Le pangolin est l'un des mammifères les plus étranges de la planète : son corps est entièrement recouvert d'écailles imbriquées, comme une pomme de pin vivante, il n'a pas une seule dent et il se nourrit presque exclusivement de fourmis et de termites qu'il attrape avec une langue démesurée. Menacé, il se roule en une boule si serrée que même un lion a du mal à l'ouvrir. On compte huit espèces de pangolins, quatre en Afrique et quatre en Asie, qui vivent dans les forêts tropicales, les savanes et les zones boisées, certaines au sol, d'autres dans les arbres. Discrets, solitaires et nocturnes, ces animaux sont longtemps restés méconnus du grand public, jusqu'à ce que leur triste statut les rende célèbres : le pangolin est aujourd'hui souvent présenté comme le mammifère le plus braconné au monde, victime d'un trafic de grande ampleur alimenté par la demande en viande et en écailles. Cette définition présente son anatomie si particulière, sa place dans la classification des mammifères, l'origine de son nom, son mode de vie, les différentes espèces et les mesures prises pour enrayer son déclin, à l'heure où toutes les espèces de pangolins sont considérées comme menacées.

Qu'est-ce qu'un pangolin ? Définition et classification

Un pangolin est un mammifère placentaire de l'ordre des Pholidota, un nom qui signifie « les écailleux », et de la famille des Manidés. C'est le seul groupe de mammifères dont le corps est couvert de véritables écailles de kératine, la protéine qui forme nos ongles et nos cheveux. On l'appelle parfois « fourmilier écailleux », mais ce surnom est trompeur : il n'a aucun lien de parenté proche avec les fourmiliers d'Amérique, ni avec le tatou, autre mangeur d'insectes cuirassé avec lequel on le confond souvent. Les études génétiques montrent au contraire que ses plus proches parents actuels sont les carnivores, chats, chiens et ours compris. Sa ressemblance avec le tatou et les fourmiliers est un exemple classique de convergence évolutive : des animaux très éloignés ont développé indépendamment des solutions semblables, langue longue et collante, griffes puissantes, absence de dents, parce qu'ils exploitent la même ressource, les colonies d'insectes sociaux. Selon les espèces, le pangolin mesure d'une soixantaine de centimètres à environ un mètre et demi queue comprise, pour un poids allant de quelques kilos à plus de trente kilos chez le pangolin géant d'Afrique.

Dessin animé légendé d'un pangolin : écailles de kératine imbriquées, longue langue collante, griffes fouisseuses, queue préhensile et museau sans dents Un mammifère en armure d'écailles termitière Écailles de kératineimbriquées, tranchantes Langue très longuecollante, sans dents Griffes de terrassier Queue puissante, écailleuse Petits yeux, bon flair
Le pangolin est le seul mammifère couvert de véritables écailles : une armure de kératine, une langue collante démesurée et des griffes taillées pour ouvrir les termitières.

Une anatomie hors du commun

Les écailles du pangolin recouvrent tout le dessus du corps, la tête, les flancs, les pattes et la queue, seuls le museau, le ventre et l'intérieur des membres restant nus ou couverts de poils clairsemés. Elles sont implantées dans la peau comme des tuiles, se chevauchent largement et possèdent des bords tranchants, qui peuvent blesser un prédateur trop insistant. Leur poids représente une part notable de la masse de l'animal. Le pangolin ne possède aucune dent : il avale ses proies entières, et c'est son estomac musclé, garni de replis cornés et de petits cailloux qu'il ingère volontairement, qui se charge de les broyer, comme le gésier d'un oiseau. Sa langue, en revanche, est un organe spectaculaire. Très fine, recouverte d'une salive gluante produite par d'énormes glandes, elle peut s'étendre sur une longueur supérieure à celle de sa tête et de son corps réunis chez les grandes espèces, et elle prend racine non dans la bouche mais au fond de la cage thoracique, près du bassin. Ses pattes avant sont armées de longues griffes recourbées, si grandes que certaines espèces marchent en les repliant et prennent appui sur leurs poignets.

