce qu'elle doit au Berry, la valeur particulière de l'adjectif « blanc » dans la langue française, des exemples d'emploi, ainsi que les nombreuses formules voisines qui disent l'échec, de la plus imagée à la plus neutre.
Que signifie « faire chou blanc » ? Définition de l'expression
Au sens figuré, seul sens réellement vivant aujourd'hui, faire chou blanc signifie ne rien obtenir de ce que l'on cherchait, malgré l'effort fourni. L'expression insiste sur le résultat nul : il ne s'agit pas d'un succès partiel ou d'une demi-réussite, mais d'un retour les mains vides. On l'emploie en particulier pour les recherches, les enquêtes, les démarches et les tentatives de toutes sortes : « La police a perquisitionné le garage, mais elle a fait chou blanc », « J'ai écumé les librairies pour trouver ce vieux roman : chou blanc ». Comme le montre ce second exemple, la formule se rencontre aussi sous une forme raccourcie, « chou blanc ! », utilisée comme une exclamation pour constater l'échec. Le registre est familier mais correct, parfaitement admis dans la presse et dans la conversation soignée, ce qui la distingue de formules plus relâchées. Sur le plan grammatical, l'expression est figée : « chou blanc » reste au singulier, quel que soit le sujet (« ils ont fait chou blanc », et non « choux blancs »), et l'on ne peut guère y insérer d'article ou d'adjectif. Elle exprime enfin une déception plutôt légère, souvent teintée d'autodérision, et convient mal aux échecs dramatiques.
D'où vient l'expression « faire chou blanc » ? Le jeu de quilles et le Berry
L'explication la plus répandue rattache faire chou blanc au jeu de quilles, très populaire en France pendant des siècles, dans les villages comme dans les cours d'auberge. Un joueur lançait une boule pour abattre des quilles dressées au bout d'une piste, et chaque quille renversée rapportait des points. Le lancer qui n'en faisait tomber aucune était appelé un « coup blanc », c'est-à-dire un coup nul, vide, qui ne rapportait rien. Or dans le Berry, région où le jeu de quilles était particulièrement prisé, la prononciation locale aurait transformé « coup » en « chou ». Le « coup blanc » serait ainsi devenu le « chou blanc », et l'expression aurait gagné peu à peu le reste du pays en conservant son sens d'échec total. Cette hypothèse a notamment été rapportée à la fin du XIXe siècle dans Le Courrier de Vaugelas, une revue consacrée aux questions de langue française, en réponse à un lecteur intrigué par la formule. Les attestations écrites de l'expression semblent remonter à la fin du XVIIIe siècle, son usage se généralisant au siècle suivant. Comme souvent pour les locutions populaires, l'origine n'est pas prouvée de façon absolue, mais elle reste de loin la plus vraisemblable et la mieux acceptée par les lexicographes.
Et le chou du potager, dans tout ça ?
On a parfois tenté d'expliquer chou blanc par le légume lui-même, en imaginant un jardinier dont les choux resteraient pâles et chétifs, ou un marchand incapable de vendre sa récolte. Ces explications, séduisantes à première vue, ne reposent sur aucun document et relèvent de l'étymologie populaire, ce mécanisme par lequel les locuteurs réinterprètent une expression devenue obscure en lui cherchant une logique dans les mots familiers. Le chou se prêtait d'autant mieux à ces rêveries qu'il occupe une place de choix dans les expressions françaises : on « fait ses choux gras » d'une situation profitable, on « rentre dans le chou » de quelqu'un, on est « bête comme chou » quand une chose est très simple, et l'on raconte aux enfants qu'ils sont nés dans les choux. Ces formules n'ont toutefois aucun rapport avec l'idée d'échec. Il est d'ailleurs significatif que l'on ne dise jamais « faire chou vert » ou « faire chou rouge » : c'est bien l'adjectif « blanc », et non le légume, qui porte le sens de l'expression. Le passage de « coup » à « chou » a simplement donné à la formule une saveur rustique et comique qui a sans doute contribué à son succès.

Pourquoi « blanc » ? Le blanc du vide dans « faire chou blanc »
Dans faire chou blanc, l'adjectif « blanc » n'évoque pas une couleur mais une absence. Cette valeur est très ancienne en français, où le blanc est la couleur de la page vierge, de ce qui n'a pas encore été rempli ou de ce qui ne compte pas. On la retrouve dans de nombreuses expressions : une nuit blanche est une nuit sans sommeil, un examen blanc ne compte pas pour la note finale, un vote blanc n'exprime aucun choix, un mariage blanc n'a de mariage que le nom, une voix blanche est privée de timbre et d'émotion, et « laisser en blanc » signifie ne rien écrire. Donner « carte blanche » à quelqu'un, c'est lui confier un document vierge qu'il remplira comme il l'entend. Le « coup blanc » du joueur de quilles s'inscrit exactement dans cette logique : un coup qui ne marque rien, qui laisse le tableau des points vide. Comprendre cette valeur du blanc permet de saisir instantanément le sens de l'expression, et de la rapprocher de cousines comme « faire buisson creux », venue de la chasse, ou « revenir bredouille », qui désignait au jeu de trictrac une partie gagnée sans que l'adversaire ait marqué de point.
