L'hypertension artérielle, ou HTA, désigne une pression du sang trop élevée, de façon durable, contre la paroi des artères. Très fréquente, en particulier avec l'avancée en âge, elle est souvent qualifiée de « tueur silencieux », car elle ne provoque généralement aucun symptôme pendant des années, alors qu'elle abîme progressivement les vaisseaux, le cœur, le cerveau, les reins et les yeux. Elle compte parmi les principaux facteurs de risque d'accident vasculaire cérébral, d'infarctus du myocarde et d'insuffisance cardiaque ou rénale, et l'Organisation mondiale de la santé la considère comme l'une des premières causes évitables de décès prématuré dans le monde. Une partie importante des personnes concernées ignore pourtant qu'elle en est atteinte, faute d'avoir fait mesurer sa tension. La bonne nouvelle est qu'il s'agit d'une maladie facile à dépister, grâce à une simple mesure au bras, et que l'on sait la traiter efficacement, par des changements d'hygiène de vie et, si besoin, des médicaments. Cette définition explique ce qu'est la pression artérielle, comment on diagnostique une hypertension, quelles en sont les causes, les complications possibles, les traitements et les bons réflexes de suivi au quotidien.
Qu'est-ce que l'hypertension artérielle ? Définition
À chaque battement, le cœur propulse le sang dans les artères, qui le distribuent à tout l'organisme : c'est le principe de la circulation sanguine. La pression artérielle correspond à la force exercée par ce sang sur la paroi des vaisseaux. Elle dépend de deux grands paramètres : le débit de sang envoyé par le cœur et la résistance opposée par les artères, plus ou moins souples, plus ou moins larges. Elle varie naturellement au cours de la journée, augmente à l'effort ou sous l'effet d'une émotion et diminue pendant le sommeil. On parle d'hypertension artérielle lorsque cette pression reste trop élevée au repos, de manière répétée et confirmée, et non à l'occasion d'une seule mesure. Avec le temps, une pression excessive fatigue le cœur, qui doit pomper plus fort, et agresse la paroi des artères, qui s'épaissit, se rigidifie et favorise le dépôt de plaques d'athérome. Ce cercle vicieux explique que l'HTA soit à la fois une maladie en elle-même et un puissant facteur de risque cardiovasculaire, qui s'additionne au tabac, au diabète, au cholestérol ou à la sédentarité. Le diagnostic et le traitement visent donc à protéger les organes avant que des lésions n'apparaissent.
Pression systolique et pression diastolique
La pression artérielle s'exprime par deux chiffres, en millimètres de mercure (mm Hg), parfois en centimètres dans le langage courant (« 12/8 » pour 120/80 mm Hg). Le premier, la pression systolique, correspond au pic de pression atteint lorsque le cœur se contracte et éjecte le sang. Le second, la pression diastolique, correspond à la pression minimale qui persiste dans les artères lorsque le cœur se relâche entre deux battements. Les deux comptent : avec l'âge, c'est surtout la systolique qui augmente, en raison de la rigidité croissante des grosses artères. Selon les références utilisées en France et en Europe, on parle d'hypertension lorsque, au cabinet médical, la systolique atteint ou dépasse 140 mm Hg et/ou la diastolique 90 mm Hg, de manière confirmée. Les sociétés savantes distinguent plusieurs catégories, résumées dans le tableau ci-dessous ; les seuils peuvent différer légèrement selon les recommandations et sont plus bas pour les mesures réalisées à domicile. Seul un médecin peut interpréter des chiffres en tenant compte de l'ensemble du profil de la personne, de ses autres facteurs de risque et de ses éventuelles maladies associées.
| Catégorie (mesure au cabinet) | Systolique (mm Hg) | Diastolique (mm Hg) |
|---|---|---|
| Optimale | Moins de 120 | et moins de 80 |
| Normale | 120 à 129 | et/ou 80 à 84 |
| Normale haute | 130 à 139 | et/ou 85 à 89 |
| HTA de grade 1 (légère) | 140 à 159 | et/ou 90 à 99 |
| HTA de grade 2 (modérée) | 160 à 179 | et/ou 100 à 109 |
| HTA de grade 3 (sévère) | 180 ou plus | et/ou 110 ou plus |
Comment diagnostique-t-on une hypertension artérielle ?