D'où vient le mot « pangolin » ? Étymologie

Le mot pangolin vient du malais pengguling, que l'on traduit par « celui qui s'enroule » ou « qui roule », de guling, « rouler ». Le nom décrit donc directement le réflexe de défense le plus célèbre de l'animal, qui se met en boule à la moindre alerte. Les Européens ont découvert les pangolins d'Asie du Sud-Est par l'intermédiaire des marchands et des naturalistes qui fréquentaient l'archipel malais à l'époque moderne, et le terme est passé dans les langues européennes, dont le français et l'anglais, au XVIIIe siècle environ, avant d'être appliqué aussi aux espèces africaines. Le nom scientifique du genre principal, Manis, a une origine plus mystérieuse : il ferait référence aux mânes, les esprits des morts chez les Romains, peut-être en raison des mœurs nocturnes et de l'allure étrange de l'animal, mais cette interprétation reste discutée. L'ordre des Pholidota doit quant à lui son nom au grec pholis, « écaille ». En Afrique, les pangolins portent des dizaines de noms locaux, et ils occupent une place particulière dans de nombreuses traditions, où ils sont parfois considérés comme des animaux à part, à la frontière entre le poisson, le reptile et le mammifère, et entourés d'interdits ou de croyances protectrices.

Pangolin couvert d'écailles marchant au sol

Comment vit le pangolin ? Alimentation et comportement

Le pangolin est un animal solitaire et principalement nocturne, qui passe ses journées endormi dans un terrier, un creux d'arbre ou un amas de végétation, avant de partir en quête de nourriture à la tombée de la nuit. Son régime est l'un des plus spécialisés du monde animal : il se nourrit presque uniquement de fourmis et de termites, ainsi que de leurs larves et de leurs œufs. Pour trouver ses proies, il compte sur un odorat très développé, sa vue étant médiocre. Une fois la colonie repérée, il éventre la fourmilière ou la termitière avec ses griffes, puis plonge sa langue collante dans les galeries ; il peut fermer ses narines et ses oreilles grâce à des muscles spéciaux, et ses paupières épaisses protègent ses yeux des morsures. On estime qu'un pangolin consomme chaque année une quantité énorme d'insectes, ce qui en fait un régulateur naturel des populations de termites, parfois redoutées par les agriculteurs. Selon les espèces, il vit au sol, comme le pangolin géant ou le pangolin de Temminck, qui peuvent marcher sur leurs pattes arrière en s'équilibrant avec la queue, ou dans les arbres, comme les pangolins à longue queue et à ventre blanc d'Afrique, dont la queue préhensile leur permet de s'agripper aux branches.

Animation : face à un danger, le pangolin se roule en boule et présente une armure d'écailles sans prise 1Le pangolin fouille 2Danger : il s'enroule La défense en boule du pangolin la tête est cachée sous la queue
Le nom « pangolin » vient du malais et signifie « celui qui s'enroule » : en boule, l'animal ne présente plus qu'une carapace d'écailles sans prise.

Reproduction et défense en boule

La reproduction du pangolin est lente, ce qui explique en partie sa fragilité face au braconnage. La femelle ne met généralement au monde qu'un seul petit par portée, parfois deux chez certaines espèces asiatiques, après une gestation de plusieurs mois. À la naissance, le jeune possède déjà des écailles, encore molles, qui durcissent en quelques jours. Il reste d'abord à l'abri dans le terrier, puis accompagne sa mère lors de ses sorties nocturnes en s'agrippant à la base de sa queue, sur laquelle il voyage comme sur une monture. En cas de danger, la mère s'enroule autour de lui pour le protéger. Cette posture en boule est d'ailleurs la défense principale de l'espèce : le pangolin rentre la tête sous la queue, colle ses pattes contre son ventre et présente à l'agresseur une sphère d'écailles dures et coupantes. Face aux lions, aux léopards ou aux hyènes, la technique est souvent efficace, et l'animal peut même agiter sa queue écailleuse ou projeter une sécrétion malodorante. Elle se révèle hélas dramatiquement inadaptée face à l'homme : il suffit de ramasser la boule et de l'emporter, ce qui rend les pangolins particulièrement faciles à capturer pour les braconniers.

Pangolin, tatou ou fourmilier : comment les distinguer ?

