Le capybara est le plus grand rongeur du monde, un animal massif et placide d'Amérique du Sud qui peut peser autant qu'un adulte de petite taille et qui passe une grande partie de sa vie dans l'eau ou à proximité immédiate. Avec sa silhouette en tonneau, sa grosse tête carrée, ses petites oreilles et son air perpétuellement imperturbable, il est devenu en quelques années une véritable célébrité des réseaux sociaux, où on le voit tolérer sur son dos des oiseaux, des singes ou même d'autres mammifères. Derrière cette image amusante se cache un animal remarquablement adapté à la vie amphibie : ses yeux, ses oreilles et ses narines sont placés en haut du crâne comme chez l'hippopotame, ses pattes sont légèrement palmées et il peut rester plusieurs minutes sous l'eau pour échapper à un prédateur. Herbivore exclusif, il broute les herbes des berges et les plantes aquatiques en vivant en groupes familiaux organisés, des savanes inondables du Venezuela jusqu'aux marais du nord de l'Argentine. Proche parent du cochon d'Inde, il appartient à la riche faune des zones humides sud-américaines, qu'il partage avec les caïmans, les anacondas, les jaguars et la loutre géante. Voici ce qu'il faut savoir sur sa définition, son nom, son anatomie, sa vie sociale et ses relations avec l'homme.

Qu'est-ce qu'un capybara ? Définition et classification

Le capybara, Hydrochoerus hydrochaeris, est un mammifère de l'ordre des rongeurs, le plus vaste ordre de mammifères, qui regroupe aussi bien les souris que les écureuils, les castors ou les porcs-épics. Il appartient à la famille des Caviidés, celle des cobayes, ce qui fait de lui un proche cousin du cochon d'Inde, malgré une différence de taille spectaculaire. Ces rongeurs font partie d'un grand groupe appelé caviomorphes, propre à l'Amérique du Sud, dont les ancêtres seraient arrivés d'Afrique il y a des dizaines de millions d'années, probablement en dérivant sur des radeaux de végétation. On distingue aujourd'hui deux espèces de capybaras : le capybara commun, largement répandu, et le petit capybara, Hydrochoerus isthmius, plus léger, qui vit au Panama, en Colombie et au Venezuela. En français, l'animal porte aussi l'ancien nom de cabiai, aujourd'hui moins usité, et on l'appelle parfois familièrement cochon d'eau, traduction de son nom scientifique. Le capybara est un animal semi-aquatique : il ne s'éloigne jamais beaucoup des rivières, des lacs, des marais ou des étangs, qui lui servent à la fois de garde-manger, de climatiseur et de refuge. Il est actif surtout au crépuscule et pendant les heures fraîches, et se repose dans l'eau ou la boue lors des fortes chaleurs.

Dessin animé d'un capybara à moitié immergé, avec un oiseau sur le dos, et légendes : yeux, oreilles et narines en haut de la tête, pattes palmées, glande nasale Yeux, oreilles, narines en haut Glande nasale (morrillo) Doigts légèrement palmés Pelage brun, rêche Passager toléré
Comme un hippopotame miniature, le capybara peut garder yeux, oreilles et narines hors de l'eau tout en restant presque entièrement immergé.

D'où vient le mot capybara ? Étymologie et autres noms

Le mot capybara est emprunté au tupi, langue des peuples autochtones de la côte brésilienne, par l'intermédiaire du portugais. Le terme d'origine, que l'on transcrit de diverses manières (kapi'iwara, ka'apiûara), est généralement compris comme « celui qui mange l'herbe fine » ou « le maître des herbes », une description fidèle d'un animal qui passe de longues heures à brouter. Les Européens l'ont adopté avec des orthographes variables, et c'est la forme capybara qui s'est imposée à l'international, notamment en anglais. Le français a longtemps préféré cabiai, autre adaptation du même mot amérindien, que l'on trouve encore dans les dictionnaires et les ouvrages de zoologie anciens. Le nom scientifique, Hydrochoerus hydrochaeris, vient quant à lui du grec hudôr, « l'eau », et khoiros, « le porc » : littéralement « le cochon d'eau », une appellation que l'on retrouve dans plusieurs langues et qui reflète l'impression des premiers naturalistes, frappés par l'allure porcine de l'animal. Selon les pays d'Amérique latine, il porte encore d'autres noms : chigüire au Venezuela, carpincho en Argentine et en Uruguay, capivara au Brésil, ou ronsoco au Pérou, preuve de sa présence familière dans toute la région.

