La glycine est le plus petit et le plus simple des acides aminés, ces briques élémentaires qui s'assemblent pour former les protéines. L'organisme sait la fabriquer lui-même, à partir d'autres molécules comme la sérine, ce qui la range parmi les acides aminés dits non essentiels, mais l'alimentation en apporte aussi chaque jour, surtout par les aliments riches en protéines. Discrète, elle occupe pourtant une place considérable : elle constitue une grande partie du collagène, la protéine qui donne leur solidité à la peau, aux tendons et aux os, elle sert de messager chimique dans le système nerveux et entre dans la fabrication de plusieurs molécules indispensables. Ces rôles bien réels ont valu à la glycine un certain succès sous forme de compléments alimentaires, vantés pour le sommeil, la peau ou la « détox », avec des promesses qui vont souvent bien au-delà de ce que montrent les études. Le mot désigne par ailleurs une tout autre réalité au jardin : la glycine est aussi une plante grimpante aux grappes de fleurs mauves. Cette définition fait le point sur la glycine acide aminé, ses fonctions, ses sources alimentaires et ce que la science dit vraiment de ses effets, sans oublier son homonyme végétal.
Qu'est-ce que la glycine ? Définition de cet acide aminé
Sur le plan chimique, la glycine (symbole Gly ou G) est un acide aminé de formule très simple : un atome de carbone central porte un groupement amine, un groupement acide carboxylique et deux atomes d'hydrogène, là où les autres acides aminés portent une chaîne latérale plus ou moins complexe. Cette petite taille lui donne une grande souplesse, qui explique sa présence dans les zones des protéines devant se replier étroitement. Elle a été isolée au début du XIXe siècle par le chimiste français Henri Braconnot, à partir de la gélatine, et son nom vient du grec glukus, « doux », en raison de sa saveur légèrement sucrée. L'organisme la produit principalement à partir de la sérine, un autre acide aminé, ce qui en fait un acide aminé non essentiel ; certains chercheurs estiment toutefois que la production interne pourrait ne pas suffire à couvrir tous les besoins dans certaines situations, et la qualifient de conditionnellement essentielle, une hypothèse encore discutée. Elle est particulièrement abondante dans le collagène, la protéine structurale qui, aux côtés de molécules comme l'acide hyaluronique, contribue à la tenue et à la souplesse de la peau et des tissus. Dans l'industrie, elle est aussi utilisée comme additif alimentaire, exhausteur de goût ou agent tampon.
Une glycine peut en cacher une autre : la plante grimpante
En français, le mot glycine désigne aussi une plante, bien connue des jardiniers : une liane vigoureuse du genre Wisteria, originaire d'Asie de l'Est et d'Amérique du Nord, qui orne au printemps les façades, les pergolas et les tonnelles de longues grappes parfumées de fleurs mauves, bleutées ou blanches. Son nom partage la même racine grecque, « doux », allusion à la douceur de certaines parties de la plante, et la botanique a longtemps rangé ces lianes dans un genre nommé Glycine, qui ne regroupe plus aujourd'hui que des plantes apparentées au soja, dont le nom scientifique est d'ailleurs Glycine max. Il n'existe en revanche aucun lien entre la plante et l'acide aminé, sinon l'étymologie. Côté santé, la glycine des jardins mérite une vraie vigilance : ses graines et ses gousses, qui ressemblent à des haricots, sont toxiques et peuvent provoquer, en cas d'ingestion, des troubles digestifs parfois importants, notamment chez les jeunes enfants attirés par ces cosses veloutées. En cas d'ingestion, il faut contacter un centre antipoison, et appeler le 15 en présence de vomissements répétés, de malaise ou de somnolence inhabituelle.
Quels sont les rôles de la glycine dans l'organisme ?
La glycine intervient dans un nombre étonnant de processus. Elle est d'abord un constituant des protéines, présente dans la plupart d'entre elles et surtout dans le collagène. Elle est ensuite un neurotransmetteur, c'est-à-dire un messager chimique entre les neurones, avec une action principalement inhibitrice, qui freine l'activité nerveuse. Elle sert aussi de matière première à la fabrication de molécules essentielles : le glutathion, un antioxydant produit par les cellules à partir de trois acides aminés (glutamate, cystéine et glycine), qui participe à la protection contre le stress oxydatif et à la transformation de certaines substances dans le foie ; la créatine, réserve d'énergie rapide des muscles ; l'hème, partie de l'hémoglobine qui transporte l'oxygène dans le sang ; certaines bases des acides nucléiques. Enfin, dans le foie, la glycine se lie aux acides biliaires pour former des sels biliaires, qui aident à digérer les graisses, et à certaines substances pour faciliter leur élimination dans les urines. Ces fonctions sont bien établies, mais elles ne signifient pas qu'un apport supplémentaire les améliore : chez une personne en bonne santé qui mange suffisamment de protéines, l'organisme dispose en principe de la glycine dont il a besoin.
