Le tourisme durable désigne une manière de concevoir, d'organiser et de pratiquer le voyage qui cherche à concilier le plaisir des visiteurs avec la préservation des environnements naturels, le respect des communautés locales et la bonne santé économique des destinations. Il est né d'un constat : en se développant fortement au cours des dernières décennies, le tourisme a apporté des emplois et des revenus à de nombreuses régions, mais il a aussi produit des effets négatifs, de la pollution des littoraux à la saturation de certains centres historiques, en passant par la hausse des loyers ou la pression sur l'eau. Le tourisme durable ne désigne donc pas un type de vacances particulier, comme la randonnée ou le séjour à la ferme, mais un ensemble de principes qui peuvent s'appliquer à toutes les formes de voyage, du week-end en ville à la croisière. Il concerne à la fois les voyageurs, les entreprises du secteur, les collectivités et les États. Cette définition présente son origine, ses principes fondamentaux, ses enjeux environnementaux, sociaux et économiques, les défis qu'il rencontre et les gestes concrets qui permettent de le mettre en pratique.

Qu'est-ce que le tourisme durable ? Définition

Le tourisme durable est une approche du voyage qui vise à réduire les impacts négatifs du tourisme tout en renforçant ses retombées positives pour les territoires visités. La définition de référence est celle de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT, aujourd'hui appelée ONU Tourisme), pour qui il s'agit d'un tourisme qui « tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l'environnement et des communautés d'accueil ». Cette formule souligne qu'il ne suffit pas de satisfaire les touristes : il faut aussi prendre en considération les habitants, les travailleurs du secteur et les ressources naturelles et culturelles dont dépend l'activité. Le tourisme durable se distingue de notions voisines avec lesquelles il est souvent confondu. L'écotourisme est une forme de voyage centrée sur la découverte de la nature, alors que le tourisme durable s'applique à tous les séjours ; le tourisme responsable insiste plutôt sur le comportement et les choix individuels du voyageur, tandis que le tourisme durable désigne d'abord un objectif global, qui engage aussi les politiques publiques et les entreprises. Dans la pratique, ces expressions se recoupent largement et poursuivent le même but.

Schéma des trois piliers du tourisme durable : environnement, société et économie Environnement climat, eau,biodiversité Société habitants, culture,travail décent Économie emplois locaux,retombées partagées Tourismedurable Viabledans la durée Équitableet vivable
Le tourisme durable cherche l'équilibre entre ses trois piliers : préserver l'environnement, respecter la société d'accueil et assurer des retombées économiques partagées.

D'où vient le tourisme durable ? Origines de la notion

La notion de tourisme durable découle directement de celle de développement durable, popularisée en 1987 par le rapport Brundtland des Nations unies, qui le définissait comme un développement répondant aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, a ensuite placé cette idée au cœur des politiques internationales. Le secteur du voyage s'en est emparé dans les années suivantes : la Charte du tourisme durable, adoptée lors d'une conférence mondiale à Lanzarote, aux Canaries, en 1995, a posé l'un des premiers cadres de référence, en affirmant que le tourisme doit être supportable écologiquement à long terme, viable économiquement et équitable sur le plan éthique et social pour les populations locales. Les organisations internationales ont ensuite multiplié les recommandations et les indicateurs. En 2015, les Objectifs de développement durable adoptés par l'ONU ont mentionné explicitement le tourisme, et l'année 2017 a été proclamée Année internationale du tourisme durable pour le développement. Parallèlement, la prise de conscience du public a progressé, nourrie par les débats sur le climat et par les images de sites saturés qui ont rendu visibles les excès de certaines pratiques.

Frise des grandes étapes de la notion de tourisme durable, de 1987 à 2017 Les grandes étapes du tourisme durable 1987RapportBrundtland 1992Sommet dela Terre, Rio 1995Charte de Lanzarotedu tourisme durable 2015Objectifs dedév. durable (ONU) 2017Année internationaledu tourisme durable Du développement durable en général à son application au voyage
De la notion générale de développement durable aux engagements spécifiques du secteur du voyage.

Quels sont les principes fondamentaux du tourisme durable ?

