Le mot goret désigne d'abord un jeune cochon, ce petit animal rose, curieux et joueur que l'on croise dans les fermes et les livres d'images. Mais il fait aussi partie du vocabulaire familier, où il qualifie, avec plus ou moins de tendresse, une personne malpropre ou négligée : « Tu manges comme un goret ! » Ce double usage, à la fois agricole et populaire, en fait un terme savoureux, au même titre que le sagouin, autre nom d'animal devenu synonyme de travail bâclé ou de saleté. Le goret n'est pas seulement un mot : c'est aussi l'occasion de s'intéresser à la vie des jeunes porcs, de la naissance au sevrage, aux besoins qui sont les leurs et à la façon dont l'élevage moderne tente de concilier production et bien-être animal. Il permet enfin de plonger dans la riche famille des mots liés au cochon, dont la langue française a hérité d'une étonnante variété : porc, cochon, truie, verrat, porcelet, cochette ou nourrain. Cet article présente le sens propre et le sens figuré du mot goret, son étymologie, le vocabulaire qui l'entoure et quelques idées reçues sur cet animal bien plus propre et intelligent que sa réputation ne le laisse croire.

Qu'est-ce qu'un goret ? Définition du jeune cochon

Dans son sens premier, le goret est un jeune porc, c'est-à-dire un cochon qui n'a pas encore atteint l'âge adulte. Les dictionnaires le définissent simplement comme un « jeune cochon », sans fixer d'âge précis, et l'usage varie selon les régions : certains éleveurs l'emploient pour le porcelet qui vient d'être sevré, d'autres pour un jeune animal de quelques mois, parfois spécifiquement pour un jeune mâle. Le mot appartient au registre courant ou légèrement familier, alors que le langage technique de l'élevage lui préfère « porcelet » pour le petit qui tète encore, puis des termes plus précis selon le sexe et la destination de l'animal. Le goret présente les traits bien connus de l'espèce Sus scrofa domesticus : un corps trapu, une peau rose ou tachetée selon les races, couverte de soies clairsemées, un groin mobile et sensible terminé par un disque cartilagineux, de petits yeux et une queue en tire-bouchon. Ce qui le distingue de l'adulte tient surtout à sa taille, à sa vivacité et à son comportement : le goret est un animal joueur et curieux, qui explore tout avec son groin, se poursuit avec ses frères et sœurs et dort volontiers en tas contre eux. Cette image attendrissante a largement contribué à la popularité du jeune cochon dans la littérature enfantine.

Infographie animée des stades de croissance du cochon : porcelet, goret, cochette ou jeune verrat, puis truie ou verrat adulte, le goret étant mis en évidenceDu porcelet au porc adulte : où se situe le goret ?Porceletnaissance, tétéeGoretjeune cochon sevréCochette / jeune verratavant la reproductionTruie / verratadultes reproducteurscroissance (les âges et appellations varient selon les régions et les élevages)
Le goret désigne le jeune cochon, entre le porcelet qui tète encore et l'animal adulte : c'est l'âge des jeux et de la curiosité.

La vie d'un goret : naissance, tétée et sevrage

La vie d'un goret commence au sein d'une portée souvent nombreuse, puisque la truie met au monde, après une gestation de près de quatre mois, une dizaine de petits ou davantage selon les races. Dès les premières heures, les porcelets se disputent les tétines et chacun finit par adopter la sienne, qu'il retrouvera à chaque tétée : un ordre de tétée s'installe ainsi très tôt dans la portée. Le lait maternel, et surtout le colostrum des premiers jours, leur apporte les anticorps indispensables. Le sevrage intervient ensuite, généralement entre trois et quatre semaines dans les élevages intensifs, plus tard dans les élevages biologiques ou en plein air, et beaucoup plus tard encore à l'état naturel. C'est souvent à ce moment que l'on commence à parler de gorets : les jeunes passent alors à une alimentation solide à base de céréales et de protéines, et sont regroupés en lots. Leur caractère espiègle se manifeste pleinement : ils jouent, se bousculent, explorent la litière, fouillent le sol et établissent entre eux une hiérarchie.

