Un pléonasme est une tournure qui répète une même idée à l'aide de plusieurs mots, alors qu'un seul suffirait à l'exprimer clairement. Quand on dit « monter en haut » ou « descendre en bas », on ajoute une précision déjà contenue dans le verbe lui-même, puisqu'on ne saurait monter ailleurs que vers le haut. Cette répétition redondante passe souvent inaperçue dans la conversation, tant elle s'est glissée dans nos habitudes de langage. Pourtant, le pléonasme n'est pas toujours une faute : il peut être une maladresse à corriger comme un effet de style volontaire, employé pour marteler une idée. Comprendre ce qu'est réellement un pléonasme, savoir distinguer le pléonasme fautif du pléonasme stylistique et reconnaître les figures voisines aide à écrire plus juste et à lire avec un œil plus attentif.
Qu'est-ce qu'un pléonasme exactement ?
Le pléonasme désigne une répétition d'une idée déjà présente dans les termes qui l'entourent, sans apport de sens nouveau. Il ne s'agit pas de répéter deux fois le même mot, mais d'exprimer deux fois la même notion avec des mots différents. Dire « je l'ai vu de mes propres yeux » revient à préciser un fait que le verbe « voir » implique déjà, car on ne voit qu'avec ses yeux. Le pléonasme se rencontre partout, dans la langue parlée comme dans les expressions figées, et il tient parfois à une simple envie d'insister. Il ne faut pas le confondre avec une image forte comme décrocher la lune, qui joue sur une exagération volontaire et non sur une redite. Le pléonasme, lui, n'ajoute rien : il double une information. C'est précisément cette absence d'information nouvelle qui le caractérise et qui permet de le repérer dans une phrase apparemment banale.
L'origine du mot pléonasme
Le terme vient du grec ancien pleonasmos, dérivé de pleon, qui signifie « plus » ou « davantage ». Le mot porte donc en lui l'idée d'un surplus, d'un excès de matière verbale par rapport au sens réellement transmis. Cette notion d'excédent éclaire bien la nature du pléonasme : la langue dépense plus de mots qu'il n'en faudrait pour dire la chose. Les grammairiens et les rhéteurs ont très tôt étudié ce phénomène, parce qu'il touche à l'économie du discours, c'est-à-dire à l'art de ne pas gaspiller les mots. Chez les auteurs classiques, le pléonasme était déjà repéré et parfois condamné comme une négligence, mais aussi reconnu comme un moyen d'insistance légitime. L'histoire de ce mot montre que la frontière entre la faute et l'effet recherché a toujours été discutée, et qu'elle dépend autant de l'intention de celui qui parle que de l'oreille de celui qui écoute.
Le principe de la redondance
Au cœur du pléonasme se trouve la redondance, c'est-à-dire le fait de transmettre une information en double. Cette redondance peut être totale, quand un mot répète exactement le sens d'un autre, ou partielle, quand il ne fait qu'en renforcer une nuance. Dans « au jour d'aujourd'hui », le mot « jour » est présent trois fois si l'on décompose « aujourd'hui », qui contient déjà « hui », ancien mot signifiant « ce jour ». On obtient alors une accumulation de redondances particulièrement visible. La redondance n'est pas toujours un défaut dans la communication : en linguistique, elle joue même un rôle utile, car elle sécurise la transmission du message en cas de bruit ou de distraction. Mais lorsqu'elle devient gratuite, purement mécanique, elle alourdit la phrase sans la rendre plus claire. C'est cette redondance inutile que la notion de pléonasme désigne le plus souvent dans l'usage courant et dans les manuels de bon usage.
Pléonasme et économie de la langue
Toute langue cherche un équilibre entre la précision et la sobriété. Le pléonasme rompt cet équilibre en penchant du côté de la surabondance, là où un mot unique aurait porté tout le sens. On parle parfois de langue économe pour désigner un style qui évite les répétitions superflues et va droit au but. À l'inverse, le locuteur qui multiplie les pléonasmes donne l'impression de piétiner, de tourner autour de son idée sans avancer. Cette question de l'économie explique pourquoi les correcteurs et les professeurs traquent le pléonasme fautif : il révèle souvent une pensée peu maîtrisée ou une relecture insuffisante. Pour autant, la sobriété n'est pas une valeur absolue, et certains contextes, comme le discours oratoire ou la poésie, tolèrent voire recherchent une abondance expressive. Le pléonasme se situe donc à la charnière entre un défaut de style et un choix assumé, et c'est ce qui rend son étude passionnante pour qui aime la langue.