Pour assurer un développement harmonieux, le tourisme durable repose sur plusieurs principes complémentaires, généralement regroupés autour de trois piliers. Sur le plan environnemental, il s'agit d'utiliser de façon optimale les ressources naturelles, de limiter les émissions, les déchets et la consommation d'eau et d'énergie, et de préserver les écosystèmes et la biodiversité. Sur le plan social et culturel, il demande de respecter l'authenticité des sociétés d'accueil, de préserver leur patrimoine bâti et vivant, de contribuer à la compréhension entre les cultures et de garantir des conditions de travail décentes aux salariés du secteur. Sur le plan économique, enfin, il vise des activités viables à long terme et une répartition équitable des retombées, partagées entre les entreprises locales, les artisans, les agriculteurs et les habitants plutôt que captées par quelques grands groupes extérieurs. À ces trois piliers s'ajoutent deux leviers transversaux : la consommation responsable, qui incite les voyageurs à choisir des services et des produits respectueux de l'environnement et des personnes, et l'éducation, qui sensibilise touristes et professionnels aux bonnes pratiques. La participation des populations locales aux décisions qui concernent leur territoire complète ce socle commun.

NotionCe qu'elle désigneExemple
Tourisme durableObjectif global appliqué à toutes les formes de tourismeUne ville qui régule les locations de courte durée
Tourisme responsableComportements et choix concrets des voyageurs et des entreprisesChoisir un guide local, limiter ses déchets
ÉcotourismeVoyage de découverte de la nature, à visée éducative et de conservationObservation encadrée de la faune dans une réserve
Tourisme équitableJuste rémunération et partage des bénéfices avec les habitantsSéjour organisé avec une association villageoise
Slow tourismeVoyager plus lentement, plus longtemps, avec moins d'étapesTraverser une région à vélo ou en train

Pourquoi le tourisme durable est-il important ? Les enjeux

Le tourisme durable revêt une importance particulière dans un contexte marqué par la crise climatique et l'augmentation des flux de voyageurs. Sur le plan environnemental, le secteur touristique est responsable d'une part significative des émissions de gaz à effet de serre, principalement liées aux transports, et en premier lieu à l'avion, mais aussi aux hébergements et aux infrastructures. Certains milieux fragiles, comme les récifs coralliens, les montagnes, les îles ou les zones humides, souffrent directement de la surfréquentation, du piétinement, de l'urbanisation du littoral ou de la consommation d'eau dans des régions déjà sèches. Sur le plan social, l'afflux de visiteurs peut transformer des quartiers entiers, faire grimper les loyers et chasser les habitants, ou réduire des traditions à des spectacles. Sur le plan économique, enfin, une dépendance excessive au tourisme rend les territoires vulnérables aux crises, comme l'a montré l'arrêt brutal des voyages pendant la pandémie de Covid-19. Bien pensé, le tourisme peut au contraire financer la protection de la nature et du patrimoine, créer des emplois locaux, soutenir des initiatives communautaires et redonner vie à des régions rurales. Le tourisme durable cherche précisément à préserver ces bénéfices tout en évitant les dérives.

Tourisme durable et tourisme de masse : deux modèles incompatibles ?

On oppose souvent le tourisme durable au tourisme de masse, comme si le premier était réservé à quelques voyageurs privilégiés partant à la découverte de lieux confidentiels. La réalité est plus nuancée. Un petit nombre de visiteurs peut causer des dégâts importants dans un milieu très fragile, tandis qu'une destination fréquentée par des millions de personnes peut réduire son impact grâce à des transports en commun efficaces, une bonne gestion de l'eau et des déchets, des hébergements sobres et une répartition des visiteurs dans le temps. L'enjeu n'est donc pas seulement de voyager moins nombreux, mais de mieux organiser les flux et de les adapter à la capacité d'accueil de chaque territoire, c'est-à-dire au nombre de visiteurs qu'il peut recevoir sans dégrader son environnement ni la vie de ses habitants. Les professionnels du secteur, des tour-opérateurs aux compagnies de croisière, ont un rôle déterminant à jouer, car leurs choix concernent des volumes considérables de voyageurs. Le tourisme durable apparaît ainsi moins comme une niche que comme une transformation progressive de l'ensemble du secteur, qui touche aussi bien les séjours de luxe que les vacances familiales les plus classiques.

