La sous-nutrition désigne une situation dans laquelle l'alimentation d'une personne ne lui apporte pas assez d'énergie, de protéines ou de micronutriments (vitamines et minéraux) pour couvrir ses besoins. Elle constitue l'une des formes de la malnutrition, terme plus large qui englobe aussi les déséquilibres par excès, comme le surpoids et l'obésité. On associe souvent la sous-nutrition aux famines et aux pays les plus pauvres, où elle reste un problème de santé publique majeur, en particulier chez les jeunes enfants. Mais elle existe aussi dans les pays riches, sous des formes parfois discrètes : personnes âgées isolées qui mangent trop peu, patients atteints de maladies chroniques qui perdent l'appétit, personnes en situation de précarité, troubles des conduites alimentaires. En France, les soignants parlent plus volontiers de dénutrition pour désigner l'état de santé qui en résulte, avec perte de poids et fonte musculaire. Ses conséquences sont nombreuses : retard de croissance chez l'enfant, fatigue, infections plus fréquentes, cicatrisation difficile, perte d'autonomie chez la personne âgée. Comprendre ce que recouvre la sous-nutrition, ses causes, ses signes et les moyens de la prévenir permet de mieux la repérer, chez soi comme chez ses proches, et d'agir avant que ses effets ne s'installent durablement.
Sous-nutrition : ça veut dire quoi ? Définition
Le mot sous-nutrition associe le préfixe « sous », qui marque l'insuffisance, au mot nutrition : il signifie littéralement « nourriture insuffisante ». Dans le vocabulaire des organisations internationales comme la FAO, la sous-alimentation désigne précisément un apport énergétique alimentaire trop faible pour mener une vie saine et active. En santé, la sous-nutrition recouvre plus largement tout déficit d'apports, qu'il porte sur les calories, les protéines ou des nutriments précis comme le fer, l'iode, le zinc ou la vitamine A. Le manque de fer, par exemple, est la carence la plus répandue dans le monde et peut évoluer vers une anémie, comme l'explique la définition de la carence en fer. On parle de « faim cachée » pour ces carences en micronutriments qui peuvent toucher des personnes mangeant à leur faim mais de façon peu variée. Chez l'enfant, l'Organisation mondiale de la santé distingue plusieurs formes de sous-nutrition : l'émaciation, ou maigreur aiguë par rapport à la taille, le retard de croissance, quand la taille est trop petite pour l'âge du fait d'une sous-nutrition chronique, et l'insuffisance pondérale, poids trop faible pour l'âge. Les formes sévères portent des noms historiques : le marasme, marqué par une maigreur extrême, et le kwashiorkor, caractérisé par des œdèmes liés à un manque de protéines.
| Notion | Définition simplifiée | Exemple |
|---|---|---|
| Sous-nutrition | Apports alimentaires insuffisants pour couvrir les besoins en énergie et en nutriments | Famine, précarité, maladie qui coupe l'appétit |
| Dénutrition | État clinique résultant d'un déséquilibre prolongé, avec perte de poids et de masse musculaire | Personne âgée hospitalisée qui a beaucoup maigri |
| Carence en micronutriments | Manque d'une vitamine ou d'un minéral, parfois sans perte de poids (« faim cachée ») | Carence en fer, en iode, en vitamine A |
| Malnutrition | Terme général qui englobe les déséquilibres par défaut et par excès | Sous-nutrition, carences, mais aussi surpoids et obésité |
| Insécurité alimentaire | Accès irrégulier ou insuffisant à une nourriture saine et suffisante | Foyer qui saute des repas faute de moyens |
Quelles sont les causes de la sous-nutrition ?
