Le glouton est un mammifère carnivore des régions froides de l'hémisphère Nord, le plus grand membre terrestre de la famille des mustélidés, celle des belettes, des martres et des blaireaux. Trapu, couvert d'une épaisse fourrure brune barrée de bandes claires sur les flancs, il ressemble à un petit ours aux pattes courtes, mais se montre d'une endurance et d'une ténacité hors du commun. Appelé carcajou au Canada et wolverine en anglais, il parcourt sans relâche la taïga, la toundra et les montagnes enneigées à la recherche de carcasses à dévorer et de proies à surprendre. Son nom français fait allusion à son appétit réputé insatiable, une réputation en partie exagérée mais fondée sur une réalité : dans un milieu où la nourriture se fait rare pendant de longs mois, il mange beaucoup quand il le peut et cache ses surplus dans la neige. Le mot « glouton » a aussi, bien sûr, un sens courant qui désigne une personne qui mange avec avidité, et c'est même de ce sens qu'est venu le nom de l'animal. Cette définition présente son anatomie, son mode de vie, son régime alimentaire, sa reproduction, son statut de conservation, puis l'origine du mot et ses usages dans la langue et la culture populaire.

Qu'est-ce qu'un glouton ? Définition de l'animal

En zoologie, le glouton désigne l'espèce Gulo gulo, unique représentant actuel de son genre au sein de la famille des mustélidés. Cette famille regroupe des carnivores au corps souvent allongé, aux pattes courtes et dotés de glandes anales produisant des sécrétions odorantes, comme la belette, l'hermine, la martre, le putois, le blaireau et les loutres, parmi lesquelles la loutre géante d'Amérique du Sud, plus longue mais aquatique. Le glouton se distingue de ses cousins par sa silhouette massive et son mode de vie de grand voyageur des terres froides. Il vit dans une large bande circumpolaire qui comprend la Scandinavie, la Finlande, la Russie et la Sibérie, l'Alaska, le Canada et quelques massifs du nord-ouest des États-Unis. On distingue parfois une sous-espèce eurasienne et une sous-espèce nord-américaine, très proches. Solitaire et discret, rarement observé, il est entouré de nombreuses légendes qui lui prêtent une férocité exagérée. Il n'en reste pas moins un animal remarquablement robuste, capable de défendre une carcasse face à des prédateurs bien plus grands que lui, comme un loup ou parfois même un ours, grâce à son audace et à sa puissance.

Dessin animé légendé d'un glouton marchant dans la neige Larges pattes, effet raquette Bande claire sur les flancs Mâchoires très puissantes Fourrure dense, anti-givre Queue touffue
Anatomie du glouton : un corps trapu de petit ours, des pattes larges qui portent sur la neige et une fourrure dense réputée résister au givre.

À quoi ressemble un glouton ? Anatomie du carcajou

Le glouton a l'allure d'un petit ours compact : corps robuste, dos arqué, tête large, petites oreilles arrondies et queue courte mais touffue. Selon les sources et les régions, un adulte mesure à peu près entre 65 centimètres et un mètre sans la queue, pour un poids qui va généralement d'une dizaine à une vingtaine de kilos, les mâles étant nettement plus lourds que les femelles. Son pelage épais, brun sombre à presque noir, est marqué d'une large bande plus claire, fauve ou crème, qui part des épaules et court le long des flancs jusqu'à la base de la queue, ainsi que d'un masque pâle sur le front. Ses longs poils de garde, gras et serrés, sont réputés retenir peu le givre, ce qui explique leur utilisation traditionnelle pour border les capuches des parkas dans les régions arctiques. Ses pattes, courtes et puissantes, se terminent par de larges pieds à cinq doigts armés de griffes semi-rétractiles, qui répartissent son poids sur la neige comme des raquettes et lui permettent de grimper aux arbres ou de creuser. Ses mâchoires et ses dents sont particulièrement solides, capables de broyer des os et de déchiqueter de la viande congelée, une adaptation précieuse pour un charognard des terres froides.

