Le wingsuit, ou la wingsuit selon l'usage, désigne à la fois une combinaison ailée et la discipline aérienne qui consiste à la porter pour planer après un saut, avant d'ouvrir un parachute. Grâce à des surfaces de tissu tendues entre les bras et le corps, et entre les jambes, le pratiquant transforme sa chute libre en un véritable vol plané : il se déplace à l'horizontale sur une distance bien supérieure à celle d'un parachutiste classique, en pilotant sa trajectoire par de légers mouvements des épaules, des hanches et des jambes. Les images de ces « hommes-oiseaux » frôlant les reliefs ont fait connaître le wingsuit au grand public, mais elles ne montrent qu'une facette d'une activité qui se pratique d'abord en parachutisme, depuis un avion et sous l'œil d'instructeurs. Car le wingsuit est un sport extrême, réservé à des parachutistes expérimentés, qui exige une formation spécifique, un matériel adapté et une discipline de sécurité sans faille. Cette définition explique ce qu'est une wingsuit, comment on vole avec, d'où vient la discipline, quelles conditions sont requises pour s'y essayer, et pourquoi le vol en montagne, dit de proximité, reste l'une des pratiques les plus dangereuses des sports aériens.
Qu'est-ce que le wingsuit ? Définition de la combinaison ailée
Une wingsuit est une combinaison de vol en tissu technique, enfilée par-dessus les vêtements et sous le harnais du parachute, qui comporte trois ailes : une aile sous chaque bras, reliant le poignet à la hanche, et une aile entre les jambes. Ces ailes sont en général formées de deux épaisseurs de tissu cloisonnées, qui se gonflent grâce à des entrées d'air placées sur l'avant de la combinaison : sous l'effet du vent relatif, elles prennent un profil rigide comparable à celui d'une aile de parapente, ce qui génère de la portance. Le corps du pilote devient ainsi une petite aile volante, capable de transformer une partie de sa vitesse de chute en déplacement horizontal. Le wingsuit ne permet pas de voler à proprement parler ni de remonter : le pratiquant descend en permanence, mais beaucoup plus lentement et beaucoup plus loin qu'en chute libre classique. L'atterrissage se fait toujours sous voile de parachute, ouverte à une altitude de sécurité. Cette logique de vol plané rapproche le wingsuit d'autres activités qui exploitent l'air comme le parapente, à une différence majeure près : le wingsuiter n'a pas de voile au-dessus de la tête pendant la phase de vol, et tout repose sur sa position et son entraînement.
Wingsuit, parachutisme et base jump : ne pas confondre
Le mot wingsuit recouvre en réalité plusieurs pratiques très différentes. La plus répandue, et de loin la plus encadrée, est le wingsuit en parachutisme : le pratiquant saute d'un avion à plusieurs milliers de mètres d'altitude, au-dessus d'un centre de parachutisme, vole quelques minutes en plaine puis ouvre son parachute à une hauteur réglementaire pour se poser sur une zone dégagée. Le base jump en wingsuit, à l'inverse, consiste à s'élancer depuis un point fixe, une falaise ou un sommet, avec une altitude disponible bien plus faible et des obstacles tout proches ; lorsqu'il longe volontairement le relief, on parle de vol de proximité. Les risques n'ont alors plus rien de comparable, car la moindre erreur de trajectoire ou d'ouverture ne laisse aucune marge de rattrapage. Il faut enfin distinguer la wingsuit de la simple chute libre, où le parachutiste tombe à plat ventre ou en position verticale sans surface portante, et du tracking, une position de chute libre sans combinaison spéciale qui permet déjà de se déplacer un peu à l'horizontale. Les vidéos spectaculaires relèvent presque toujours du base jump, ce qui entretient une image trompeuse de la discipline telle que la vivent la majorité de ses pratiquants.
Comment vole-t-on en wingsuit ? Les principes du vol
Le vol en wingsuit repose sur les mêmes principes que celui d'un planeur ou d'un écureuil volant : la surface des ailes, inclinée face à l'air, crée une portance qui ralentit la descente et la transforme en déplacement vers l'avant. Le rapport entre la distance parcourue et la hauteur perdue, appelé finesse, reste modeste comparé à celui d'un parapente, mais il permet de parcourir horizontalement une distance supérieure à la hauteur perdue, et nettement plus avec les combinaisons de performance pilotées par des experts. La vitesse verticale est elle aussi nettement inférieure à celle d'une chute libre à plat ventre, ce qui allonge la durée du vol : là où un parachutiste reste moins d'une minute en chute libre, le wingsuiter peut voler plusieurs minutes. Le pilotage s'effectue par de petits mouvements : rentrer légèrement les épaules ou tendre davantage les jambes modifie l'angle d'attaque, une inclinaison du buste ou un appui de hanche fait virer. Tout l'apprentissage consiste à trouver une position stable, symétrique et détendue, car une tension excessive ou un mouvement brusque peuvent provoquer une perte de contrôle, comme une vrille, dont il faut savoir sortir rapidement.
