Le kinkajou est un petit mammifère des forêts tropicales d'Amérique centrale et du Sud, au pelage doré et velouté, aux grands yeux sombres et aux oreilles arrondies, qui passe ses nuits dans la canopée en s'aidant d'une longue queue préhensile. Son allure de peluche et sa façon de se suspendre aux branches le font souvent prendre pour un singe, voire pour un marsupial, alors qu'il n'est ni l'un ni l'autre : il appartient à l'ordre des carnivores et à la famille des procyonidés, celle du raton laveur et du coati. Malgré cette parenté, il se nourrit surtout de fruits mûrs, de nectar et parfois de miel, ce qui lui a valu le surnom d'ours à miel dans plusieurs langues. Sa longue langue fine, capable d'aller chercher le nectar au fond des fleurs, fait de lui un pollinisateur occasionnel, tandis que ses repas de fruits en font un disperseur de graines. Animal nocturne et discret, il est rarement observé dans la nature, mais il s'est fait connaître du grand public par le commerce d'animaux exotiques, une mode qui pose de réels problèmes de bien-être et de sécurité. Cette définition présente sa classification, son anatomie, son mode de vie, son rôle écologique, l'origine étonnante de son nom et les idées fausses qui l'entourent.

Qu'est-ce qu'un kinkajou ? Définition et classification

Le kinkajou, de son nom scientifique Potos flavus, est un mammifère de l'ordre des carnivores et de la famille des procyonidés, un groupe propre aux Amériques qui comprend aussi le raton laveur, les olingos, les bassaris et le coati, son cousin au long museau qui parcourt le sol des forêts en bandes nombreuses. Il est l'unique représentant de son genre et se distingue de tous ses parents par sa queue préhensile, sa langue extensible et son régime presque entièrement végétarien. Contrairement à une erreur répandue, notamment dans d'anciennes versions de cet article, le kinkajou n'est pas un marsupial : la femelle ne possède pas de poche ventrale et ses petits se développent dans l'utérus, comme chez tous les mammifères placentaires. Il n'est pas non plus un primate, malgré sa face ronde, ses yeux tournés vers l'avant et son habileté à manipuler la nourriture avec ses pattes avant. Son nom d'espèce, flavus, signifie « jaune » ou « doré » en latin, en référence à la couleur de son pelage. Il vit du sud du Mexique jusqu'à la Bolivie et au Brésil, dans les forêts tropicales humides, les forêts sèches et parfois les plantations arborées.

Arbre de parenté simplifié de la famille des procyonidés, à laquelle appartient le kinkajou Procyonidéscarnivores d'Amérique Ratonlaveur Coatilong museau Kinkajouqueue préhensile Olingossosies arboricoles Bassarisqueue annelée Ni singe, ni marsupial : un cousin du raton laveur Potos flavus, « le doré »
Le kinkajou appartient à la famille des procyonidés, aux côtés du raton laveur, du coati, des olingos et des bassaris, mais il est le seul à posséder une queue préhensile.

À quoi ressemble un kinkajou ? Anatomie et particularités

Le kinkajou mesure environ 40 à 60 centimètres de long sans la queue, celle-ci étant presque aussi longue que le corps, et pèse en général entre un kilo et demi et quatre kilos et demi. Son pelage court, dense et laineux varie du fauve doré au brun roux, souvent plus clair sur le ventre et parfois marqué d'une ligne sombre le long du dos. Sa tête ronde porte de petites oreilles arrondies placées bas, de grands yeux adaptés à la vision nocturne et un museau court. Ses pattes, munies de cinq doigts aux griffes courtes et acérées, lui permettent de s'agripper fermement aux branches et de manipuler les fruits avec dextérité. Comme d'autres mammifères arboricoles, il peut faire pivoter ses pattes postérieures vers l'arrière, ce qui l'aide à descendre les troncs tête la première ou à se suspendre. Sa queue préhensile, couverte de poils sur toute sa longueur, s'enroule autour des branches pour l'ancrer, lui sert de balancier et, au repos, de couverture qu'il ramène sur son corps. Sa langue étroite et extensible, longue d'une dizaine de centimètres environ, lui permet de lécher le nectar au fond des fleurs ou de vider les fruits mous et les ruches. Il possède enfin des glandes odorantes près de la bouche, de la gorge et du ventre, qui lui servent à marquer ses itinéraires.