Où vit le glouton et que mange-t-il ? Habitat et régime alimentaire

Le glouton habite les forêts boréales de conifères, la toundra arctique et les zones de haute montagne, des milieux froids où la neige persiste une bonne partie de l'année. Il a besoin d'immenses espaces : son territoire peut couvrir plusieurs centaines de kilomètres carrés, et il est capable de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres en une seule journée, souvent d'une allure de galop régulier qu'il maintient longtemps. Son régime est celui d'un opportuniste. En hiver, il se nourrit en grande partie de carcasses de grands herbivores, rennes, élans ou cerfs morts de froid, d'avalanche ou tués par les loups, qu'il repère de loin grâce à un odorat très développé. Il chasse aussi lui-même des rongeurs, des lièvres, des oiseaux et parfois de jeunes ongulés, voire des adultes affaiblis lorsque la neige profonde et croûtée les gêne alors que lui reste porté par ses larges pattes. En été, il complète son menu avec des œufs, des insectes, des baies et des racines. Pour faire face aux périodes de disette, il découpe les carcasses et cache des morceaux dans la neige, sous des pierres ou dans des anfractuosités : ces réserves de nourriture, conservées par le froid, lui permettent de tenir pendant les longues semaines d'hiver.

Comparaison des poids indicatifs de quelques mustélidés : belette, martre, blaireau, glouton et loutre géante Poids adultes indicatifs de quelques mustélidés 010 kg20 kg30 kg40 kg Belette≈ 0,1 kg Martre≈ 1 à 2 kg Blaireau≈ 8 à 17 kg Glouton≈ 10 à 20 kg Loutre géante≈ 22 à 32 kg Le glouton est le plus grand mustélidé vivant sur la terre ferme
Le glouton dépasse tous les mustélidés terrestres ; seules certaines loutres, aquatiques, sont plus lourdes ou plus longues que lui.

Une reproduction liée à la neige

La reproduction du glouton est étroitement dépendante du manteau neigeux. L'accouplement a lieu en été, mais l'embryon ne s'implante dans l'utérus que plusieurs mois plus tard, en début d'hiver : cette implantation différée, fréquente chez les mustélidés, permet aux naissances d'intervenir à la fin de l'hiver, généralement entre février et avril. La femelle met bas dans une tanière creusée dans la neige profonde, souvent au pied d'un rocher ou sous des troncs abattus, où les petits, généralement deux ou trois, trouvent un abri isolé du froid et des prédateurs. Ils naissent couverts d'un fin duvet blanchâtre, grandissent vite grâce au lait maternel et aux réserves de viande accumulées par leur mère, et quittent la tanière au printemps. Ils restent ensuite avec elle jusqu'à l'automne ou l'hiver suivant, avant de partir à la recherche de leur propre territoire, parfois très loin de leur lieu de naissance. Cette dépendance à une neige épaisse qui tient jusqu'au printemps rend l'espèce sensible au réchauffement climatique : plusieurs études relient la répartition des tanières à la persistance de la couverture neigeuse, qui recule dans une partie de son aire.

Comment se comporte le glouton ? Un solitaire infatigable

Le glouton mène une existence essentiellement solitaire, en dehors de la période des amours et du temps que la femelle passe avec ses petits. Chaque adulte occupe un vaste domaine qu'il parcourt de façon presque continue, alternant des phases d'activité de quelques heures et des périodes de repos, de jour comme de nuit, au point que son rythme semble peu dicté par la lumière dans le Grand Nord. Le territoire d'un mâle recouvre généralement ceux de plusieurs femelles, et les individus d'un même sexe s'évitent. Pour signaler sa présence, l'animal marque son domaine avec son urine et avec la sécrétion musquée et très odorante de ses glandes anales, une habitude qui lui a valu en anglais le surnom de « ours-mouffette ». Il en imprègne aussi parfois ses caches de nourriture, ce qui découragerait les autres charognards. Malgré son allure pataude, le glouton est un bon grimpeur, capable de se hisser dans un arbre pour guetter les environs ou atteindre une proie, et il nage sans difficulté. En hiver, ses empreintes larges, à cinq doigts bien marqués, et sa trace caractéristique en bonds réguliers permettent aux naturalistes de le suivre sur de longues distances et d'estimer ses effectifs.

