Le varroa destructor est un minuscule acarien parasite de l'abeille, devenu en quelques décennies l'un des principaux ennemis des apiculteurs du monde entier. Originaire d'Asie, où il vivait en équilibre avec l'abeille asiatique, il a sauté sur l'abeille domestique européenne, qui ne sait pas s'en défendre, puis s'est répandu sur presque tous les continents au gré du commerce des colonies et des reines. Installé sur les abeilles adultes et dans les alvéoles du couvain, il affaiblit les insectes en se nourrissant de leurs tissus et, surtout, il leur transmet des virus qui provoquent des ailes déformées, raccourcissent la vie des ouvrières et peuvent conduire à l'effondrement d'une colonie en un ou deux ans si rien n'est fait. La maladie qu'il provoque s'appelle la varroase, ou varroose. Aux côtés des pesticides, de la perte des ressources florales et d'autres prédateurs, le varroa figure parmi les grandes causes de mortalité des colonies. Cette définition présente l'acarien, son cycle de reproduction dans les alvéoles, les dégâts qu'il cause, les méthodes pour mesurer l'infestation d'une ruche et les traitements dont disposent aujourd'hui les apiculteurs.

Qu'est-ce que le varroa destructor ? Définition du parasite

Le varroa destructor est un acarien, c'est-à-dire un petit arachnide apparenté aux tiques, de la famille des Varroidés. Il est longtemps resté confondu avec une espèce voisine, Varroa jacobsoni, avant que des études génétiques ne permettent, au début des années 2000, de reconnaître qu'il s'agissait d'une espèce distincte, d'où son nom très parlant. Son hôte d'origine est l'abeille asiatique (Apis cerana), qui a développé au fil de la coévolution des comportements de défense efficaces : toilettage mutuel, détection et nettoyage des alvéoles infestées, et une reproduction du parasite limitée au couvain de mâles. Le passage du varroa sur l'abeille européenne (Apis mellifera), introduite en Asie par les apiculteurs, a rompu cet équilibre. Depuis, le parasite a gagné l'Europe de l'Est puis de l'Ouest à partir des années 1970 et 1980, et il est aujourd'hui présent presque partout dans le monde, à quelques exceptions insulaires près. Pour les apiculteurs, il fait désormais partie du quotidien, au même titre que d'autres ennemis de la ruche comme le frelon asiatique, prédateur des butineuses arrivé plus récemment en France.

Apiculteur inspectant une ruche pour surveiller la présence du varroa

D'où vient le nom varroa destructor ? Origine et arrivée en France

Le nom du genre Varroa rend hommage à Marcus Terentius Varro, ou Varron, érudit romain du Ier siècle avant notre ère qui consacra une partie de son traité d'agriculture à l'élevage des abeilles. Le premier représentant du genre, Varroa jacobsoni, fut décrit au début du XXe siècle à partir de spécimens récoltés sur l'abeille asiatique à Java, et c'est sous ce nom que l'on a longtemps désigné l'acarien des ruches européennes. Lorsque les chercheurs ont établi qu'il s'agissait d'une espèce différente, ils l'ont baptisée Varroa destructor, un qualificatif latin qui signifie « destructeur » et résume à lui seul la gravité de ses effets sur les colonies. En France, le parasite a été détecté pour la première fois au début des années 1980, dans l'est du pays, avant de gagner tout le territoire en quelques années, porté par les transhumances de ruches et les échanges d'essaims. Les pertes ont alors été considérables, et l'apiculture a dû profondément changer ses pratiques. Aujourd'hui, la varroase est une préoccupation sanitaire majeure suivie par les autorités et les organisations apicoles, et la déclaration annuelle des ruchers, obligatoire pour tout détenteur d'abeilles, contribue à mieux organiser la surveillance et la lutte collective.

À quoi ressemble le varroa destructor ?