Le diagnostic d'hypertension artérielle repose sur des mesures répétées, réalisées dans de bonnes conditions : après quelques minutes de repos en position assise, le dos appuyé, le bras posé à hauteur du cœur, avec un brassard adapté à la taille du bras, sans avoir fumé ni bu de café juste avant. Une seule valeur élevée ne suffit jamais. Le médecin confirme généralement le diagnostic en dehors du cabinet, car la tension peut monter sous l'effet du stress de la consultation : c'est l'effet blouse blanche. À l'inverse, certaines personnes ont une tension normale chez le médecin mais élevée dans la vie quotidienne, on parle d'hypertension masquée. Deux méthodes permettent de trancher. L'automesure tensionnelle, à domicile avec un tensiomètre électronique validé, de préférence au bras, suit la « règle des 3 » recommandée en France : trois mesures le matin, trois le soir, pendant trois jours ; on parle d'hypertension lorsque la moyenne atteint ou dépasse 135/85 mm Hg. La mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA), elle, enregistre automatiquement la tension pendant vingt-quatre heures grâce à un boîtier porté à la ceinture. Une fois l'HTA confirmée, un bilan (prise de sang, analyse d'urine, électrocardiogramme) recherche d'autres facteurs de risque et un éventuel retentissement sur les organes.

Quelles sont les causes de l'hypertension artérielle ?
Dans la grande majorité des cas, aucune cause unique n'est retrouvée : on parle d'hypertension essentielle ou primaire. Elle résulte de l'interaction entre une prédisposition héréditaire, l'avancée en âge, qui rigidifie les artères, et des facteurs liés au mode de vie. Parmi ceux-ci, une alimentation trop salée joue un rôle central, car le sodium favorise la rétention d'eau et l'augmentation du volume sanguin ; s'y ajoutent le surpoids et l'obésité, en particulier abdominale, la sédentarité, la consommation excessive d'alcool, une alimentation pauvre en fruits et légumes, et probablement le stress chronique et le manque de sommeil. Le tabac ne provoque pas à lui seul une hypertension durable, mais il élève la tension de façon transitoire et surtout multiplie les dégâts sur les artères. Les antécédents familiaux d'hypertension ou de maladie cardiovasculaire précoce constituent un signal à prendre au sérieux, justifiant de faire contrôler sa tension régulièrement. De nombreuses études génétiques ont identifié des variants qui augmentent un peu le risque, mais aucun test ne permet aujourd'hui de prédire individuellement la survenue d'une hypertension : c'est la mesure qui compte. La bonne nouvelle est que la plupart de ces facteurs sont modifiables.
L'hypertension secondaire
Plus rarement, l'hypertension est la conséquence d'une autre maladie ou d'un produit : on parle alors d'hypertension secondaire. Elle est surtout évoquée chez une personne jeune, lorsque la tension est très élevée d'emblée, s'aggrave brutalement ou résiste à un traitement bien conduit. Les causes possibles sont variées : maladies des reins ou rétrécissement d'une artère rénale, troubles hormonaux comme l'hyperaldostéronisme primaire, dans lequel les glandes surrénales produisent trop d'une hormone qui retient le sel, plus rarement un phéochromocytome ou une maladie de la thyroïde, ou encore un syndrome d'apnées du sommeil, fréquent et sous-diagnostiqué. Certains médicaments et substances peuvent aussi faire monter la tension : anti-inflammatoires non stéroïdiens, corticoïdes, certains décongestionnants nasals, certaines contraceptions hormonales, réglisse consommée en grande quantité, alcool, cocaïne ou amphétamines. Chez la femme enceinte, une hypertension apparue pendant la grossesse demande un suivi rapproché, car elle peut annoncer une prééclampsie. Identifier une cause secondaire est important, car son traitement peut parfois normaliser la tension. Il ne faut jamais interrompre seul un traitement suspecté, mais en parler à son médecin.
Symptômes et complications de l'hypertension artérielle
Le plus souvent, l'hypertension artérielle ne donne aucun symptôme. Des maux de tête au réveil, des bourdonnements d'oreilles, des vertiges, des saignements de nez ou une fatigue sont parfois rapportés, mais ils ne sont ni constants ni spécifiques : se sentir bien ne garantit pas une tension normale, d'où l'importance du dépistage, au moins lors de chaque consultation chez son médecin. Ce silence a un prix, car la pression excessive abîme progressivement les organes cibles. Certaines situations relèvent toutefois de l'urgence : une tension très élevée accompagnée d'un mal de tête violent et inhabituel, de troubles de la vision, d'une douleur dans la poitrine, d'un essoufflement, d'une confusion, d'une faiblesse ou d'un engourdissement d'un côté du corps, ou de difficultés à parler doit faire appeler immédiatement le 15 ou le 112. Ces signes peuvent traduire une urgence hypertensive, un accident vasculaire cérébral ou une souffrance cardiaque, qui nécessitent une prise en charge sans délai. En revanche, une valeur élevée isolée, sans aucun symptôme, chez une personne qui se sent bien, justifie de répéter la mesure au calme et d'en parler rapidement à son médecin, sans céder à la panique.