Des besoins spécifiques et un bien-être à préserver

Comme tout jeune animal en pleine croissance, le goret a des besoins particuliers. Son alimentation doit être riche et équilibrée, avec des céréales, des sources de protéines, des minéraux et des vitamines, et un accès permanent à l'eau. Il est sensible au froid dans ses premières semaines et a besoin d'un nid chaud et sec. Mais le bien-être d'un jeune porc ne se limite pas à la nourriture : animal intelligent, capable d'apprendre rapidement et de reconnaître ses congénères comme les humains qui s'occupent de lui, le cochon a besoin d'espace et de stimulation. Privé de la possibilité de fouiller, de mâcher et d'explorer, il peut développer des comportements anormaux, comme mordre la queue de ses voisins. C'est pourquoi la réglementation européenne impose de fournir aux porcs des matériaux manipulables, tels que paille, foin, bois ou corde, et encadre les pratiques douloureuses comme la caudectomie ou la castration à vif, aujourd'hui interdite en France. Les élevages en plein air, sur paille ou sous label offrent des conditions plus proches des besoins naturels de l'animal. Les attentes croissantes des consommateurs poussent la filière à faire évoluer ses pratiques, même si les débats sur le bien-être des porcs restent vifs.

Joli petit goret, jeune cochon rose curieux dans une ferme

« Goret » dans le langage familier : un mot pour la malpropreté

Comme beaucoup de noms d'animaux, le mot goret a quitté l'enclos pour s'appliquer aux humains. Dans le langage familier et l'argot, un goret est une personne sale, négligée ou grossière, en particulier à table. Si vous entendez « arrête de manger comme un goret ! », n'imaginez pas qu'un porcelet se trouve dans la pièce : la remarque vise sans doute un enfant, ou un adulte, qui mange salement, en faisant du bruit ou en s'en mettant partout. Par extension, on traitera de goret quelqu'un qui laisse traîner ses affaires, porte des vêtements tachés, ou bâcle un travail sans le moindre soin, qu'il s'agisse de ranger sa chambre ou de rédiger un texte à la va-vite. Le mot peut aussi prendre une nuance plus grivoise, pour désigner un homme aux propos ou aux manières vulgaires, notamment envers les femmes, et il est alors nettement plus péjoratif. On le rapprochera de nombreux synonymes populaires, tous puisés dans le même registre animal : cochon, porc, pourceau, souillon ou encore sagouin. Ce glissement de sens repose sur une image du cochon vautré dans la boue, image que la réalité biologique de l'animal contredit pourtant largement, comme le rappelle l'infographie ci-dessous.

Schéma du glissement de sens du mot goret, du jeune cochon à la personne malpropre, avec un encadré rappelant que le cochon se roule dans la boue pour se rafraîchirComment « goret » est passé du cochon à l'humainSens proprele jeune cochonImage associéele cochon « sale »Sens figurépersonne malpropreLe saviez-vous ?Le cochon se roule dans la boue surtout pourse rafraîchir : il transpire très peu.Dans un enclos propre, il sépare soigneusementl'endroit où il dort de celui où il fait ses besoins.
Le sens figuré de « goret » repose sur une réputation de saleté largement injuste : la boue sert surtout au cochon à réguler sa température.

Un ton souvent taquin plutôt que méchant

Bien que le mot puisse sembler critique, traiter quelqu'un de goret se fait souvent avec une pointe d'humour, voire de tendresse. Dans la bouche d'un parent qui voit son enfant barbouillé de chocolat, « petit goret » relève davantage du surnom affectueux que de l'insulte. Tout dépend évidemment du contexte, de l'intonation et de la relation entre les personnes : adressé à un inconnu ou à un collègue, le mot devient vite blessant. La langue française, comme bien d'autres, puise volontiers dans le règne animal pour décrire des comportements humains : on est « rusé comme un renard », « fort comme un bœuf », « têtu comme une mule » ou « lent comme une tortue ». Le cochon y occupe une place de choix, de « copains comme cochons » à « un temps de cochon ». Ces images, souvent injustes pour l'animal, témoignent de la proximité millénaire entre les hommes et le porc, élevé dans presque toutes les fermes d'autrefois et compagnon familier de la vie rurale.

