L'échidné est un petit mammifère d'Australie et de Nouvelle-Guinée au dos hérissé de piquants, au long museau tubulaire et à la langue collante, qui se nourrit principalement de fourmis, de termites et de larves. Sous ses airs de hérisson croisé avec un fourmilier, il cache une particularité qui en fait l'un des animaux les plus étonnants de la planète : il pond des œufs. Avec l'ornithorynque, il forme le petit groupe des monotrèmes, les seuls mammifères actuels qui ne donnent pas naissance à des petits déjà formés. Une fois l'œuf éclos, la mère allaite pourtant son petit, comme tous les mammifères, mais sans tétines : le lait suinte de zones de peau particulières dans une poche ventrale temporaire. Le mot échidné désigne en réalité quatre espèces, une seule vivant en Australie et toutes les autres en Nouvelle-Guinée. Animal discret, solitaire et peu bavard, il est pourtant familier des Australiens, qui le croisent jusque dans les jardins des villes et le voient chaque jour sur leur pièce de cinq cents. Cette définition présente son anatomie surprenante, l'origine de son nom, ses différentes espèces, sa manière de se nourrir, son mode de reproduction unique et la place qu'il tient dans l'histoire de l'évolution des mammifères.
Qu'est-ce qu'un échidné ? Définition du monotrème à piquants
L'échidné est un mammifère ovipare de l'ordre des monotrèmes et de la famille des Tachyglossidés, dont le nom signifie « langue rapide ». Comme son cousin l'ornithorynque, avec lequel il partage un ancêtre commun, il réunit des caractères de mammifère, comme les poils, la production de lait ou le sang chaud, et des traits plus anciens hérités des premiers mammifères, comme la ponte d'œufs ou le cloaque, orifice unique qui sert à la fois à l'évacuation des déchets et à la reproduction et qui a donné son nom au groupe (monotrème signifie « un seul trou »). Son corps trapu, long de 30 à 45 centimètres environ chez l'espèce australienne, est couvert sur le dos et les flancs de piquants jaunâtres à pointe noire, qui sont des poils modifiés, entremêlés de poils bruns plus ou moins abondants selon le climat. Son museau, qui ressemble à un bec étroit, porte à son extrémité la bouche et les narines ; il est dépourvu de dents, et la nourriture est écrasée entre la langue et des plaques cornées du palais. Ses pattes courtes et puissantes sont armées de griffes fouisseuses, celles des pattes arrière étant tournées vers l'arrière, ce qui l'aide à creuser et à se toiletter entre ses piquants.
Un mammifère aux sens étonnants
Derrière son allure de pelote d'épingles, l'échidné possède un équipement sensoriel remarquable. Sa vue est correcte, mais c'est surtout son odorat et le toucher qu'il utilise pour trouver sa nourriture. L'extrémité de son museau porte en outre des électrorécepteurs, de petits organes capables de percevoir les faibles champs électriques produits par les muscles des proies, un sens que l'on retrouve, bien plus développé, chez l'ornithorynque, qui chasse sous l'eau. Chez l'échidné à nez court, ces récepteurs sont peu nombreux et leur rôle exact reste discuté, peut-être utile dans les sols humides ; ils sont plus abondants chez les espèces à long bec de Nouvelle-Guinée, qui fouillent les litières détrempées des forêts de montagne. Sa température corporelle, plus basse que celle de la plupart des mammifères, avoisine souvent les 32 °C et peut varier selon l'activité, ce qui l'expose aux coups de chaleur lors des journées torrides. Pour économiser son énergie, l'animal entre volontiers en torpeur et, dans les régions froides ou montagneuses d'Australie, il hiberne pendant plusieurs mois. Ce métabolisme économe pourrait expliquer sa longévité étonnante pour un animal de cette taille, certains individus ayant vécu plusieurs décennies en captivité.
