Le macaque à queue de lion, que l'on appelle aussi ouandérou, est un singe de taille moyenne qui vit exclusivement dans les forêts humides des Ghâts occidentaux, une chaîne de montagnes qui longe la côte sud-ouest de l'Inde. Son allure est inoubliable : un pelage noir et brillant, encadré par une large crinière gris argenté qui entoure tout le visage, et une queue fine terminée par une touffe de poils sombres qui rappelle celle du lion, d'où son nom. Ce primate arboricole passe l'essentiel de sa vie dans la canopée, où il se nourrit de fruits, de graines, de fleurs et de petits animaux, au sein de groupes sociaux structurés. Très dépendant des forêts anciennes et continues, il est devenu rare à mesure que les plantations de thé, de café et d'eucalyptus, les barrages et les routes ont morcelé son habitat. Classé en danger d'extinction, il ne compte plus que quelques milliers d'individus à l'état sauvage, répartis en populations souvent isolées les unes des autres. Il est ainsi devenu l'un des symboles de la protection de la biodiversité exceptionnelle des Ghâts occidentaux. Cette définition présente son apparence, l'origine de son nom, son mode de vie, sa reproduction et les efforts menés pour assurer sa survie.

Qu'est-ce qu'un macaque à queue de lion ? Définition

Le macaque à queue de lion, de son nom scientifique Macaca silenus, est un primate de la famille des Cercopithécidés, celle des singes de l'Ancien Monde, et du genre Macaca, qui réunit une vingtaine d'espèces de macaques répartis surtout en Asie, comme le macaque rhésus ou le macaque crabier, et une espèce en Afrique du Nord, le magot. Il fait partie, comme les grands singes tels que le bonobo, de l'ordre des primates, mais il appartient à la lignée des singes à queue, plus éloignée de l'homme. Son corps mesure de 40 à 60 centimètres environ, auxquels s'ajoute une queue de 25 à 40 centimètres, et les mâles, plus lourds, atteignent souvent huit à dix kilogrammes, tandis que les femelles sont plus légères. Sa crinière argentée, ou collerette, contraste avec un visage nu et noir aux yeux bruns, et elle s'étoffe avec l'âge. Comme les autres macaques, il possède des abajoues, poches situées à l'intérieur des joues, où il stocke rapidement la nourriture pour la consommer à l'abri. Son pouce opposable, ses mains agiles et sa queue, utile pour l'équilibre mais non préhensile, en font un grimpeur adroit qui descend rarement au sol, sauf pour traverser une clairière ou une route.

Dessin légendé d'un macaque à queue de lion sur une branche : crinière argentée, visage noir, abajoues, pelage noir et queue à touffe Crinière gris argenté Abajoues Visage nu et noir Pelage noir brillant Queue à touffe « de lion »
Le macaque à queue de lion doit son nom à la touffe qui termine sa queue, mais il frappe surtout par sa crinière argentée autour d'un visage noir.

Un singe qui ne ressemble à aucun autre macaque

Parmi les macaques, le macaque à queue de lion se distingue au premier coup d'œil. La plupart de ses cousins, comme le macaque rhésus ou le macaque bonnet, qui vit lui aussi dans le sud de l'Inde, ont un pelage brun ou grisâtre et une face rosée ou claire, alors que l'ouandérou est entièrement noir, à l'exception de sa collerette argentée. Sa queue, de longueur moyenne, est également typique : elle est plutôt fine sur la plus grande partie de sa longueur et se termine par une touffe de poils qui évoque la queue d'un lion, surtout chez les mâles adultes. Ses mœurs le différencient aussi : alors que beaucoup de macaques sont des opportunistes qui s'accommodent des villes, des temples et des cultures, au point de vivre parfois au contact quotidien de l'homme, le macaque à queue de lion est un animal timide et forestier, qui évite d'ordinaire les humains et dépend des forêts primaires à canopée continue. Les zoologistes le rattachent au groupe des macaques à queue de cochon et apparentés, dont plusieurs espèces vivent en Asie du Sud-Est. Ce contraste entre une apparence spectaculaire et un comportement discret explique qu'il soit resté longtemps peu étudié dans la nature. Les premières études de terrain approfondies n'ont d'ailleurs été menées qu'à partir de la seconde moitié du XXe siècle, alors que son habitat reculait déjà rapidement.

