L'arthrose est la plus fréquente des maladies articulaires : elle touche plusieurs millions de personnes en France et constitue l'une des premières causes de douleur chronique et de gêne fonctionnelle après la cinquantaine. Longtemps présentée comme une simple « usure » liée à l'âge, elle est aujourd'hui comprise comme une maladie de l'articulation tout entière, dans laquelle le cartilage articulaire se dégrade progressivement tandis que l'os situé juste en dessous, la membrane qui tapisse l'articulation et les muscles voisins se modifient à leur tour. Il en résulte des douleurs qui apparaissent à l'effort, une raideur passagère, parfois des gonflements et, au fil des années, une perte de mobilité plus ou moins marquée selon les personnes. Le genou, la hanche, les doigts et la colonne vertébrale sont les localisations les plus courantes. Si l'on ne sait pas encore réparer un cartilage abîmé, l'arthrose n'est pas pour autant une fatalité : son évolution est très variable, souvent lente, et de nombreuses mesures permettent de soulager la douleur et de préserver l'autonomie. Cette définition détaille le mécanisme de la maladie, ses causes, ses symptômes, les articulations qu'elle concerne et les grandes options de prise en charge.
Qu'est-ce que l'arthrose ? Définition de la maladie du cartilage
Une articulation mobile, comme le genou, réunit deux extrémités osseuses recouvertes d'un cartilage lisse et élastique, enfermées dans une capsule dont la paroi interne, la membrane synoviale, sécrète un liquide lubrifiant. Ce cartilage, dépourvu de vaisseaux et de nerfs, amortit les chocs et permet aux os de glisser l'un sur l'autre presque sans frottement. Dans l'arthrose, l'équilibre entre la fabrication et la destruction de ce tissu se rompt : le cartilage se ramollit, se fissure puis s'amincit, jusqu'à laisser l'os à nu dans les formes évoluées. L'os sous-jacent réagit en se densifiant et en formant des excroissances sur les bords de l'articulation, les ostéophytes, souvent appelés « becs de perroquet » lorsqu'ils siègent sur la colonne. Des débris de cartilage peuvent irriter la membrane synoviale, provoquant des poussées inflammatoires avec épanchement de liquide. Les Anglo-Saxons parlent d'osteoarthritis, terme parfois traduit à tort par « ostéoarthrite » ; en français, on réserve le mot arthrite aux maladies d'origine inflammatoire, comme la polyarthrite rhumatoïde, dont le mécanisme, l'âge de début et le traitement diffèrent nettement. L'arthrose est dite primitive lorsqu'aucune cause précise n'est retrouvée et secondaire lorsqu'elle succède à un traumatisme, une malformation ou une autre maladie articulaire.
Arthrose et vieillissement : une maladie, pas une simple usure
L'idée selon laquelle l'arthrose serait le prix normal des années qui passent reste tenace, mais elle est trompeuse. Le cartilage vieillit, certes, et la fréquence de la maladie augmente nettement avec l'âge, au point que des signes d'arthrose apparaissent sur les radiographies d'une grande partie des personnes âgées. Pourtant, toutes ne souffrent pas, et l'intensité des douleurs est souvent sans rapport avec l'aspect des images : certaines articulations très abîmées restent peu gênantes, tandis que des lésions modestes peuvent être douloureuses. Les chercheurs décrivent aujourd'hui l'arthrose comme une maladie de l'articulation entière, qui associe des facteurs mécaniques (contraintes excessives ou mal réparties), des phénomènes biologiques (une inflammation de bas grade qui entretient la dégradation du cartilage) et des facteurs métaboliques, puisque le surpoids agit aussi par des substances sécrétées par le tissu graisseux. Cette vision explique pourquoi l'arthrose des mains est plus fréquente chez les personnes en surpoids, alors que ces articulations ne portent pas le poids du corps. Elle rappelle surtout que la maladie évolue par poussées entrecoupées d'accalmies et qu'il est possible d'agir sur plusieurs de ses déterminants, plutôt que de se résigner à une dégradation inéluctable.

Quelles sont les causes et les facteurs de risque de l'arthrose ?
