Le tatou est un petit mammifère d'Amérique reconnaissable entre tous à sa carapace osseuse articulée, une véritable armure naturelle qui recouvre son dos, ses flancs, le dessus de sa tête et sa queue. Solitaire, plutôt nocturne et grand creuseur de terriers, il se nourrit surtout d'insectes qu'il déniche au flair avant de les attraper avec une langue longue et collante. Le mot désigne en réalité toute une famille : on compte une vingtaine d'espèces actuelles, du minuscule tatou rose qui tiendrait dans une main au tatou géant capable de dépasser le mètre et demi queue comprise. Leur point commun reste cette cuirasse faite de plaques d'os recouvertes d'écailles cornées, qui a valu à l'animal son nom espagnol d'armadillo, littéralement « le petit armé ». Loin d'être une simple curiosité de zoo, le tatou intéresse aussi les scientifiques pour plusieurs particularités rares chez les mammifères, comme la naissance systématique de quadruplés identiques chez l'une des espèces les plus répandues ou la capacité de certains de ses cousins à se refermer en boule. Cette définition passe en revue son anatomie, ses principales espèces, son mode de vie et la place singulière qu'il occupe dans la culture et la recherche.
Qu'est-ce qu'un tatou ? Définition du mammifère cuirassé
Un tatou est un mammifère placentaire de l'ordre des Cingulata, seul groupe actuel de mammifères dont le corps est protégé par une carapace osseuse. Les zoologistes le rangent dans le super-ordre des Xénarthres, une lignée très ancienne apparue en Amérique du Sud, qui regroupe également les fourmiliers et le paresseux, son cousin arboricole aux mouvements d'une lenteur proverbiale. Ce rattachement surprend souvent, car rien dans l'allure de ces animaux ne laisse deviner leur parenté : elle se lit pourtant dans plusieurs caractères communs, comme des articulations supplémentaires entre les vertèbres lombaires (à l'origine du nom Xénarthres, « articulations étranges »), une dentition simplifiée et un métabolisme particulièrement bas. Le tatou se distingue de ses cousins par sa cuirasse et par un mode de vie terrestre et fouisseur. De taille variable selon les espèces, il possède un corps trapu, des pattes courtes armées de griffes puissantes, un museau pointu et de petits yeux qui trahissent une vue médiocre, largement compensée par un odorat remarquable. On le rencontre aujourd'hui du sud des États-Unis jusqu'à la Patagonie, dans des milieux aussi variés que les forêts tropicales, les savanes, les prairies et les zones semi-désertiques.
Un animal souvent confondu avec d'autres
Sa silhouette cuirassée vaut au tatou d'être régulièrement confondu avec d'autres animaux protégés par une armure, à commencer par la tortue, dont la carapace est pourtant soudée à la colonne vertébrale et aux côtes, alors que celle du tatou est une structure de la peau, indépendante du squelette interne. La confusion la plus fréquente concerne toutefois le pangolin d'Afrique et d'Asie, autre mangeur de fourmis couvert d'écailles, avec lequel le tatou ne partage aucun lien de parenté proche : leur ressemblance est un bel exemple de convergence évolutive, c'est-à-dire de solutions semblables apparues séparément face à des contraintes comparables. Le nom même de l'animal a parfois brouillé les pistes, puisque « tatou » et « tatouage » sont des homonymes partiels sans aucun rapport : le second vient du tahitien tatau, quand le premier est issu d'une langue amérindienne du Brésil. Retenir que le tatou est un mammifère à sang chaud, couvert de poils épars sous sa cuirasse, qui allaite ses petits et vit exclusivement sur le continent américain suffit à le distinguer de tous ses sosies.
D'où vient le mot « tatou » ? Étymologie et noms de l'animal
Le mot tatou est entré dans la langue française au XVIe siècle, à l'époque où les récits des voyageurs revenus du Brésil faisaient découvrir aux Européens une faune totalement inconnue. Il provient du tupi, langue parlée par plusieurs peuples autochtones de la côte brésilienne, dans laquelle tatu désignait déjà cet animal, et il a transité par le portugais avant d'être adopté en français sous sa forme actuelle. Les naturalistes de l'époque l'ont rapidement intégré à leurs descriptions, souvent accompagnées de gravures plus ou moins fidèles où l'animal ressemble parfois à un petit cheval caparaçonné. En espagnol, la même bête porte le nom d'armadillo, diminutif d'armado, « armé », une image parlante que l'anglais a reprise telle quelle. Les noms vernaculaires des différentes espèces s'appuient presque toujours sur l'apparence : le nombre de bandes mobiles (tatou à trois, six ou neuf bandes), la taille (tatou géant), la pilosité (tatou velu) ou la couleur (tatou rose, parfois appelé fée rose). Au Brésil, le tatou à trois bandes est surnommé tatu-bola, « tatou-boule », en référence à sa célèbre posture défensive, tandis que les noms scientifiques latins, comme Dasypus (« pied velu »), témoignent de la manière dont les premiers classificateurs observaient ces animaux.
