L'adrénaline, aussi appelée épinéphrine, est une hormone sécrétée par les glandes surrénales qui prépare l'organisme à faire face à un danger ou à un effort soudain. En quelques secondes, elle accélère le cœur, élève la pression artérielle, dilate les bronches et les pupilles, mobilise le sucre et les graisses de réserve et oriente le sang vers les muscles : c'est la célèbre réaction « combat ou fuite », que chacun a déjà ressentie lors d'une grosse frayeur, d'un examen ou d'une prise de parole en public. Cette molécule appartient à la famille des catécholamines, comme la noradrénaline et la dopamine, et joue aussi, en petites quantités, un rôle de messager dans le système nerveux. Elle fait partie des hormones les plus étudiées de l'histoire de la médecine, puisqu'elle fut l'une des premières à être isolée et synthétisée. Au-delà de son rôle naturel, l'adrénaline est aussi un médicament d'urgence essentiel : elle sauve des vies lors des chocs allergiques graves et figure dans les protocoles de réanimation cardiaque. Elle est enfin entrée dans le langage courant, où l'on parle de « montée d'adrénaline » pour évoquer les sensations fortes recherchées par les amateurs de sports extrêmes. Cette définition présente sa fabrication, ses effets, ses usages médicaux et les situations où son excès pose problème.
Qu'est-ce que l'adrénaline ? Définition de l'hormone du stress aigu
L'adrénaline est à la fois une hormone, lorsqu'elle est libérée dans le sang par les glandes surrénales pour agir à distance sur de nombreux organes, et un neurotransmetteur, utilisé par certains neurones du tronc cérébral. Elle s'intègre dans le système endocrinien, l'ensemble des glandes qui communiquent par l'intermédiaire d'hormones, tout en étant étroitement commandée par le système nerveux. Son nom vient du latin ad renes, « près des reins », et son équivalent d'origine grecque, épinéphrine (epi, « sur », et nephros, « rein »), est le terme préféré dans la littérature anglo-saxonne et dans la dénomination internationale du médicament. Au tournant du XXe siècle, plusieurs équipes cherchent à isoler la substance active des extraits de surrénales, dont on connaissait l'effet puissant sur la tension artérielle : le chimiste japonais Jokichi Takamine parvient à la purifier vers 1901 et dépose le nom commercial « Adrenalin », tandis que l'Américain John Jacob Abel avait travaillé de son côté sur une substance qu'il nommait épinéphrine. La molécule est synthétisée peu après en laboratoire, une première pour une hormone. Il ne faut pas la confondre avec la noradrénaline, molécule très proche, principal messager des nerfs sympathiques, ni avec le cortisol, autre hormone surrénalienne du stress qui agit plus lentement et plus durablement.
Comment l'adrénaline est-elle fabriquée et libérée ?
L'adrénaline est produite principalement par la médullosurrénale, la partie centrale des glandes surrénales, deux petites glandes en forme de chapeau posées sur le sommet de chaque rein. Sa fabrication part d'acides aminés apportés par l'alimentation : la phénylalanine est transformée en tyrosine, puis, par une succession de réactions enzymatiques, en L-dopa, en dopamine, en noradrénaline et enfin en adrénaline. La molécule est ensuite stockée dans de petites vésicules à l'intérieur des cellules, prête à être libérée. La sécrétion est déclenchée par le système nerveux : lorsqu'une situation est perçue comme menaçante, ou en cas d'effort intense, de froid, de douleur, d'hypoglycémie ou d'hémorragie, l'hypothalamus active le système nerveux sympathique, dont les fibres stimulent directement la médullosurrénale par l'intermédiaire d'un messager chimique, l'acétylcholine. L'adrénaline se déverse alors dans le sang en quelques secondes, ce qui explique la rapidité de ses effets, puis elle est dégradée en quelques minutes par des enzymes et éliminée dans les urines sous forme de métabolites. Cette brièveté d'action fait de l'adrénaline une hormone de l'instant, alors que le cortisol, sécrété par la partie périphérique des surrénales sous le contrôle d'autres hormones, prend le relais lorsque le stress se prolonge pendant des heures ou des jours.
