L'expression mettre du beurre dans les épinards signifie améliorer sa situation matérielle, et plus précisément augmenter un peu ses revenus grâce à un apport supplémentaire qui rend la vie plus confortable. Une prime de fin d'année, quelques heures de cours particuliers, la location occasionnelle d'une chambre ou un petit héritage peuvent ainsi « mettre du beurre dans les épinards ». L'image est culinaire et parle à tous ceux qui ont déjà goûté des épinards cuits à l'eau : nature, ils sont fades et un peu tristes, mais une belle noix de beurre les transforme en plat savoureux. De la même manière, un revenu d'appoint ne change pas radicalement l'existence, il la rend simplement plus agréable. L'expression appartient au registre familier, sans être vulgaire, et s'emploie volontiers avec une pointe d'humour ou de modestie, pour parler d'un gain qui n'a rien d'une fortune. Elle s'oppose naturellement à l'idée de se serrer la ceinture, qui évoque au contraire les restrictions imposées par le manque d'argent. Derrière cette tournure se cache aussi une petite histoire du beurre, longtemps considéré comme un produit précieux, et de la place des légumes verts dans l'alimentation populaire. Voici son sens précis, son origine probable, ses emplois et les nombreuses expressions françaises qui gravitent autour du beurre.
Que signifie « mettre du beurre dans les épinards » ?
Au sens figuré, mettre du beurre dans les épinards consiste à ajouter à ses ressources habituelles un complément qui améliore l'ordinaire. L'idée essentielle est celle d'un supplément modeste : on ne parle pas de devenir riche, mais d'adoucir les fins de mois, de s'offrir quelques plaisirs ou d'épargner un peu plus. Le sujet de l'expression peut être une personne (« Elle donne des cours de piano le samedi pour mettre du beurre dans les épinards ») ou la source du revenu elle-même (« Cette augmentation va mettre du beurre dans les épinards »). Dans les deux cas, le beurre représente l'argent supplémentaire et les épinards la vie quotidienne, simple et un peu austère, que cet argent vient agrémenter. L'expression suppose généralement que la situation de départ est correcte mais sans luxe : on ne la dirait guère d'un ménage très aisé, pour qui une rentrée d'argent supplémentaire passe inaperçue, ni d'une personne en grande difficulté, pour qui il s'agit plutôt de survivre. Elle appartient donc au vocabulaire des classes moyennes et populaires, celui des petits arrangements et des revenus d'appoint. Par extension, on l'emploie parfois pour tout ce qui rend une situation plus agréable sans la bouleverser, par exemple un avantage en nature, une prime d'ancienneté ou une remise inattendue sur une facture.
D'où vient l'expression « mettre du beurre dans les épinards » ?
L'origine de l'expression mettre du beurre dans les épinards est avant tout culinaire, même si l'on ne peut pas dater avec précision sa première apparition. Les épinards ont une particularité bien connue des cuisiniers : cuits à l'eau, ils sont pauvres en goût et ont tendance à « boire » la matière grasse qu'on leur ajoute. Les recettes traditionnelles de la cuisine française, comme les épinards au beurre ou à la crème, en réclament donc une quantité généreuse pour être appétissantes. Dans les familles modestes, où le beurre coûtait cher, on se contentait souvent d'épinards à l'eau ou d'une petite noisette de graisse, tandis que les tables plus aisées pouvaient se permettre d'en mettre largement. Mettre du beurre dans ses épinards revenait ainsi à manger mieux que l'ordinaire, signe extérieur d'une certaine aisance. Le passage au sens figuré s'est fait naturellement : celui qui améliore ses revenus peut se permettre de beurrer ses épinards, puis, par raccourci, tout gain supplémentaire devient le « beurre » qui adoucit la vie. Certaines explications font intervenir un usage militaire ou une origine récente au XXe siècle, mais elles ne reposent sur aucune source solide.