Il n'existe pas une cause unique de l'arthrose, mais une combinaison de facteurs qui fragilisent le cartilage ou lui imposent des contraintes qu'il ne peut plus supporter. L'âge est le principal d'entre eux, car la capacité du cartilage à se renouveler diminue au fil du temps. Les femmes sont plus souvent touchées après la ménopause, notamment au niveau des mains et des genoux, ce qui suggère un rôle des hormones. Une prédisposition héréditaire existe également, particulièrement nette pour l'arthrose digitale, qui se retrouve souvent chez plusieurs membres d'une même famille. Le surpoids augmente fortement le risque d'arthrose du genou, à la fois par la surcharge mécanique et par l'inflammation qu'entretient le tissu adipeux. Les antécédents de traumatisme articulaire (fracture touchant l'articulation, entorse grave, lésion d'un ménisque ou d'un ligament croisé) favorisent une arthrose dite post-traumatique, parfois chez des sujets jeunes et sportifs. Les défauts d'alignement ou de forme de l'articulation, comme un genou en varus ou certaines anomalies de la hanche telles que le conflit fémoro-acétabulaire, répartissent mal les pressions. Enfin, certains gestes professionnels répétés et une faiblesse musculaire autour de l'articulation jouent un rôle, résumé dans le tableau ci-dessous.
| Facteur de risque | Mécanisme | Peut-on agir ? |
|---|---|---|
| Âge | Moindre capacité de renouvellement du cartilage | Non, mais l'activité physique entretient l'articulation |
| Hérédité, sexe féminin | Prédisposition génétique et hormonale (mains, genoux) | Non, intérêt d'une surveillance et de mesures précoces |
| Surpoids, obésité | Surcharge mécanique et inflammation de bas grade | Oui, la perte de poids soulage surtout le genou |
| Traumatisme articulaire | Fracture, lésion méniscale ou ligamentaire ancienne | En partie, par une prise en charge adaptée de la blessure |
| Défaut d'alignement | Pressions mal réparties (genou en varus, dysplasie de hanche) | Parfois, par orthèse ou chirurgie correctrice |
| Contraintes répétées | Gestes professionnels ou sportifs intensifs et prolongés | Oui, par l'aménagement des postes et l'entraînement |
Quels sont les symptômes de l'arthrose ?
Le maître symptôme de l'arthrose est une douleur de type mécanique : elle apparaît ou s'aggrave à l'effort et à la mise en charge (marche, montée des escaliers, port de charges), s'atténue au repos et ne réveille habituellement pas la nuit. Le matin ou après une période d'immobilité, l'articulation est raide pendant quelques minutes, une raideur de dérouillage qui cède rapidement, contrairement aux rhumatismes inflammatoires où elle se prolonge souvent au-delà d'une demi-heure. Avec le temps, l'amplitude des mouvements diminue : difficulté à s'accroupir, à enfiler ses chaussettes, à serrer un objet dans la main ou à tourner la tête. Des craquements peuvent accompagner les mouvements, et l'articulation peut se déformer, notamment aux doigts où apparaissent des nodosités dures. Lors des poussées congestives, la douleur devient aussi nocturne, l'articulation gonfle et chauffe légèrement en raison d'un épanchement de liquide, ce que l'on appelle couramment « avoir de l'eau dans le genou ». Ces phases alternent avec des périodes plus calmes, parfois longues. La douleur retentit sur le sommeil, le moral et l'activité physique, et cette diminution de l'activité affaiblit les muscles, ce qui accroît à son tour les contraintes sur l'articulation : c'est le cercle vicieux que la prise en charge cherche à briser.
Quand consulter un médecin pour une arthrose ?
Une douleur articulaire qui persiste plusieurs semaines, qui limite les activités quotidiennes ou qui revient régulièrement mérite un avis médical, d'abord auprès du médecin traitant, qui pourra orienter si besoin vers un rhumatologue, un médecin de médecine physique ou un chirurgien orthopédiste. Certains signes doivent en revanche faire consulter rapidement, car ils ne sont pas typiques de l'arthrose et peuvent révéler une autre maladie : une articulation brutalement rouge, chaude et très gonflée, surtout si elle s'accompagne de fièvre, peut traduire une infection articulaire ou une crise de goutte ; des douleurs touchant plusieurs articulations à la fois avec une raideur matinale prolongée évoquent un rhumatisme inflammatoire ; une douleur intense qui réveille chaque nuit, un amaigrissement inexpliqué ou une altération de l'état général justifient des examens. Une chute suivie d'une impossibilité de marcher ou d'une déformation soudaine d'un membre relève de l'urgence (15 ou 112). Il est également utile de consulter avant de commencer un traitement par soi-même, car les anti-inflammatoires en vente libre ne conviennent pas à tout le monde, en particulier aux personnes âgées, aux personnes souffrant de maladies rénales, cardiaques ou digestives, ou à celles qui prennent déjà d'autres médicaments.
