Le syrphe est une petite mouche du jardin qui se fait passer pour une guêpe. Son abdomen rayé de jaune et de noir trompe beaucoup de monde, et sans doute aussi bon nombre de ses prédateurs, mais il est totalement inoffensif : il ne possède ni dard ni venin et ne pique pas. On le reconnaît surtout à son vol, car il est capable de rester parfaitement immobile en l'air, comme suspendu à un fil, avant de filer d'un coup à quelques centimètres plus loin. Le mot désigne en réalité une grande famille d'insectes, les Syrphidés, qui compte plusieurs milliers d'espèces dans le monde et plusieurs centaines en France, parmi lesquelles le syrphe ceinturé, très commun dans les jardins. Les jardiniers le considèrent comme un précieux auxiliaire : les adultes butinent les fleurs et participent à la pollinisation, tandis que les larves de nombreuses espèces dévorent les pucerons en grande quantité. Au même titre que d'autres petites bêtes familières des soirées d'été, comme la luciole, il fait partie de ces insectes dont la présence témoigne d'un jardin vivant. Cette définition présente le syrphe, la manière de le distinguer d'une guêpe, son cycle de vie, son utilité et les moyens de l'attirer.

Qu'est-ce qu'un syrphe ? Définition de l'insecte

Un syrphe est un insecte de l'ordre des Diptères, celui des mouches et des moustiques, et de la famille des Syrphidés. Comme tous les diptères, il ne possède qu'une seule paire d'ailes fonctionnelles, la seconde étant réduite à deux petits balanciers qui stabilisent son vol, alors que les guêpes et les abeilles en ont deux paires. Sa taille varie fortement selon les espèces, de quelques millimètres à plus d'un centimètre et demi ; le syrphe ceinturé (Episyrphus balteatus), l'un des plus répandus en Europe, mesure environ un centimètre. Sa tête porte de très grands yeux, qui se touchent presque chez les mâles, et de courtes antennes. Les syrphes fréquentent tous les milieux fleuris : jardins, prairies, lisières, haies, parcs urbains et même balcons, du printemps à l'automne. Certaines espèces sont migratrices et traversent chaque année de longues distances en très grand nombre, profitant des vents, ce qui en fait de discrets voyageurs au long cours. Leur diversité est remarquable : si beaucoup imitent les guêpes, d'autres ressemblent à des abeilles domestiques, comme l'éristale, ou à des bourdons, grâce à un corps velu et trapu. On parle couramment de « mouches à fleurs » ou de « mouches-guêpes » pour les désigner, en anglais hoverflies, c'est-à-dire « mouches qui font du surplace ».

Dessin animé comparant un syrphe et une guêpe : nombre d'ailes, antennes, taille de guêpe et dard Syrphe (mouche)Guêpe 2 ailes, grands yeux, antennes courtes 4 ailes, longues antennes, dard vol stationnaire, ne pique pas« taille de guêpe » très fine
Syrphe ou guêpe ? Une paire d'ailes, de grands yeux et des antennes courtes trahissent la mouche déguisée.

D'où vient le mot « syrphe » ?

Le mot syrphe vient du grec ancien syrphos, qui désignait un petit insecte volant, une sorte de moucheron. Il a été repris par les naturalistes pour nommer le genre Syrphus, puis toute la famille des Syrphidés, selon l'usage qui consiste à bâtir le nom d'une famille sur celui d'un genre représentatif. En français, le terme reste surtout employé par les entomologistes, les jardiniers et les naturalistes amateurs, alors que le grand public parle plus volontiers de « mouche-guêpe », de « fausse guêpe » ou de « mouche à fleurs », des appellations qui résument bien la double nature de l'insecte. Les noms donnés aux différentes espèces s'appuient souvent sur leur apparence ou leur comportement : le syrphe ceinturé doit son nom aux bandes noires doublées qui ornent son abdomen orangé, l'éristale gluante évoque la viscosité des eaux croupies où se développe sa larve, et la volucelle zonée rappelle par ses anneaux jaunes et bruns le frelon dont elle fréquente les nids. L'anglais hoverfly, littéralement « mouche qui plane », et l'allemand Schwebfliege, de sens voisin, insistent pour leur part sur le célèbre vol stationnaire, trait le plus frappant pour un observateur.