D'où vient le nom « macaque à queue de lion » ? Étymologie

Le nom du macaque à queue de lion associe plusieurs héritages. Le mot macaque est apparu en français au XVIIe siècle, emprunté au portugais macaco, « singe », que les navigateurs portugais avaient eux-mêmes pris à une langue bantoue des côtes d'Afrique centrale, où un terme proche désignait des singes. Le mot a ensuite servi à nommer tout un genre de primates d'Asie et d'Afrique du Nord. Le complément « à queue de lion » décrit simplement la touffe de poils qui orne l'extrémité de sa queue. Le nom ouandérou, qu'on lui donne aussi en français, vient d'un mot cinghalais, langue du Sri Lanka, signifiant à peu près « singe », que les naturalistes européens du XVIIIe siècle ont appliqué de façon un peu approximative à ce macaque indien. Le nom scientifique Macaca silenus, enfin, fait référence à Silène, personnage de la mythologie grecque, compagnon et précepteur de Dionysos, traditionnellement représenté avec une barbe et une chevelure abondantes : une allusion évidente à la crinière de l'animal. En anglais, il porte un nom équivalent, lion-tailed macaque, et en Inde il est connu sous plusieurs noms locaux selon les langues parlées dans les États du Kerala, du Karnataka et du Tamil Nadu.

Macaque à queue de lion au pelage noir et à la crinière argentée dans la forêt

Où vit le macaque à queue de lion ? Habitat et répartition

Le macaque à queue de lion est endémique des Ghâts occidentaux, un long massif montagneux qui s'étire du nord au sud parallèlement à la côte ouest de l'Inde, et qui figure parmi les régions les plus riches en espèces de la planète, inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO. On ne le trouve que dans la partie méridionale de cette chaîne, dans les États du Kerala, du Tamil Nadu et du Karnataka, principalement entre quelques centaines de mètres et environ 1 500 mètres d'altitude. Il habite les forêts tropicales humides sempervirentes, aux arbres immenses et à la canopée fermée, ainsi que des forêts de mousson de montagne, et il évite les zones ouvertes, les plantations et les forêts trop dégradées. Cette exigence le rend très vulnérable : au fil du XXe siècle, une grande partie des forêts de la région a été remplacée par des plantations de thé, de café, de cardamome, de teck ou d'eucalyptus, coupée par des routes et noyée par des barrages. Les populations de macaques se retrouvent ainsi dispersées dans des fragments de forêt plus ou moins isolés, parfois de quelques dizaines d'individus seulement, ce qui limite les échanges entre groupes et menace leur diversité génétique.

Carte schématique de la péninsule indienne : le macaque à queue de lion ne vit que dans le sud des Ghâts occidentaux INDE mer d'Arabie golfe duBengale Sri Lanka Ghâts occidentauxchaîne côtière du sud-ouest,patrimoine mondial UNESCO Aire du macaquesud des Ghâts : Kerala,Tamil Nadu, Karnataka,en fragments de forêt Quelques milliersd'individus sauvages
Carte schématique : le macaque à queue de lion ne vit que dans les forêts humides du sud des Ghâts occidentaux, une aire très réduite et fragmentée.