À quoi ressemble un capybara ? Taille et anatomie

Un capybara adulte mesure en général plus d'un mètre de long pour environ un demi-mètre au garrot, et son poids se situe le plus souvent entre 35 et 65 kilos, la femelle étant un peu plus lourde que le mâle. Son corps en forme de barrique est porté par des pattes assez courtes, les antérieures comptant quatre doigts et les postérieures trois, tous reliés par une petite membrane natatoire qui fait de lui un excellent nageur. La queue est réduite à un simple moignon invisible. Le pelage, long et rêche, varie du brun roux au gris brunâtre et sèche rapidement à la sortie de l'eau. La tête est massive, avec un museau tronqué, de petites oreilles arrondies et des yeux haut placés. Comme tous les rongeurs, il possède des incisives à croissance continue, usées en permanence par la mastication des herbes. Le mâle adulte se reconnaît à une bosse sombre et nue sur le dessus du museau, appelée morrillo, une glande qui sécrète une substance odorante servant au marquage du territoire et à la communication. Sous l'eau, le capybara peut fermer ses narines et rester immergé plusieurs minutes, une capacité précieuse face aux prédateurs terrestres qui le guettent sur les rives.

Comment vit le capybara ? Groupe, alimentation et reproduction

Le capybara est un animal grégaire qui vit en groupes d'une dizaine à une vingtaine d'individus, composés d'un mâle dominant, de plusieurs femelles, de leurs petits et de quelques mâles subordonnés tolérés en périphérie. Pendant la saison sèche, lorsque les points d'eau se raréfient, plusieurs groupes peuvent se rassembler autour d'une même mare, formant des troupeaux bien plus nombreux. Les membres communiquent par une palette étonnante de sons : sifflements, cliquetis, aboiements d'alarme, ronronnements de contentement. L'animal est un herbivore strict qui se nourrit principalement de graminées et de plantes aquatiques, complétées selon les saisons par des feuilles, des fruits tombés ou des cultures comme la canne à sucre et le maïs. Pour tirer le meilleur parti de cette nourriture pauvre et fibreuse, il pratique la cæcotrophie : il réingère certaines de ses propres crottes, riches en nutriments produits par les bactéries de son intestin, un comportement commun à de nombreux rongeurs et aux lapins. Il lui arrive aussi de régurgiter sa nourriture pour la mastiquer à nouveau, à la manière d'un ruminant. Ses principaux prédateurs sont le jaguar, le puma, l'anaconda et le caïman, tandis que les jeunes peuvent être capturés par les grands rapaces.

Schéma d'un groupe de capybaras : un mâle dominant au centre, des femelles et leurs petits autour, des mâles subordonnés en périphérie, près de l'eau refugeaquatique Mâle dominant Femelles Petits en crèche Mâlessubordonnés Un groupe de 10 à 20 capybaras
Un groupe type de capybaras : un mâle dominant, plusieurs femelles qui allaitent les petits en commun et quelques mâles tolérés en bordure, jamais loin de l'eau.

Une reproduction rythmée par les saisons

La reproduction du capybara peut avoir lieu toute l'année, mais elle culmine souvent avec la saison des pluies, lorsque l'herbe est abondante. L'accouplement se déroule dans l'eau. Après une gestation d'environ cinq mois, la femelle met bas à terre une portée de quelques petits, en général quatre ou cinq, mais parfois davantage. Les nouveau-nés sont précoces : ils naissent couverts de poils, les yeux ouverts, et sont capables de marcher, de nager et de goûter l'herbe au bout de quelques jours seulement, même s'ils continuent de téter pendant plusieurs semaines. Fait remarquable, les petits d'un même groupe circulent librement entre les femelles, qui peuvent allaiter indifféremment leurs propres jeunes et ceux des autres, une forme de crèche collective qui renforce les chances de survie. Les jeunes restent sous la protection du groupe, qui fait bloc et se précipite à l'eau à la moindre alerte. La mortalité juvénile reste néanmoins élevée, à cause des prédateurs et des maladies. Dans la nature, un capybara vit le plus souvent moins d'une dizaine d'années, sa longévité pouvant être un peu supérieure en captivité.

Le capybara est-il dangereux ou menacé ?

