L'adjectif asexué signifie littéralement « sans sexe ». En biologie, il qualifie un être vivant qui ne possède pas de sexe différencié, ou un mode de reproduction qui se passe de la rencontre entre un mâle et une femelle : un seul individu suffit alors à donner naissance à des descendants, le plus souvent génétiquement identiques à lui. Bactéries qui se divisent en deux, hydres qui bourgeonnent, étoiles de mer qui régénèrent un individu entier à partir d'un bras, pucerons ou phasmes dont les femelles pondent sans avoir été fécondées : la nature regorge d'exemples de cette stratégie, qui s'oppose au mode de reproduction d'un être sexué, fondé sur l'union de deux cellules reproductrices. Le mot a aussi pris un sens figuré dans la langue courante, pour désigner ce qui paraît neutre, sans caractère masculin ni féminin, et il est parfois confondu avec asexuel, qui se rapporte à une orientation humaine. Cette définition fait le point sur le sens précis du mot, son origine, les différentes formes de reproduction asexuée, ses usages figurés et quelques exemples étonnants d'animaux capables de se reproduire seuls, des invertébrés aux requins.
Que veut dire asexué ? Définition du mot
Le mot asexué a deux emplois principaux en biologie. Il peut d'abord qualifier un organisme dépourvu de sexe, c'est-à-dire qui ne présente ni organes ni cellules reproductrices mâles ou femelles différenciés : c'est le cas de nombreuses bactéries et de certains organismes unicellulaires. On parle aussi, chez les insectes sociaux, d'individus « neutres » ou stériles, comme les ouvrières de nombreuses espèces, même si ces dernières sont en réalité des femelles. Le second emploi, le plus courant, concerne la reproduction asexuée : un mode de multiplication qui ne fait pas intervenir de gamètes, ou qui n'en fait intervenir qu'un seul type, et qui ne nécessite donc pas de partenaire. Dans ce cas, l'organisme peut très bien appartenir à une espèce sexuée et posséder des organes reproducteurs ; il se reproduit simplement, à certains moments ou en permanence, sans fécondation. Les descendants obtenus sont alors, pour l'essentiel, des copies génétiques de leur parent, que les biologistes appellent des clones. Le contraire d'asexué est sexué, qui qualifie un être doté d'un sexe ou une reproduction qui associe le patrimoine génétique de deux parents. Les deux modes ne s'excluent pas : de nombreux êtres vivants alternent l'un et l'autre selon les saisons ou les conditions de vie.
Asexué, asexuel, hermaphrodite : ne pas confondre
Plusieurs mots proches d'asexué prêtent à confusion. Un organisme hermaphrodite n'est pas asexué : il possède au contraire les deux sexes, à la fois ou successivement, comme l'escargot, le ver de terre ou certains poissons qui changent de sexe au cours de leur vie. La plupart des hermaphrodites se reproduisent d'ailleurs de manière sexuée, en échangeant leurs gamètes avec un partenaire. Le terme asexuel, de son côté, appartient à un tout autre registre : il désigne, chez l'être humain, une personne qui ne ressent pas ou peu d'attirance sexuelle envers autrui, et le nom correspondant est l'asexualité. Une personne asexuelle n'est évidemment pas « asexuée » au sens biologique, puisqu'elle a un sexe et peut, si elle le souhaite, avoir des enfants. Dans l'usage, la frontière entre les deux mots est toutefois poreuse, et l'on rencontre encore « asexué » employé à la place d'« asexuel », ce que les dictionnaires et les associations concernées déconseillent. Enfin, le mot agame est parfois employé en botanique et en zoologie pour qualifier une reproduction sans fécondation, tandis que clonal s'applique aux populations issues de reproduction asexuée. Retenir ces nuances permet d'employer chaque terme à bon escient.
D'où vient le mot « asexué » ? Étymologie
Le mot asexué est formé du préfixe privatif a-, emprunté au grec, qui exprime l'absence ou la négation, comme dans « amoral », « apolitique » ou « anonyme », et de l'adjectif sexué, lui-même dérivé de sexe. Ce dernier vient du latin sexus, que l'on rattache souvent au verbe secare, « couper, séparer », l'idée étant celle d'une division de l'espèce en deux catégories, mâle et femelle ; cette étymologie, souvent citée, reste cependant discutée par les linguistes. Le mot asexué s'est imposé dans la langue scientifique au XIXe siècle, à l'époque où les naturalistes étudiaient de près les modes de reproduction des organismes simples, des algues, des champignons et des invertébrés, et cherchaient à classer ces phénomènes. Il a ensuite gagné la langue courante, où il a pris des sens plus larges et parfois imagés. On le retrouve dans plusieurs expressions techniques, comme « reproduction asexuée », « multiplication asexuée » ou « spore asexuée », et il a pour équivalents l'anglais asexual et l'espagnol asexuado. Notons que l'anglais n'emploie qu'un seul mot, asexual, là où le français distingue asexué pour la biologie et asexuel pour l'orientation, ce qui explique en partie les confusions issues de traductions.