Comment reconnaître un syrphe d'une guêpe ?

La ressemblance du syrphe avec la guêpe n'a rien d'un hasard : c'est un cas classique de mimétisme, dit batésien, du nom du naturaliste qui l'a décrit. En arborant les couleurs d'avertissement d'un insecte capable de piquer, le syrphe, parfaitement inoffensif, profite de la méfiance des oiseaux et autres prédateurs qui ont appris à éviter les guêpes. Plusieurs critères permettent pourtant de faire la différence. Le vol, d'abord : le syrphe pratique le vol stationnaire avec une précision remarquable, puis se déplace par brusques déplacements latéraux, alors que la guêpe vole de façon plus continue. Les ailes ensuite : le syrphe n'en a que deux, souvent tenues écartées au repos, tandis que la guêpe en a quatre, repliées le long du corps. La tête du syrphe est occupée en grande partie par d'énormes yeux, et ses antennes sont très courtes, alors que la guêpe possède de longues antennes coudées et des mandibules bien visibles. Enfin, la guêpe présente un étranglement marqué entre le thorax et l'abdomen, la fameuse « taille de guêpe », que le syrphe n'a pas. Le comportement compte aussi : le syrphe ne s'intéresse ni à votre assiette ni à vos boissons sucrées, et il ne défend aucun nid.

CritèreSyrpheGuêpeAbeille domestique
OrdreDiptères (mouches)HyménoptèresHyménoptères
AilesUne paireDeux pairesDeux paires
AntennesTrès courtesLongues, coudéesLongues, coudées
DardAucun, inoffensifOui, pique plusieurs foisOui (ouvrières)
VolStationnaire, saccadéContinuContinu, de fleur en fleur
LarvesSouvent mangeuses de puceronsNourries d'insectes au nidNourries de pollen et de miel

Quel est le cycle de vie du syrphe ?

Le cycle de vie du syrphe se déroule en quatre étapes, comme chez toutes les mouches : œuf, larve, pupe et adulte. Au printemps, après s'être nourrie de pollen pour mûrir ses œufs, la femelle des espèces aphidiphages, c'est-à-dire mangeuses de pucerons, repère une colonie de pucerons et dépose ses petits œufs blancs et allongés à proximité immédiate, un par un, sur les feuilles ou les tiges infestées. Une seule femelle peut en pondre plusieurs centaines au cours de sa vie. Quelques jours plus tard éclosent des larves sans pattes, ressemblant à de petits asticots aplatis, blanchâtres, verdâtres ou brunâtres, qui se déplacent en rampant à la recherche de leurs proies. Aveugles, elles repèrent les pucerons au toucher, les saisissent avec leurs crochets buccaux, les soulèvent et les vident de leur contenu. Après une à deux semaines de croissance, selon la température et l'abondance de nourriture, la larve se transforme en pupe, une petite goutte brunâtre fixée sur une feuille, sur une tige ou au sol, d'où sort l'adulte au bout d'une à deux semaines environ. Plusieurs générations peuvent se succéder au cours d'une même saison. Les adultes ne vivent généralement que quelques semaines, mais chez certaines espèces, des femelles fécondées passent l'hiver à l'abri.

syrphe posé sur une fleur
Cycle de vie du syrphe : œufs pondus près des pucerons, larve qui dévore les pucerons, pupe en forme de goutte, adulte qui butine les fleurs 1. Œufspondus près des pucerons 2. Larvedévore les pucerons 3. Pupegoutte fixéesur une feuille 4. Adultebutine pollenet nectar plusieurs cycles par saison
Le cycle du syrphe : la larve chasse les pucerons, l'adulte butine les fleurs, et le tout recommence plusieurs fois par saison.

Pourquoi le syrphe est-il utile au jardin ?

