L'hypnothérapie désigne l'utilisation de l'hypnose dans un but thérapeutique, pour aider une personne à modifier une perception, une émotion ou un comportement. Pendant une séance, un praticien guide le patient, principalement par la voix, vers un état modifié de conscience où l'attention se concentre fortement sur certaines idées ou sensations, tandis que la perception de l'environnement passe au second plan. Contrairement à l'image véhiculée par les spectacles, la personne hypnotisée ne dort pas, ne perd pas le contrôle et ne peut pas être amenée à agir contre sa volonté : elle reste consciente et peut interrompre la séance à tout moment. L'hypnose est aujourd'hui employée à l'hôpital, notamment pour réduire l'anxiété et la douleur lors de certains soins ou interventions, et par des praticiens de formations très diverses pour le stress, les phobies ou les habitudes que l'on souhaite changer. Son efficacité est bien documentée dans quelques indications, beaucoup moins dans d'autres, et le titre d'hypnothérapeute n'est pas réglementé en France, ce qui invite à la vigilance. Le terme est souvent employé comme synonyme d'hypnose thérapeutique, l'hypnose pouvant aussi être pratiquée sans objectif de soin. L'hypnothérapie ne remplace pas un traitement médical ou psychiatrique. Cette définition présente ses principes, le déroulement d'une séance, son histoire, ses usages, ce qu'en dit la recherche et les précautions à connaître.

Qu'est-ce que l'hypnothérapie ? Définition et principes

Le mot hypnothérapie associe le grec hypnos, le sommeil, et therapeia, le soin. Le terme est trompeur sur un point : l'hypnose n'a rien d'un sommeil. Il s'agit d'un état de conscience particulier, caractérisé par une attention focalisée, une absorption dans des images mentales et une plus grande réceptivité aux suggestions, c'est-à-dire aux propositions verbales du praticien. Beaucoup de personnes connaissent spontanément des états proches dans la vie quotidienne, lorsqu'elles sont absorbées par un livre, un film ou un trajet en voiture effectué « en pilote automatique ». L'hypnothérapie cherche à utiliser cet état pour atténuer une douleur, réduire une anxiété, modifier la façon dont une situation est vécue ou soutenir un changement d'habitude. Le praticien s'appuie sur des suggestions directes ou indirectes, des métaphores, des visualisations et des exercices d'imagination. La personne peut aussi apprendre à reproduire seule une partie de ce travail grâce à l’autohypnose, souvent enseignée en fin de suivi. On distingue l'hypnose médicale, pratiquée par des professionnels de santé formés (médecins, dentistes, infirmiers, psychologues) dans le cadre de leur exercice, et l'hypnose proposée par des praticiens sans formation de soignant, dont les compétences sont très variables. Les deux ne relèvent pas du même cadre, et la seconde ne peut en aucun cas se substituer à un diagnostic médical.

Ce que l'hypnose n'est pas

Les représentations de l'hypnose sont largement façonnées par l'hypnose de spectacle, où un artiste semble faire faire n'importe quoi à des volontaires. Ces numéros reposent sur la sélection de participants très réceptifs et consentants, sur la pression du groupe et sur une part de mise en scène ; ils donnent une image fausse de la pratique thérapeutique. En séance, le patient n'est pas inconscient : il entend ce qui se dit, se souvient généralement de l'essentiel et peut refuser une suggestion qui ne lui convient pas ; elle ne révèle pas de secrets contre son gré et conserve son jugement comme ses valeurs. L'hypnose ne permet pas non plus de retrouver avec certitude des souvenirs oubliés : la recherche sur la mémoire a montré que l'état hypnotique peut au contraire favoriser la création de faux souvenirs tenus pour vrais, ce qui rend dangereuses les pratiques prétendant « faire remonter » des traumatismes enfouis. Elle n'est pas davantage un pouvoir particulier du praticien : la capacité à entrer en hypnose, appelée hypnotisabilité, varie d'une personne à l'autre, certaines y étant très réceptives, d'autres peu. Enfin, l'hypnose n'est pas une méthode magique qui agirait en une séance sur n'importe quel problème : ses effets, lorsqu'ils existent, dépendent de l'indication, de la motivation du patient et de la qualité de la relation avec le praticien.

Comment se déroule une séance d'hypnothérapie ?