Faire chou blanc dans d'autres langues
Les autres langues européennes ont, elles aussi, leurs images pour dire l'échec d'une recherche, et certaines rejoignent curieusement l'idée du blanc. L'anglais dit to draw a blank, littéralement « tirer un blanc », une formule qui viendrait des loteries, où le billet perdant était vierge de tout numéro gagnant : on retrouve exactement la logique du coup blanc sans résultat. L'anglais emploie aussi to come up empty ou to come up empty-handed, « revenir les mains vides ». L'italien préfère une image plus aquatique avec fare un buco nell'acqua, « faire un trou dans l'eau », c'est-à-dire accomplir un effort qui ne laisse aucune trace. L'allemand dit volontiers leer ausgehen, « sortir vide », pour celui qui n'obtient rien d'un partage ou d'une démarche. Ces équivalents montrent que la plupart des langues associent l'échec à l'image du vide, qu'il s'agisse d'une main, d'un billet ou d'un panier. Le français se distingue par le pittoresque de son chou, né d'un accent régional, qui donne à l'expression une touche rurale et amusante. Pour le traducteur, la formule anglaise to draw a blank constitue sans doute l'équivalent le plus fidèle, à la fois par le sens et par l'image.
Comment employer « faire chou blanc » ? Exemples d'usage
L'expression faire chou blanc s'emploie dans toutes les situations où une démarche active ne débouche sur rien. Elle convient particulièrement aux recherches infructueuses : « Les sauveteurs ont fouillé la zone toute la nuit, mais ont fait chou blanc », « J'ai cherché mes clés partout : chou blanc ». Elle s'applique aussi aux tentatives commerciales ou sentimentales : « Il a tenté sa chance auprès de trois éditeurs et a fait chou blanc », « Elle espérait le croiser au concert, mais elle a fait chou blanc ». Les journalistes sportifs l'utilisent volontiers pour un attaquant qui n'a pas marqué ou pour une équipe repartie sans point, ce qui n'est pas sans rappeler l'origine ludique de la formule. On peut la conjuguer à tous les temps et à toutes les personnes, et la renforcer par un adverbe : « une fois de plus, nous avons fait chou blanc ». L'expression supporte également un complément introduit par « dans » ou « auprès de » pour préciser le domaine de l'échec. Elle est en revanche peu adaptée aux échecs graves ou douloureux : dire d'un malade que le traitement « a fait chou blanc » paraîtrait déplacé, car la formule garde une légèreté familière qui convient mieux aux déconvenues ordinaires.
Bien distinguer chou blanc et ses faux amis
Plusieurs expressions françaises se ressemblent sans dire tout à fait la même chose que faire chou blanc. « Faire ses choux gras » signifie au contraire tirer profit d'une situation, et l'on confond parfois les deux à cause du légume commun. « Faire un flop » ou « faire un bide » désignent l'échec d'un spectacle, d'un produit ou d'une plaisanterie qui ne trouve pas son public, avec l'idée d'un rejet plutôt que d'une recherche vaine. « Tomber à l'eau » s'applique à un projet abandonné avant même d'avoir été tenté, alors que faire chou blanc suppose que l'on a essayé jusqu'au bout. « Les carottes sont cuites » constate qu'il n'y a plus rien à faire, sans préciser qu'un effort a échoué. « Revenir bredouille », enfin, est le synonyme le plus proche, mais il s'emploie surtout pour la chasse, la pêche ou la cueillette, avec l'image d'une gibecière ou d'un panier vide. Le tableau ci-dessous rassemble ces expressions de l'échec avec leur nuance propre, afin de choisir la plus juste selon que l'on veut insister sur la recherche infructueuse, l'abandon, le rejet du public ou la situation désespérée.
| Expression | Nuance | Exemple |
|---|---|---|
| Faire chou blanc | Recherche ou tentative sans aucun résultat | Les enquêteurs ont fait chou blanc. |
| Revenir bredouille | Rentrer les mains vides, surtout chasse et pêche | Le pêcheur est revenu bredouille. |
| Faire buisson creux | Trouver vide l'endroit visé (vieilli) | La police a fait buisson creux. |
| Faire un bide | Échec auprès du public | Sa blague a fait un bide. |
| Tomber à l'eau | Projet abandonné | Le voyage est tombé à l'eau. |
| Les carottes sont cuites | Situation perdue, plus rien à faire | À dix minutes de la fin, les carottes sont cuites. |
| Faire ses choux gras | Contraire : tirer profit de quelque chose | La presse fait ses choux gras du scandale. |
Faire chou blanc aujourd'hui : une expression toujours vivante
Loin d'être tombée en désuétude, faire chou blanc reste très présente dans le français contemporain, à l'écrit comme à l'oral. Les titres de presse l'apprécient pour sa concision et son image : on la croise à propos d'une enquête de police, d'une opération de recrutement, d'une négociation diplomatique ou d'une équipe sportive revenue sans victoire. Les romanciers, en particulier les auteurs de romans policiers, l'emploient volontiers pour décrire les fausses pistes de leurs enquêteurs, tant elle s'accorde à l'univers de la recherche et de la traque. Son succès tient sans doute à son équilibre : elle reconnaît l'échec sans dramatiser, avec une pointe d'humour résigné qui aide à relativiser. Dire « j'ai fait chou blanc », c'est admettre que l'on n'a rien obtenu tout en laissant entendre que l'on recommencera. L'expression a aussi l'avantage d'être comprise de tous les francophones, des plus jeunes aux plus âgés, ce qui n'est pas le cas de toutes les locutions anciennes. Et lorsque les échecs s'accumulent au point de décourager, la langue offre une autre image venue cette fois du sport, celle de jeter l'éponge, qui marque l'abandon pur et simple de la partie.