Le colibri est le plus petit oiseau du monde et sans doute l'un des plus extraordinaires. Ce minuscule voltigeur, que l'on appelle aussi oiseau-mouche, est capable de rester immobile en l'air devant une fleur, de reculer, de pivoter ou de filer à toute vitesse en une fraction de seconde, grâce à des ailes qui battent si vite qu'elles deviennent floues à l'œil nu. Il se nourrit surtout de nectar, qu'il puise au fond des corolles avec un bec fin et une langue fourchue, et complète ce régime sucré par de petits insectes et des araignées qui lui apportent les protéines indispensables. On recense environ trois cent cinquante espèces de colibris, toutes originaires des Amériques, de l'Alaska à la Terre de Feu, avec une diversité record dans les forêts des Andes. Leur plumage aux reflets métalliques, rouge rubis, vert émeraude, violet ou bleu saphir, change de couleur selon l'angle de la lumière, ce qui leur a valu des noms poétiques comme « sylphe », « émeraude » ou « saphir ». Cette définition présente l'anatomie du colibri, les secrets de son vol, son alimentation et son rôle de pollinisateur, ses espèces remarquables, l'origine de son nom et la place qu'il occupe dans les cultures amérindiennes et dans notre imaginaire.

Qu'est-ce qu'un colibri ? Définition de l'oiseau-mouche

Un colibri est un oiseau de la famille des Trochilidae, les trochilidés, que les ornithologues rangent dans l'ordre des Apodiformes, aux côtés des martinets. Cette parenté peut surprendre, mais elle se lit dans plusieurs caractères communs, notamment des pattes très courtes et peu adaptées à la marche, et une aile dont le « bras » est court alors que la « main » est longue et puissante. Tous les colibris vivent exclusivement sur le continent américain et dans les îles voisines, des Caraïbes à la Patagonie, où ils partagent souvent les forêts tropicales avec d'autres oiseaux colorés comme le toucan, dont ils sont pourtant l'exact opposé par la taille. Ils se reconnaissent à leur petit gabarit, de quelques centimètres pour les plus petits à une vingtaine pour le plus grand, à leur bec effilé, droit ou recourbé selon les fleurs qu'ils visitent, et à leur plumage irisé. Les mâles sont souvent plus colorés que les femelles, avec une gorge brillante appelée gorgerin, qui ne s'illumine que sous un certain angle. Malgré leur fragilité apparente, ce sont des oiseaux énergiques, territoriaux et étonnamment combatifs, qui n'hésitent pas à chasser des intrus bien plus gros qu'eux de leurs fleurs favorites.

Dessin animé légendé d'un colibri en vol stationnaire devant une fleur : ailes battant en huit, bec effilé, langue fourchue, gorge irisée et pattes minuscules Le colibri en vol stationnaire Ailes en « huit »des dizaines de fois/s Bec effiléadapté aux fleurs Langue fourchuelape le nectar Gorgerin irisécouleur selon la lumière Pattes minusculespour se percher, pas marcher
Le colibri butine en vol stationnaire : ses ailes décrivent un « huit » couché qui le porte à l'aller comme au retour, tandis que sa langue fourchue lape le nectar.

Comment vole le colibri ? Le secret du vol stationnaire

Le vol stationnaire du colibri n'a d'équivalent chez aucun autre oiseau. La plupart des volatiles produisent leur portance surtout lors de l'abaissement de l'aile ; le colibri, lui, fait pivoter ses ailes à l'épaule de façon à ce qu'elles décrivent dans l'air une sorte de huit couché, et génère ainsi une poussée à l'aller comme au retour, un peu à la manière de certains insectes. Il peut ainsi rester parfaitement immobile devant une fleur, mais aussi voler en arrière, sur le côté ou s'élever à la verticale, une prouesse unique parmi les oiseaux. Selon la taille des espèces, ses ailes battent de quelques dizaines à plus de soixante-dix fois par seconde, ce qui produit le bourdonnement caractéristique qui lui a valu son nom anglais de hummingbird, « l'oiseau qui bourdonne ». Ces performances exigent des muscles du vol énormes, qui représentent une part considérable de la masse de l'oiseau, et un cœur qui peut battre plus de mille fois par minute en plein effort.

