Le cinéma d'animation regroupe l'ensemble des films dont les images ne sont pas filmées en prise de vues réelles, mais créées une à une, dessinées, modelées, découpées ou calculées par ordinateur, puis projetées à la suite pour donner l'illusion du mouvement. Il ne se limite pas au dessin animé, qui n'en est qu'une des techniques : marionnettes et pâte à modeler animées en volume, papiers découpés, silhouettes, sable, peinture sur verre ou images de synthèse en trois dimensions relèvent tous de l'animation. Né à la fin du XIXe siècle, avant même le cinématographe des frères Lumière pour certaines de ses formes, l'art de l'animation a connu une histoire foisonnante, des premiers jouets optiques aux longs métrages numériques qui attirent aujourd'hui des millions de spectateurs. Longtemps associé au divertissement pour enfants, il s'adresse en réalité à tous les publics, et de nombreuses œuvres abordent des sujets graves, historiques ou intimes. Cette définition explique le principe du cinéma d'animation, retrace ses grandes étapes, présente ses principales techniques et le processus de fabrication d'un film, puis évoque sa place dans la culture et les moyens de le découvrir ou de le pratiquer soi-même en loisir.
Qu'est-ce que le cinéma d'animation ? Définition
Au sens strict, le cinéma d'animation désigne un mode de création cinématographique fondé sur la fabrication d'images successives, chacune légèrement différente de la précédente, qui produisent un mouvement apparent lorsqu'elles défilent rapidement. Là où une caméra de cinéma en prise de vues réelles enregistre en continu une action qui se déroule devant elle, l'animateur construit le mouvement de toutes pièces, image par image : il décide de chaque position, de chaque expression, de chaque déformation. Cette maîtrise totale permet de représenter ce qui n'existe pas, de faire parler les objets, de transformer les formes ou de donner vie à des mondes imaginaires, mais elle a un coût : quelques secondes de film peuvent demander des jours de travail. Le cinéma d'animation est à la fois une technique, utilisée aussi dans la publicité, le jeu vidéo ou les effets spéciaux, et un genre artistique à part entière, avec ses auteurs, ses studios, ses festivals et ses récompenses. Il recouvre aussi bien les grandes productions des studios internationaux que des courts métrages d'auteur fabriqués par une seule personne, proches par leur liberté et leurs moyens modestes de le cinéma indépendant. On parle d'ailleurs d'animation plutôt que de « dessin animé » pour bien englober toute cette diversité de techniques.
Le principe de l'image par image
L'illusion sur laquelle repose le cinéma d'animation tient à une particularité de notre perception : lorsque des images fixes légèrement différentes se succèdent assez vite, le cerveau les relie et perçoit un mouvement continu. Le cinéma projette traditionnellement vingt-quatre images par seconde, mais l'animation dessinée n'en renouvelle pas forcément autant : il est fréquent d'animer « en deux », c'est-à-dire de garder chaque dessin pendant deux images, soit douze dessins par seconde, et de réserver l'animation « en un » aux mouvements rapides. L'animateur dessine d'abord les poses clés, qui définissent les moments essentiels d'une action, puis les intervalles, qui assurent la transition de l'une à l'autre ; dans les grands studios, ces deux tâches étaient confiées à des personnes différentes. Le rythme, l'espacement des dessins, l'anticipation d'un geste ou l'écrasement d'une balle qui touche le sol relèvent d'un savoir-faire codifié, souvent résumé par les « principes de l'animation » formalisés par des animateurs américains. Le même principe vaut pour la pâte à modeler ou les marionnettes, que l'on déplace très légèrement entre deux prises, et pour l'animation par ordinateur, où le logiciel calcule une partie des intervalles.
D'où vient le cinéma d'animation ? Les grandes étapes de son histoire
Avant le cinéma, le XIXe siècle invente des jouets optiques qui exploitent déjà la persistance du mouvement : le phénakistiscope du Belge Joseph Plateau, présenté en 1832, puis le zootrope et le praxinoscope font tourner des séries de dessins pour les animer. Le Français Émile Reynaud perfectionne ce principe avec son théâtre optique et présente en 1892, au musée Grévin à Paris, ses Pantomimes lumineuses, de courts récits dessinés et projetés devant le public, souvent considérés comme les premiers dessins animés projetés. Avec l'arrivée du cinématographe, l'animation trouve son support : en 1908, Émile Cohl réalise Fantasmagorie, court film de dessins au trait aux métamorphoses incessantes, puis l'Américain Winsor McCay, célèbre auteur de bande dessinée, anime son personnage Little Nemo en 1911 et la dinosaure Gertie en 1914. Ces pionniers établissent un lien durable entre bande dessinée et animation. Dans les années 1920, l'Allemande Lotte Reiniger signe avec Les Aventures du prince Ahmed, en silhouettes découpées, l'un des plus anciens longs métrages d'animation conservés, tandis qu'aux États-Unis les studios développent le travail sur celluloïd et le son synchronisé, popularisé par Steamboat Willie en 1928.