Une séance d'hypnothérapie commence par un entretien au cours duquel le praticien recueille la demande, l'histoire du problème et les attentes du patient, puis explique ce qui va se passer. Il doit aussi vérifier qu'un suivi médical a été mis en place lorsque la situation le justifie. Vient ensuite l'induction hypnotique : la personne, installée confortablement, est invitée à fixer son attention sur un point, sa respiration ou des sensations corporelles, tandis que la voix du praticien, souvent lente et régulière, l'accompagne vers un état de détente et de concentration. Une phase d'approfondissement peut suivre. Le cœur de la séance est le travail thérapeutique proprement dit, à travers des suggestions, des récits métaphoriques ou des scènes imaginées, adaptés à l'objectif : diminuer une appréhension, modifier la perception d'une douleur, renforcer une motivation. La séance se termine par un retour progressif à l'état de veille habituel, puis par un échange sur ce que la personne a ressenti. Une séance dure le plus souvent entre trois quarts d'heure et une heure, et l'hypnothérapie est généralement présentée comme une thérapie brève, qui se déroule en quelques séances plutôt qu'en plusieurs années. Pendant l'hypnose, la plupart des patients décrivent une sensation de détente, parfois de lourdeur ou de distorsion du temps.

Dessin animé d'une séance d'hypnothérapie : patient détendu dans un fauteuil et les cinq étapes de la séancevoix du praticien1Entretiendemande, objectifs2Inductionattention focalisée3Travailsuggestions, métaphores4Retourréveil progressif5Échangeressenti, suitepatient conscient
Une séance d'hypnothérapie se déroule en plusieurs temps, de l'entretien initial au retour progressif à l'état de veille habituel ; le patient reste conscient tout du long.

D'où vient l'hypnothérapie ? Une histoire mouvementée

Les états de transe font partie de nombreuses traditions religieuses et rituels anciens, mais l'histoire de l'hypnothérapie moderne commence au XVIIIe siècle avec le médecin allemand Franz Anton Mesmer. Installé à Paris, il prétendait soigner grâce à un « magnétisme animal », un fluide invisible qu'il aurait su canaliser. En 1784, une commission royale réunissant notamment Benjamin Franklin et Lavoisier conclut que ce fluide n'existait pas et que les effets observés relevaient de l'imagination, une conclusion qui préfigure la notion moderne d'effet placebo. Au XIXe siècle, le chirurgien écossais James Braid forge le mot « hypnotisme » et décrit le phénomène comme un état de concentration de l'attention. En France, deux écoles s'opposent : à la Salpêtrière, Jean-Martin Charcot voit dans l'hypnose un phénomène lié à l'hystérie, tandis qu'à Nancy, Hippolyte Bernheim insiste sur le rôle de la suggestion, une lecture qui l'emportera. Le jeune Sigmund Freud s'y intéresse avant de l'abandonner au profit de la psychanalyse. Au XXe siècle, le psychiatre américain Milton Erickson renouvelle la pratique avec une approche plus souple, fondée sur le langage indirect et les métaphores, connue sous le nom d'hypnose ericksonienne. Depuis la fin du XXe siècle, l'hypnose a fait son entrée à l'hôpital, en particulier en anesthésie et dans les services de traitement de la douleur.

À quoi sert l'hypnothérapie ? Usages et niveau de preuve

L'hypnothérapie est proposée pour une grande variété de demandes, mais toutes ne reposent pas sur le même niveau de preuve. En 2015, un rapport de l'Inserm consacré à l'évaluation de l'hypnose a conclu à un intérêt pour réduire la consommation de médicaments sédatifs ou antalgiques lors de certaines interventions chirurgicales ou d'actes médicaux, et à des résultats favorables dans le syndrome de l'intestin irritable. Pour la plupart des autres indications, les données étaient jugées insuffisantes pour conclure, en raison d'études peu nombreuses ou de qualité limitée. Depuis, l'hypnoanalgésie, utilisée pour réduire la douleur et l'anxiété pendant des soins, une pose de cathéter ou un accouchement, s'est largement diffusée dans les hôpitaux. Dans certains services de pédiatrie, des soignants y recourent pour aider les enfants à mieux vivre une prise de sang ou un pansement, souvent sous une forme ludique. L'hypnose est aussi souvent sollicitée pour l'arrêt du tabac, la perte de poids, le stress, les phobies ou les troubles du sommeil ; les résultats y sont plus variables et elle ne peut pas être présentée comme un traitement de référence. Les neurosciences ont observé, grâce à l'imagerie cérébrale, des modifications de l'activité de certaines régions du cerveau pendant l'hypnose, ce qui confirme qu'il s'agit d'un état particulier, même si ses mécanismes restent incomplètement compris. Le tableau ci-dessous résume, de façon simplifiée, l'état des connaissances.