La femelle varroa, la seule que l'on observe facilement, ressemble à un petit crabe brun-rouge aplati, plus large que long : elle mesure environ un millimètre de long pour un peu plus d'un millimètre et demi de large, ce qui la rend visible à l'œil nu sur le thorax ou entre les segments de l'abdomen d'une abeille. Son corps ovale, protégé par une carapace dure, est couvert de soies, et ses huit pattes courtes, munies de ventouses, lui permettent de s'agripper solidement à son hôte, même lorsqu'il vole ou se toilette. Elle se glisse de préférence sous les plaques de l'abdomen des ouvrières, où elle est difficile à déloger. Le mâle, beaucoup plus petit, pâle et à la cuticule molle, ne quitte jamais l'alvéole où il est né : il s'y accouple avec ses sœurs puis meurt sans jamais en sortir, si bien que l'apiculteur ne le voit pratiquement jamais, sauf en ouvrant des cellules operculées. Pendant longtemps, on a cru que le varroa se nourrissait d'hémolymphe, le « sang » des insectes ; des travaux récents ont montré qu'il consomme surtout le corps gras de l'abeille, un tissu essentiel à son immunité, à sa résistance aux pesticides et à sa survie hivernale.

Comparaison de taille : une femelle varroa accrochée sur le dos d'une abeille ouvrièreFemelle varroa : 1,1 x 1,6 mmAbeille ouvrière : 12 à 15 mmCachée sous les anneaux
Avec ses quelque 1,5 mm de large, la femelle varroa est visible à l'œil nu sur une abeille de 12 à 15 mm : proportionnellement, un parasite énorme.

Comment se reproduit le varroa ? Un cycle caché dans le couvain

Le cycle du varroa destructor alterne deux phases. Pendant la phase phorétique, la femelle vit sur les abeilles adultes, qui la transportent dans toute la ruche et parfois d'une colonie à l'autre lors du pillage ou de la dérive des butineuses. Pendant la phase reproductive, elle se glisse dans une alvéole contenant une larve juste avant que les ouvrières ne la ferment par un opercule de cire. Une fois enfermée, elle se nourrit sur la larve devenue nymphe et pond quelques œufs à intervalles réguliers : le premier, non fécondé, donne un mâle, les suivants des femelles. Les jeunes acariens se développent en quelques jours et s'accouplent à l'intérieur de la cellule ; à l'émergence de la jeune abeille, la mère et ses filles fécondées sortent avec elle, prêtes à recommencer. Le varroa préfère nettement le couvain de mâles, les faux-bourdons, dont la période d'operculation plus longue laisse le temps à davantage de jeunes acariens d'arriver à maturité. Ce mode de reproduction explique la croissance exponentielle des populations en saison, lorsque le couvain est abondant, et le fait que la plupart des traitements, qui n'atteignent pas les acariens cachés sous les opercules, soient moins efficaces en présence de couvain.

Schéma animé du cycle du varroa : phase sur l'abeille adulte, entrée dans l'alvéole, ponte sous l'opercule et sortie avec la jeune abeille1. Sur l'abeille adulte2. Entre dans l'alvéole3. Ponte sous l'opercule4. Sortie avec l'abeillePréférence pour le couvain de mâlesoperculation plus longue, plus de descendants
Le cycle du varroa : la femelle entre dans l'alvéole avant l'operculation, s'y reproduit à l'abri, puis ressort avec ses filles en même temps que la jeune abeille.

Pourquoi le varroa est-il si dangereux pour les abeilles ?

Les dégâts du varroa ne se limitent pas à la ponction de nourriture. Les abeilles parasitées pendant leur développement naissent plus petites, plus légères et vivent moins longtemps, ce qui est particulièrement grave pour les abeilles d'hiver, dont la longévité conditionne la survie de la colonie jusqu'au printemps. Surtout, l'acarien agit comme un vecteur de virus, qu'il injecte directement dans les tissus de l'abeille. Le plus connu est le virus des ailes déformées, dont la circulation a explosé avec l'arrivée du varroa : les abeilles infectées émergent avec des ailes chiffonnées, inutilisables, et meurent rapidement. D'autres virus, responsables de paralysies ou d'atteintes du couvain, profitent également de ce mode de transmission. Lorsque l'infestation progresse, la colonie s'affaiblit, le couvain devient irrégulier, des abeilles mal formées traînent devant la ruche, et la population s'effondre souvent à la fin de l'été ou au cours de l'hiver, laissant une ruche presque vide. Les colonies affaiblies sont pillées par leurs voisines, ce qui disperse les acariens dans tout un rucher. Sans intervention de l'apiculteur, la grande majorité des colonies d'abeilles européennes infestées finissent par disparaître en quelques années.

Comment détecter le varroa dans une ruche ?