De l'âge d'or des studios aux écoles du monde entier
En 1937, Blanche-Neige et les Sept Nains, premier long métrage d'animation des studios Disney, connaît un immense succès et ouvre l'ère des grands films dessinés destinés au public familial. Le cinéma d'animation ne se réduit pourtant pas au modèle américain. Le Canada, avec l'Office national du film et des créateurs comme Norman McLaren, fait de l'animation un terrain d'expérimentation ; en France, Alexandre Alexeïeff et Claire Parker inventent l'écran d'épingles, Paul Grimault mène pendant des décennies le projet qui deviendra Le Roi et l'Oiseau, sorti en 1980, et l'école française s'impose plus tard dans le monde grâce à ses formations et à ses studios. Les pays d'Europe de l'Est développent une tradition remarquable de marionnettes et de films d'auteur, tandis que le Japon construit une industrie singulière, des séries télévisées d'Osamu Tezuka dans les années 1960 aux longs métrages du studio Ghibli, fondé dans les années 1980, qui contribuent à faire connaître l'anime dans le monde entier. En 1995, Toy Story devient le premier long métrage entièrement réalisé en images de synthèse et marque le début d'une nouvelle ère, sans faire disparaître pour autant les techniques artisanales, qui continuent de se réinventer.
Quelles sont les techniques du cinéma d'animation ?
Les techniques d'animation sont presque aussi nombreuses que les matériaux que l'on peut photographier ou dessiner. On les regroupe généralement en trois grandes familles : l'animation en deux dimensions, qui travaille sur des images planes, dessinées, peintes ou découpées ; l'animation en volume, ou stop motion, qui photographie des objets réels déplacés entre chaque prise ; et l'animation par ordinateur, en particulier en trois dimensions, où les personnages et les décors sont modélisés dans un logiciel. À ces familles s'ajoutent des procédés plus rares ou plus expérimentaux, comme la pixilation, qui anime des acteurs réels image par image, la rotoscopie, qui consiste à redessiner des images filmées, l'animation de sable ou de peinture sur verre, ou encore le dessin directement gravé sur la pellicule. Beaucoup de films contemporains combinent plusieurs techniques, par exemple des personnages en 3D rendus pour ressembler à du dessin, ou des marionnettes animées sur des décors numériques. Le tableau ci-dessous présente les principales techniques, avec quelques exemples célèbres qui permettent de les reconnaître, sachant que le choix d'une technique influence profondément le style, le budget et la durée de fabrication d'un film.
| Technique | Principe | Exemples connus |
|---|---|---|
| Dessin animé traditionnel | Dessins sur papier puis sur celluloïd, photographiés un à un | Blanche-Neige et les Sept Nains, Le Roi et l'Oiseau |
| Animation 2D numérique | Dessin et mise en couleur sur ordinateur ou tablette | Nombreuses séries télévisées actuelles |
| Papiers découpés, silhouettes | Éléments plats articulés déplacés sous la caméra | Les Aventures du prince Ahmed |
| Stop motion (volume) | Marionnettes ou pâte à modeler déplacées entre chaque prise | Films du studio britannique Aardman |
| Écran d'épingles | Ombres formées par des milliers d'épingles plus ou moins enfoncées | Une nuit sur le mont Chauve (Alexeïeff et Parker) |
| Animation 3D | Modèles numériques animés puis rendus par ordinateur | Toy Story et la plupart des grands succès récents |
| Rotoscopie | Dessin réalisé à partir d'images filmées | Utilisée dans des courts et longs métrages d'auteur |
Animation 2D et stop motion : des savoir-faire artisanaux
Dans le dessin animé traditionnel, les animateurs dessinaient chaque position des personnages sur des feuilles de papier perforées, calées sur des tiges pour garantir le repérage, avant que les dessins ne soient décalqués à l'encre sur des feuilles transparentes de celluloïd, les cellulos, puis peints au revers. Superposés à un décor peint, ces cellulos étaient photographiés un par un au banc-titre. Le numérique a remplacé ces étapes par des logiciels où l'on dessine directement sur tablette, colorie automatiquement et compose les plans, ce qui a réduit les coûts sans changer la logique du travail image par image. Le stop motion, lui, conserve un caractère profondément artisanal : les marionnettes, dotées d'une armature métallique articulée et parfois de visages interchangeables, sont déplacées de quelques millimètres entre chaque photographie dans des décors miniatures. Une équipe peut ainsi ne produire que quelques secondes de film par jour et par animateur. Cette lenteur, ces textures visibles et ces légères imperfections font le charme particulier de la technique, que des studios britanniques, américains ou français continuent de faire vivre, parfois avec l'aide de l'impression 3D pour fabriquer les expressions des personnages.