Quels sont les effets de l'adrénaline sur le corps ?
Une fois dans le sang, l'adrénaline se fixe sur des récepteurs dits adrénergiques, de type alpha et bêta, présents sur de nombreux organes, ce qui explique la diversité de ses effets. Sur le cœur, elle augmente la fréquence et la force des contractions, et donc le débit sanguin. Sur les vaisseaux, son action est contrastée : elle resserre ceux de la peau et du tube digestif, d'où la pâleur sous le coup de la peur, tout en dilatant ceux des muscles, si bien que le sang est redirigé vers les organes utiles à l'action ; la pression artérielle s'élève. Elle dilate les bronches, ce qui facilite la respiration, et dilate les pupilles. Sur le plan métabolique, elle pousse le foie à libérer du glucose et les tissus graisseux à libérer des acides gras, deux carburants immédiatement disponibles pour les muscles. Dans le même temps, elle ralentit la digestion et relâche la vessie, des fonctions secondaires en situation d'urgence. Elle accroît aussi la vigilance et la mémorisation des événements chargés d'émotion. Ces effets combinés produisent les sensations bien connues d'une montée d'adrénaline : cœur qui bat fort, souffle court, mains moites, tremblements, bouche sèche, impression de force ou de concentration accrue, parfois suivies d'une fatigue lorsque la tension retombe.
| Organe ou fonction | Effet de l'adrénaline | Utilité face au danger |
|---|---|---|
| Cœur | Accélération et contractions plus puissantes | Plus de sang envoyé aux organes |
| Vaisseaux | Resserrés dans la peau et l'intestin, dilatés dans les muscles | Redistribution du sang vers l'action |
| Bronches | Dilatation | Respiration facilitée |
| Foie et graisses | Libération de glucose et d'acides gras | Carburant disponible pour les muscles |
| Yeux | Dilatation des pupilles | Champ visuel et vigilance accrus |
| Digestion | Ralentissement | Économie d'énergie pour l'urgence |
Adrénaline et noradrénaline : quelles différences ?
L'adrénaline et la noradrénaline sont si proches qu'on les confond souvent : elles ne diffèrent que par un petit groupement chimique, la noradrénaline étant d'ailleurs la molécule à partir de laquelle l'adrénaline est fabriquée. Leurs rôles sont pourtant distincts. La noradrénaline est avant tout le neurotransmetteur du système sympathique : elle est libérée directement par les terminaisons nerveuses au contact des organes, ce qui permet des ajustements localisés et permanents, par exemple pour maintenir la tension artérielle quand on se lève. Dans le cerveau, elle intervient dans l'éveil, l'attention et l'humeur. L'adrénaline, elle, est surtout une hormone circulante, libérée en masse par les surrénales lorsque la situation l'exige, et qui agit sur l'ensemble du corps en même temps. Leurs effets se recoupent mais ne sont pas identiques : la noradrénaline resserre davantage les vaisseaux et élève surtout la pression artérielle, alors que l'adrénaline agit plus fortement sur le cœur, les bronches et le métabolisme du sucre. Les médecins utilisent d'ailleurs ces deux molécules dans des indications différentes, en réanimation notamment. Toutes deux appartiennent, avec la dopamine, à la famille des catécholamines, et leurs dosages dans le sang ou les urines servent à rechercher certaines tumeurs rares qui les produisent en excès. Cette proximité explique aussi pourquoi certains médicaments, comme les bêtabloquants, freinent à la fois leurs effets sur le cœur.