Quels défis pour le tourisme durable ?

Malgré ses nombreux atouts, le tourisme durable se heurte à plusieurs obstacles. Le premier est la sensibilisation des voyageurs et des professionnels : beaucoup se déclarent favorables à des voyages plus respectueux, mais les choix concrets restent souvent guidés par le prix et la commodité. Le deuxième concerne la répartition des bénéfices, car il est difficile de s'assurer que les retombées profitent réellement aux communautés locales plutôt qu'aux grandes entreprises du secteur, en particulier lorsque les hébergements, les transports et les circuits sont contrôlés depuis l'étranger. La gestion des infrastructures constitue un autre enjeu : les destinations très fréquentées subissent une pression excessive sur l'eau, les déchets, les transports et le logement, ce qui peut entraîner la dégradation des milieux naturels et des tensions avec les habitants. S'y ajoute la résistance au changement de certains acteurs, qui préfèrent maintenir des pratiques axées sur la rentabilité à court terme plutôt que d'investir dans des équipements plus sobres. Enfin, l'absence de cadres réglementaires clairs et la multiplication des labels compliquent la lecture des offres et favorisent l'écoblanchiment, ces arguments verts plus marketing que réels. Les politiques publiques, la coopération internationale et des certifications exigeantes sont donc indispensables pour faire progresser le secteur.

Le rôle des labels et des politiques publiques

Pour aider les voyageurs à s'y retrouver, plusieurs labels environnementaux distinguent les hébergements, les campings, les plages ou les sites engagés dans une démarche de durabilité. En France et en Europe, on rencontre notamment la Clef Verte (déclinaison française du label international Green Key), l'Écolabel européen ou le Pavillon Bleu pour les plages et les ports de plaisance. Ces labels reposent sur des critères vérifiés, comme la gestion de l'eau, de l'énergie et des déchets, les achats responsables ou la sensibilisation des clients, mais leurs exigences et leurs modes de contrôle varient de l'un à l'autre : il est utile de consulter leur cahier des charges plutôt que de se fier à un simple logo. Les collectivités disposent elles aussi de leviers : régulation des locations de courte durée, taxes de séjour, quotas ou réservations obligatoires dans certains espaces naturels, développement des transports en commun et des itinéraires cyclables, ou encore étalement des flux dans le temps et l'espace. Certaines destinations ont mis en place des plans de gestion qui fixent une capacité d'accueil à ne pas dépasser. Ces mesures sont parfois impopulaires auprès des visiteurs comme des professionnels, mais elles visent à préserver ce qui fait l'attrait même des lieux et à concilier la présence des touristes avec la vie des habitants.

Comment pratiquer le tourisme durable au quotidien ?

Chaque voyageur peut contribuer au tourisme durable par des choix simples, qui ne demandent pas forcément de renoncer au plaisir de partir. Le levier le plus important concerne les transports : privilégier le train, le car ou le covoiturage pour les trajets courts et moyens, réserver l'avion aux longues distances et partir alors plus longtemps plutôt que plus souvent permet de réduire fortement l'empreinte d'un séjour. Sur place, on peut choisir des hébergements engagés ou tenus par des habitants, manger dans des restaurants qui travaillent avec des producteurs locaux, acheter de l'artisanat fabriqué sur place et faire appel à des guides de la région. Respecter les règles des espaces naturels, rester sur les sentiers, ne pas nourrir les animaux, limiter sa consommation d'eau et rapporter ses déchets font aussi partie des gestes essentiels. Voyager hors saison ou vers des destinations moins connues aide à soulager les sites saturés. Il est enfin utile de s'informer sur la culture et les usages du pays visité, d'adopter une tenue respectueuse et de demander l'autorisation avant de photographier quelqu'un. Pour aller plus loin sur la question des déplacements, qui pèse le plus lourd dans le bilan d'un voyage, le choix d'un mode de transport écologique reste le premier pas vers des vacances plus durables.