Le beurre, longtemps symbole d'aisance
Pour comprendre l'expression mettre du beurre dans les épinards, il faut se souvenir que le beurre n'a pas toujours été un produit banal. Sa consommation a longtemps varié selon les régions, le nord et l'ouest de la France, pays d'élevage laitier, en faisant un usage plus courant que le sud, où l'huile d'olive et le saindoux dominaient. Sa conservation était difficile avant la réfrigération, ce qui obligeait à le saler ou à le fondre et limitait sa disponibilité. Les interdits religieux ont également joué un rôle : pendant le carême, l'Église interdisait de nombreux produits d'origine animale, et dans plusieurs régions le beurre en faisait partie, sauf à obtenir une dispense, souvent contre une aumône. On raconte ainsi que la tour sud de la cathédrale de Rouen, surnommée la « tour de Beurre », aurait été financée en partie par les dons des fidèles qui souhaitaient continuer à consommer du beurre pendant le carême. Au fil des siècles, la cuisine bourgeoise puis la grande gastronomie française ont fait du beurre un ingrédient emblématique, associé à la richesse des sauces et des pâtisseries. Dans l'imaginaire populaire, avoir du beurre à table est ainsi resté synonyme de bien-être et de prospérité, ce qui explique la vitalité des nombreuses expressions qui l'évoquent.
Comment employer « mettre du beurre dans les épinards » ? Exemples
L'expression mettre du beurre dans les épinards se rencontre aujourd'hui partout où il est question de revenus complémentaires : conversations entre amis, articles de presse consacrés au pouvoir d'achat, forums sur les petits boulots ou annonces vantant un complément de revenu. Elle se conjugue à tous les temps et accepte plusieurs constructions : « Ces heures supplémentaires vont mettre du beurre dans les épinards », « J'ai trouvé un petit job pour mettre un peu de beurre dans les épinards », « La vente de ses tableaux lui met du beurre dans les épinards ». L'ajout de « un peu de » renforce l'idée de modestie, tandis que « mettre beaucoup de beurre dans les épinards » souligne un gain plus important, avec une pointe d'ironie. Le tableau ci-dessous rassemble des situations typiques dans lesquelles l'expression s'emploie naturellement. On évitera en revanche de l'utiliser dans un contexte très formel, comme une lettre administrative ou un rapport financier, où l'on préférera parler de revenu d'appoint, de complément de revenu ou d'amélioration du pouvoir d'achat. Notons enfin qu'en cuisine, l'expression peut évidemment garder son sens propre : un chef qui recommande de mettre du beurre dans les épinards donne simplement un conseil de préparation, ce qui permet parfois des jeux de mots savoureux dans la presse gastronomique.
| Source du « beurre » | Exemple de phrase | Nuance |
|---|---|---|
| Prime ou augmentation | « Le treizième mois met du beurre dans les épinards. » | Gain attendu, régulier |
| Petit boulot | « Il fait des livraisons le week-end pour mettre du beurre dans les épinards. » | Effort supplémentaire |
| Vente d'objets | « Le vide-grenier a mis un peu de beurre dans nos épinards. » | Gain ponctuel |
| Location | « Louer la chambre d'amis met du beurre dans les épinards. » | Revenu régulier |
| Placement | « Les intérêts du livret mettent un peu de beurre dans les épinards. » | Revenu passif modeste |
| Sens propre | « Mets du beurre dans les épinards, ils seront meilleurs. » | Conseil de cuisine |
Synonymes et contraires de « mettre du beurre dans les épinards »
Plusieurs expressions proches permettent de varier le discours, chacune avec sa nuance. « Arrondir ses fins de mois » est sans doute le synonyme le plus courant : il insiste sur la période difficile qui précède le versement du salaire et sur le petit complément qui permet de la franchir plus sereinement. « Améliorer l'ordinaire » renvoie à l'idée de rendre le quotidien plus agréable, souvent sur le plan de la nourriture, ce qui le rapproche de l'image culinaire des épinards beurrés. « Faire du gras », plus familier, ou « se faire un petit à-côté » évoquent un bénéfice discret, parfois non déclaré. À l'inverse, « joindre les deux bouts » décrit l'effort pour équilibrer un budget serré, sans aucun superflu, et « tirer le diable par la queue » exprime une gêne financière chronique. « Manger de la vache enragée », enfin, évoque une période de privations sévères. Ces contraires montrent bien la place qu'occupe mettre du beurre dans les épinards dans l'échelle des situations financières : un cran au-dessus de la simple survie, sans jamais atteindre l'opulence. Les mêmes nuances existent dans le monde du travail, où l'on oppose volontiers le salaire, qui permet de vivre, aux primes et aux à-côtés, qui permettent de mieux vivre. Il est intéressant de noter que la langue française dispose de nombreuses images liées à la nourriture pour parler d'argent, du « gagne-pain » au « pain quotidien », signe de l'ancienne équivalence entre revenu et capacité à se nourrir.