Surveiller le niveau d'infestation est la clé d'une lutte efficace contre la varroase, car les signes visibles n'apparaissent souvent que lorsqu'il est presque trop tard. La méthode la plus répandue consiste à placer sous le plancher grillagé de la ruche un lange, une plaque enduite de graisse ou d'huile qui retient les acariens tombant naturellement des abeilles, tout en empêchant les fourmis et autres insectes d'emporter les cadavres. On laisse la plaque quelques jours, souvent une semaine, puis on compte les varroas et on calcule une chute moyenne par jour. Pour estimer la population totale de la colonie, on applique ensuite un coefficient multiplicateur, qui varie selon la saison et la quantité de couvain : l'ancienne règle consistant à multiplier par cinquante le nombre de varroas trouvés n'est qu'un ordre de grandeur, et les organismes apicoles publient des grilles plus précises. D'autres méthodes donnent un résultat plus rapide : le lavage d'un échantillon d'environ trois cents abeilles à l'alcool ou à l'eau savonneuse, ou leur roulage dans du sucre glace, permet de calculer directement un pourcentage d'acariens par abeille. L'examen du couvain de mâles, en désoperculant quelques cellules, complète utilement ces comptages, et chaque relevé est à noter pour suivre l'évolution d'un mois à l'autre.

Recensement de la population de varroas par comptage des acariens tombés sur un lange
Méthode de suiviPrincipeAvantage
Lange graisséComptage des varroas tombés naturellement sur une plaqueSans manipuler les abeilles
Lavage d'abeillesEnviron 300 abeilles secouées dans l'alcool ou l'eau savonneuseTaux d'infestation précis
Sucre glaceAbeilles roulées dans le sucre qui fait tomber les acariensAbeilles relâchées vivantes
Couvain de mâlesOuverture de cellules operculées de faux-bourdonsRepère précoce au printemps
Lange après traitementComptage des chutes provoquées par le médicamentVérifie l'efficacité du traitement

Quels traitements contre le varroa destructor ?

La lutte contre le varroa destructor combine des méthodes biotechniques et des médicaments vétérinaires, avec l'appui des vétérinaires et des techniciens sanitaires apicoles. Parmi les méthodes biotechniques, le piégeage dans le couvain de mâles est l'une des plus anciennes : on introduit au printemps un cadre que les abeilles bâtissent en cellules de faux-bourdons, très attractives pour les femelles varroas, puis on le retire et on le détruit une fois operculé, emportant avec lui une partie des parasites. Le blocage de ponte de la reine, la division des colonies ou le traitement par la chaleur, l'acarien supportant mal les températures élevées, complètent cet arsenal. Côté médicaments, l'apiculteur doit utiliser des produits bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché, à base de molécules de synthèse comme l'amitraze ou le tau-fluvalinate, ou de substances d'origine naturelle comme le thymol, l'acide formique et l'acide oxalique, ces trois dernières étant utilisables en apiculture biologique. L'acide oxalique est particulièrement efficace en hiver, en l'absence de couvain. Ces produits doivent être employés aux doses prescrites et au bon moment, hors miellée, car les abeilles y sont aussi sensibles, et chaque traitement doit être consigné dans le registre d'élevage.

Vers des abeilles plus résistantes au varroa

Face à l'apparition de résistances à certains acaricides, notamment au tau-fluvalinate, et à la difficulté de traiter sans résidus dans la cire et le miel, les chercheurs et les éleveurs de reines explorent d'autres voies. Certaines lignées d'abeilles présentent un comportement d'hygiène particulier, appelé VSH pour Varroa Sensitive Hygiene : les ouvrières détectent les alvéoles operculées où le varroa se reproduit, les ouvrent et retirent la nymphe, interrompant ainsi le cycle du parasite. Des programmes de sélection visent à renforcer ce caractère et d'autres traits de tolérance, observés notamment dans des populations d'abeilles sauvages ou laissées sans traitement qui ont survécu à l'acarien. Cette approche demande du temps et une coordination entre apiculteurs, car les reines s'accouplent en vol avec des mâles des ruchers voisins. La lutte collective, avec des traitements réalisés à la même période dans tout un secteur, limite aussi les réinfestations entre ruchers. Ces enjeux concernent toutes les formes d'élevage d'abeilles, des grandes exploitations professionnelles jusqu'aux ruches installées sur les toits des villes dans le cadre de l'apiculture urbaine, où une surveillance régulière du varroa reste indispensable pour garder des colonies en bonne santé.