Le pélican est un grand oiseau aquatique reconnaissable entre tous à son bec démesuré, prolongé par une poche de peau extensible qui lui sert d’épuisette pour attraper les poissons. Présent sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique, il fréquente les lacs, les deltas, les lagunes et les côtes, où il vit en groupes parfois considérables et pêche souvent de manière coordonnée. Lourd et un peu gauche à terre, il se révèle en vol un planeur d’une grande élégance, capable de parcourir de longues distances en profitant des courants d’air chaud. Le mot désigne une famille ancienne d’oiseaux, représentée aujourd’hui par huit espèces, du pélican blanc d’Europe de l’Est au pélican brun des côtes américaines, seul ou presque à pêcher en plongeant depuis les airs. Le pélican n’est pas seulement un sujet d’étude pour les ornithologues : il a nourri au Moyen Âge une légende tenace qui en a fait un symbole chrétien du sacrifice, et il orne aujourd’hui des blasons comme le drapeau d’un État américain. Cette définition présente son anatomie, l’origine de son nom, ses espèces, son habitat, ses techniques de pêche, sa reproduction, sa place dans les symboles et les menaces qui pèsent sur certaines populations.

Qu’est-ce qu’un pélican ? Définition de l’oiseau à poche

Un pélican est un oiseau de la famille des Pélécanidés, qui ne comprend qu’un seul genre, Pelecanus, rattaché à l’ordre des Pélécaniformes aux côtés des hérons, des ibis et de quelques oiseaux singuliers comme le bec-en-sabot. On l’a longtemps rapproché de le cormoran, autre grand pêcheur aux pattes entièrement palmées, avec lequel il partage souvent les mêmes plans d’eau, mais les classifications récentes ont séparé ces deux familles. Les pélicans figurent parmi les plus lourds des oiseaux volants : selon les espèces, ils mesurent de 1,2 à 1,8 mètre de long environ, pèsent couramment de 4 à plus de 10 kilogrammes, et leur envergure peut dépasser trois mètres chez les plus grands individus de pélican frisé ou de pélican blanc. Leur bec, très long et terminé par un petit crochet, atteint chez le pélican à lunettes une longueur record dans le monde des oiseaux. Le plumage est blanc, gris ou brun selon les espèces, et se pare souvent de teintes rosées, jaunes ou orangées à la saison des amours, tout comme la peau nue du visage et de la poche. Leurs os creux, remplis d’air, et des sacs aériens sous la peau allègent leur corps et les aident à flotter.

Dessin animé de la tête d’un pélican : la poche gulaire se gonfle d’eau et de poissons puis se vide par le côté du becCrochet au bout du becBec très longPoche gulaire extensibleŒil cerclé de peau nueLa poche se vide de son eau avant que le poisson soit avalé.
La poche gulaire fonctionne comme une épuisette : elle se gonfle d’eau et de poissons, puis se vide avant que l’oiseau avale ses proies.

La poche gulaire, un filet de pêche vivant

La poche gulaire du pélican est une membrane de peau nue tendue entre les deux branches de la mandibule inférieure, très souple et richement vascularisée. Lorsque l’oiseau plonge le bec dans l’eau, les branches de la mâchoire s’écartent et la poche se gonfle comme un sac, avalant d’un coup plusieurs litres d’eau, souvent une dizaine chez les grandes espèces, avec les poissons qu’elle contient. Le pélican relève ensuite la tête, resserre la poche contre sa poitrine et laisse l’eau s’écouler par les côtés du bec, avant de faire basculer ses proies pour les avaler tête la première, ce qui évite que les nageoires ou les épines ne se coincent. Contrairement à une croyance répandue, la poche ne sert pas à stocker les poissons pour plus tard : elle est un outil de capture, non un garde-manger. Elle joue aussi d’autres rôles, moins connus. Par temps chaud, le pélican fait vibrer sa poche pour évacuer la chaleur, un comportement de thermorégulation comparable au halètement. Lors des parades nuptiales, sa couleur s’intensifie et elle participe aux échanges visuels entre partenaires. Enfin, elle permet aux parents de rapporter de l’eau et de la nourriture prédigérée au nid, que les poussins vont chercher en plongeant la tête dans le bec de l’adulte.