Collagène et tissus conjonctifs
Le collagène est la protéine la plus abondante du corps humain. Il forme la trame de la peau, des tendons, des ligaments, des cartilages, des os et de la paroi des vaisseaux. Sa structure, une triple hélice formée de trois chaînes enroulées les unes autour des autres, repose sur une séquence répétitive dans laquelle la glycine revient tous les trois acides aminés : elle représente ainsi environ un tiers des acides aminés du collagène. Sa petite taille est indispensable, car elle seule peut se loger au centre de l'hélice, là où les chaînes se rapprochent étroitement. Certaines anomalies génétiques qui remplacent une glycine par un autre acide aminé dans le collagène provoquent d'ailleurs des maladies rares, comme certaines formes d'ostéogenèse imparfaite, la maladie des « os de verre ». Il serait en revanche abusif d'en déduire que consommer davantage de glycine ou de collagène raffermit la peau, renforce les os ou prévient l'ostéoporose : la fabrication du collagène dépend de nombreux facteurs, dont l'âge, la génétique, l'exposition au soleil, le tabac, la vitamine C ou l'activité physique, et les études sur les compléments de collagène restent de qualité inégale, avec des résultats modestes et encore débattus.
Un neurotransmetteur inhibiteur
Dans le système nerveux central, la glycine joue le rôle de neurotransmetteur inhibiteur, principalement dans la moelle épinière et le tronc cérébral. En se fixant sur ses récepteurs spécifiques, elle fait entrer des ions chlorure dans le neurone, ce qui le rend moins excitable : c'est un frein qui module notamment les réflexes, le tonus musculaire et certaines informations sensorielles. L'importance de ce frein apparaît dans des situations pathologiques : la strychnine, poison redoutable, bloque les récepteurs de la glycine et provoque des contractures musculaires violentes, et une maladie génétique rare, l'hyperekplexie, liée à une anomalie de ces récepteurs, se traduit par des sursauts excessifs. La glycine a un second rôle, plus subtil, dans le cerveau : elle agit comme co-agoniste des récepteurs NMDA du glutamate, impliqués dans la mémoire et l'apprentissage, c'est-à-dire qu'elle est nécessaire à leur activation. Cette propriété a conduit des chercheurs à étudier des molécules agissant sur la glycine dans la schizophrénie, avec des résultats jusqu'ici décevants. Rien ne permet d'affirmer qu'un complément de glycine améliore la mémoire, l'humeur ou l'anxiété chez une personne en bonne santé.
Où trouver de la glycine ? Les sources alimentaires
Comme elle est présente dans la plupart des protéines, la glycine se trouve dans tous les aliments protéiques, d'origine animale comme végétale. Les sources les plus concentrées sont celles qui contiennent beaucoup de collagène : la gélatine, obtenue à partir de peaux et d'os d'animaux, les bouillons d'os mijotés longuement, les morceaux de viande riches en tissu conjonctif, comme le jarret, la joue, la queue de bœuf ou les pieds de porc, ainsi que la peau des volailles et des poissons. Les viandes, poissons, œufs et produits laitiers en apportent des quantités plus modestes mais régulières. Côté végétal, les légumineuses (soja, lentilles, pois chiches, haricots), les graines (courge, chanvre, sésame) et les oléagineux contribuent aussi aux apports, ce qui permet aux personnes végétariennes de couvrir leurs besoins avec une alimentation variée. Il n'existe pas de recommandation officielle d'apport spécifique en glycine pour la population générale, puisque l'organisme en produit et que les besoins sont couverts dès lors que l'apport global en protéines est suffisant. Le tableau suivant, indicatif, présente les grandes familles de sources, sans prétendre comparer précisément leurs teneurs.