Comment se reproduit un être asexué ? Les formes de reproduction asexuée
La reproduction asexuée prend des formes très variées selon les groupes d'êtres vivants. La plus simple est la division, ou scissiparité : la cellule ou l'organisme se coupe en deux individus identiques, comme le font les bactéries, les amibes, les paramécies ou certains vers plats. Le bourgeonnement consiste en la formation d'une excroissance qui grandit sur le parent avant de s'en détacher ou de rester attachée pour former une colonie, comme chez l'hydre d'eau douce, les levures, les éponges ou les coraux. La fragmentation repose sur la capacité de régénération : un morceau détaché, accidentellement ou volontairement, reconstitue un individu complet, ce que réalisent certaines étoiles de mer, des vers marins ou des anémones. La parthénogenèse, enfin, est le développement d'un embryon à partir d'un ovule non fécondé : la femelle pond des œufs viables ou donne naissance à des petits sans l'intervention d'un mâle. Chez les plantes, on parle plutôt de multiplication végétative, avec les stolons du fraisier, les tubercules de la pomme de terre ou les bulbes, que les jardiniers exploitent avec le bouturage et le marcottage.
| Mode de reproduction asexuée | Principe | Exemples |
|---|---|---|
| Division (scissiparité) | L'individu se coupe en deux | Bactéries, amibes, paramécies, planaires |
| Bourgeonnement | Un bourgeon se forme puis se détache | Hydre, levures, éponges, coraux |
| Fragmentation | Un fragment régénère un individu entier | Certaines étoiles de mer, anémones, vers |
| Parthénogenèse | Un ovule se développe sans fécondation | Pucerons, phasmes, daphnies, certains lézards |
| Multiplication végétative | Une partie de la plante forme un nouveau pied | Fraisier, pomme de terre, bulbes |
| Sporulation | Des spores produites sans fécondation germent | Champignons, mousses, fougères |
Avantages et limites de la reproduction asexuée
La reproduction asexuée présente plusieurs avantages. Elle est rapide, n'exige pas de chercher un partenaire et permet à un seul individu de fonder une population entière, ce qui est précieux pour coloniser un milieu nouveau ou profiter d'une abondance passagère de nourriture : au printemps, une seule femelle de puceron peut ainsi engendrer en quelques semaines des colonies considérables. Chaque individu pouvant produire des descendants, la population croît aussi plus vite qu'avec une reproduction sexuée, où seules les femelles enfantent. En revanche, elle a un inconvénient majeur : les descendants sont génétiquement identiques, ou presque, à leur parent. La population manque alors de diversité génétique, ce qui la rend vulnérable face à une maladie, à un parasite ou à un changement de l'environnement, puisque si un individu est sensible, tous le sont. Les mutations défavorables tendent également à s'accumuler au fil des générations. C'est pourquoi beaucoup d'espèces combinent les deux stratégies : elles se multiplient de façon asexuée lorsque les conditions sont favorables, puis repassent à la reproduction sexuée à l'approche de la mauvaise saison, comme le font les pucerons ou les daphnies.
Que veut dire asexué au sens figuré ?
Dans la langue courante, l'adjectif asexué s'emploie aussi au sens figuré pour désigner ce qui semble dépourvu de caractère sexuel, de féminité ou de virilité, ou ce qui paraît neutre et indifférencié. On parle ainsi d'une silhouette asexuée, d'une voix asexuée ou d'un personnage asexué pour souligner une apparence qui ne se laisse pas facilement ranger du côté masculin ou féminin. Dans le domaine de la mode, l'expression a été employée pour décrire des vêtements volontairement neutres, ni spécifiquement masculins ni spécifiquement féminins, même si l'on parle plus volontiers aujourd'hui de mode non genrée, unisexe ou mixte. En littérature et dans les arts, la figure de l'ange, traditionnellement présenté comme un être sans sexe, a nourri de nombreuses représentations asexuées, et la langue a gardé l'expression ironique de « discuter du sexe des anges » pour qualifier un débat interminable et sans objet. L'adjectif peut aussi avoir une nuance péjorative lorsqu'il sert à critiquer une œuvre, un discours ou un style jugés fades, sans relief ni personnalité. Comme toujours avec les sens figurés, c'est le contexte qui permet de comprendre si le mot est descriptif, élogieux ou critique.