UsageCe que dit la rechercheÀ retenir
Anesthésie et actes médicauxDonnées en faveur d’une réduction de l’anxiété et des besoins en sédatifsUtilisée à l’hôpital, en complément de l’anesthésie
Syndrome de l’intestin irritableRésultats favorables dans plusieurs essaisPratiquée en complément du suivi médical
Douleurs chroniquesRésultats encourageants mais hétérogènesIntégrée dans certains centres de la douleur
Arrêt du tabacPreuves insuffisantes pour conclureNe remplace pas les aides validées au sevrage
Anxiété, phobies, stressDonnées limitées, effets variables selon les personnesUne psychothérapie validée reste la référence
« Retrouver des souvenirs »Risque de faux souvenirs démontréPratique à éviter
Infographie animée situant l'état hypnotique entre la veille active et le sommeilL'hypnose : ni veille ordinaire, ni sommeilVeille activeattention disperséesur l’extérieurÉtat hypnotiqueattention focalisée,conscience préservéeSommeilconscience suspenduedu monde extérieurpatientpeut refuser une suggestionpeut arrêter la séancene retrouve pas des souvenirs « vrais » à coup sûr
L'état hypnotique se situe entre la veille ordinaire et le sommeil : l'attention se concentre, mais la personne reste consciente et garde le contrôle.

Hypnothérapie : contre-indications, limites et dérives

L'hypnothérapie est généralement bien tolérée, mais elle n'est pas anodine pour tout le monde. Elle est habituellement déconseillée, ou réservée à des praticiens soignants spécialisés, chez les personnes souffrant de troubles psychotiques, comme la schizophrénie, ou de certains troubles psychiatriques sévères, chez qui un état modifié de conscience peut aggraver la confusion. Elle ne doit jamais retarder un diagnostic : une douleur, un amaigrissement, des troubles du sommeil ou une anxiété importante peuvent avoir une cause médicale qu'il faut rechercher avant toute approche complémentaire. Un épisode dépressif sévère, des idées suicidaires ou un syndrome de stress post-traumatique relèvent d'une prise en charge par un médecin ou un psychologue ; en cas de crise suicidaire, il faut appeler le 3114, et en cas d'urgence vitale le 15 ou le 112. Le principal risque reste celui des dérives : promesses de guérison de maladies graves, incitation à arrêter un traitement, séances très nombreuses et coûteuses, recherche de souvenirs prétendument refoulés ou emprise sur la personne. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires a signalé à plusieurs reprises de tels abus dans le champ des pratiques de bien-être. Un praticien sérieux reste modeste sur les résultats, respecte les traitements en cours et oriente vers un médecin lorsque la demande dépasse son champ.

Comment choisir un praticien en hypnothérapie ?

Le titre d'hypnothérapeute n'étant pas protégé en France, n'importe qui peut l'utiliser, quelle que soit sa formation. La première question à poser concerne donc le parcours du praticien : est-il professionnel de santé, médecin, psychologue, infirmier, dentiste ou kinésithérapeute, formé à l'hypnose par un diplôme universitaire, ou bien a-t-il suivi une formation privée, parfois de quelques jours seulement ? Pour une demande liée à une maladie, une douleur ou une souffrance psychique, il est préférable de s'adresser à un professionnel de santé pratiquant l'hypnose, éventuellement sur conseil de son médecin traitant ; de nombreux hôpitaux et centres de la douleur proposent d'ailleurs des consultations d'hypnose. Quelques signaux doivent alerter : promesse de résultat garanti, discours hostile à la médecine, demande d'arrêter un traitement, forfait de nombreuses séances à payer d'avance, ou pression pour poursuivre. Les tarifs et la durée prévisible du suivi doivent être annoncés clairement dès le départ. Les séances pratiquées hors du cadre médical ne sont en principe pas remboursées par l'Assurance maladie, même si certaines mutuelles les prennent partiellement en charge. Selon l'objectif recherché, d'autres approches centrées sur la relaxation et la conscience corporelle, comme la sophrologie ou la méditation, peuvent aussi être envisagées, sans que l'une ne remplace un suivi médical.