Les étapes d'un saut en wingsuit depuis un avion
Un saut en wingsuit se prépare au sol. Le pilote vérifie sa combinaison, son parachute et son altimètre, puis établit avec les autres sauteurs et l'équipe du centre un plan de vol précis : ordre de sortie, axe de vol, zone à éviter, altitude d'ouverture et point de retour vers la zone d'atterrissage. Les wingsuiters sortent en général parmi les derniers, après les parachutistes en chute libre classique, afin de ne pas croiser leur trajectoire. Une fois hors de l'avion, ils laissent les ailes se gonfler, stabilisent leur position puis volent selon l'axe prévu, en surveillant en permanence leur altitude et leur position par rapport au sol. À l'approche de l'altitude d'ouverture, le pilote cesse de voler, entrouvre les bras pour dégonfler les ailes et ralentir, puis lance l'extracteur du parachute. Sous voile, il libère la fermeture des ailes de bras pour retrouver la liberté de manœuvre et rejoint la zone d'atterrissage comme tout parachutiste. Cette séquence, répétée de nombreuses fois à l'entraînement, conditionne la sécurité de tous : une ouverture trop basse, une dérive non prévue ou une collision sont les risques majeurs d'une discipline où tout se joue en quelques secondes.
D'où vient le wingsuit ? Histoire du vol en combinaison ailée
Le rêve de voler avec son seul corps est ancien, et l'histoire du wingsuit commence par une série de tentatives souvent tragiques. Au début du XXe siècle, l'inventeur Franz Reichelt trouve la mort en sautant du premier étage de la tour Eiffel, en 1912, pour tester un costume-parachute de sa conception. Dans les années 1930, aux États-Unis et en Europe, des cascadeurs surnommés birdmen se produisent dans des meetings aériens avec des ailes de toile, de bois ou de métal ; l'Américain Clem Sohn, l'un des plus célèbres, se tue en 1937 lors d'une démonstration en France. Ces équipements rudimentaires, mal compris sur le plan aérodynamique, ont longtemps valu au vol humain une réputation d'entreprise suicidaire. Le tournant se produit dans les années 1990, lorsque le parachutiste français Patrick de Gayardon met au point une combinaison munie d'ailes en tissu gonflées par l'air, sur le principe des voiles de parachute modernes : ses vols spectaculaires démontrent qu'un planeur humain contrôlable est possible. Il disparaît en 1998 lors d'un saut d'essai à Hawaï, mais son travail ouvre la voie aux premières combinaisons commercialisées à la fin de la décennie, accompagnées de programmes de formation destinés aux parachutistes.
Du parachutisme aux vols de proximité
Au cours des années 2000, les combinaisons de wingsuit se perfectionnent rapidement : plusieurs fabricants proposent des modèles de différentes tailles, des combinaisons d'apprentissage compactes et faciles à piloter jusqu'aux grandes combinaisons de performance réservées aux experts. Les centres de parachutisme intègrent progressivement la discipline, avec des instructeurs spécialisés et des stages de premier vol. En parallèle, une poignée de pratiquants issus du base jump commencent à voler le long des parois et des crêtes, d'abord dans les Alpes et en Norvège, puis sur d'autres massifs, ce qui donne naissance au vol de proximité. Les images tournées avec de petites caméras embarquées et diffusées sur Internet font alors connaître le wingsuit bien au-delà du monde du parachutisme, et certaines performances deviennent de véritables événements médiatiques. Cette notoriété a un revers : elle a contribué à donner l'impression d'une discipline accessible, alors que les accidents mortels, en particulier en vol de proximité, ont endeuillé la communauté à de nombreuses reprises. La pratique d'aujourd'hui s'est largement structurée, avec des progressions pédagogiques, des compétitions et une culture de sécurité plus affirmée, sans faire disparaître la part de risque inhérente au vol sans moteur ni voile.
Quelles conditions pour pratiquer le wingsuit ? Prérequis et formation
On ne commence jamais le parachutisme par le wingsuit. La discipline s'adresse à des parachutistes déjà autonomes, qui maîtrisent la chute libre, l'ouverture et le pilotage de leur voile. Les fabricants de combinaisons et les écoles recommandent généralement un nombre minimal de sauts de l'ordre de deux cents, avec une pratique récente et régulière, avant un premier vol ; en France, les centres affiliés à la fédération de parachutisme fixent les conditions d'accès à partir d'un brevet attestant cette autonomie. Le premier saut se fait dans le cadre d'un stage de premier vol, avec un instructeur spécialisé : briefing au sol sur la combinaison, les procédures d'urgence et la séparation sous voile, puis saut accompagné, débriefé à l'aide de vidéos. Le pratiquant progresse ensuite d'une combinaison d'initiation, petite et tolérante, vers des modèles plus grands, au fil des sauts. Le matériel de parachute doit être compatible avec le wingsuit, notamment en ce qui concerne le conteneur et l'extracteur, et l'altimètre, souvent doublé d'une alarme sonore, est indispensable. Le tableau ci-dessous présente les grandes étapes de cette progression, à adapter selon le centre et l'avis des instructeurs.