Les organes cibles de l'hypertension
Les complications de l'hypertension artérielle s'installent lentement, souvent sur des années. Au niveau du cerveau, elle est le principal facteur de risque des accidents vasculaires cérébraux, qu'ils soient dus à l'obstruction d'une artère ou à une hémorragie, et elle favorise le déclin cognitif et certaines démences d'origine vasculaire. Le cœur, obligé de pomper contre une résistance accrue, voit sa paroi s'épaissir (hypertrophie ventriculaire gauche) ; à terme, le risque d'infarctus, d'insuffisance cardiaque et de troubles du rythme comme la fibrillation atriale augmente. Les reins, très riches en petits vaisseaux, peuvent perdre progressivement leur capacité de filtration, jusqu'à l'insuffisance rénale, qui aggrave à son tour l'hypertension. Les yeux peuvent être touchés par une atteinte des vaisseaux de la rétine, que l'ophtalmologiste repère au fond d'œil. Enfin, l'ensemble des artères vieillit plus vite, avec un risque accru d'anévrisme de l'aorte et d'artérite des membres inférieurs. Ces risques ne sont pas une fatalité : de nombreuses études ont montré que faire baisser une tension trop élevée réduit nettement la survenue de ces complications, d'où l'intérêt d'un traitement précoce et suivi.
Comment traiter l'hypertension artérielle ?
Le traitement de l'hypertension artérielle commence toujours par des mesures d'hygiène de vie, qui suffisent parfois à normaliser une hypertension légère et renforcent toujours l'efficacité des médicaments. Réduire le sel est la mesure la plus connue : l'Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas dépasser 5 g de sel par jour chez l'adulte, en sachant que l'essentiel du sel consommé provient des produits transformés (pain, charcuterie, fromages, plats préparés, biscuits apéritifs) plus que de la salière. Une alimentation riche en fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes, sur le modèle méditerranéen ou du régime dit DASH, est bénéfique. La perte de poids en cas de surpoids, une activité physique régulière d'endurance comme la marche rapide, le vélo ou la natation, la limitation de l'alcool et l'arrêt du tabac complètent ces mesures. Le sommeil et la gestion du stress méritent aussi attention. Ces changements demandent du temps et sont plus faciles à tenir lorsqu'ils sont progressifs et accompagnés, par exemple par un diététicien. Le médecin fixe avec le patient un objectif tensionnel adapté à son âge et à sa situation, et réévalue régulièrement les résultats.
Les médicaments antihypertenseurs
Lorsque les mesures d'hygiène de vie ne suffisent pas, ou d'emblée si la tension est élevée ou le risque cardiovasculaire important, le médecin prescrit un traitement antihypertenseur. Plusieurs grandes familles de médicaments existent, qui agissent par des mécanismes différents : les diurétiques thiazidiques, qui aident les reins à éliminer le sel et l'eau ; les inhibiteurs de l'enzyme de conversion et les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II, souvent appelés « sartans », qui bloquent un système hormonal resserrant les artères ; les inhibiteurs calciques, qui dilatent les vaisseaux ; et les bêtabloquants, qui ralentissent le cœur et sont réservés à certaines situations. Il est fréquent d'associer deux ou trois molécules, souvent dans un même comprimé, pour gagner en efficacité avec moins d'effets indésirables. Le choix dépend du profil de chaque patient, de ses autres maladies et de la tolérance. Ces traitements se prennent généralement au long cours : une tension redevenue normale signifie que le médicament agit, pas que la maladie a disparu. Il ne faut donc jamais les arrêter ni modifier les doses sans avis médical, et signaler tout effet indésirable, comme une toux, des chevilles gonflées ou des vertiges au lever.
Vivre avec une hypertension artérielle : suivi et automesure
L'hypertension artérielle est une maladie chronique qui se gère sur la durée, en partenariat avec son médecin traitant, et parfois avec un cardiologue ou un néphrologue. Le suivi comprend des consultations régulières, des bilans sanguins pour surveiller notamment la fonction rénale et le potassium, et l'évaluation des autres facteurs de risque, comme le cholestérol ou le diabète. L'automesure à domicile est un outil précieux : elle permet de vérifier l'efficacité du traitement, de repérer une tension mal contrôlée et d'impliquer le patient dans sa prise en charge. Il est conseillé d'utiliser un tensiomètre validé, de noter ses résultats dans un carnet ou une application et de les apporter à chaque consultation, plutôt que de multiplier les mesures dans la journée, source d'anxiété inutile. Prendre ses médicaments chaque jour à heure fixe, sans les oublier ni les doubler, conditionne leur efficacité. Ces appareils affichent aussi le pouls, utile à connaître sans en faire une obsession : une valeur très éloignée de un rythme cardiaque normal ou des pulsations irrégulières sont des informations à signaler au médecin, qui pourra rechercher un trouble du rythme associé.