Le pangolin est souvent confondu avec deux autres mangeurs de fourmis, le tatou et le fourmilier, alors que les trois animaux appartiennent à des lignées très différentes et ne vivent même pas sur les mêmes continents. Le critère le plus simple est géographique : le pangolin vit uniquement en Afrique et en Asie, tandis que tatous et fourmiliers sont propres aux Amériques. Le revêtement permet aussi de les reconnaître au premier regard. Les écailles du pangolin sont faites de kératine et se chevauchent comme des tuiles, alors que la carapace du tatou est formée de plaques osseuses recouvertes de corne et disposées en bandes, et que le fourmilier, lui, n'a ni écailles ni carapace, mais un pelage épais. Leur défense diffère également : le pangolin et certains tatous se roulent en boule, quand le grand fourmilier se dresse sur ses pattes arrière pour frapper de ses griffes. Ces ressemblances partielles, langue longue et gluante, museau allongé, griffes fouisseuses, absence ou réduction des dents, résultent d'une adaptation au même régime alimentaire, et non d'un ancêtre commun récent. Elles font de ces animaux un cas d'école pour les biologistes qui étudient la convergence évolutive.

Quelles sont les espèces de pangolin et sont-elles menacées ?

Les huit espèces de pangolin se répartissent à parts égales entre l'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud et du Sud-Est. Toutes sont aujourd'hui inscrites sur la liste rouge de l'UICN dans les catégories d'espèces menacées, de « vulnérable » à « en danger critique », les espèces asiatiques étant les plus touchées après des décennies de prélèvements intensifs. Le pangolin est en effet victime d'un trafic international massif : sa viande est consommée comme mets de luxe dans certains pays, et ses écailles sont utilisées dans des préparations de médecine traditionnelle, alors qu'elles ne sont faites que de kératine, sans propriété thérapeutique démontrée. Des saisies de plusieurs tonnes d'écailles sont régulièrement réalisées dans les ports d'Asie et d'Afrique, signe de l'ampleur de ce commerce. Depuis 2017, toutes les espèces sont inscrites à l'annexe I de la CITES, la convention qui encadre le commerce des espèces sauvages, ce qui interdit leur commerce international à des fins commerciales. Le pangolin a également été évoqué au début de la pandémie de Covid-19 comme hôte intermédiaire possible du virus, une hypothèse qui n'a pas été confirmée mais qui a attiré l'attention sur les risques sanitaires du commerce d'animaux sauvages.

Espèce de pangolinContinentMode de vieStatut UICN
Pangolin géant (Smutsia gigantea)AfriqueTerrestre, le plus grandEn danger
Pangolin de Temminck (Smutsia temminckii)AfriqueTerrestre, savanesVulnérable
Pangolin à ventre blanc (Phataginus tricuspis)AfriqueArboricoleEn danger
Pangolin à longue queue (Phataginus tetradactyla)AfriqueArboricole, queue très longueVulnérable
Pangolin de Chine (Manis pentadactyla)AsieTerrestre, fouisseurEn danger critique
Pangolin javanais (Manis javanica)AsieTerrestre et arboricoleEn danger critique
Pangolin des Philippines (Manis culionensis)AsieTerrestre et arboricoleEn danger critique
Pangolin indien (Manis crassicaudata)AsieTerrestre, fouisseurEn danger

Comment protéger le pangolin ?

La sauvegarde du pangolin mobilise aujourd'hui de nombreux acteurs, des gouvernements aux associations de terrain. Le premier levier est la lutte contre le trafic : renforcement des contrôles douaniers, formation des agents à l'identification des écailles, coopération internationale entre polices et services de la faune, et sanctions plus lourdes contre les réseaux criminels. Plusieurs pays ont également retiré les écailles de pangolin de leurs pharmacopées officielles ou renforcé leur statut de protection national. Le second levier consiste à réduire la demande, grâce à des campagnes de sensibilisation menées auprès des consommateurs, des praticiens de médecine traditionnelle et des jeunes générations. Sur le terrain, des centres de sauvetage recueillent les animaux saisis, souvent déshydratés, blessés ou affamés, pour les soigner avant de les relâcher dans des zones protégées, un travail délicat en raison de leur régime alimentaire très spécialisé, qui rend leur maintien en captivité difficile. Des programmes associent aussi les communautés locales, en leur proposant d'autres sources de revenus que la chasse. Une journée mondiale du pangolin, organisée chaque année en février, contribue à faire connaître cet animal discret, qui partage avec le tamandua d'Amérique le goût des fourmis et des termites, sans en être pourtant le moins du monde parent.