D’où vient le mot « pélican » ? Étymologie

Le mot pélican vient du latin pelicanus ou pelecanus, lui-même emprunté au grec ancien pelekan. Les linguistes rapprochent ce terme de pelekys, la hache, et du verbe pelekan, « tailler à la hache » : le nom aurait d’abord désigné chez les Grecs un oiseau qui frappe le bois de son bec, peut-être un pic, avant de s’appliquer au grand oiseau à poche, sans doute en raison de la forme de son bec ou de la manière dont il l’utilise. Le terme apparaît en français dès le Moyen Âge, d’abord dans les textes religieux et les bestiaires, où l’animal est moins décrit pour lui-même que pour la leçon morale qu’on lui attribue. Les noms d’espèces ont des origines variées : onocrotalus, nom scientifique du pélican blanc, signifie en grec quelque chose comme « cri d’âne », en référence aux sons graves que peut émettre l’oiseau ; crispus, « frisé », évoque les plumes bouclées de la nuque du pélican frisé, et conspicillatus, « qui porte des lunettes », renvoie au cercle de peau nue autour de l’œil du pélican australien. Dans plusieurs langues, le mot « pélican » sert aussi à nommer des objets en forme de bec, comme un ancien instrument de dentiste destiné à arracher les dents.

découvrez tout ce qu'il faut savoir sur le pélican : une introduction à cet oiseau fascinant, sa définition, ses caractéristiques et son habitat. apprenez-en plus sur cet animal emblématique et sa place dans l'écosystème.

Quelles sont les huit espèces de pélican ?

Les ornithologues reconnaissent aujourd’hui huit espèces de pélican, que l’on regroupe traditionnellement en deux ensembles selon leur mode de nidification : les espèces au plumage surtout blanc, qui nichent à terre en grandes colonies, et celles au plumage plus gris ou brun, qui nichent volontiers dans les arbres ou les buissons. Le pélican blanc et le pélican frisé sont les deux espèces présentes en Europe, essentiellement dans le sud-est du continent, en particulier dans le delta du Danube, en Grèce et en Turquie ; le second, plus grand et plus gris, est l’un des oiseaux volants les plus lourds du monde. L’Afrique abrite le pélican gris, l’Asie méridionale le pélican à bec tacheté, et l’Australie le pélican à lunettes, au plumage blanc et noir. En Amérique, le pélican d’Amérique, blanc aux ailes bordées de noir, niche sur les lacs de l’intérieur du continent, tandis que le pélican brun et le pélican thage, longtemps considérés comme une seule espèce, sont des oiseaux marins des côtes. Les fossiles montrent que des pélicans très semblables aux espèces actuelles existaient déjà il y a environ trente millions d’années, ce qui fait de ce groupe l’un des plus anciens parmi les oiseaux modernes.

Espèce de pélicanNom scientifiqueRépartition principale
Pélican blancPelecanus onocrotalusEurope du Sud-Est, Afrique, Asie
Pélican friséPelecanus crispusBalkans, Turquie, Asie centrale
Pélican grisPelecanus rufescensAfrique subsaharienne
Pélican à bec tachetéPelecanus philippensisAsie du Sud et du Sud-Est
Pélican à lunettesPelecanus conspicillatusAustralie, Nouvelle-Guinée
Pélican d’AmériquePelecanus erythrorhynchosAmérique du Nord
Pélican brunPelecanus occidentalisCôtes des Amériques, Caraïbes
Pélican thagePelecanus thagusCôtes du Pérou et du Chili

Où vit le pélican et comment pêche-t-il ?

Le pélican a besoin de deux choses : des eaux poissonneuses peu profondes pour se nourrir et des sites tranquilles, souvent des îlots ou des roselières inaccessibles aux prédateurs terrestres, pour se reposer et se reproduire. On le rencontre donc sur les grands lacs, les deltas, les marais, les lagunes côtières et, pour certaines espèces, le long des côtes marines. Son régime est presque exclusivement composé de poissons, complétés à l’occasion par des crustacés, des amphibiens ou d’autres petites proies ; un adulte consomme chaque jour environ un kilogramme de nourriture, voire davantage. La plupart des espèces pêchent à la surface, en nageant et en plongeant la tête et le cou dans l’eau. Le pélican blanc et le pélican d’Amérique pratiquent volontiers la pêche collective : un groupe d’oiseaux se dispose en ligne ou en demi-cercle, avance en battant des ailes et rabat les poissons vers les eaux peu profondes, où chacun n’a plus qu’à puiser dans le banc. Le pélican brun et le pélican thage ont adopté une tout autre stratégie : ils repèrent les poissons en vol puis plongent en piqué depuis plusieurs mètres de hauteur, les sacs d’air de leur corps amortissant le choc avec l’eau et les faisant remonter rapidement à la surface.

Infographie comparant la pêche collective des pélicans blancs en demi-cercle et le plongeon en piqué du pélican brunPêche collectivepélican blanc, pélican d’AmériquePlongeon en piquépélican brun, pélican thagele groupe rabat le banc vers la rivechute depuis plusieurs mètres
Deux façons de pêcher : en groupe à la surface pour la plupart des pélicans, en piqué depuis les airs pour le pélican brun et le pélican thage.

