L'expression faire des pieds et des mains signifie se démener par tous les moyens pour obtenir quelque chose, multiplier les démarches, les sollicitations et les efforts afin d'atteindre un but souvent difficile. On l'emploie par exemple pour quelqu'un qui « a fait des pieds et des mains pour obtenir un rendez-vous », « pour inscrire son fils dans ce lycée » ou « pour récupérer ses billets ». L'image est très parlante : celui qui mobilise à la fois ses pieds et ses mains se débat de tout son corps, comme un nageur qui lutte pour rester à la surface ou un grimpeur qui cherche la moindre prise. Au sens figuré, l'expression ne décrit donc pas un effort physique, mais une agitation déterminée, faite de coups de téléphone, de courriers, de relances et parfois de petites manœuvres. Elle relève du registre courant, sans être familière, et elle peut aussi bien saluer l'opiniâtreté d'une personne que pointer, avec une nuance d'ironie, l'énergie qu'elle déploie pour arriver à ses fins. Cette page explique le sens précis de l'expression, ses origines probables, ses emplois, ses nuances par rapport à des locutions voisines comme se mettre en quatre ou remuer ciel et terre, ainsi que ses équivalents dans d'autres langues.

Que signifie « faire des pieds et des mains » ?

Faire des pieds et des mains, c'est employer tous les moyens dont on dispose pour obtenir un résultat, en particulier lorsque la chose désirée dépend de la décision d'autrui. L'expression se construit le plus souvent avec « pour » suivi d'un infinitif : « Elle a fait des pieds et des mains pour être mutée près de chez elle. » Elle insiste sur trois idées : l'intensité de l'effort, la diversité des moyens employés et l'obstacle à surmonter, qu'il s'agisse d'une administration lente, d'un refus initial ou d'une forte concurrence. On l'utilise volontiers au passé, pour raconter une démarche aboutie ou non, mais aussi au présent ou au futur, pour annoncer une détermination : « Je ferai des pieds et des mains pour qu'il soit opéré rapidement. » Elle s'oppose terme à terme à l'inaction que décrit l'expression avoir les deux pieds dans le même sabot, qui caractérise une personne passive, maladroite ou sans initiative : là où l'une reste immobile, l'autre bouge dans tous les sens. Il faut noter que le pluriel est de rigueur et que l'on dit bien « des pieds et des mains », avec l'article partitif, et non « les pieds et les mains », formule qui changerait le sens.

Dessin animé : un personnage agite bras et jambes, téléphone, écrit et court de guichet en guichet pour obtenir un document tamponné ☎ il appelle ✉ il écrit il relance il insiste GUICHET OK
Faire des pieds et des mains : s'agiter dans tous les sens, appeler, écrire, relancer, jusqu'à obtenir le précieux tampon.

Une expression pour soi, plus que pour les autres

Une nuance distingue faire des pieds et des mains de nombreuses expressions voisines : elle s'emploie le plus souvent pour décrire les efforts que l'on fait afin d'obtenir quelque chose, pour soi ou pour un proche, auprès d'une tierce personne qui détient la décision. On fait des pieds et des mains pour décrocher une place en crèche, obtenir un visa, être reçu par un directeur ou se faire rembourser un billet. L'accent porte sur la conquête d'un résultat face à une résistance. À l'inverse, se mettre en quatre insiste plutôt sur le dévouement envers quelqu'un : on se met en quatre pour ses invités, on fait des pieds et des mains pour obtenir une faveur. Cette différence explique que l'expression puisse prendre une légère coloration négative lorsque l'énergie déployée paraît excessive ou peu scrupuleuse : « Il a fait des pieds et des mains pour obtenir ce poste » peut suggérer qu'il a beaucoup insisté, voire qu'il a fait jouer ses relations. Le contexte et le ton font la différence entre l'admiration pour une personne opiniâtre et le soupçon envers un intrigant. Dans la plupart des cas, toutefois, la locution reste neutre et souligne simplement la détermination de celui qui ne se résigne pas à un premier refus.

D'où vient l'expression « faire des pieds et des mains » ?

L'origine exacte de faire des pieds et des mains n'est pas documentée avec précision, mais son image s'explique facilement. Depuis longtemps, le français associe les pieds et les mains pour évoquer l'usage de toutes ses forces : on se défend, on se débat ou l'on travaille « des pieds et des mains », c'est-à-dire avec tout son corps, comme quelqu'un qui lutte pour échapper à une prise, pour remonter à la surface de l'eau ou pour escalader une paroi. Les dictionnaires du XIXe siècle enregistrent déjà l'expression avec le sens figuré qu'on lui connaît, celui de se démener, d'employer toutes sortes de moyens pour réussir. Le verbe « faire », très général, permet de passer de l'action physique à l'activité au sens large : on « fait » des démarches, des efforts, des pieds et des mains. L'expression s'inscrit dans une riche famille de locutions françaises construites sur les parties du corps, qui traduisent des états ou des comportements par des gestes concrets : avoir le bras long, mettre la main à la pâte, partir du bon pied, se tenir les coudes. Leur force tient à leur évidence visuelle, qui rend immédiatement compréhensible une idée abstraite, ici celle d'une mobilisation totale de ses ressources.