Quels sont les pléonasmes les plus courants ?
Certaines tournures pléonastiques sont si répandues qu'on ne les entend même plus comme des fautes. « Monter en haut », « descendre en bas », « sortir dehors », « entrer dedans », « reculer en arrière » ou encore « prévoir à l'avance » figurent parmi les pléonasmes les plus fréquents de la conversation quotidienne. Dans chacun de ces exemples, le complément répète une direction ou un temps déjà inscrit dans le verbe. Le pléonasme n'est pas ici une figure recherchée : il naît d'un réflexe de langage, d'un besoin instinctif de préciser. On le distingue nettement d'un procédé de contraction comme une abréviation, qui vise à raccourcir un mot ou une expression, alors que le pléonasme, lui, allonge inutilement le propos. Repérer ces tournures redondantes dans son propre discours demande un peu d'attention, car elles sont profondément ancrées dans nos automatismes et se transmettent d'une génération à l'autre presque sans qu'on y prenne garde.
| Pléonasme | Pourquoi il est redondant | Forme correcte |
|---|---|---|
| Monter en haut | Monter implique déjà la direction du haut | Monter |
| Sortir dehors | Sortir, c'est aller dehors | Sortir |
| Prévoir à l'avance | Prévoir signifie déjà voir à l'avance | Prévoir |
| Au jour d'aujourd'hui | « Aujourd'hui » contient déjà l'idée de ce jour | Aujourd'hui |
| Collaborer ensemble | Collaborer, c'est travailler ensemble | Collaborer |
| Reculer en arrière | Reculer, c'est aller en arrière | Reculer |
| Un hasard imprévu | Un hasard est par nature imprévu | Un hasard |
« Monter en haut » et les classiques du genre
L'exemple de « monter en haut » est devenu le cas d'école du pléonasme, celui que l'on cite systématiquement pour illustrer la notion. Le verbe « monter » contient déjà l'idée d'un mouvement vers le haut, si bien que l'ajout de « en haut » ne fait que répéter cette direction. On trouve la même mécanique dans « descendre en bas », « avancer en avant » ou « reculer en arrière ». Ces expressions redondantes forment une petite famille très reconnaissable, où un verbe de mouvement se voit accompagné d'un complément qui ne fait que dupliquer son sens. Leur fréquence s'explique par le fait qu'elles paraissent naturelles à l'oreille et qu'elles renforcent, en apparence, la clarté du propos. Beaucoup de locuteurs les emploient sans la moindre intention stylistique, simplement parce qu'ils les ont toujours entendues autour d'eux. Les identifier constitue souvent le premier pas vers une expression plus rigoureuse, débarrassée des répétitions les plus visibles.
Les pléonasmes cachés dans les mots savants
Tous les pléonasmes ne sautent pas aux yeux : certains se dissimulent dans des expressions qui semblent parfaitement correctes. Dire « un tri sélectif » revient à répéter deux fois l'idée de sélection, puisque trier suppose déjà de choisir. « Une opportunité à saisir », « un faux prétexte » ou « un petit détail » relèvent de la même logique, car le second terme redouble une notion déjà présente dans le premier. Ces pléonasmes discrets passent d'autant mieux inaperçus qu'ils s'appuient parfois sur des mots d'origine savante, dont on a oublié le sens exact. Le locuteur ajoute alors un adjectif ou un complément croyant apporter une précision, alors qu'il ne fait que dédoubler l'information. Reconnaître ces redondances demande de bien connaître le sens des termes employés, et notamment leur étymologie. C'est un exercice formateur, qui affine la conscience que l'on a de sa propre langue et qui pousse à peser chaque mot avant de l'écrire.

Pléonasme fautif ou pléonasme stylistique ?