À quoi ressemble un tatou ? Carapace et anatomie du tatou
Le trait le plus spectaculaire du tatou reste sa carapace, formée de petites plaques osseuses appelées ostéodermes qui se développent dans la peau et sont recouvertes d'écailles de kératine, la même matière que nos ongles. Cette armure se divise en plusieurs parties : un bouclier scapulaire rigide sur les épaules, un bouclier pelvien sur l'arrière-train et, entre les deux, un nombre variable de bandes mobiles reliées par une peau souple, qui donnent à l'animal la flexibilité nécessaire pour se déplacer, creuser et se retourner dans son terrier. La tête porte un petit bouclier céphalique et la queue est elle-même entourée d'anneaux osseux. Sous cette cuirasse, le ventre reste nu ou couvert de poils clairsemés, ce qui en fait la zone vulnérable de l'animal. Les pattes avant, courtes et massives, sont équipées de griffes fouisseuses redoutablement efficaces, capables de percer un sol dur ou une termitière. La dentition est réduite à des dents simples et sans émail, adaptées à un régime d'insectes mous, et le museau allongé abrite une langue fine et collante. Le métabolisme du tatou est lent et sa température corporelle plus basse que celle de la plupart des mammifères, ce qui le rend sensible au froid et limite son extension vers le nord.
Une armure plus légère qu'il n'y paraît
Contrairement à une idée reçue, la carapace du tatou ne le rend pas invulnérable, et elle ne constitue pas non plus un fardeau. Elle protège efficacement contre les épines, les branches et les morsures superficielles, mais un grand prédateur comme le jaguar ou le puma parvient sans peine à la briser. La plupart des espèces comptent donc d'abord sur la fuite : surpris, le tatou détale à une vitesse étonnante, se faufile dans les broussailles ou s'enterre en quelques instants grâce à ses griffes. Le tatou à neuf bandes peut même faire un bond vertical soudain lorsqu'il est effrayé, un réflexe qui déroute les prédateurs mais lui coûte cher sur les routes, où il heurte souvent le dessous des véhicules. Sa cuirasse ne l'empêche pas non plus de nager : il est capable de retenir sa respiration plusieurs minutes, ce qui lui permet de traverser un cours d'eau en marchant au fond, ou bien d'avaler de l'air pour gonfler son tube digestif et flotter. Ces stratégies montrent que l'armure du tatou est moins une forteresse qu'un équipement polyvalent, pensé pour un animal qui passe sa vie à fouiller le sol.
Quelles sont les principales espèces de tatou ?
Les spécialistes recensent une vingtaine d'espèces de tatou, réparties aujourd'hui en deux familles, les Dasypodidés, qui regroupent les tatous à long nez dont le célèbre tatou à neuf bandes, et les Chlamyphoridés, qui rassemblent toutes les autres espèces. Leurs différences sont parfois spectaculaires, tant par la taille que par l'apparence ou le comportement, comme le montre le tableau ci-dessous, qui présente les représentants les plus connus avec des dimensions indicatives, variables selon les individus et les sources. Le tatou à neuf bandes est de loin le plus répandu et le seul à vivre durablement aux États-Unis, où il a progressé vers le nord au cours du XXe siècle. Le tatou géant, discret habitant des forêts et savanes sud-américaines, est à l'inverse rarement observé et considéré comme vulnérable. Le tatou rose, enfin, mène une vie presque entièrement souterraine dans les plaines sableuses d'Argentine, si bien que l'on connaît encore mal sa biologie. Le nombre de bandes mobiles, souvent mis en avant dans les noms, varie d'ailleurs d'un individu à l'autre au sein d'une même espèce, ce qui rappelle que ces appellations sont avant tout des repères commodes.