Asexué et asexualité : l'histoire d'un glissement de sens
Le mot asexué appartient d'abord au vocabulaire des sciences naturelles, mais il a progressivement été employé à propos des êtres humains, ce qui a créé des ambiguïtés. Au XXe siècle, les travaux de psychologie et de sexologie ont décrit l'existence de personnes ne ressentant pas d'attirance sexuelle, d'abord souvent considérées comme atteintes d'un trouble, avant que cette vision soit largement remise en cause. Au tournant des années 2000, des communautés de personnes concernées se sont organisées, notamment sur Internet, pour faire reconnaître l'asexualité comme une orientation à part entière, distincte du célibat, qui est un choix de vie, et de l'abstinence, qui est un comportement. En français, l'usage recommandé pour désigner ces personnes est l'adjectif asexuel ou asexuelle, et non asexué, qui renvoie à l'absence biologique de sexe et peut être perçu comme blessant. Cette évolution illustre un phénomène fréquent dans la langue : un terme scientifique passe dans l'usage courant, se charge de connotations, puis se dédouble pour répondre à des besoins nouveaux. Le mot asexué reste, quant à lui, pleinement pertinent dans son domaine d'origine, la biologie, où il garde son sens précis et neutre.

Quels animaux se reproduisent de façon asexuée ?
Le règne animal offre de nombreux exemples de reproduction asexuée, surtout chez les invertébrés. L'hydre d'eau douce et de nombreux cnidaires bourgeonnent, les éponges se fragmentent et certaines étoiles de mer peuvent se scinder volontairement en deux. Les pucerons alternent au fil de l'année des générations de femelles parthénogénétiques, qui donnent naissance à des petits sans mâle, et une génération sexuée à l'automne. Chez plusieurs espèces de phasmes, les mâles sont rares ou totalement inconnus, et les femelles pondent des œufs qui donnent naissance à d'autres femelles. Les rotifères bdelloïdes, minuscules animaux aquatiques, semblent se reproduire exclusivement de manière asexuée depuis des millions d'années, ce qui intrigue les biologistes. Un crustacé d'eau douce, l'écrevisse marbrée, est entièrement constitué de femelles clonales et se répand dans les eaux douces de plusieurs continents à partir d'aquariums. Chez les vertébrés, certains lézards d'Amérique du Nord, du genre Aspidoscelis, ne comptent que des femelles qui se reproduisent par parthénogenèse, et l'on connaît des cas comparables chez quelques geckos et serpents. Ces espèces exclusivement femelles restent toutefois rares et souvent issues d'hybridations anciennes entre espèces voisines.

La parthénogenèse chez les requins et les grands reptiles
Certaines observations récentes ont surpris les scientifiques, car elles concernent des espèces que l'on pensait strictement sexuées. Dans plusieurs aquariums, des femelles de requins isolées de tout mâle depuis des années ont donné naissance à des petits : les analyses génétiques ont montré qu'il s'agissait bien de parthénogenèse, les jeunes ne portant que l'ADN de leur mère. Le cas le plus connu concerne un petit requin-marteau, le requin-marteau tiburo, né dans un zoo américain au début des années 2000, mais le phénomène a depuis été documenté chez d'autres espèces de requins et de raies. Des cas similaires ont été observés chez des dragons de Komodo, des pythons, des boas ou des crocodiles en captivité, et même chez certains oiseaux d'élevage, comme la dinde ou des condors. Ces animaux ne sont pas pour autant asexués : ils appartiennent à des espèces sexuées, et la parthénogenèse semble être une solution de secours, exceptionnelle, lorsqu'aucun mâle n'est disponible. Les chercheurs se demandent encore si ce phénomène se produit aussi dans la nature et quel rôle il pourrait jouer pour des populations très réduites. Pour en savoir plus sur ce poisson cartilagineux à la tête si particulière, on pourra se reporter à la fiche sur le requin-marteau, prédateur des mers chaudes.