La grande distinction que retiennent les manuels oppose le pléonasme fautif, considéré comme une maladresse, au pléonasme stylistique, employé volontairement pour produire un effet. Le premier résulte d'une inattention ou d'une méconnaissance du sens des mots, tandis que le second procède d'un choix conscient, destiné à souligner ou à intensifier une idée. Cette opposition n'est pas toujours tranchée, car une même tournure peut passer pour une faute dans un devoir scolaire et pour une figure dans un poème. Tout dépend de l'intention du locuteur et du contexte dans lequel la phrase est prononcée. Le pléonasme fautif alourdit le propos sans le justifier, alors que le pléonasme stylistique donne au discours une force particulière, en revenant sur une idée pour mieux la graver dans l'esprit de celui qui écoute. Savoir sur quel versant on se trouve suppose de s'interroger sur ce que la répétition apporte réellement au sens et au rythme de la phrase.
Le pléonasme vicieux, une redondance à corriger
On appelle parfois pléonasme vicieux la répétition involontaire qui n'ajoute rien et trahit un défaut de relecture. C'est le cas de « voire même », où « voire » signifie déjà « et même », ou de « comme par exemple », où les deux termes font double emploi. Ces tournures fautives sont fréquentes à l'oral et se glissent facilement dans les écrits pressés. Elles ne sont pas graves sur le plan de la compréhension, car le message reste clair, mais elles signalent un manque de rigueur qui peut nuire dans un contexte formel, un examen ou un courrier professionnel. Le pléonasme vicieux se corrige aisément : il suffit de supprimer le terme redondant pour retrouver une phrase nette. Prendre l'habitude de traquer ces répétitions lors de la relecture améliore sensiblement la qualité d'un texte, sans en changer le fond. C'est un réflexe que les rédacteurs et les correcteurs cultivent jusqu'à en faire une seconde nature.
Le pléonasme d'insistance, un effet recherché
Le pléonasme peut aussi devenir une figure de style à part entière, employée pour insister sur une idée et lui donner du relief. Quand un orateur dit « je l'ai vu, oui, vu de mes yeux », il redouble volontairement l'information pour convaincre son auditoire de la véracité de son témoignage. Ce pléonasme d'insistance se rencontre chez de grands écrivains, qui l'utilisent pour appuyer une émotion ou marteler une conviction. La répétition, loin d'être une négligence, devient alors un instrument de la rhétorique, au service de la persuasion ou de la poésie. Dans la tragédie classique comme dans le discours politique, cette redondance assumée renforce la solennité du propos et crée un effet de rythme. Le pléonasme stylistique se reconnaît à ce qu'il ajoute quelque chose sur le plan de l'expression, même s'il n'apporte aucune information nouvelle. C'est cette valeur expressive qui le sépare nettement du simple pléonasme fautif né de l'inattention.
Quelles figures de style voisinent avec le pléonasme ?
Le pléonasme appartient à une famille de figures qui jouent toutes sur la répétition ou l'accumulation, et qu'il convient de ne pas confondre. La tautologie, la redondance, la battologie ou encore l'épanorthose partagent avec lui un air de ressemblance, mais chacune obéit à sa propre logique. Comprendre ces figures voisines permet de mieux cerner ce qui fait la spécificité du pléonasme, et d'éviter les amalgames. Certaines de ces notions font l'objet de débats parfois vifs entre grammairiens et rhétoriciens, chacun en proposant une définition un peu différente, plus ou moins large selon les traditions. Pour les figures de style, l'enjeu est plus paisible mais tout aussi réel : nommer précisément un procédé aide à en comprendre l'effet. Le pléonasme se distingue de ses voisines par le fait qu'il répète une idée à l'intérieur d'un même segment de phrase, sans forcément chercher à corriger ou à réaffirmer un propos déjà énoncé.
La tautologie, répéter une évidence
La tautologie consiste à énoncer une vérité qui se contient elle-même, du type « un sou est un sou » ou « les affaires sont les affaires ». À la différence du pléonasme, qui répète une idée à l'aide de mots différents dans une même expression, la tautologie affirme qu'une chose est ce qu'elle est, sans réel apport de sens. Cette répétition circulaire peut servir à souligner une fatalité ou à clore un débat, en donnant l'impression que rien ne peut être ajouté. En logique, le mot désigne d'ailleurs une proposition toujours vraie, quelles que soient les circonstances. La proximité avec le pléonasme vient de ce que les deux figures tournent autour de l'idée de redite, mais la tautologie opère à l'échelle de la phrase entière, alors que le pléonasme se loge dans un groupe de mots. Distinguer ces deux procédés de répétition évite bien des confusions et affine l'analyse d'un texte.
