En France, il n'existe pas un seul permis de conduire, mais une série de catégories qui correspondent chacune à un type de véhicule, à une puissance ou à un poids. La logique est européenne : depuis l'harmonisation des règles dans l'Union, les mêmes lettres désignent les mêmes véhicules de Lisbonne à Helsinki. La lettre AM concerne les cyclomoteurs et les voiturettes, la famille A les motocyclettes, la famille B les voitures, la famille C les poids lourds de marchandises et la famille D le transport de voyageurs, chaque catégorie pouvant être complétée par la lettre E lorsqu'une remorque lourde est attelée. Les conditions d'âge, de formation et de validité varient fortement d'une catégorie à l'autre, et plusieurs règles ont changé ces dernières années, si bien que beaucoup d'informations qui circulent sont périmées. Cette page présente l'histoire du permis en France puis passe en revue chaque catégorie, avec ce qu'elle autorise et la manière de l'obtenir, sans entrer dans tous les cas particuliers comme le permis probatoire, période d'essai imposée aux nouveaux conducteurs. Les seuils indiqués sont ceux de la réglementation en vigueur au moment de la rédaction ; pour une démarche précise, mieux vaut toujours vérifier les conditions à jour sur le site officiel de l'administration ou auprès d'une auto-école.

Quelle est l'histoire du permis de conduire en France ?

L'histoire du permis de conduire en France commence à Paris à la fin du XIXe siècle, à une époque où les automobiles sont encore rares, bruyantes et effrayantes pour les piétons et les chevaux. En 1893, une ordonnance de la préfecture de police impose aux conducteurs de voitures à moteur un certificat de capacité, délivré après une vérification de leur aptitude à conduire et à entretenir leur véhicule. En 1899, un décret étend l'obligation à l'ensemble du territoire, le certificat étant alors délivré par l'administration des mines, qui contrôle aussi les véhicules. Le nom de « permis de conduire » s'impose en 1922 avec le premier véritable Code de la route, qui organise la circulation automobile à l'échelle nationale. Le XXe siècle voit ensuite se multiplier les catégories, à mesure que les motos, les camions et les autocars se diffusent, puis apparaître l'examen du code tel que nous le connaissons. Plusieurs réformes ont marqué les dernières décennies : le permis à points en 1992, qui permet de retirer des points en cas d'infraction, le permis probatoire en 2004, le titre au format carte bancaire en 2013, accompagné d'une refonte des catégories pour appliquer une directive européenne, puis l'ouverture du permis B dès 17 ans à partir de 2024. Les règles européennes continuent d'évoluer, ce qui annonce encore des changements dans les années à venir.

Frise chronologique du permis de conduire en France : certificat de capacité en 1893 et 1899, permis de conduire en 1922, permis à points en 1992, probatoire en 2004, format carte en 2013, permis B à 17 ans en 2024 Le permis de conduire en France : grandes dates 1893certificatà Paris 1899toute la France 1922Code de la route,« permis de conduire » 1992permis à points 2004permisprobatoire 2013format carte,catégorie AM 2024permis Bdès 17 ans Du certificat de capacité parisien au permis européen harmonisé
Les principales étapes de l'histoire du permis de conduire en France, du certificat de capacité de 1893 au permis B accessible à 17 ans.

Comment se passe l'examen du permis aujourd'hui ?

Quelle que soit la catégorie, l'obtention d'un permis de conduire repose en général sur deux épreuves. La première est théorique : l'examen du code, une série de questions sur la signalisation, les règles de priorité, la sécurité et le comportement du conducteur, que l'on passe aujourd'hui dans des centres agréés, souvent privés, après une préparation en auto-école ou en candidat libre. Les motocyclistes passent un code spécifique, adapté aux risques propres aux deux-roues, et les conducteurs de poids lourds une épreuve théorique complémentaire. La seconde épreuve est pratique : un inspecteur évalue la conduite en circulation et, pour les deux-roues ou les ensembles avec remorque, des manœuvres sur un plateau hors circulation. Le nombre d'heures de formation dépend de la catégorie et du niveau de l'élève : un volume minimal est imposé pour le permis B, mais la moyenne réelle est souvent nettement supérieure. La conduite accompagnée, possible dès 15 ans pour la voiture, permet d'acquérir de l'expérience avant l'examen et raccourcit la période probatoire. Une fois le permis obtenu, le conducteur dispose d'un capital de points qui démarre à six pour un débutant et augmente progressivement en l'absence d'infraction, jusqu'à douze points.

Permis AM et permis moto (A1, A2, A) : que peut-on conduire ?