Un métabolisme record et une torpeur nocturne

Voler sur place coûte énormément d'énergie, et le colibri possède l'un des métabolismes les plus élevés du règne animal. Pour faire face à ces dépenses, il doit se nourrir presque en permanence durant la journée, visitant des centaines de fleurs et consommant chaque jour une quantité de nectar qui peut approcher ou dépasser son propre poids. Ses réserves étant très faibles, une nuit froide pourrait suffire à l'épuiser. Il a donc développé une stratégie remarquable : la torpeur. La nuit, ou lorsque la nourriture manque, sa température corporelle chute fortement, son rythme cardiaque et sa respiration ralentissent, et il entre dans une sorte de mini-hibernation qui réduit sa consommation d'énergie dans des proportions considérables. Ce fonctionnement extrême explique aussi pourquoi les colibris migrateurs accumulent des réserves de graisse avant leurs voyages : le colibri à gorge rubis, par exemple, traverserait d'une traite le golfe du Mexique, plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la mer, en brûlant des réserves accumulées en quelques jours. Toute sa biologie est ainsi un exercice d'équilibre entre une dépense d'énergie colossale et un ravitaillement de tous les instants.

Que mange le colibri ? Nectar, insectes et pollinisation

Le colibri se nourrit principalement du nectar des fleurs, un liquide sucré qu'il recueille grâce à une langue longue, fine et fourchue à son extrémité. Contrairement à une idée reçue, il n'aspire pas le nectar comme avec une paille : sa langue s'ouvre en deux gouttières qui piègent le liquide, puis se referment lorsqu'elle se rétracte, à un rythme de plusieurs coups de langue par seconde. Le nectar fournit l'énergie, mais pas les protéines nécessaires à la croissance et à la reproduction : le colibri chasse donc aussi de petits insectes en vol, des moucherons, des pucerons et des araignées, une part essentielle de l'alimentation des oisillons. En visitant les fleurs, il se couvre de pollen qu'il transporte d'une plante à l'autre, et il joue ainsi un rôle majeur de pollinisateur en Amérique. De nombreuses plantes ont évolué avec lui et présentent des fleurs tubulaires, souvent rouges ou orangées, sans parfum marqué, riches en nectar et accessibles seulement à un bec adapté. Cette coévolution atteint son sommet avec le colibri porte-épée des Andes, dont le bec, plus long que le corps, lui permet d'atteindre le nectar de fleurs aux corolles très profondes que peu d'autres animaux peuvent exploiter.

Colibri en vol stationnaire butinant une fleur

Quelles sont les espèces de colibri les plus remarquables ?

Avec environ trois cent cinquante espèces, la famille du colibri présente une diversité étonnante de tailles, de couleurs et de formes de bec. Le plus petit oiseau du monde est le colibri d'Elena, ou colibri-abeille, endémique de Cuba, qui mesure à peine plus de cinq centimètres et pèse moins de deux grammes, soit le poids d'une pièce de monnaie légère. À l'autre extrémité, le colibri géant des Andes atteint une vingtaine de centimètres et ressemble à première vue à un martinet. Le colibri à gorge rubis est le seul à nicher régulièrement dans l'est de l'Amérique du Nord, tandis que le colibri roux effectue chaque année, entre l'Alaska et le Mexique, l'une des plus longues migrations rapportées à la taille de l'oiseau. Le tableau ci-dessous compare quelques espèces emblématiques, avec des mesures indicatives qui varient selon les sources et les individus.

Espèce de colibriTaille indicativeRépartitionParticularité
Colibri d'Elena (Mellisuga helenae)Environ 5 à 6 cmCubaLe plus petit oiseau du monde
Colibri à gorge rubis (Archilochus colubris)Environ 7 à 9 cmEst de l'Amérique du Nord, hiverne en Amérique centraleGorgerin rouge du mâle, migration au-dessus du golfe du Mexique
Colibri roux (Selasphorus rufus)Environ 8 cmDe l'Alaska au MexiqueTrès longue migration pour sa taille
Colibri porte-épée (Ensifera ensifera)Bec d'une dizaine de cmAndesBec plus long que le corps
Colibri géant (Patagona gigas)Environ 20 cmAndesLe plus grand de la famille