Malgré sa taille, le capybara n'est pas un animal dangereux pour l'homme : timide dans la nature, il préfère fuir vers l'eau plutôt qu'affronter un intrus. Ses incisives, longues et tranchantes, peuvent toutefois infliger de sérieuses morsures à quelqu'un qui le coince ou le manipule sans précaution, et un mâle stressé peut se montrer agressif envers ses congénères. Dans certaines régions, il est aussi l'hôte de tiques susceptibles de transmettre des maladies au bétail et parfois à l'homme, ce qui inquiète les autorités sanitaires lorsque les populations prolifèrent près des villes. Sur le plan de la conservation, l'espèce est classée en préoccupation mineure par l'UICN grâce à sa vaste répartition, à sa reproduction rapide et à sa tolérance aux milieux transformés. Localement, la chasse excessive et le drainage des zones humides ont pourtant fait reculer les effectifs, et la protection des grands marais comme le Pantanal ou les llanos reste essentielle. Le petit capybara, à l'aire de répartition plus réduite, est en revanche moins bien connu et plus exposé à la perte de son habitat forestier.

Le capybara et ses cousins : comparaison avec d'autres rongeurs

Pour mesurer à quel point le capybara sort de l'ordinaire, il suffit de le comparer à d'autres rongeurs plus familiers. Son plus proche parent domestique, le cochon d'Inde, pèse cinquante fois moins que lui, alors qu'ils partagent la même famille et bien des traits communs, comme l'absence de queue visible, les petites oreilles et un régime herbivore. Le castor, autre grand rongeur semi-aquatique, est le plus lourd de l'hémisphère Nord, mais reste nettement plus léger que le capybara et s'en distingue par sa queue plate et ses talents d'ingénieur. Le ragondin, originaire lui aussi d'Amérique du Sud et introduit en Europe pour sa fourrure, est souvent confondu avec un jeune capybara ou un rat géant ; il se reconnaît à sa longue queue ronde et à ses incisives orange. Le tableau suivant résume ces différences, avec des poids indicatifs qui varient selon les individus et les sources. Ces comparaisons rappellent aussi que, dans un passé lointain, les rongeurs sud-américains ont atteint des tailles bien supérieures : certaines espèces fossiles apparentées pesaient plusieurs centaines de kilos, faisant du capybara actuel le dernier géant d'une lignée autrefois plus imposante.

RongeurPoids indicatifMilieuSigne distinctif
Capybara35 à 65 kgBerges et marais d'Amérique du SudPas de queue, glande sur le museau
Petit capybaraEnviron 25 à 30 kgPanama, Colombie, VenezuelaPlus léger, aire plus restreinte
CastorEnviron 15 à 30 kgRivières d'Europe et d'Amérique du NordQueue plate, construit des barrages
RagondinEnviron 5 à 9 kgZones humides, introduit en EuropeLongue queue ronde, incisives orange
Cochon d'IndeEnviron 1 kgDomestique, ancêtres andinsMême famille que le capybara

Pourquoi le capybara fascine-t-il autant ? L'homme et le capybara

Le capybara entretient avec l'homme une relation ancienne et ambivalente. Chassé depuis toujours pour sa viande et son cuir, apprécié en maroquinerie pour sa souplesse, il est aujourd'hui élevé dans certaines régions, notamment au Venezuela et au Brésil, où sa chair est consommée. Une tradition souvent rapportée veut d'ailleurs qu'au Venezuela il soit traditionnellement mangé pendant le Carême, l'animal amphibie ayant été assimilé au poisson par les autorités religieuses de l'époque coloniale. L'espèce n'est pas menacée à l'échelle mondiale et s'adapte même bien aux paysages modifiés par l'homme, comme les rizières, les parcs urbains ou les lotissements construits sur d'anciennes zones humides, ce qui provoque parfois des conflits avec les riverains. Sa popularité mondiale est plus récente : son calme légendaire, sa tolérance envers les autres animaux et son allure débonnaire en ont fait une star d'internet, des produits dérivés et des parcs zoologiques, au Japon notamment, où des capybaras se prélassent dans des bains chauds en hiver. Cet engouement pousse certains à vouloir l'adopter, alors qu'il s'agit d'un animal social qui a besoin d'un groupe, d'un vaste plan d'eau et d'un espace considérable. Plutôt que d'en faire un animal de compagnie, mieux vaut l'observer dans son milieu ou dans des structures adaptées, à l'image d'autres rongeurs sauvages que l'on admire sans les enfermer, comme la marmotte de nos montagnes.