Le glouton est-il menacé ? Statut et relations avec l'homme

À l'échelle mondiale, le glouton n'est pas considéré comme menacé par l'UICN, en raison de sa vaste aire de répartition en Russie et au Canada. Sa situation est cependant plus fragile dans plusieurs régions, notamment en Europe du Nord et dans le sud de son aire nord-américaine, où il a disparu de vastes territoires au cours des derniers siècles. Ses densités sont naturellement très faibles, sa reproduction lente et ses besoins en espace immenses, ce qui le rend vulnérable à la fragmentation de son habitat par les routes, les stations de ski ou l'exploitation forestière. Il a longtemps été piégé pour sa fourrure et chassé comme nuisible, car il lui arrive de s'attaquer aux troupeaux de rennes domestiques en Scandinavie ou de piller les pièges et les caches de nourriture des trappeurs, qui l'accusaient de toutes sortes de méfaits. En Norvège, en Suède et en Finlande, sa gestion fait encore l'objet de débats entre éleveurs de rennes et protecteurs de la nature, avec des systèmes d'indemnisation des pertes. Le tableau ci-dessous résume ses principales caractéristiques, avec des valeurs indicatives qui varient selon les régions et les sources.

CritèreGlouton (Gulo gulo)
Autres nomsCarcajou (Canada), wolverine (anglais), Vielfraß (allemand)
FamilleMustélidés, plus grande espèce terrestre
Taille et poidsEnviron 65 cm à 1 m sans la queue, 10 à 20 kg selon le sexe
HabitatTaïga, toundra et montagnes enneigées de l'hémisphère Nord
RégimeCharognes, petits mammifères, baies, ongulés affaiblis
ReproductionImplantation différée, 2 à 3 petits dans une tanière de neige

D'où vient le mot « glouton » ? Étymologie et sens courant

Le mot glouton existait en français bien avant de désigner un animal. Il vient du latin glutto ou gluto, « gourmand, goinfre », dérivé de gula, « la gorge, le gosier », mot qui a aussi donné « gueule » et, par un autre chemin, « gourmandise » au sens moral de la gourmandise péché capital, que le latin chrétien appelait justement gula. En ancien français, glouton était même une injure assez forte, qui pouvait signifier « vaurien » ou « canaille » dans les chansons de geste. Le nom de l'animal est arrivé plus tard, par l'intermédiaire de l'allemand Vielfraß, littéralement « qui mange beaucoup », que les naturalistes ont traduit par glouton. Certains linguistes pensent que ce mot allemand serait lui-même une déformation d'un nom scandinave signifiant à l'origine « chat des montagnes », réinterprété par erreur, une hypothèse séduisante mais discutée. Le nom scientifique Gulo, choisi pour le genre, reprend directement le latin « goinfre ». Quant à carcajou, employé au Québec, il est emprunté à une langue algonquienne, l'innu-aimun selon la plupart des dictionnaires, et désigne le même animal.

« Glouton » dans la langue et la culture populaire

Dans la langue courante, l'adjectif et le nom glouton s'appliquent à une personne qui mange avec avidité et en grande quantité, sans grand souci de raffinement : on dit d'un enfant qu'il est glouton, ou qu'il mange « comme un glouton ». Le mot se distingue de « gourmand », qui peut être flatteur et suggère le goût des bonnes choses, et de « goinfre », plus péjoratif encore. Ses dérivés « gloutonnerie » et « gloutonnement » prolongent cette idée d'appétit sans retenue. Par extension, on parle d'un logiciel ou d'un appareil « glouton » en énergie ou en mémoire, et l'on qualifie de gloutonnes des machines ou des activités qui consomment beaucoup de ressources. Côté culture populaire, l'animal doit une bonne part de sa célébrité au personnage de bande dessinée et de cinéma Wolverine, mutant aux griffes rétractables dont le nom anglais est celui du glouton, choisi pour évoquer sa ténacité et sa férocité. L'animal est aussi l'emblème de l'État américain du Michigan, surnommé le Wolverine State, alors même qu'il y est très rare. Dans la nature, sa présence reste intimement liée à celle des grands cervidés du Grand Nord, en particulier le caribou, dont les carcasses hivernales constituent une ressource vitale pour ce voyageur infatigable de la taïga.