D'où vient le mot « échidné » ? Étymologie et histoire
Le mot échidné vient du latin scientifique echidna, emprunté au grec ancien ékhidna, qui signifie « vipère ». Dans la mythologie grecque, Échidna était aussi une créature monstrueuse, mi-femme mi-serpent, mère de nombreux monstres. On ignore pourquoi exactement ce nom a été attribué à l'animal par les naturalistes de la fin du XVIIIe siècle : certains y voient une allusion à sa nature déroutante, entre mammifère et reptile, d'autres à son long museau ou à ses défenses. L'histoire scientifique de l'animal commence en 1792, lorsque le zoologiste britannique George Shaw décrit un spécimen rapporté d'Australie en le prenant pour une sorte de fourmilier, d'où son premier nom de Myrmecophaga aculeata. Il est ensuite reclassé et le nom de genre Echidna, déjà utilisé pour des poissons, cède la place à Tachyglossus. Pendant des décennies, les savants européens ont refusé de croire qu'un mammifère puisse pondre des œufs, et il a fallu attendre les années 1880 pour que la ponte des monotrèmes soit démontrée de façon indiscutable. Bien avant cela, les peuples aborigènes connaissaient parfaitement l'animal, qu'ils chassaient et qui figure dans de nombreux récits, parfois pour expliquer l'origine de ses piquants.

Quelles sont les espèces d'échidné ?
On compte aujourd'hui quatre espèces d'échidnés, réparties en deux genres. L'échidné à nez court, Tachyglossus aculeatus, est de loin le plus répandu : on le trouve dans presque toute l'Australie, des déserts aux forêts tropicales et aux montagnes enneigées, en Tasmanie, où son pelage est plus fourni, et dans le sud de la Nouvelle-Guinée. Il est le plus petit et le plus commun des monotrèmes et n'est pas considéré comme menacé. Les trois autres espèces appartiennent au genre Zaglossus, les échidnés à long bec, cantonnés aux forêts humides de Nouvelle-Guinée. Plus grands, avec un museau long et recourbé vers le bas et des piquants plus courts souvent noyés dans une fourrure épaisse, ils se nourrissent surtout de vers de terre plutôt que de fourmis. Tous trois sont classés comme gravement menacés, en raison de la chasse et de la destruction des forêts. L'échidné d'Attenborough, nommé en hommage au célèbre naturaliste britannique, n'était connu jusqu'à récemment que par un unique spécimen collecté au milieu du XXe siècle, avant que des images obtenues par des pièges photographiques confirment sa présence dans les monts Cyclops au début des années 2020. Des formes fossiles bien plus grandes, de la taille d'un mouton, ont par ailleurs vécu en Australie durant les périodes glaciaires.
| Espèce d'échidné | Nom scientifique | Répartition | Alimentation principale |
|---|---|---|---|
| Échidné à nez court | Tachyglossus aculeatus | Australie, Tasmanie, sud de la Nouvelle-Guinée | Fourmis, termites, larves |
| Échidné de Bruijn (à long bec de l'Ouest) | Zaglossus bruijnii | Ouest de la Nouvelle-Guinée | Vers de terre, larves |
| Échidné de Barton (à long bec de l'Est) | Zaglossus bartoni | Montagnes du centre et de l'est de la Nouvelle-Guinée | Vers de terre, insectes |
| Échidné d'Attenborough | Zaglossus attenboroughi | Monts Cyclops (nord de la Nouvelle-Guinée) | Probablement vers de terre |
Que mange l'échidné et comment vit-il ?
L'échidné à nez court est un spécialiste des insectes sociaux. Il repère fourmilières et termitières à l'odeur, puis les éventre avec ses griffes puissantes ou soulève les pierres et les bois morts, avant d'introduire son museau dans les galeries. Sa langue, longue d'une quinzaine de centimètres environ et enduite d'une salive gluante, va et vient très rapidement pour engluer les proies, qu'il broie ensuite contre son palais. Il avale au passage beaucoup de terre, qui constitue une bonne part de ses excréments. Selon les régions et les saisons, il consomme aussi des larves de coléoptères, des vers de terre et d'autres invertébrés. L'animal mène une vie solitaire sur un domaine vital qu'il partage sans conflit avec ses voisins, et son activité dépend de la température : plutôt diurne quand il fait doux, il devient crépusculaire ou nocturne pendant les fortes chaleurs. Il ne creuse pas de terrier permanent, mais se réfugie dans des souches, des crevasses, des terriers abandonnés ou sous des buissons. Face à un danger, il ne s'enroule pas toujours en boule comme un hérisson : sur un sol meuble, il s'enfonce à toute vitesse en creusant verticalement jusqu'à ne laisser dépasser que ses piquants, et sur un sol dur, il se coince dans une anfractuosité. En retournant la terre, il contribue à l'aérer et à y faire pénétrer l'eau et la matière organique.