L'animation 3D par ordinateur
L'animation 3D repose sur des personnages et des décors modélisés dans un espace virtuel en trois dimensions. Chaque personnage est construit comme une sculpture numérique, recouvert de textures, puis doté d'un squelette virtuel, le rig, qui permet à l'animateur de le manipuler comme une marionnette en définissant ses poses clés, le logiciel calculant les positions intermédiaires. Les éclairages et les caméras sont eux aussi virtuels. L'étape finale, le rendu, consiste à calculer chaque image en tenant compte de la lumière, des matières, des ombres, des cheveux ou des fluides, une opération si gourmande en puissance de calcul que les studios utilisent des parcs entiers d'ordinateurs, et que le calcul d'une seule image complexe peut prendre des heures. Les progrès des processeurs graphiques ont permis d'accélérer ces calculs et de démocratiser les outils, au point que des logiciels gratuits permettent aujourd'hui à des amateurs de réaliser des courts métrages en 3D. Loin d'avoir uniformisé les styles, la 3D explore désormais des rendus très variés, imitant le dessin, la peinture ou la gravure, ce qui brouille joyeusement la frontière entre les techniques et ouvre de nouvelles voies aux créateurs.
Comment fabrique-t-on un film d'animation ?
La fabrication d'un film d'animation suit une chaîne de production longue, qui s'étale souvent sur plusieurs années pour un long métrage. Après l'écriture du scénario vient le storyboard, une suite de dessins qui découpe le film plan par plan, comme une bande dessinée, en précisant le cadrage et l'action. Ces dessins sont ensuite montés avec des voix provisoires et une musique témoin pour former l'animatique, sorte de brouillon filmé qui permet de vérifier le rythme avant de lancer la production. Les équipes de conception créent en parallèle l'univers graphique : personnages, décors, accessoires, palettes de couleurs. Contrairement au cinéma en prise de vues réelles, les voix des comédiens sont généralement enregistrées avant l'animation, afin que les animateurs puissent caler les mouvements des lèvres et l'interprétation sur le jeu vocal. Viennent ensuite la mise en place des plans, l'animation proprement dite, la réalisation des décors, l'éclairage et le rendu pour la 3D, puis le compositing, qui assemble tous les éléments de l'image. Le montage final, les bruitages, la musique et le mixage achèvent le film. Des centaines de personnes peuvent travailler sur un long métrage, alors qu'un court métrage d'auteur est parfois l'œuvre d'une seule personne.
Le cinéma d'animation est-il réservé aux enfants ?
L'image du cinéma d'animation comme divertissement pour enfants reste tenace, mais elle ne correspond qu'à une partie de la production. De nombreuses œuvres s'adressent aux adolescents et aux adultes et abordent des sujets graves : la guerre, l'exil, la mémoire, la maladie ou la politique. Persepolis, adapté par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud de la bande dessinée autobiographique de la première, a montré en 2007 que l'animation pouvait raconter une histoire intime sur fond de révolution iranienne, et Valse avec Bachir d'Ari Folman l'a utilisée l'année suivante pour un documentaire sur la mémoire de la guerre. Le Japon produit depuis longtemps des films et des séries destinés à tous les âges, et le documentaire animé s'est imposé comme un genre à part entière. Le cinéma d'animation dispose de ses propres festivals et récompenses : le Festival international du film d'animation d'Annecy, créé en 1960, est l'un des plus importants au monde, l'Oscar du meilleur film d'animation existe depuis 2002, et la France décerne aussi un César dans cette catégorie. Ces vitrines, comme le succès public de nombreux longs métrages, témoignent d'un art reconnu à part entière et non d'un sous-genre du cinéma.
Comment découvrir ou pratiquer le cinéma d'animation en loisir ?
Pour découvrir le cinéma d'animation dans sa diversité, rien ne vaut les festivals, les ciné-clubs, les rétrospectives des cinémathèques ou les programmes de courts métrages proposés en salle et sur les plateformes spécialisées. La pratique, elle, est plus accessible qu'on ne l'imagine. Un simple flip book, petit carnet dont on dessine une image par page avant de le feuilleter, suffit à comprendre le principe de l'image par image. Avec un smartphone, un pied et une application de stop motion, on peut animer des figurines, de la pâte à modeler ou des objets du quotidien et réaliser un premier court film en quelques heures, une activité très prisée en famille comme dans les écoles. Des logiciels gratuits permettent ensuite d'aborder l'animation 2D sur tablette ou la 3D. Des associations, des médiathèques et des MJC organisent régulièrement des ateliers, et certaines écoles d'animation proposent des stages d'initiation pour les plus motivés, avant d'éventuelles études supérieures menant aux métiers d'animateur, de storyboarder ou de décorateur. Le dessin reste une compétence précieuse pour tous ces métiers, et beaucoup de jeunes animateurs ont commencé en s'exerçant au dessin manga, dont les codes graphiques ont nourri l'animation japonaise et bien au-delà.