Le faucon pèlerin est célèbre dans le monde entier pour un record : lorsqu'il fond sur une proie en piqué, ailes repliées, il atteint des vitesses supérieures à 300 km/h, ce qui en fait l'animal le plus rapide de la planète. Ce rapace de taille moyenne, au dos gris ardoise et aux joues barrées d'une épaisse « moustache » noire, chasse presque exclusivement des oiseaux qu'il capture en plein vol. Présent sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique, il niche aussi bien sur les falaises marines et les parois de montagne que sur les cathédrales, les ponts et les gratte-ciel des grandes villes. Son histoire récente est aussi exemplaire que sa vitesse : décimé au milieu du XXe siècle par les pesticides, il a frôlé la disparition dans plusieurs pays avant de faire un retour spectaculaire grâce à l'interdiction du DDT et à des programmes de protection et de réintroduction. Compagnon des fauconniers depuis des siècles, il fascine autant les ornithologues que les ingénieurs en aérodynamique. Cette définition présente son anatomie, sa technique de chasse, son mode de vie, l'origine de son nom, son rôle dans la fauconnerie et l'histoire de son sauvetage.

Qu'est-ce qu'un faucon pèlerin ? Définition du rapace

Le faucon pèlerin, Falco peregrinus, est un oiseau de proie de la famille des Falconidés, qui regroupe les faucons et les caracaras. Les études génétiques ont montré que les faucons sont plus proches des perroquets et des passereaux que des aigles et des buses, malgré leur ressemblance de rapaces, une parenté surprenante qui illustre la convergence des formes chez les chasseurs ailés. L'adulte mesure entre 35 et 50 centimètres environ, pour une envergure proche d'un mètre, et présente un net dimorphisme sexuel : la femelle est environ un tiers plus grande et plus lourde que le mâle, que les fauconniers appellent tiercelet. Son plumage est gris bleuté sur le dessus, avec une tête plus sombre formant une sorte de capuchon, tandis que le dessous, blanc à crème, est finement barré de noir. Ses ailes longues et pointues et sa queue relativement courte lui donnent une silhouette d'ancre en vol. Plus petit et plus léger que les grands rapaces comme l'aigle royal, il compense par une vitesse et une agilité sans équivalent. Les ornithologues distinguent une vingtaine de sous-espèces réparties sur presque tout le globe.

Schéma animé du piqué du faucon pèlerin : montée en altitude, piqué ailes repliées à plus de 300 km/h et frappe d'un pigeon en volRepérageen altitudePiquéailes repliéesFrappe en volplus de 300 km/hvitesse en piqué
Le piqué du faucon pèlerin : depuis une position haute, il replie les ailes et fond sur sa proie à plus de 300 km/h.

Une anatomie de bolide

Chaque trait du faucon pèlerin semble avoir été dessiné pour la vitesse. Son corps compact et musclé, ses ailes effilées et sa queue courte réduisent la traînée lorsqu'il replie les ailes en piqué, prenant une forme de goutte d'eau. Ses narines portent de petits tubercules osseux qui dévient le flux d'air et protégeraient ses poumons de la pression de l'air à très grande vitesse, un dispositif souvent comparé aux cônes d'entrée d'air de certains avions à réaction. Une troisième paupière transparente, la membrane nictitante, humidifie et protège ses yeux pendant la descente sans l'empêcher de voir. Sa vue est extraordinaire : comme chez la plupart des rapaces, sa rétine compte une densité de cellules sensibles bien supérieure à la nôtre, ce qui lui permet de repérer un pigeon à plusieurs kilomètres. Son bec crochu porte de chaque côté une encoche en forme de dent, la dent tomiale, qui lui sert à briser les vertèbres cervicales de sa proie pour la tuer rapidement. La bande noire sous l'œil, ou moustache, réduirait enfin l'éblouissement causé par le soleil, à la manière du maquillage noir des joueurs de football américain, une hypothèse confortée par des études comparant les populations des régions plus ou moins ensoleillées.