L'échidné dans la culture australienne
L'échidné occupe une place affectueuse dans l'imaginaire australien. Il figure depuis 1966 sur la pièce de cinq cents, la plus petite pièce en circulation dans le pays, et il a servi de mascotte, aux côtés d'un ornithorynque et d'un kookaburra, lors des Jeux olympiques de Sydney en 2000, sous le nom de Millie. Dans les récits aborigènes, plusieurs histoires expliquent l'origine de ses piquants, souvent présentés comme la conséquence d'une faute ou d'une ruse : dans l'une d'elles, un homme égoïste qui refusait de partager sa nourriture est transpercé de lances et se transforme en échidné. Ces récits varient d'une région et d'un peuple à l'autre, et l'animal a longtemps été chassé et apprécié pour sa viande grasse, cuite directement dans sa peau. Aujourd'hui, les Australiens le rencontrent volontiers au bord des routes, dans les parcs et même dans les jardins périurbains, et les autorités recommandent de le laisser poursuivre son chemin sans le déranger ni tenter de le soulever. Plusieurs programmes de sciences participatives invitent d'ailleurs les promeneurs à photographier les échidnés qu'ils croisent, voire à collecter leurs excréments, afin d'aider les chercheurs à mieux connaître la répartition, la santé et l'alimentation de ces populations encore mal étudiées.
Comment se reproduit l'échidné ?
La reproduction de l'échidné est l'une des plus singulières du monde des mammifères. À la fin de l'hiver austral, une femelle peut être escortée pendant des jours par plusieurs mâles qui la suivent en file indienne, nez à queue : c'est le fameux train d'échidnés. Les mâles creusent parfois une tranchée autour d'elle et se poussent pour obtenir l'accouplement. Quelques semaines plus tard, la femelle pond un seul œuf à coquille souple, de la taille d'une grosse bille, qu'elle fait rouler directement dans une poche ventrale temporaire, formée par des replis de peau qui se développent à cette période. L'œuf éclot au bout de dix jours environ et libère un minuscule petit, aveugle et sans poils, appelé puggle en anglais. Il s'accroche aux poils de la poche et lèche le lait qui suinte de deux zones de peau particulières, les aréoles mammaires, car les monotrèmes n'ont pas de tétines. Lorsque ses piquants commencent à pousser, après un peu moins de deux mois, la mère le dépose dans un terrier qu'elle referme, et revient l'allaiter à intervalles de plusieurs jours, jusqu'au sevrage qui intervient vers six ou sept mois. Le mâle porte quant à lui un ergot sur les pattes arrière, vestige non venimeux de celui, venimeux, de l'ornithorynque.
L'échidné, un témoin de l'évolution des mammifères
L'échidné intéresse particulièrement les biologistes parce que les monotrèmes représentent une lignée qui s'est séparée très tôt de celle des autres mammifères, marsupiaux et placentaires, il y a plus de cent cinquante millions d'années selon la plupart des estimations. Il ne faut pas pour autant le considérer comme un « ancêtre » ou comme un intermédiaire entre reptiles et mammifères : c'est un animal moderne, qui a lui aussi évolué et s'est spécialisé, mais qui a conservé certains caractères anciens, comme la ponte, à côté d'innovations propres. Son génome, étudié de près, mêle d'ailleurs des gènes rappelant ceux des oiseaux et des reptiles et d'autres typiquement mammaliens. Sur le plan écologique, il joue un rôle discret mais utile en régulant les populations de fourmis et de termites et en remuant les sols. L'échidné à nez court reste commun, même s'il souffre localement des voitures, des chiens, des renards introduits et de la fragmentation de son habitat, alors que ses cousins à long bec sont gravement menacés. Il n'a en revanche aucun lien de parenté étroit avec le hérisson ni avec les fourmiliers d'Amérique, auxquels il ressemble par convergence évolutive : sa langue et son régime évoquent ainsi le tamandua, petit fourmilier arboricole des forêts sud-américaines.