La sous-nutrition résulte presque toujours de plusieurs facteurs qui s'additionnent. Le premier est une alimentation insuffisante, en quantité ou en qualité : manque de ressources, accès difficile à des aliments variés, régimes très restrictifs, méconnaissance des besoins nutritionnels, exclusions alimentaires mal compensées. Les maladies jouent un rôle tout aussi important. Les infections, en particulier les diarrhées chez l'enfant, réduisent l'absorption des nutriments par l'intestin et augmentent les pertes ; les parasites intestinaux détournent une partie des apports ; les maladies chroniques comme les cancers, l'insuffisance cardiaque ou respiratoire, les maladies inflammatoires de l'intestin ou l'infection par le VIH augmentent les besoins tout en coupant l'appétit. Les problèmes dentaires, les difficultés à avaler, la perte du goût ou certains médicaments peuvent aussi faire manger moins. Chez la personne âgée, l'isolement, la dépression, les troubles de la mémoire ou la dépendance pour faire les courses et préparer les repas sont des causes fréquentes. Les troubles des conduites alimentaires, comme l'anorexie mentale, provoquent des formes parfois très graves de sous-nutrition. Enfin, les facteurs sociaux et économiques, pauvreté, inégalités, discriminations, conflits, catastrophes climatiques, déterminent largement l'accès à une nourriture suffisante et expliquent l'ampleur du phénomène à l'échelle mondiale.

Quelles sont les conséquences de la sous-nutrition sur la santé ?
Les effets de la sous-nutrition touchent l'ensemble de l'organisme. Privé d'énergie, le corps puise dans ses réserves de graisse, puis dans ses muscles, ce qui entraîne amaigrissement, faiblesse, fatigue et baisse des capacités physiques. Le système immunitaire s'affaiblit, ce qui favorise les infections, lesquelles aggravent à leur tour la sous-nutrition, dans un véritable cercle vicieux. La cicatrisation devient plus lente, le risque d'escarres augmente chez les personnes alitées, et les chutes sont plus fréquentes chez les personnes âgées dont la force musculaire diminue. Chez l'enfant, une sous-nutrition prolongée provoque un retard de croissance qui peut être en partie irréversible lorsqu'il survient pendant les premières années de vie, période cruciale pour le développement du cerveau ; elle peut alors affecter les capacités d'apprentissage. Pendant la grossesse, elle expose la mère à des complications et l'enfant à un faible poids de naissance. Les carences spécifiques ont leurs propres conséquences : anémie par manque de fer, troubles de la vision par manque de vitamine A, goitre et troubles du développement par manque d'iode. Des travaux suggèrent aussi qu'une sous-nutrition précoce, pendant la vie fœtale ou la petite enfance, pourrait favoriser plus tard certaines maladies métaboliques comme le diabète de type 2.
Les effets sur la santé mentale
La sous-nutrition ne pèse pas seulement sur le corps. Le cerveau consomme une part importante de l'énergie de l'organisme et dépend de nombreux nutriments pour fonctionner : lorsque les apports manquent, les personnes décrivent souvent des difficultés de concentration, une irritabilité, une humeur triste, une apathie ou un repli sur soi. Certaines carences, en vitamines du groupe B notamment, peuvent s'accompagner de troubles neurologiques ou cognitifs. Chez la personne âgée, la dénutrition et la dépression s'entretiennent volontiers l'une l'autre : la tristesse coupe l'appétit, et la perte de poids accentue la fatigue et le découragement. La situation sociale qui accompagne souvent la sous-nutrition ajoute un poids psychologique considérable : vivre avec la préoccupation constante de pouvoir se nourrir, ou de nourrir ses enfants, génère un stress chronique et un sentiment de honte qui pousse parfois à ne pas demander d'aide. Dans les troubles des conduites alimentaires, enfin, la relation entre alimentation et santé mentale est au cœur de la maladie, et la renutrition fait partie intégrante du soin psychiatrique. Repérer ces signes et en parler à un médecin est d'autant plus important que la prise en charge nutritionnelle améliore souvent l'énergie et le moral, et que des aides sociales existent pour les personnes en difficulté.