| Famille d'aliments | Exemples | Remarque |
|---|---|---|
| Produits riches en collagène | Gélatine, bouillon d'os, jarret, queue de bœuf | Sources les plus concentrées |
| Viandes et volailles | Bœuf, porc, poulet avec la peau | Apport régulier, varie selon le morceau |
| Poissons | Poissons avec la peau, fruits de mer | La peau est plus riche en collagène |
| Œufs et produits laitiers | Œufs, fromages, yaourts | Apports plus modestes |
| Légumineuses | Soja, lentilles, pois chiches, haricots | Sources végétales intéressantes |
| Graines et oléagineux | Graines de courge, de chanvre, de sésame | Complètent les apports végétaux |
Glycine et santé : ce que dit vraiment la science
Les compléments de glycine sont souvent présentés comme des remèdes à large spectre : meilleur sommeil, peau plus ferme, articulations protégées, foie « détoxifié », anxiété apaisée, inflammation réduite. La réalité scientifique est plus nuancée. Ces allégations s'appuient en partie sur des études chez l'animal ou sur des cellules en laboratoire, dont les résultats ne se transposent pas automatiquement à l'être humain, et en partie sur des essais cliniques de petite taille, menés sur quelques dizaines de volontaires et sur de courtes durées. Des travaux explorent ainsi le rôle de la glycine dans le métabolisme du glucose, la santé cardiovasculaire ou la stéatose hépatique, avec des pistes intéressantes mais pas de preuve suffisante pour recommander une supplémentation dans ces indications. La notion de « détox », très utilisée dans le marketing, ne correspond pas à un effet démontré : le foie et les reins éliminent les déchets en permanence, et un complément ne les rend pas plus performants chez une personne en bonne santé. De même, les affirmations sur la prévention de la dépression, de l'arthrite ou de l'intestin dit « perméable » ne reposent sur aucune démonstration solide. La prudence consiste à retenir les rôles physiologiques établis de la glycine, sans les confondre avec des bénéfices prouvés de sa consommation en complément.
Sommeil : des résultats encourageants mais limités
L'effet le plus étudié concerne le sommeil. Quelques essais, principalement menés au Japon sur de petits groupes d'adultes se plaignant d'un sommeil de mauvaise qualité, ont rapporté qu'une prise de glycine avant le coucher pouvait raccourcir le temps d'endormissement et améliorer la sensation de repos au réveil. Le mécanisme avancé serait une légère baisse de la température corporelle centrale, liée à une dilatation des vaisseaux de la peau, un phénomène qui accompagne naturellement l'endormissement. Ces résultats sont encourageants mais restent préliminaires : les études sont peu nombreuses, de courte durée, et souvent financées par des fabricants. La glycine n'a pas fait la preuve de son efficacité dans l'insomnie chronique, dont le traitement de référence reste la thérapie cognitivo-comportementale adaptée à l'insomnie, associée à de bonnes habitudes de sommeil. Une insomnie qui dure plusieurs semaines, une somnolence dans la journée ou des ronflements avec pauses respiratoires justifient de consulter un médecin, qui recherchera une cause, comme une anxiété, une dépression ou une apnée du sommeil, plutôt que de multiplier les compléments.
Compléments de glycine : usages et précautions
La glycine est vendue sous forme de poudre ou de gélules, seule ou associée à d'autres substances comme le magnésium ou le collagène. Aux quantités apportées par l'alimentation, elle ne pose aucun problème. En complément, elle est généralement bien tolérée chez l'adulte en bonne santé, avec parfois des troubles digestifs légers ou une somnolence. Quelques précautions s'imposent néanmoins : les données manquent pendant la grossesse et l'allaitement, et une interaction a été décrite avec la clozapine, un médicament utilisé dans la schizophrénie, dont la glycine pourrait réduire l'efficacité. Les personnes atteintes d'une maladie chronique, notamment rénale ou hépatique, ou qui prennent un traitement au long cours, doivent demander l'avis de leur médecin ou de leur pharmacien avant toute prise. Comme pour tous les compléments, il vaut mieux privilégier des produits conformes à la réglementation, se méfier des promesses spectaculaires et ne jamais remplacer un traitement par un complément. Pour la plupart des gens, une alimentation variée et suffisamment protéinée suffit à couvrir les besoins, y compris pour les personnes qui pratiquent le véganisme, à condition de varier légumineuses, céréales, graines et oléagineux au fil de la journée.