Quelles articulations l'arthrose touche-t-elle le plus souvent ?
L'arthrose peut concerner toutes les articulations mobiles, mais certaines localisations sont nettement plus fréquentes et portent des noms spécifiques. L'arthrose du genou, ou gonarthrose, est la plus courante ; elle peut toucher le compartiment interne, externe ou l'articulation entre la rotule et le fémur, et se manifeste par des douleurs à la marche et dans les escaliers. L'arthrose de la hanche, ou coxarthrose, provoque des douleurs souvent ressenties dans l'aine ou la face avant de la cuisse, parfois jusqu'au genou, ce qui peut égarer le diagnostic. L'arthrose des mains, très fréquente chez les femmes, touche les dernières articulations des doigts (nodosités d'Heberden), les articulations intermédiaires (nodosités de Bouchard) ou la base du pouce, appelée rhizarthrose, qui gêne la préhension. Au niveau de la colonne vertébrale, l'arthrose des vertèbres cervicales ou lombaires, souvent associée à l'usure des disques, peut participer aux douleurs du cou ou du bas du dos. D'autres articulations sont plus rarement atteintes, comme l'épaule, la cheville ou le gros orteil, où l'arthrose favorise un hallux rigidus. Une atteinte inhabituelle, par exemple à l'épaule sans antécédent, doit faire rechercher une cause particulière.
Comment diagnostiquer et traiter l'arthrose ?
Le diagnostic de l'arthrose repose avant tout sur l'interrogatoire et l'examen clinique : le médecin fait préciser l'horaire des douleurs, leur retentissement, recherche un épanchement, une limitation des mouvements et des déformations. Une radiographie standard suffit le plus souvent à confirmer la maladie en montrant le pincement de l'interligne articulaire, la densification de l'os et les ostéophytes ; l'IRM ou le scanner ne sont utiles que dans des situations particulières, et les prises de sang servent surtout à écarter une autre cause, la biologie étant normale dans l'arthrose. Le traitement poursuit trois objectifs : soulager, préserver la fonction et limiter la progression. Il repose en premier lieu sur des mesures non médicamenteuses, dont l'efficacité est bien établie : activité physique adaptée et régulière, renforcement des muscles qui stabilisent l'articulation, perte de poids en cas de surcharge, rééducation avec un kinésithérapeute, éducation thérapeutique pour apprendre à doser ses efforts. Les médicaments viennent en complément, sur prescription : antalgiques, anti-inflammatoires sur de courtes périodes lors des poussées, gels anti-inflammatoires locaux pour le genou ou la main. Les cannes, les semelles, les orthèses de pouce ou de genou et l'aménagement du domicile aident aussi à réduire les contraintes au quotidien.
Infiltrations et chirurgie dans les formes évoluées d'arthrose
Lorsque les mesures de première intention ne suffisent plus, le médecin peut proposer des gestes réalisés directement dans l'articulation. Les infiltrations de corticoïdes calment une poussée inflammatoire avec épanchement, mais leur effet est temporaire et leur nombre est limité. Les injections d'acide hyaluronique, appelées viscosupplémentation, visent à améliorer la lubrification de l'articulation ; leurs résultats sont variables d'une personne à l'autre et leur intérêt reste discuté, ce qui explique qu'elles ne soient plus remboursées en France. Les techniques physiques comme l'ultrasonothérapie, la chaleur ou la neurostimulation transcutanée peuvent être utilisées en complément pour soulager certaines douleurs, sans modifier l'évolution de la maladie. Quand la douleur devient permanente, perturbe les nuits et réduit fortement le périmètre de marche malgré un traitement bien conduit, la chirurgie est envisagée. Il peut s'agir d'une ostéotomie, qui corrige l'axe d'un membre chez un patient encore jeune, ou d'une prothèse articulaire, ou arthroplastie, qui remplace les surfaces usées de la hanche ou du genou et permet le plus souvent de retrouver une vie active sans douleur. La décision se prend au cas par cas avec le chirurgien, en tenant compte de la gêne ressentie bien plus que de l'aspect des radiographies.