La sous-nutrition dans le monde et en France
À l'échelle mondiale, la sous-nutrition reste l'un des grands défis de santé publique. Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ 462 millions d'adultes présentent une insuffisance pondérale, et des dizaines de millions de jeunes enfants souffrent de retard de croissance ou d'émaciation, la grande majorité dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud notamment. La sous-nutrition est associée à une part importante des décès d'enfants de moins de cinq ans, car elle rend les infections courantes beaucoup plus dangereuses. Les conflits, les crises économiques, les sécheresses et les inondations liées au changement climatique aggravent régulièrement la situation dans les régions les plus fragiles. Dans les pays riches, la sous-nutrition est moins visible mais bien réelle. Elle touche les personnes en situation de pauvreté, qui peuvent sauter des repas ou se rabattre sur des aliments bon marché peu nutritifs, ainsi que les habitants des « déserts alimentaires », ces zones où l'accès à des produits frais est limité. En France, la dénutrition concerne surtout des personnes âgées, à domicile comme en établissement, et des patients hospitalisés ou atteints de maladies chroniques, chez qui elle est encore trop souvent sous-estimée alors qu'elle aggrave le pronostic.

La sous-nutrition chez la personne âgée
Les personnes âgées sont parmi les plus exposées à la sous-nutrition dans les pays développés, souvent sans que l'entourage s'en rende compte. Avec l'âge, l'appétit et la sensation de soif diminuent, le goût et l'odorat s'émoussent, la mastication peut devenir difficile à cause de dents abîmées ou d'un appareil dentaire mal adapté, et la digestion se modifie. Les besoins en protéines, eux, ne baissent pas, et ils augmentent même en cas de maladie, d'hospitalisation ou d'opération. À ces facteurs s'ajoutent souvent la solitude, qui fait sauter des repas ou se contenter d'un plateau rapide, la perte de mobilité qui complique les courses, des moyens financiers limités, plusieurs médicaments qui coupent l'appétit, ou des troubles cognitifs qui font oublier de manger. La conséquence la plus redoutée est la fonte musculaire, appelée sarcopénie lorsqu'elle s'accompagne d'une perte de force, qui augmente le risque de chute, de fracture et de perte d'autonomie. Quelques mesures simples aident à la prévenir : proposer des repas fractionnés et appétissants, enrichir les plats avec des aliments riches en protéines comme les œufs, les produits laitiers ou la viande hachée, partager les repas, maintenir une activité physique adaptée et surveiller le poids chaque mois, en signalant toute baisse au médecin traitant.
Comment repérer et prévenir la sous-nutrition ?
Le repérage de la sous-nutrition repose sur des mesures simples. La première est la pesée régulière : une perte de poids involontaire doit alerter, surtout si elle est rapide. Les recommandations françaises de la Haute Autorité de santé retiennent notamment comme critères de dénutrition chez l'adulte une perte de poids d'au moins 5 % en un mois ou de 10 % en six mois, ou un indice de masse corporelle trop bas, avec un seuil plus élevé chez les personnes de soixante-dix ans et plus, associés à une cause comme une baisse des apports ou une maladie. D'autres signes doivent faire réagir : vêtements devenus trop larges, fonte des muscles, fatigue inhabituelle, plaies qui cicatrisent mal, chutes, perte d'appétit durable. Chez l'enfant, le suivi de la courbe de taille et de poids dans le carnet de santé permet de repérer un infléchissement. La prévention passe par une alimentation variée et suffisante, adaptée aux besoins de chaque âge, par l'enrichissement des repas chez les personnes qui mangent peu, par le traitement des problèmes dentaires ou de déglutition, et par des aides concrètes : portage de repas, aide à domicile, épiceries solidaires, cantines scolaires. En cas de dénutrition avérée, la renutrition doit être encadrée médicalement, car une reprise alimentaire trop brutale peut être dangereuse. L'évolution du poids se suit facilement grâce à l'indice IMC, un repère utile mais qui ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.