Comment vit le macaque à queue de lion ? Alimentation et vie sociale

Le macaque à queue de lion est un animal diurne et essentiellement arboricole, qui se déplace dans la moyenne et la haute canopée en suivant des itinéraires réguliers sur son domaine vital. Il vit en groupes comptant le plus souvent une dizaine à une vingtaine d'individus, parfois davantage, généralement composés d'un ou de quelques mâles adultes, de plusieurs femelles et de leurs petits. Les femelles restent en principe dans leur groupe natal, alors que les jeunes mâles le quittent en grandissant. Chaque groupe défend son territoire, et les mâles annoncent leur présence par des cris puissants qui portent loin dans la forêt. Son régime est surtout frugivore : il consomme une grande variété de fruits, notamment ceux du jacquier et de grands arbres forestiers, ainsi que des graines, des fleurs, des bourgeons, des feuilles et des champignons. Il complète son menu avec des insectes, des larves, des œufs et parfois de petits vertébrés comme des lézards, des grenouilles ou des écureuils volants. En avalant des fruits et en rejetant leurs graines plus loin, il participe à la régénération des arbres de la forêt. La communication au sein du groupe passe par un riche répertoire de vocalisations, d'expressions faciales et de postures, qui permet de maintenir une hiérarchie bien établie.

CaractéristiqueMacaque à queue de lion
Nom scientifiqueMacaca silenus
Autre nomOuandérou
Taille du corpsEnviron 40 à 60 cm, queue de 25 à 40 cm
Poids indicatifEnviron 6 kg pour les femelles, 8 à 10 kg pour les mâles
HabitatForêts humides sempervirentes du sud des Ghâts occidentaux (Inde)
RégimeSurtout frugivore, complété d'insectes et de petits animaux
Statut UICNEn danger

Une reproduction lente

Le macaque à queue de lion se reproduit lentement, ce qui complique le rétablissement de ses populations. Contrairement à d'autres macaques chez lesquels les naissances sont concentrées sur une saison précise, il peut se reproduire tout au long de l'année. Après une gestation d'environ six mois, la femelle met au monde un seul petit, au pelage plus clair et sans crinière, qui s'agrippe au ventre de sa mère et ne la quitte pratiquement pas pendant ses premières semaines. Les jeunes sont l'objet de l'attention de tout le groupe, et notamment des autres femelles. La maturité sexuelle n'est atteinte qu'au bout de plusieurs années, et les femelles ne mettent généralement bas qu'une fois tous les deux ou trois ans dans la nature, souvent à un âge relativement avancé. Ce rythme, l'un des plus lents parmi les macaques, signifie que la perte de quelques adultes, à cause de la chasse, des accidents de la route ou de l'électrocution sur des lignes électriques, pèse lourdement sur l'avenir d'un groupe. Les petites populations isolées dans des fragments de forêt sont particulièrement exposées à la consanguinité et à la disparition, d'où l'importance des corridors forestiers qui permettent aux animaux de circuler d'un massif à l'autre.

Le macaque à queue de lion est-il menacé ? Protection

Le macaque à queue de lion est classé en danger sur la liste rouge de l'UICN, et sa population sauvage est estimée à quelques milliers d'individus seulement, répartis en de nombreuses sous-populations. En Inde, il bénéficie du plus haut niveau de protection prévu par la loi sur la faune sauvage, et son commerce international est strictement encadré. Il a joué un rôle de premier plan dans l'histoire de la conservation indienne : dans les années 1970 et 1980, la campagne contre un projet de barrage hydroélectrique dans la Silent Valley, au Kerala, s'est largement appuyée sur la présence de ce singe menacé, et elle a abouti à la création d'un parc national. Aujourd'hui, l'espèce est présente dans plusieurs aires protégées, comme le parc national de Silent Valley, la réserve de tigres d'Anamalai ou la réserve de Kalakad-Mundanthurai. Hors de ces zones, les efforts portent sur la restauration de forêts, la création de corridors et de ponts de canopée au-dessus des routes, et la sensibilisation des habitants, notamment dans le plateau de Valparai, où des groupes vivent au milieu des plantations de thé. Des programmes d'élevage coordonnés existent en outre dans plusieurs zoos d'Europe et d'Amérique du Nord. Comme d'autres primates menacés à travers le monde, et notamment le gorille des montagnes, il montre que la survie d'une espèce dépend de la protection de forêts entières.