L'adrénaline, un médicament d'urgence
Parce qu'elle agit vite et puissamment, l'adrénaline est l'un des médicaments les plus importants de la médecine d'urgence. Elle est le traitement de première intention de l'anaphylaxie, la réaction allergique grave qui peut survenir après une piqûre d'insecte, la prise d'un aliment ou d'un médicament : en resserrant les vaisseaux, elle fait remonter la tension, réduit l'œdème des voies respiratoires et ouvre les bronches. Les personnes qui ont déjà présenté une réaction sévère se voient souvent prescrire des stylos auto-injecteurs, à injecter dans le muscle de la face externe de la cuisse, au besoin à travers les vêtements, dès les premiers signes graves : gonflement de la gorge ou de la langue, difficulté à respirer, voix rauque, malaise, chute de tension. Il faut ensuite appeler immédiatement le 15 ou le 112, même si les symptômes s'améliorent, car une seconde réaction peut survenir. Le patient et son entourage doivent être formés à son utilisation et vérifier régulièrement la date de péremption. À l'hôpital et dans les ambulances de réanimation, l'adrénaline est également utilisée lors de l'arrêt cardiaque, selon des protocoles précis, et en perfusion dans certains états de choc. Enfin, associée à un anesthésique local, elle resserre les petits vaisseaux, ce qui prolonge l'anesthésie et limite les saignements, par exemple chez le dentiste.
Effets indésirables et précautions d'emploi
Comme tout médicament puissant, l'adrénaline peut provoquer des effets indésirables, le plus souvent transitoires : palpitations, tremblements, anxiété, pâleur, sueurs, maux de tête, nausées. Ces effets traduisent son action normale sur l'organisme et ne doivent jamais faire hésiter à utiliser un auto-injecteur en cas d'anaphylaxie, car le risque lié à la réaction allergique est bien plus grand que celui du traitement. Chez les personnes souffrant de maladies cardiaques, d'hypertension sévère ou d'hyperthyroïdie, et chez celles qui prennent certains médicaments comme les bêtabloquants, l'utilisation hors urgence vitale est encadrée par le médecin, qui adapte la prescription. Dans le cas de la laryngite de l'enfant, l'adrénaline peut être administrée en nébulisation à l'hôpital : elle agit alors en resserrant les vaisseaux de la muqueuse du larynx, ce qui réduit le gonflement et soulage la gêne respiratoire, l'effet étant rapide mais de courte durée. Les doses, voies d'administration et formes d'adrénaline varient selon chaque situation et relèvent exclusivement d'une prescription ou d'un protocole médical. Toute personne qui pense avoir besoin d'un auto-injecteur, par exemple après une première réaction allergique inquiétante, doit en parler à son médecin traitant ou à un allergologue.
Trop d'adrénaline : stress chronique, sensations fortes et maladies
La sécrétion d'adrénaline est utile et brève, mais elle peut devenir problématique lorsqu'elle se répète sans cesse ou devient excessive. Le stress chronique, qui maintient l'organisme en état d'alerte, s'accompagne de sollicitations répétées du système sympathique et d'une sécrétion prolongée de cortisol : troubles du sommeil, tension artérielle plus élevée, palpitations, troubles digestifs et fatigue en sont des manifestations possibles. Dans les attaques de panique, une décharge d'adrénaline sans danger réel provoque cœur qui s'emballe, souffle court et sensation de mort imminente : ces crises sont impressionnantes mais se traitent bien avec un accompagnement adapté, et une douleur thoracique doit toujours faire appeler le 15 pour écarter une cause cardiaque. Plus rarement, une tumeur de la médullosurrénale, le phéochromocytome, sécrète des catécholamines en excès et provoque des poussées d'hypertension avec maux de tête, sueurs et palpitations, un tableau qui nécessite un bilan spécialisé. À l'inverse, certaines personnes recherchent volontairement la montée d'adrénaline à travers les sports extrêmes, comme le parapente, le saut à l'élastique ou les montagnes russes, pour l'euphorie et la sensation d'intensité qu'elle procure ; cette recherche de sensations est sans danger tant que la sécurité est respectée, mais elle est déconseillée aux personnes cardiaques. L'adrénaline accélère enfin les battements du cœur, et des palpitations répétées sans raison justifient de vérifier le rythme cardiaque normal avec son médecin.