| Espèce de tatou | Taille indicative | Particularité | Aire de répartition |
|---|---|---|---|
| Tatou à neuf bandes (Dasypus novemcinctus) | 60 à 80 cm queue comprise | Donne naissance à quatre petits identiques | Du sud des États-Unis à l'Argentine |
| Tatou géant (Priodontes maximus) | Jusqu'à 1,5 m queue comprise | Le plus grand des tatous, griffe centrale énorme | Une grande partie de l'Amérique du Sud |
| Tatou à trois bandes (Tolypeutes) | Environ 25 à 30 cm | Se roule entièrement en boule | Brésil, Bolivie, Paraguay, Argentine |
| Tatou à six bandes (Euphractus sexcinctus) | 40 à 50 cm sans la queue | Régime très varié, poils clairs sous la carapace | Savanes d'Amérique du Sud |
| Tatou velu (Chaetophractus) | Environ 25 à 40 cm | Longs poils entre les plaques de la carapace | Argentine, Chili, Bolivie |
| Tatou rose ou fée rose (Chlamyphorus truncatus) | Une douzaine de centimètres | Le plus petit, carapace rosée et fourrure blanche | Plaines sableuses du centre de l'Argentine |
Où vit le tatou et comment se nourrit-il ? Mode de vie du tatou
Le tatou est un animal essentiellement solitaire, qui ne recherche ses congénères qu'au moment de la reproduction. Selon les espèces et la saison, il est actif au crépuscule ou la nuit, parfois en journée lorsque les températures sont fraîches. Il passe une grande partie de son temps dans des terriers qu'il creuse lui-même et dont il peut posséder plusieurs sur son territoire, des abris qui le protègent des prédateurs comme des écarts de température et qui servent ensuite à bien d'autres animaux, des serpents aux petits mammifères. Son alimentation repose surtout sur les insectes et leurs larves : fourmis, termites, scarabées, chenilles et vers de terre forment l'essentiel de son menu, complété selon les espèces par des fruits, des racines, des œufs, de petits vertébrés ou des charognes. Pour trouver sa nourriture, le tatou avance le nez au ras du sol, renifle avec insistance puis creuse rapidement à l'endroit repéré avant de laper ses proies avec sa langue gluante. Ce régime fait de lui un précieux allié des agriculteurs, puisqu'il consomme d'énormes quantités d'insectes, même si ses fouilles nocturnes peuvent abîmer pelouses et jardins.
Une reproduction hors du commun
La reproduction du tatou réserve l'une des plus grandes curiosités du monde animal. Chez le tatou à neuf bandes, chaque gestation donne presque toujours naissance à quatre petits génétiquement identiques, issus d'un seul ovule fécondé qui se divise en quatre embryons : ce phénomène, appelé polyembryonie, est exceptionnel chez les mammifères, au point que l'espèce est étudiée par les généticiens. Autre particularité, l'implantation de l'embryon dans l'utérus peut être différée de plusieurs mois après l'accouplement, ce qui permet aux naissances d'intervenir à la période la plus favorable de l'année. Les jeunes naissent avec une carapace encore souple, comparable à du cuir, qui durcit progressivement au fil des semaines, et ils accompagnent leur mère hors du terrier dès qu'ils sont en mesure de se nourrir seuls. Les autres espèces de tatou mettent généralement au monde un ou deux petits par portée, avec des rythmes de reproduction plus lents, ce qui les rend d'autant plus sensibles à la chasse et à la destruction de leur habitat.
Le tatou, l'homme et la science : menaces et symboles
Les relations entre le tatou et l'être humain sont anciennes et contrastées. Chassé depuis des millénaires pour sa viande dans une grande partie de l'Amérique latine, il a vu sa carapace servir de récipient ou de caisse de résonance à un instrument de musique andin, le charango, une utilisation aujourd'hui découragée pour préserver les populations. Plusieurs espèces sont menacées par la déforestation, la conversion des prairies en terres agricoles, le trafic et la circulation routière, et certaines, comme le tatou géant, figurent sur les listes des espèces vulnérables. Le tatou à neuf bandes occupe par ailleurs une place à part en médecine, car il fait partie des rares animaux naturellement porteurs de la bactérie responsable de la lèpre, ce qui en a fait un modèle d'étude pour la recherche, et qui invite à éviter de le manipuler sans protection. Sur le plan culturel, l'animal est devenu un véritable emblème : petit mammifère officiel de l'État du Texas, il a aussi servi de mascotte à la Coupe du monde de football 2014 au Brésil sous les traits d'un tatou à trois bandes, choix destiné à attirer l'attention sur cette espèce fragile du nord-est brésilien.
Des ancêtres géants disparus
L'histoire du tatou s'inscrit dans celle, bien plus ancienne, des Cingulata, dont les représentants ont atteint par le passé des dimensions impressionnantes. Les glyptodontes, proches parents disparus des tatous actuels, portaient une carapace d'un seul tenant en forme de dôme et pouvaient atteindre la taille d'une petite voiture, certains arborant même une queue terminée par une massue hérissée de pointes. Ces géants ont peuplé l'Amérique du Sud pendant des millions d'années avant de disparaître à la fin de la dernière période glaciaire, à une époque où l'arrivée de l'homme et les changements climatiques ont bouleversé la grande faune du continent. Leurs carapaces fossiles, retrouvées en Argentine et au Brésil, auraient parfois servi d'abri aux premiers habitants de la région. Le tatou moderne apparaît ainsi comme le survivant discret d'une lignée autrefois spectaculaire, et sa cuirasse rappelle par bien des aspects les solutions trouvées par d'autres animaux pour se protéger : c'est d'ailleurs ce qui pousse tant de visiteurs à le rapprocher de le pangolin, autre insectivore cuirassé dont la ressemblance tient non à une parenté mais à un mode de vie comparable.