Dessin animé légendé d'un kinkajou suspendu par la queue qui lèche le nectar d'une fleur la nuit Queue préhensile Langue longue pour le nectar Grands yeux nocturnes Pelage doré et laineux Le nez couvert de pollen, il passe de fleur en fleur
Suspendu par la queue, le kinkajou lèche le nectar au cœur des fleurs : en passant de l'une à l'autre, il transporte du pollen.

Comment vit le kinkajou ? Mode de vie nocturne et alimentation

Le kinkajou est strictement nocturne. Il passe la journée à dormir dans un creux d'arbre ou dans un enchevêtrement de lianes, roulé en boule, puis s'active après le coucher du soleil pour parcourir la canopée, généralement à plusieurs mètres au-dessus du sol, en suivant des itinéraires réguliers d'arbre fruitier en arbre fruitier. Son régime est à plus de quatre-vingt-dix pour cent composé de fruits selon les études de terrain, en particulier de figues, complétés par du nectar, des fleurs, des feuilles, et occasionnellement par des insectes, des œufs ou du miel prélevé dans les nids d'abeilles. Sa vie sociale est plus riche qu'on ne le pensait autrefois : il vit souvent en petits groupes composés d'un ou deux mâles, d'une femelle et de leurs jeunes, qui partagent un territoire et des gîtes, se toilettent mutuellement et dorment parfois ensemble, mais qui se dispersent pour se nourrir et cherchent leur nourriture chacun de leur côté. Les kinkajous communiquent par des cris aigus, des sifflements, des jappements et par les marques odorantes qu'ils déposent sur les branches. Leurs principaux prédateurs sont les félins arboricoles comme l'ocelot ou le margay, les grands rapaces et les serpents.

Un pollinisateur et un jardinier des forêts tropicales

En se nourrissant de nectar, le kinkajou plonge son museau dans les fleurs de certains arbres, comme celles du balsa ou de plusieurs espèces de la famille des fromagers, et ressort la face couverte de pollen. En passant d'une fleur à une autre, il en assure une partie de la pollinisation, un rôle plus souvent attribué aux oiseaux, aux insectes ou aux chauves-souris, mais que peu de carnivores partagent. Ses repas de fruits, avalés avec leurs graines, font aussi de lui un disperseur de graines efficace : il rejette les graines intactes dans ses excréments, souvent loin de l'arbre d'origine, ce qui favorise la germination et la colonisation de nouveaux espaces par les arbres fruitiers. Comme il consomme une grande diversité de fruits et qu'il se déplace sur de longues distances chaque nuit, son influence sur la composition de la forêt n'est pas négligeable. Il partage d'ailleurs ce rôle avec d'autres frugivores nocturnes, dont les olingos, ses proches parents, avec lesquels il est parfois vu dans les mêmes arbres. Ce double rôle de pollinisateur et de disperseur fait du kinkajou un acteur discret mais important de la santé des forêts néotropicales.

Kinkajou ou olingo : comment les distinguer ?

Dans les forêts d'Amérique tropicale, le kinkajou a des sosies : les olingos, de proches parents du genre Bassaricyon, également nocturnes, arboricoles et amateurs de fruits, au point que les habitants et même les chercheurs les ont longtemps confondus. Une espèce d'olingo, l'olinguito des forêts nuageuses des Andes, n'a d'ailleurs été décrite officiellement qu'en 2013, après que des spécimens eurent dormi pendant des décennies dans des tiroirs de musée sous une autre étiquette. Plusieurs critères permettent pourtant de faire la différence. La queue du kinkajou est préhensile, épaisse et de couleur uniforme, alors que celle de l'olingo n'est pas préhensile, plus touffue et souvent marquée d'anneaux discrets. Le kinkajou a une tête plus ronde, un museau plus court et des oreilles placées plus bas, et son pelage tire davantage sur le doré. Leurs cris diffèrent aussi, ce qui aide les naturalistes à les repérer dans l'obscurité. Enfin, le kinkajou se déplace plus lentement et utilise volontiers sa queue pour s'ancrer, tandis que l'olingo, plus agile, saute plus facilement d'une branche à l'autre.