| Étape | Ce que l'on y apprend | Encadrement |
|---|---|---|
| Parachutisme de base | Chute libre stable, ouverture, pilotage de la voile | Formation en école jusqu'à l'autonomie |
| Expérience en chute libre | Accumuler de nombreux sauts, souvent environ deux cents | Pratique encadrée en centre |
| Stage de premier vol | Combinaison, position, procédures d'urgence | Instructeur wingsuit spécialisé |
| Combinaison d'initiation | Stabilité, virages, gestion de l'altitude | Sauts débriefés, plans de vol validés |
| Vol en groupe | Voler en formation sans collision | Pilotes expérimentés |
| Combinaisons de performance | Finesse et vitesse, vols plus longs | Expérience importante exigée |
Un équipement et des règles de sécurité stricts
La sécurité en wingsuit repose sur l'équipement autant que sur la discipline personnelle. Outre la combinaison et le parachute principal, le pratiquant porte un parachute de secours, un déclencheur automatique de sécurité selon les règles du centre, un casque, un altimètre visuel et une alarme sonore qui l'avertit de l'altitude d'ouverture. Avant chaque saut, une vérification croisée du matériel s'impose, car une poignée mal positionnée ou une fermeture d'aile gênée peut compliquer l'ouverture. Les conditions météorologiques comptent beaucoup : vent en altitude, couverture nuageuse et turbulences influencent la trajectoire et la possibilité de revenir à la zone d'atterrissage. Le plan de vol, établi en tenant compte du vent et des autres sauteurs, doit être respecté scrupuleusement, et tout pilote perdant ses repères doit donner la priorité à l'ouverture à une altitude sûre plutôt qu'à la poursuite du vol. Enfin, la condition physique et l'état de fatigue jouent un rôle souvent sous-estimé : la concentration exigée est intense, et la plupart des incidents résultent d'erreurs humaines plutôt que de défaillances matérielles. Ces règles, enseignées dès le premier vol, font de la pratique encadrée en centre une activité à risque maîtrisé, à condition de ne jamais s'en affranchir.
Le wingsuit en montagne : pourquoi le vol de proximité est-il si dangereux ?
Le vol de proximité en wingsuit, qui consiste à s'élancer d'un sommet ou d'une falaise pour voler au ras des pentes, des crêtes et des arbres, est considéré comme l'une des activités de loisir les plus mortelles au monde. Plusieurs facteurs expliquent ce danger : l'altitude disponible est faible, il n'y a souvent aucun parachute de secours utilisable, le relief ne pardonne aucune erreur d'estimation, et les conditions aérologiques de montagne, comme les rabattants ou les variations de densité de l'air, modifient la finesse d'un jour à l'autre. Les pilotes qui s'y engagent ont en général des centaines de sauts de base jump et de wingsuit derrière eux, et pourtant la discipline a payé un lourd tribut, y compris parmi ses figures les plus expérimentées. Pour ces raisons, de nombreux sites interdisent ou encadrent strictement le base jump et le vol de proximité, et les secours en montagne rappellent régulièrement les difficultés d'intervention lors d'accidents en paroi. Il ne s'agit en aucun cas d'une activité de découverte : aucune formation sérieuse ne propose d'y accéder rapidement, et le passage du parachutisme au vol de proximité suppose des années de progression, une connaissance fine de la montagne et l'acceptation d'un risque vital.
Pourquoi le wingsuit fascine-t-il ? Disciplines et compétitions
Si le wingsuit attire autant, c'est qu'il offre une sensation qu'aucune autre activité ne procure : celle de voler presque comme un oiseau, sans cockpit ni voile, avec pour seul instrument son propre corps. Les pratiquants décrivent une forme de liberté et de concentration absolue, où le moindre geste a une conséquence immédiate sur la trajectoire. En centre de parachutisme, la discipline se décline en plusieurs spécialités : le vol en formation, où plusieurs pilotes volent ensemble et dessinent des figures, le vol acrobatique, qui enchaîne retournements et vols sur le dos, et le vol de performance, où l'on cherche à maximiser la distance, la durée ou la vitesse sur une fenêtre d'altitude donnée, mesurées par GPS lors de compétitions nationales et internationales. Des tentatives de records collectifs, avec de grandes formations de wingsuiters, sont aussi régulièrement organisées. Cette fascination doit toutefois s'accompagner d'une lucidité totale sur les risques, et passer par un apprentissage patient du parachutisme. Pour qui aime les grands espaces et les sensations de glisse sans s'exposer à un tel niveau d'engagement, d'autres disciplines comme le ski freeride permettent de vivre la montagne autrement, là encore avec un équipement de sécurité et une formation adaptés.