Redondance, battologie et autres cousines
La redondance est le terme le plus général : elle désigne tout ce qui, dans le discours, fait double emploi, que ce soit un mot, une idée ou une information. Le pléonasme en est une forme particulière, resserrée sur une expression. La battologie, elle, désigne la répétition fastidieuse et inutile des mêmes mots, une sorte de radotage qui lasse l'auditeur. L'épanorthose, plus subtile, revient sur un propos pour le corriger ou le renforcer, comme dans « il est bon, que dis-je, excellent ». Ces figures apparentées montrent la richesse des moyens dont dispose la langue pour insister, préciser ou marteler. Le pléonasme se situe parmi elles comme le cas le plus concret et le plus reconnaissable, celui que l'on peut illustrer d'un exemple aussi simple que « monter en haut ». Savoir les nommer et les différencier constitue une compétence précieuse pour analyser un texte littéraire ou améliorer sa propre écriture.
Comment éviter le pléonasme fautif dans ses écrits ?
Éviter le pléonasme fautif ne suppose pas de bannir toute répétition, mais d'apprendre à distinguer la redite utile de la redite gratuite. La première règle consiste à relire attentivement ses textes en se demandant, pour chaque groupe de mots, si le second terme apporte réellement une information absente du premier. Quand la réponse est non, le pléonasme est probablement fautif et gagne à être supprimé. Cette vigilance vaut surtout pour les écrits soignés, où la moindre lourdeur se remarque, mais elle profite aussi à l'expression orale, en habituant l'esprit à aller à l'essentiel. Connaître le sens précis des mots, et notamment leur origine, aide grandement à démasquer les redondances cachées que l'usage a rendues invisibles. Il ne s'agit pas de traquer la faute avec obsession, mais de cultiver une conscience aiguë de sa langue, qui rend l'écriture plus nette et la lecture plus agréable. Le pléonasme devient alors un objet d'attention plutôt qu'un piège subi.
Relire pour traquer les redites
La relecture demeure l'arme la plus efficace contre le pléonasme involontaire. En reprenant son texte à tête reposée, on repère plus facilement les tournures comme « au jour d'aujourd'hui », « voire même » ou « prévoir à l'avance », qui avaient échappé à la première rédaction. Il peut être utile de lire à voix haute, car l'oreille détecte parfois ce que l'œil laisse passer. Certains rédacteurs se constituent une petite liste de pléonasmes fréquents qu'ils vérifient systématiquement, à la manière d'une check-list personnelle. Cette méthode, sans être infaillible, réduit nettement le nombre de redondances gratuites. L'objectif n'est pas la perfection mais la clarté du propos, obtenue en retirant ce qui n'apporte rien. Avec l'habitude, ce travail de relecture devient rapide et presque automatique, et l'on finit par écrire d'emblée des phrases plus resserrées. La chasse au pléonasme fautif se transforme ainsi en un réflexe salutaire, au service d'une expression plus juste.
Quand garder volontairement une répétition
Corriger le pléonasme fautif ne signifie pas éliminer toute forme de redondance, car certaines répétitions servent le sens ou le rythme. Dans un discours, dans une plaidoirie ou dans la poésie, revenir sur une idée peut renforcer son impact et toucher davantage l'auditoire. Le pléonasme stylistique a toute sa place quand il est choisi en connaissance de cause, pour insister, émouvoir ou convaincre. La question à se poser n'est donc pas seulement « cette répétition est-elle nécessaire au sens ? », mais aussi « produit-elle un effet que je recherche ? ». Si la réponse est positive, la redondance devient une figure assumée plutôt qu'une faute. Cette souplesse distingue le bon usage d'un simple respect mécanique des règles. Écrire avec justesse, c'est savoir quand supprimer une redite qui alourdit et quand la conserver parce qu'elle donne de la force au propos. Le pléonasme, loin d'être un simple défaut, se révèle alors un outil que le locuteur avisé manie selon ses intentions.