Dessin légendé de la tête d'un faucon pèlerin : moustache noire, cercle oculaire jaune, tubercule narinaire, dent tomialeMoustache : moins d'éblouissementGrand œil, vue perçanteNarine à tuberculeDent tomiale du becCapuchon gris ardoisePoitrine finement barrée
La tête du faucon pèlerin : une moustache anti-éblouissement, des narines adaptées à la vitesse et un bec muni d'une dent tueuse.

Comment chasse le faucon pèlerin ? Le piqué le plus rapide du monde

Le faucon pèlerin est un spécialiste de la chasse aux oiseaux en vol. Pigeons, tourterelles, étourneaux, grives, limicoles, mouettes ou canards constituent l'essentiel de ses proies, dont la taille varie de celle d'un moineau à celle d'un canard, selon le sexe du chasseur et les ressources locales. Sa technique la plus spectaculaire est le piqué : depuis un perchoir élevé ou en volant haut dans le ciel, il repère une proie en contrebas, replie les ailes et se laisse tomber vers elle en accélérant, parfois sur plusieurs centaines de mètres. Des mesures réalisées sur des oiseaux suivis ou dressés ont enregistré des vitesses dépassant largement 300 km/h, et certains chiffres annoncent près de 390 km/h. Au dernier moment, il ouvre légèrement les ailes, ajuste sa trajectoire et frappe la proie avec ses serres, souvent si violemment qu'elle est tuée ou étourdie sur le coup ; il la rattrape alors en vol ou la récupère au sol. Il pratique aussi la poursuite en vol battu, plus rasante, et attaque parfois en surgissant au ras d'une crête. Toutes ses tentatives ne réussissent pas, loin de là, et les proies agiles déjouent souvent ses attaques par des virages serrés ou en plongeant dans la végétation.

Comment reconnaître le faucon pèlerin ?

Identifier un faucon pèlerin demande un peu d'entraînement, car plusieurs rapaces de taille comparable fréquentent les mêmes milieux. Posé, il se reconnaît à sa silhouette trapue, à sa poitrine claire finement barrée, à son capuchon sombre et surtout à sa moustache noire large et bien nette, qui descend sous l'œil jaune cerclé. En vol, ses ailes pointues à la base large, son battement rapide et puissant entrecoupé de glissades et sa queue assez courte le distinguent du faucon crécerelle, plus petit, roux et habitué du vol stationnaire au-dessus des talus, que le pèlerin ne pratique pas. Le faucon hobereau, autre chasseur d'oiseaux et de libellules, est plus fin, avec des « culottes » rousses. Les jeunes pèlerins, bruns et striés verticalement sur le ventre, peuvent prêter à confusion avec d'autres espèces. Son cri, un « kek-kek-kek » rauque et répété, se fait surtout entendre près du nid. En ville, le meilleur moyen de l'observer reste de repérer un oiseau immobile sur le rebord d'un clocher ou d'une tour, d'où il surveille le passage des pigeons.

Où vit le faucon pèlerin ? Habitat, nid et migration

Le faucon pèlerin est l'un des oiseaux les plus largement répandus au monde. Il occupe des milieux très variés, de la toundra arctique aux déserts, en passant par les côtes rocheuses, les montagnes, les vallées fluviales et les zones agricoles, pourvu qu'il trouve des proies volantes en abondance et des sites de nidification élevés. Il ne construit pas de nid : la femelle pond directement dans une cavité ou sur une corniche de falaise, dans une simple dépression grattée dans le gravier, ou parfois dans un ancien nid de corvidé. Depuis quelques décennies, il s'est aussi installé dans de nombreuses villes, où les clochers, cathédrales, cheminées d'usine, pylônes, ponts et tours de bureaux lui offrent des falaises artificielles, et où les pigeons constituent un garde-manger inépuisable. La ponte compte en général trois ou quatre œufs roussâtres, couvés environ un mois, surtout par la femelle. Les jeunes s'envolent vers l'âge de six semaines et restent encore quelque temps dépendants de leurs parents pour apprendre à chasser. Les populations nordiques, notamment celles de l'Arctique, effectuent de longues migrations vers le sud, parfois sur des milliers de kilomètres, tandis que celles des régions tempérées, comme en France, sont en grande partie sédentaires.