Parade, nid et reproduction du colibri

La reproduction du colibri est une affaire presque entièrement féminine. Le mâle se contente de défendre un territoire riche en fleurs et de séduire les femelles par des parades aériennes spectaculaires : chez plusieurs espèces nord-américaines, il grimpe à plusieurs dizaines de mètres puis plonge en piqué devant la femelle, en produisant un son aigu grâce aux plumes de sa queue qui vibrent dans l'air. Après l'accouplement, il ne participe ni à la construction du nid, ni à la couvaison, ni à l'élevage des jeunes. La femelle bâtit seule un nid minuscule, une petite coupe de mousses, de duvet végétal et de lichens, tenue par des fils d'araignée qui lui donnent une élasticité étonnante : il s'étire à mesure que les poussins grandissent. Elle y pond le plus souvent deux œufs pas plus gros que des petits pois, qu'elle couve pendant deux à trois semaines environ selon les espèces. Les oisillons naissent nus et aveugles et sont nourris d'un mélange de nectar et d'insectes que la mère régurgite directement dans leur gosier, en y plongeant son bec. Ils quittent le nid au bout de quelques semaines, déjà capables de voler et de butiner seuls.

Comparaison de tailles entre le colibri d'Elena, le colibri à gorge rubis et le colibri géant, sur une échelle en centimètres Du plus petit au plus grand des colibris Colibri d'Elena≈ 5,5 cm Colibri à gorge rubis≈ 8 cm Colibri géant≈ 20 cm 0 cm5 cm10 cm15 cm20 cmLongueurs indicatives
Les colibris vont du minuscule colibri d'Elena, plus petit oiseau du monde, au colibri géant des Andes, près de quatre fois plus long.

D'où vient le mot « colibri » ? Étymologie et symboles

L'origine du mot colibri reste incertaine. Le terme apparaît en français au XVIIe siècle, dans les récits des voyageurs et missionnaires qui séjournaient aux Antilles, et la plupart des dictionnaires y voient un emprunt probable à une langue caraïbe parlée dans ces îles, sans que la forme d'origine ait pu être identifiée avec certitude. L'expression oiseau-mouche, plus descriptive, souligne quant à elle la petite taille de l'oiseau et le bourdonnement de ses ailes. Chez les Aztèques, le colibri se disait huitzilin, un mot que l'on retrouve dans le nom du grand dieu de la guerre et du soleil, Huitzilopochtli, souvent traduit par « colibri du sud » ou « colibri de gauche ». D'autres peuples d'Amérique associent l'oiseau à la vitalité, au soleil ou aux messagers des dieux. En France, le colibri a gagné une notoriété nouvelle grâce à une légende amérindienne popularisée par Pierre Rabhi, dans laquelle un petit colibri tente d'éteindre un incendie de forêt goutte après goutte en répondant qu'il « fait sa part », devenue le symbole de l'engagement individuel et le nom d'un mouvement citoyen.

Le colibri est-il menacé ? Protéger ce petit oiseau

La plupart des espèces de colibri restent communes, mais un certain nombre d'entre elles sont considérées comme menacées, en particulier celles qui vivent dans une aire très restreinte, une vallée andine ou une île, et dépendent de quelques plantes à fleurs. La principale menace est la destruction des forêts et des milieux naturels, au profit de l'agriculture, de l'élevage ou de l'exploitation minière. Le changement climatique inquiète aussi les scientifiques, car il peut décaler la floraison des plantes et l'arrivée des colibris migrateurs, rompant la synchronisation dont dépendent les deux partenaires. Par le passé, les colibris ont en outre été chassés en très grand nombre pour leurs plumes, utilisées en Europe pour orner chapeaux et parures au XIXe siècle, un commerce aujourd'hui disparu. En Amérique du Nord, de nombreux particuliers installent des abreuvoirs remplis d'eau sucrée pour attirer ces oiseaux dans leur jardin, une pratique appréciée à condition de nettoyer souvent le matériel et de ne jamais ajouter de miel ni de colorant. Planter des fleurs locales riches en nectar reste la meilleure façon de les aider. Ces petits butineurs ont d'ailleurs un sosie inattendu en Europe : avec son vol stationnaire au-dessus des fleurs, le syrphe, une mouche inoffensive qui imite la guêpe, rappelle étonnamment le colibri.