Le permis AM a remplacé en 2013 l'ancien brevet de sécurité routière (BSR). Accessible dès 14 ans, il autorise la conduite des cyclomoteurs dont la cylindrée ne dépasse pas 50 cm³ et la vitesse 45 km/h, ainsi que des quadricycles légers, ces petites voitures que l'on appelle couramment « voitures sans permis ». Pour l'obtenir, il faut avoir validé l'attestation scolaire de sécurité routière de premier niveau (ou son équivalent pour les non-scolarisés) puis suivre une formation pratique de quelques heures en école de conduite, sans examen final classique. Les conducteurs nés avant 1988 sont dispensés de ce permis pour conduire un cyclomoteur. Le permis AM ne permet en aucun cas de conduire une moto ou une voiture ordinaire. Il est par ailleurs automatiquement inclus dans les autres catégories de permis, si bien qu'un titulaire du permis B peut conduire un scooter de 50 cm³ sans démarche supplémentaire. Pour les jeunes, c'est souvent la première expérience de la route en autonomie, ce qui explique que la formation insiste sur les dangers spécifiques des deux-roues, notamment la visibilité réduite face aux voitures, l'équipement de protection obligatoire et les risques liés à la vitesse ou à la conduite en groupe.

Le permis AM pour les cyclomoteurs et les véhicules légers, accessible dès 14 ans

Les permis moto : A1, A2 et A

La famille des permis moto fonctionne par paliers de puissance. Le permis A1, accessible dès 16 ans, autorise les motocyclettes légères d'une cylindrée maximale de 125 cm³ et d'une puissance qui ne dépasse pas 11 kW, ainsi que les tricycles à moteur de puissance modérée. Les titulaires du permis B depuis au moins deux ans peuvent d'ailleurs conduire une moto de 125 cm³ après une formation de sept heures, sans passer le permis A1. Le permis A2, accessible dès 18 ans, ouvre la conduite des motos dont la puissance ne dépasse pas 35 kW, avec un rapport puissance/poids plafonné, ce qui correspond à beaucoup de motos de moyenne cylindrée ou à des modèles plus puissants bridés. Il se prépare avec un code moto spécifique, des exercices sur plateau et une épreuve en circulation. Le permis A, enfin, autorise toutes les motos sans limitation de puissance : en France, il s'obtient en principe après deux ans de permis A2 et une formation complémentaire de sept heures, sans nouvel examen, ce qui fixe l'âge minimal à 20 ans. Cette progression a été pensée pour réduire l'accidentalité des jeunes motards, particulièrement exposés, en leur imposant un temps d'apprentissage sur des machines moins puissantes avant d'accéder aux plus performantes.

Infographie des catégories de permis par âge minimal : AM à 14 ans, A1 à 16 ans, B à 17 ans, A2 à 18 ans, A à 20 ans via A2, C à 21 ans, D à 24 ans Âge minimal selon la catégorie de permis 141618202124 ans AMcyclomoteur14 ans A1moto 12516 ans Bvoiture17 ans A2moto 35 kW18 ans Atoutes motos20 ans (via A2) Cpoids lourd21 ans* Dautocar24 ans* * âges abaissés avec une formation professionnelle
Chaque catégorie de permis correspond à un âge minimal ; pour les poids lourds et les autocars, une formation professionnelle permet de commencer plus tôt.

Le permis B, permis de conduire le plus courant

Le permis B est de loin le plus répandu : c'est lui que l'on désigne implicitement quand on parle de « passer son permis ». Il autorise la conduite des voitures et des véhicules dont le poids total autorisé en charge (PTAC) ne dépasse pas 3,5 tonnes et qui comptent au maximum neuf places assises, conducteur compris, ce qui inclut la plupart des camionnettes, des minibus familiaux et des camping-cars de taille modeste. Il permet aussi d'atteler une remorque légère, d'un PTAC inférieur ou égal à 750 kg, ou une remorque plus lourde si l'ensemble ne dépasse pas 3,5 tonnes. Depuis le 1er janvier 2024, il peut être passé dès 17 ans, le jeune conducteur pouvant alors conduire seul. La formation comprend un minimum d'heures de conduite, réduit pour les véhicules à boîte automatique, mais le permis obtenu sur boîte automatique ne permet de conduire une boîte manuelle qu'après une courte formation complémentaire. Le titre au format carte bancaire a une validité administrative de quinze ans : à l'échéance, il s'agit simplement de le renouveler pour mettre à jour la photo et les sécurités du document, sans visite médicale ni nouvel examen pour les catégories A et B, contrairement à ce que l'on lit parfois.

Le permis B permet de conduire des berlines et véhicules de tourisme

Le permis BE et la mention B96 pour les remorques

Dès qu'on veut tracter une caravane, un van à chevaux ou un bateau de plaisance un peu lourds, la question de la remorque se pose. Lorsque le poids de l'ensemble formé par la voiture et la remorque dépasse 3,5 tonnes sans excéder 4,25 tonnes, une simple formation de sept heures en école de conduite, sans examen, permet d'obtenir la mention B96 sur son permis. Au-delà, il faut passer le permis BE, qui autorise l'attelage d'une remorque dont le PTAC peut atteindre 3,5 tonnes derrière un véhicule de catégorie B, soit un ensemble pouvant aller jusqu'à 7 tonnes. L'examen comporte des manœuvres sur plateau, comme l'attelage, le dételage et la marche arrière, puis une épreuve en circulation. Contrairement à une idée répandue, la conduite d'un camping-car de moins de 3,5 tonnes relève du permis B classique et n'exige pas le permis BE. Les camping-cars plus lourds, en revanche, nécessitent généralement un permis poids lourd de catégorie C1. Il faut enfin rappeler que la responsabilité du conducteur est engagée sur la répartition du chargement, le freinage de la remorque et l'éclairage de l'attelage, autant de points vérifiés lors des contrôles routiers et qui conditionnent la sécurité de l'ensemble.