CaractéristiqueMâle (tiercelet)Femelle
LongueurEnviron 35 à 42 cmEnviron 42 à 50 cm
EnvergureEnviron 80 à 100 cmEnviron 100 à 115 cm
PoidsEnviron 550 à 750 gEnviron 850 g à 1,3 kg
Proies favoritesOiseaux petits à moyens (étourneaux, grives)Oiseaux plus lourds (pigeons, canards)
Rôle au nidApporte surtout la nourritureAssure l'essentiel de la couvaison
Faucon pèlerin perché, reconnaissable à sa moustache noire et à son dos gris ardoise

Pourquoi l'appelle-t-on faucon pèlerin ? Étymologie

Le nom faucon pèlerin associe deux mots d'origine latine. « Faucon » vient du bas latin falco, dont l'origine est discutée : on l'a rapproché de falx, la faux, en raison de la forme recourbée de ses serres, de son bec ou de ses ailes, mais certains linguistes y voient plutôt un emprunt germanique. « Pèlerin » vient de peregrinus, qui signifie « étranger », « voyageur », celui qui vient d'ailleurs, et qui a aussi donné le pèlerin religieux. Contrairement à une idée répandue, ce qualificatif ne fait pas d'abord référence à de longues errances spirituelles, mais à une réalité de la fauconnerie médiévale : les fauconniers ne prélevaient pas ces oiseaux au nid, souvent inaccessible sur les falaises, mais capturaient de jeunes faucons de passage lors de leur migration, des oiseaux « pèlerins » venus d'ailleurs. Le terme reflète aussi la grande mobilité des populations nordiques. Le nom scientifique Falco peregrinus, fixé au XVIIIe siècle, reprend fidèlement cette double origine, et la plupart des langues européennes ont adopté un nom équivalent, comme l'anglais peregrine falcon, l'espagnol halcón peregrino ou l'italien falco pellegrino. Quant au mot tiercelet, il désigne le mâle, environ un tiers plus petit que la femelle.

Le faucon pèlerin et l'homme : fauconnerie, déclin et retour

Depuis des siècles, le faucon pèlerin est l'un des oiseaux préférés des fauconniers. Au Moyen Âge, la chasse au vol était un privilège de la noblesse, et une hiérarchie stricte attribuait les oiseaux selon le rang social, le pèlerin étant réservé aux grands seigneurs. L'empereur Frédéric II lui consacra de longues pages dans son célèbre traité de fauconnerie au XIIIe siècle. La pratique perdure aujourd'hui, notamment au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Europe, et la fauconnerie est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco. Au XXe siècle, l'histoire de l'espèce a pris un tour dramatique. À partir des années 1950, l'usage massif d'insecticides organochlorés, en particulier le DDT, a provoqué un effondrement des populations en Amérique du Nord et en Europe : accumulés le long de la chaîne alimentaire, ces produits amincissaient la coquille des œufs, qui se brisaient sous le poids des parents. Dans l'est des États-Unis, l'espèce a même disparu comme nicheuse, et en France, il ne restait plus que quelques centaines de couples, réfugiés dans les montagnes. La persécution directe, le dénichage et le tir aggravaient encore la situation.

Un sauvetage exemplaire

Le retour du faucon pèlerin est souvent cité comme l'un des plus beaux succès de la protection de la nature. L'interdiction du DDT dans la plupart des pays occidentaux au cours des années 1970, la protection légale de l'espèce, la surveillance des aires de nidification contre le dénichage et, en Amérique du Nord, des programmes d'élevage et de lâcher de jeunes oiseaux ont permis une remontée spectaculaire des effectifs. Aux États-Unis, l'espèce a été retirée de la liste des espèces menacées à la fin des années 1990, et en France, la population compte désormais plus d'un millier de couples, présents dans la plupart des massifs et de plus en plus en ville. Des nichoirs installés sur des cathédrales, des cheminées industrielles ou des immeubles, parfois équipés de caméras, permettent au public de suivre la nidification en direct. Le faucon pèlerin reste toutefois sensible au dérangement près des aires, aux collisions, aux empoisonnements et à la compétition avec d'autres prédateurs. Parmi ses rares ennemis naturels figure le hibou grand-duc, grand rapace nocturne capable de s'attaquer aux jeunes comme aux adultes la nuit, et dont le retour dans certaines vallées influence la répartition des couples de pèlerins.