Le corps humain, source inépuisable d'expressions

Le français, comme beaucoup de langues, puise abondamment dans le vocabulaire du corps pour exprimer les sentiments, les comportements et les relations sociales. Les pieds évoquent le déplacement, la stabilité et parfois la maladresse (« mettre les pieds dans le plat », « casser les pieds », « prendre son pied »), tandis que les mains symbolisent l'action, le pouvoir et l'habileté (« avoir la main », « donner un coup de main », « avoir les mains liées »). Réunir les deux, c'est convoquer à la fois le mouvement et l'action, l'élan et la prise, d'où la puissance de l'image. D'autres expressions associent elles aussi plusieurs parties du corps pour exprimer un engagement total : « se donner corps et âme », « s'y mettre bec et ongles » ou « défendre quelque chose bec et ongles ». Cette tendance se retrouve dans les autres langues, qui recourent elles aussi au corps pour dire l'effort, mais avec des images différentes, comme nous le verrons plus loin. Le tableau ci-dessous rassemble quelques expressions françaises construites avec les pieds ou les mains, utiles pour ne pas les confondre avec celle qui nous intéresse, dont le sens est bien distinct de celui de ses cousines.

ExpressionSensLien avec l'effort
Faire des pieds et des mainsSe démener par tous les moyens pour obtenir quelque choseEffort intense, multiple
Mettre la main à la pâteParticiper soi-même au travailEffort concret, partagé
Avoir les deux pieds dans le même sabotManquer d'initiative, être empêtréAbsence d'effort
Mettre les pieds dans le platAborder maladroitement un sujet délicatAucun, maladresse
Avoir les mains liéesNe pas pouvoir agir librementEffort empêché
Se défendre bec et onglesLutter avec acharnementEffort défensif

Comment employer « faire des pieds et des mains » ? Exemples

L'expression faire des pieds et des mains trouve sa place dans de nombreuses situations de la vie courante. Dans les démarches administratives, elle exprime la persévérance face à la lenteur ou à la complexité : « Il a fait des pieds et des mains pour obtenir son permis de séjour. » Dans le monde du travail, elle décrit les efforts d'un salarié pour obtenir une promotion, une mutation ou un contrat, mais aussi ceux d'une entreprise pour remporter un marché. Dans la vie familiale, elle souligne la détermination de parents qui cherchent une place en crèche, un rendez-vous chez un spécialiste ou une solution de garde. Dans le domaine associatif ou militant, elle qualifie l'énergie déployée pour faire entendre une cause, sauver un commerce de quartier ou empêcher la fermeture d'une classe. L'expression convient enfin aux récits plus légers : on fait des pieds et des mains pour avoir des places de concert ou pour convaincre un ami de venir en vacances. Dans tous les cas, elle suppose une difficulté et une forme de résistance extérieure, car on ne fait pas des pieds et des mains pour ce qui s'obtient facilement. Elle s'emploie aussi à la forme négative pour reprocher un manque d'investissement : « Il n'a pas vraiment fait des pieds et des mains pour garder ce client. »

Échelle de l'effort : se donner du mal, se démener, se mettre en quatre, faire des pieds et des mains, remuer ciel et terre, avec la distinction entre effort pour obtenir et effort pour aider Intensité de l'effort exprimée se donnerdu mal se démener se mettreen quatre faire des piedset des mains remuer cielet terre pour aider pour obtenir
Faire des pieds et des mains se situe haut sur l'échelle de l'effort, avec une nuance : on se démène surtout pour obtenir quelque chose.

Synonymes de « faire des pieds et des mains » et équivalents étrangers

Plusieurs locutions françaises expriment une idée proche de faire des pieds et des mains, avec des nuances qu'il est utile de connaître. « Se démener » et « se décarcasser » insistent sur l'agitation et la peine que l'on se donne. « Remuer ciel et terre » relève d'une hyperbole encore plus forte, qui suggère que l'on mobilise toutes les forces imaginables. « Mettre tout en œuvre » et « tout faire pour » sont plus neutres et conviennent à un registre soutenu ou administratif. « Se mettre en quatre » met l'accent sur le dévouement envers autrui, tandis que « jouer des coudes » ajoute une idée de compétition, voire de rudesse envers les autres. Les langues étrangères disposent elles aussi d'images expressives. L'anglais dit to go to great lengths, « aller très loin », ou to move heaven and earth, équivalent exact de remuer ciel et terre. L'allemand emploie Himmel und Hölle in Bewegung setzen, « mettre en mouvement le ciel et l'enfer ». L'espagnol dit hacer lo imposible ou mover cielo y tierra, et l'italien fare carte false, littéralement « faire de faux papiers », qui exprime l'idée d'être prêt à tout, y compris à quelques entorses, pour obtenir ce que l'on veut. Ces images confirment que l'effort acharné se dit partout par l'hyperbole.

Faire des pieds et des mains : persévérance ou acharnement ?

Derrière son apparente légèreté, faire des pieds et des mains pose une question intéressante : jusqu'où faut-il insister pour obtenir ce que l'on veut ? Dans beaucoup de situations, la persévérance est une qualité précieuse : face à une administration engorgée, à un dossier perdu ou à un premier refus, celui qui relance, argumente et cherche d'autres interlocuteurs finit souvent par obtenir gain de cause, là où un autre aurait renoncé. Les associations de patients, les parents d'enfants en situation de handicap ou les créateurs d'entreprise savent combien cette ténacité peut être décisive. Mais l'effort a un coût : il épuise, il peut tendre les relations et il conduit parfois à s'acharner sur un objectif qui n'en valait pas la peine. Savoir quand insister et quand changer de stratégie fait partie de l'art de réussir. Il existe aussi une frontière morale, que suggère l'italien fare carte false : faire des pieds et des mains ne doit pas signifier contourner les règles ou exercer des pressions abusives. Bien employée, l'expression reste un bel éloge de l'opiniâtreté, de cette énergie qui pousse à ne jamais lâcher face aux obstacles, et à affronter avec courage les situations susceptibles de vous donner du fil à retordre sans perdre de vue l'essentiel.