CritèreKinkajou (Potos flavus)
FamilleProcyonidés (raton laveur, coati, olingo)
TailleEnviron 40 à 60 cm, queue de longueur comparable
PoidsEnviron 1,5 à 4,5 kg
RégimeSurtout des fruits, plus du nectar, du miel et des insectes
ActivitéNocturne, arboricole
ReproductionGénéralement un petit par portée
Statut UICNPréoccupation mineure

Comment se reproduit le kinkajou ?

La reproduction du kinkajou n'est pas strictement saisonnière, même si les naissances semblent plus fréquentes à certaines périodes selon les régions. Après une gestation d'environ trois mois et demi à quatre mois, la femelle met au monde le plus souvent un seul petit, rarement deux, dans un creux d'arbre où elle l'allaite à l'abri. Le nouveau-né pèse quelques centaines de grammes, ouvre les yeux au bout de quelques jours à deux semaines et commence à manger des aliments solides vers l'âge de deux mois environ. Vers deux mois également, il est capable de se suspendre par la queue, un apprentissage essentiel pour sa future vie dans les arbres. La mère le transporte et le protège pendant plusieurs mois, et le jeune reste souvent associé au groupe familial au-delà de son sevrage. La maturité sexuelle intervient plus tard chez la femelle que chez le mâle, aux alentours d'un an et demi à deux ans et demi selon les sources. Ce rythme lent, avec un seul petit par an, est compensé par une longévité appréciable : les kinkajous peuvent vivre une vingtaine d'années en captivité, et sans doute moins dans la nature, où les prédateurs et les accidents sont plus fréquents.

D'où vient le mot « kinkajou » ? Une étymologie surprenante

L'origine du mot kinkajou réserve une belle surprise. Il ne vient pas d'une langue d'Amérique tropicale, comme on pourrait s'y attendre, mais d'une langue algonquienne du nord de l'Amérique, où un mot de forme voisine désignait le glouton, ce carnivore trapu des forêts boréales que les Québécois appellent encore carcajou. Les naturalistes français du XVIIIe siècle, dont Buffon, auraient appliqué par erreur ce nom à l'animal tropical, peut-être en raison de descriptions confuses ou d'une confusion entre animaux rapportés de différentes régions d'Amérique. Les mots « kinkajou » et « carcajou » seraient donc deux variantes d'un même terme amérindien, qui désignent aujourd'hui deux animaux sans grand rapport, l'un vivant dans la neige et l'autre sous les tropiques. Dans les pays où il vit, le kinkajou porte d'autres noms : martilla ou marta en espagnol d'Amérique centrale, jupará au Brésil, et souvent « ours à miel », honey bear en anglais, en référence à son goût pour les nectars sucrés. Le nom de genre Potos reste d'origine incertaine, probablement tiré d'un nom local recueilli par les premiers naturalistes.

Le kinkajou est-il menacé ? Statut et commerce d'animaux exotiques

Le kinkajou est classé en préoccupation mineure par l'UICN, car il reste répandu sur une vaste aire et s'adapte à des forêts plus ou moins perturbées. Ses populations locales souffrent néanmoins de la déforestation, qui fragmente la canopée dont il dépend pour se déplacer, ainsi que de la chasse pour sa viande et sa fourrure dans certaines régions. Une menace plus récente vient du commerce d'animaux de compagnie exotiques, qui a fait du kinkajou un animal à la mode, notamment après son apparition dans les bras de célébrités. Ce choix pose de sérieux problèmes : animal nocturne, il dort le jour et s'active bruyamment la nuit, il a besoin d'un régime spécifique et de beaucoup d'espace pour grimper, et il peut mordre profondément lorsqu'il est dérangé ou effrayé. Il peut aussi être porteur de parasites et de bactéries transmissibles à l'homme. Les captures dans la nature pour alimenter ce marché perturbent par ailleurs les populations sauvages. Les associations de protection recommandent donc de ne pas acquérir ce type d'animal. Pour mieux comprendre sa singularité, on peut le comparer à le binturong, le chat-ours d'Asie, seul autre carnivore doté d'une véritable queue préhensile, qui mène à l'autre bout du monde une vie étonnamment semblable.