D'où vient le mot « goret » ? Étymologie

Le mot goret est formé sur l'ancien français gore ou gorre, qui désignait la truie, auquel s'est ajouté le suffixe diminutif -et, comme dans « porcelet » ou « agnelet » : le goret est donc littéralement la « petite truie », ou plus largement le petit cochon. L'origine de gore elle-même est généralement rattachée à une onomatopée, imitant soit le grognement de l'animal, soit le cri que l'on poussait pour appeler les porcs, à l'image de nombreux mots de la langue paysanne. Le terme est attesté depuis le Moyen Âge. Le mot a connu au fil du temps des emplois plus inattendus : en marine, un goret désigne une sorte de grand balai raide servant à nettoyer la coque des navires. Le parcours du mot illustre bien le passage, fréquent en français, d'un nom d'animal domestique au portrait moqueur d'un être humain, un phénomène que les linguistes rangent parmi les métaphores animalières.

Goret, porcelet, verrat, truie : le vocabulaire du cochon

La langue française dispose d'un vocabulaire particulièrement riche pour parler du cochon, reflet de son importance dans l'économie rurale. Le mot porc vient du latin porcus, qui désignait le cochon domestique, tandis que l'origine de cochon reste discutée, la piste la plus souvent avancée étant là encore une onomatopée liée au cri d'appel des porcs. La truie doit son nom, selon une explication célèbre, au latin populaire porcus troianus, le « porc troyen », nom donné à un porc farci d'autres viandes comme le cheval de Troie l'était de soldats. Quant à la porcelaine, elle tire son nom de l'italien porcellana, un coquillage dont l'aspect brillant évoquait cette céramique, et dont le nom renvoie lui-même à la petite truie. La racine indo-européenne qui a donné le latin sus et le grec hus se retrouve dans l'allemand Schwein et l'anglais swine. Le tableau suivant récapitule les principaux termes du vocabulaire porcin en usage aujourd'hui, du plus jeune animal à l'adulte reproducteur, avec leur sens le plus courant, qui peut varier selon les régions.

TermeSens courantRemarque
PorceletPetit du cochon qui tète encoreTerme technique de l'élevage
Cochon de laitPorcelet non sevré destiné à la tablePlat de fête traditionnel
GoretJeune cochon, souvent après le sevrageAussi : personne malpropre (familier)
NourrainJeune porc mis à l'engraisTerme rural, assez rare
CochetteJeune femelle qui n'a pas encore mis basFuture truie reproductrice
TruieFemelle reproductriceDu latin populaire « porcus troianus »
VerratMâle reproducteurLe mâle castré est dit « porc » ou « cochon »

Le goret et le cochon : idées reçues et cousins sauvages

La réputation de saleté qui colle au goret et à ses aînés est largement injuste. Le cochon transpire très peu et régule mal sa température : s'il se roule dans la boue, c'est surtout pour se rafraîchir et protéger sa peau claire des coups de soleil et des parasites. Dans un enclos suffisamment spacieux, il sépare soigneusement l'endroit où il dort de celui où il fait ses besoins, ce que bien des animaux domestiques ne font pas. Le porc est en outre réputé pour ses capacités cognitives : de nombreuses études ont montré qu'il apprend vite, possède une bonne mémoire, sait résoudre des problèmes simples et reconnaître ses congénères, au point d'être souvent comparé au chien. Son odorat exceptionnel est d'ailleurs mis à profit depuis longtemps pour la recherche des truffes. Le cochon domestique descend du sanglier, domestiqué il y a plusieurs millénaires au Proche-Orient et en Asie, et le marcassin, petit du sanglier au pelage rayé, est en quelque sorte le cousin sauvage du goret. La famille des suidés compte d'autres représentants, comme le phacochère ou le babiroussa, tandis qu'en Amérique vit le pécari, souvent confondu avec un petit sanglier mais qui appartient en réalité à une famille distincte.