Permis C et CE : les permis poids lourds

Les permis poids lourds concernent les véhicules de transport de marchandises dont le PTAC dépasse 3,5 tonnes. La catégorie C1, accessible dès 18 ans, couvre les véhicules compris entre 3,5 et 7,5 tonnes, comme les camions de déménagement de taille moyenne ou certains grands camping-cars. La catégorie C autorise tous les camions sans limite de poids, sous réserve des règles propres à chaque transport. L'âge minimal est en principe de 21 ans, mais il peut être abaissé pour les conducteurs qui suivent une formation professionnelle initiale, la FIMO, ou un cursus diplômant de conducteur routier. Les catégories C1E et CE ajoutent la possibilité d'atteler une remorque lourde, ce qui correspond notamment aux semi-remorques des transporteurs. La formation est longue et exigeante : épreuve théorique spécifique, maîtrise des angles morts, des manœuvres, de l'arrimage des charges et de la réglementation sur les temps de conduite. Contrairement aux permis A et B, ces catégories sont soumises à un contrôle médical périodique : leur validité est limitée à quelques années et le renouvellement exige un avis médical favorable, la fréquence des visites augmentant avec l'âge. Les conducteurs professionnels doivent en outre suivre une formation continue obligatoire, la FCO, à intervalles réguliers.

Le permis C pour les véhicules de transport de marchandises, les camions de plus de 3,5 tonnes

Permis D et transport de personnes : quelles catégories ?

Les permis transport en commun concernent les véhicules conçus pour transporter des passagers au-delà de huit personnes en plus du conducteur. La catégorie D1 correspond aux minibus de seize passagers au maximum et d'une longueur limitée, tandis que la catégorie D autorise la conduite des autobus et des autocars sans limitation du nombre de places. Les catégories D1E et DE ajoutent l'attelage d'une remorque lourde, une situation plus rare mais utile pour transporter des bagages ou du matériel lors de voyages organisés. L'âge minimal est le plus élevé de tous les permis, fixé en principe à 24 ans pour la catégorie D, avec là encore des possibilités d'abaissement pour les conducteurs formés dans le cadre professionnel. Comme pour les poids lourds, ces permis sont soumis à un contrôle médical régulier et les chauffeurs professionnels doivent suivre la formation initiale puis la formation continue réglementaires. Le tableau ci-dessous récapitule les principales catégories, les véhicules qu'elles autorisent et l'âge minimal requis dans le cas général. Il ne remplace pas la réglementation officielle, qui prévoit de nombreuses exceptions, notamment pour les militaires, les pompiers ou les élèves des formations professionnelles du transport.

CatégorieVéhicules autorisésÂge minimal (cas général)Renouvellement
AMCyclomoteurs jusqu'à 50 cm³, voiturettes14 ansAdministratif
A1Motos jusqu'à 125 cm³ et 11 kW16 ansAdministratif
A2Motos jusqu'à 35 kW18 ansAdministratif
AToutes les motos20 ans, après 2 ans de A2Administratif
B / BEVoitures jusqu'à 3,5 t, avec remorque lourde pour BE17 ans (B), 18 ans (BE)Administratif
C1 / C / CECamions de plus de 3,5 t, avec remorque pour CE18 ans (C1), 21 ans (C)Avec contrôle médical
D1 / D / DEMinibus, autobus et autocars21 ans (D1), 24 ans (D)Avec contrôle médical

Permis de conduire : suspension, retrait et bonnes pratiques

Obtenir un permis de conduire ne suffit pas : il faut le conserver. Le système du permis à points retire des points pour chaque infraction, de un point pour un léger excès de vitesse à six points pour les fautes les plus graves, et un solde nul entraîne l'invalidation du titre. Les jeunes conducteurs, qui démarrent avec un capital réduit, sont particulièrement exposés. Certaines infractions entraînent en outre une suspension du permis, décidée par le préfet ou par le juge, voire une annulation obligeant à repasser l'examen : grand excès de vitesse, conduite après usage de stupéfiants, refus d'obtempérer ou conduite en état alcoolique. Pour récupérer des points, il est possible de suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière, dans la limite d'un stage par an, ou d'attendre la reconstitution automatique du capital après une période sans infraction. Les catégories professionnelles, de leur côté, peuvent être retirées pour inaptitude médicale. Pour rouler en règle, quelques réflexes suffisent : vérifier que sa catégorie correspond bien au véhicule conduit, surtout en cas de location d'utilitaire ou de remorque, garder son titre à jour et se souvenir que le taux d'alcool autorisé est réduit pour les permis probatoires, d'où l'intérêt d'avoir toujours sur soi un éthylotest avant de reprendre le volant après une soirée.