Le syrphe rend au jardinier un double service. Ses larves sont d'abord de redoutables prédatrices de pucerons : au cours de son développement, une seule larve peut en consommer plusieurs centaines, et parfois davantage selon l'espèce et la taille des proies, ce qui en fait l'un des auxiliaires les plus efficaces avec les coccinelles, les chrysopes et certaines petites guêpes parasitoïdes. Leur intervention est d'autant plus précieuse qu'elle est précoce : les syrphes sont souvent actifs dès le début du printemps, quand les premières colonies de pucerons s'installent sur les jeunes pousses, les rosiers ou les arbres fruitiers. Les adultes, eux, se nourrissent de nectar et de pollen et visitent une grande variété de fleurs, ce qui en fait des pollinisateurs importants, parfois cités juste après les abeilles par leur contribution, notamment dans les cultures, les vergers et les potagers. Toutes les espèces n'ont pas des larves mangeuses de pucerons : certaines vivent dans l'eau stagnante riche en matières organiques, comme la larve dite « à queue de rat » de l'éristale, d'autres dans le bois en décomposition ou dans les nids de guêpes et de bourdons, où elles se nourrissent de débris, et elles participent ainsi au recyclage de la matière organique. Des larves de syrphes sont d'ailleurs élevées et vendues aux producteurs pour la lutte biologique, notamment sous serre.

hôtel à insectes pour accueillir les syrphes et les auxiliaires du jardin

Quelques espèces de syrphes faciles à observer

Parmi les centaines d'espèces de syrphes présentes en France, quelques-unes se rencontrent très facilement au jardin. Le syrphe ceinturé, petit et orangé, aux bandes noires doubles caractéristiques, est souvent le plus abondant ; certaines années, des migrations massives en amènent des quantités impressionnantes. Le syrphe du groseillier, un peu plus grand, aux bandes jaune vif, est lui aussi un grand consommateur de pucerons à l'état larvaire. L'éristale gluante, brune et trapue, ressemble à s'y méprendre à une abeille domestique et butine tard en saison, jusque sur les fleurs de lierre en automne. La volucelle zonée, l'un des plus grands syrphes d'Europe, imite le frelon et pond dans les nids de guêpes ou de frelons, où ses larves se nourrissent de débris et de larves mortes. D'autres, comme les hélophiles aux rayures longitudinales sur le thorax, fréquentent les mares et les bords d'étangs. Observer ces insectes demande un peu de patience : il suffit souvent de se poster près d'un massif fleuri par une journée ensoleillée pour voir plusieurs espèces se relayer en vol stationnaire, chacune avec sa silhouette et ses habitudes, et constater à quel point cette famille est variée.

Comment attirer et protéger les syrphes dans son jardin ?

Pour profiter des services du syrphe, il suffit de lui offrir ce dont il a besoin à chaque étape de sa vie. La première condition est de renoncer aux insecticides, qui tuent les larves et les adultes autant que les pucerons, et de tolérer quelques colonies de pucerons au printemps, qui serviront de garde-manger aux larves : un jardin sans aucun puceron ne peut pas nourrir d'auxiliaires. Les adultes ont besoin de fleurs du début du printemps à la fin de l'automne, de préférence à corolle ouverte et peu profonde, car leurs pièces buccales sont courtes : pâquerettes, pissenlits, boutons d'or et fleurs de fruitiers au printemps, puis achillée, carotte sauvage, phacélie, fenouil, aneth, coriandre, menthe, lavande, cosmos, soucis ou lierre en fin de saison. Retarder la tonte ou laisser une bande de pelouse fleurir offre aussi une précieuse source de nourriture. Pour l'hiver, des abris naturels sont utiles : tas de feuilles mortes, tiges sèches laissées debout, haies, bois mort, vieux murs couverts de lierre. Les hôtels à insectes peuvent compléter ces abris, même s'ils profitent surtout à d'autres espèces, comme les abeilles solitaires. Un jardin ainsi pensé accueillera toute une communauté d'auxiliaires, des coccinelles aux chrysopes, jusqu'à de plus grands prédateurs d'insectes comme la mante religieuse.