Les autres expressions autour du beurre
Le beurre occupe une place de choix dans les expressions françaises, souvent liées à l'argent ou à la facilité. « Faire son beurre » signifie s'enrichir, parfois aux dépens des autres, ce qui lui donne une coloration moins innocente que mettre du beurre dans les épinards. « Vouloir le beurre et l'argent du beurre », souvent complété de façon plus leste par une troisième exigence, désigne le fait de vouloir tout gagner sans rien concéder. « Compter pour du beurre » signifie ne pas être pris en considération, comme un joueur que l'on laisse participer pour la forme. « Entrer comme dans du beurre » évoque une progression sans la moindre résistance, et « ça ne mange pas de pain », qui relève d'un autre aliment, souligne qu'une chose ne coûte rien. « Avoir le cul dans le beurre », tournure très familière, désigne une situation particulièrement confortable. Le tableau ci-dessous rassemble les principales, avec leur signification. Toutes reposent sur la même valeur symbolique : le beurre, matière riche, onctueuse et longtemps coûteuse, représente l'abondance, le confort et la facilité, ce qui en fait un ingrédient de choix pour la langue imagée.
| Expression | Signification | Registre |
|---|---|---|
| Mettre du beurre dans les épinards | Améliorer modestement ses revenus | Familier |
| Faire son beurre | S'enrichir, souvent sans scrupules | Familier |
| Vouloir le beurre et l'argent du beurre | Tout vouloir sans rien céder | Familier |
| Compter pour du beurre | Ne pas être pris en compte | Familier |
| Entrer comme dans du beurre | Pénétrer sans aucune résistance | Courant |
| Avoir le cul dans le beurre | Être dans une situation très confortable | Très familier |
Mettre du beurre dans les épinards aujourd'hui
Dans un contexte où le pouvoir d'achat est une préoccupation majeure, l'expression mettre du beurre dans les épinards n'a rien perdu de son actualité. Les plateformes numériques ont multiplié les occasions de gagner un peu d'argent en plus : revente d'objets d'occasion, location ponctuelle d'un logement, missions de livraison ou de bricolage, cours en ligne, travail indépendant en complément d'un emploi salarié. Beaucoup de Français cherchent ainsi un complément de revenu, que ce soit pour faire face à la hausse des prix, financer un projet ou épargner. Ces activités ne sont toutefois pas sans contraintes : selon leur nature et leur montant, les revenus tirés de ces à-côtés peuvent être imposables, soumis à cotisations sociales ou déclarés automatiquement par les plateformes à l'administration fiscale, et il est prudent de se renseigner avant de se lancer. L'expression garde donc tout son sens, mais elle rappelle aussi que le beurre a un prix, en temps et en énergie. Elle témoigne enfin du goût du français pour les métaphores culinaires, qui disent souvent avec humour notre rapport à l'argent, à l'effort et au plaisir, comme lorsqu'on reproche à quelqu'un d'avoir les yeux plus gros que le ventre parce qu'il s'est lancé dans trop de projets à la fois.