Un planeur hors pair

Malgré son poids, le pélican est un remarquable voilier. Pour décoller, il doit courir sur l’eau en battant vigoureusement des ailes, mais une fois en l’air, il économise son énergie en exploitant les courants thermiques, ces colonnes d’air chaud qui s’élèvent au-dessus des terres ensoleillées : il y tourne en cercles pour gagner de l’altitude, puis glisse en ligne droite vers la colonne suivante. Les groupes de pélicans volent souvent en file ou en formation en V, chaque oiseau profitant des turbulences créées par celui qui le précède, et leurs battements d’ailes se synchronisent de façon spectaculaire. Cette maîtrise du vol plané permet à certaines espèces d’effectuer de longues migrations. Les pélicans blancs d’Europe de l’Est rejoignent ainsi l’Afrique pour l’hiver en passant par le Proche-Orient, tandis que les pélicans d’Amérique quittent les lacs du nord du continent pour les côtes du golfe du Mexique et de la Californie. D’autres populations, notamment en Afrique ou en Australie, sont plutôt sédentaires ou se déplacent au gré des pluies, en fonction du niveau des lacs et de l’abondance des poissons. Le pélican à lunettes est capable de rejoindre des lacs temporaires apparus au cœur des déserts australiens après de fortes précipitations.

Comment se reproduit le pélican ? Colonies, nid et poussins

Le pélican se reproduit en colonies qui peuvent réunir de quelques dizaines à plusieurs milliers de couples, installées sur des îles, des bancs de sable, des roselières ou dans des arbres selon les espèces. La saison de reproduction dépend du climat : elle a lieu au printemps dans les régions tempérées, mais peut intervenir à presque n’importe quel moment de l’année sous les tropiques, en fonction des ressources. Les deux partenaires construisent un nid plus ou moins élaboré, simple cuvette au sol garnie de végétaux ou plateforme de branches, puis la femelle pond en général un à trois œufs, couvés par les deux parents pendant environ un mois. Les pélicans ont la particularité de couver en plaçant les œufs sur leurs pattes palmées. Les poussins naissent nus et aveugles, puis se couvrent rapidement de duvet. Ils sont nourris de poissons régurgités, que les plus grands vont chercher directement dans la poche et le gosier de leurs parents. Chez les espèces qui nichent au sol, les jeunes de quelques semaines se regroupent en crèches où ils attendent le retour des adultes, qui reconnaissent leur propre progéniture au milieu de la foule. L’envol intervient au bout de deux à trois mois environ, et les jeunes n’acquièrent leur plumage adulte qu’après plusieurs années.

Le pélican, symbole religieux et emblème : de la légende aux menaces

Le pélican occupe une place étonnante dans l’histoire des symboles. Les bestiaires médiévaux, héritiers d’un texte grec de l’Antiquité tardive, rapportaient qu’en période de disette, ou pour ressusciter ses petits tués, l’oiseau se blessait la poitrine avec son bec pour les nourrir de son sang. Cette légende, peut-être née de l’observation des adultes appuyant le bec contre leur poitrine pour vider leur poche, ou de la tache rouge que présente la poche de certaines espèces, a fait du pélican un symbole du Christ et de l’Eucharistie. Le motif du « pélican en sa piété », nourrissant ses petits de son sang, orne de nombreux vitraux, retables, sculptures et blasons européens. Shakespeare y fait allusion dans Hamlet, et l’image a longtemps symbolisé l’amour parental et l’abnégation. Aux États-Unis, le pélican brun est l’oiseau emblème de la Louisiane, surnommée l’État du pélican, et figure sur son drapeau dans la posture traditionnelle de la légende. Dans le monde de la littérature, enfin, le pélican inspire des poèmes célèbres, comme celui que Musset consacre au pélican qui se sacrifie, image du poète qui livre son cœur à ses lecteurs.

Des pélicans menacés mais protégés

Plusieurs espèces de pélican ont connu des déclins importants au cours du XXe siècle. Le pélican brun a frôlé la disparition sur certaines côtes américaines lorsque les pesticides comme le DDT, accumulés dans les poissons, ont fragilisé la coquille de ses œufs ; l’interdiction de ces produits et la protection des colonies ont permis un spectaculaire rétablissement, au point que l’espèce a été retirée de la liste fédérale des espèces menacées. Le pélican frisé, longtemps en recul en Europe et en Asie, a profité de mesures de conservation, notamment autour des lacs Prespa et dans le delta du Danube, mais reste sensible au dérangement, aux collisions avec les lignes électriques et à la grippe aviaire, qui a tué de nombreux oiseaux ces dernières années. Le pélican à bec tacheté, en Asie, souffre de la disparition des zones humides et des arbres qui accueillent ses colonies. Partout, la qualité des zones humides, la tranquillité des sites de nidification et l’abondance des poissons conditionnent l’avenir de ces oiseaux, qui partagent avec d’autres grands voiliers marins, comme l’albatros, une reproduction lente et une forte sensibilité aux pollutions et aux prises accidentelles dans les engins de pêche.