Le lindy hop est une danse de couple née à Harlem, à New York, à la fin des années 1920, au rythme du jazz et de la musique swing. Énergique, joyeuse et largement improvisée, elle combine des pas venus du charleston, des claquettes et des danses de bal de l'époque, avec un principe original : les partenaires alternent sans cesse entre une position serrée et une position ouverte, ce qui laisse à chacun la liberté d'improviser. Inventée par des danseurs afro-américains dans les salles de bal du quartier, elle a été pendant les années 1930 et 1940 la danse emblématique de l'ère du swing, avant de presque disparaître après la guerre, puis de renaître à partir des années 1980 grâce à des passionnés qui sont allés retrouver ses pionniers. Elle est aujourd'hui dansée dans de nombreux pays, dans des écoles, des soirées et des festivals qui réunissent des danseurs de tous âges. Au-delà de son aspect festif, le lindy hop porte aussi une histoire sociale forte, celle d'une communauté noire américaine confrontée à la ségrégation. Cette définition présente ses origines, sa technique, ses différences avec les danses voisines et la manière de s'y initier.
Qu'est-ce que le lindy hop ? Définition de la danse swing
Le lindy hop est une danse sociale de couple, c'est-à-dire une danse que l'on pratique avant tout pour le plaisir, en bal, avec des partenaires différents au fil de la soirée, plutôt que sur une chorégraphie fixée à l'avance. Il se danse sur du jazz swing, de tempo moyen à rapide, et repose sur une communication constante entre deux rôles : le guideur, qui propose les mouvements, et le suiveur, qui les interprète, chacun gardant une large place pour l'improvisation. Sa figure la plus caractéristique, le swing out, se déroule sur huit temps, mais la danse mélange librement des séquences de six et de huit temps, ce qui lui donne une grande souplesse. Le lindy hop se reconnaît à son énergie, à son rebond, à son côté élastique, où les partenaires semblent s'attirer et se repousser, et à la complicité visible entre les danseurs et la musique. Il est souvent considéré comme l'ancêtre de nombreuses danses swing apparues ensuite, et ses figures ont largement inspiré le rock acrobatique, qui en a repris l'esprit dynamique et les portés dans un cadre plus sportif. Le terme « swing » sert d'ailleurs souvent, en français, à désigner l'ensemble de cette famille de danses.
D'où vient le lindy hop ? De Harlem au Savoy Ballroom
Le lindy hop est né dans le quartier de Harlem, à New York, au moment de la Harlem Renaissance, ce grand mouvement artistique et intellectuel afro-américain des années 1920 qui a vu fleurir la littérature, la peinture et surtout le jazz. Les danseurs du quartier y ont mêlé le charleston, très en vogue, le breakaway, une danse de couple où les partenaires se séparaient par moments, les claquettes et d'autres danses populaires, sur la musique des grands orchestres. Le lieu le plus associé à la danse est le Savoy Ballroom, une immense salle de bal ouverte en 1926 sur Lenox Avenue, où se produisaient des orchestres comme celui de Chick Webb. Le Savoy était réputé pour accueillir des danseurs noirs et blancs sur la même piste, une rareté à une époque marquée par la ségrégation. Les meilleurs danseurs s'y retrouvaient dans un coin de la salle pour rivaliser d'inventivité, et des troupes professionnelles, comme les Whitey's Lindy Hoppers, ont ensuite porté la danse sur scène et au cinéma. La célèbre séquence du film Hellzapoppin', en 1941, reste l'un des témoignages filmés les plus spectaculaires de cet âge d'or.
Pourquoi l'appelle-t-on lindy hop ?
L'origine du nom lindy hop est liée, selon une anecdote très souvent racontée, à l'aviateur américain Charles Lindbergh, surnommé « Lindy », qui réussit en 1927 la première traversée de l'Atlantique en solitaire et sans escale. Les journaux auraient titré que « Lindy » avait « sauté » l'Atlantique, et un danseur réputé du Savoy, George « Shorty » Snowden, aurait repris l'expression lors d'un concours de danse, en répondant à un journaliste qui lui demandait le nom de ses pas qu'il faisait le « lindy hop ». Comme beaucoup d'histoires de ce genre, cette version est difficile à vérifier dans tous ses détails, mais elle est largement admise par les historiens de la danse et par la communauté swing, qui la transmettent volontiers. Elle témoigne en tout cas de l'atmosphère de l'époque, où la danse se nourrissait de l'actualité, de l'humour et de l'esprit de compétition des danseurs. Le nom est resté, souvent abrégé en « lindy », et il désigne depuis cette danse précise, même si l'on parle aussi, plus largement, de danse swing ou de « swing » tout court pour l'ensemble des danses issues de cette époque.

Comment danse-t-on le lindy hop ? Pas de base et technique
La technique du lindy hop repose d'abord sur la connexion entre les partenaires, transmise par les mains, les bras et le corps, qui permet au guideur de proposer une direction et au suiveur de la ressentir sans geste brusque. Les pas de base s'appuient sur quelques éléments simples : le rock step, un transfert de poids vers l'arrière puis vers l'avant, et le triple step, trois petits pas joués sur deux temps, qui donnent à la danse son rebond caractéristique. Les débutants apprennent généralement des séquences sur six temps avant d'aborder le swing out, la figure emblématique sur huit temps, au cours de laquelle les partenaires passent d'une position ouverte, où ils se tiennent par une main à distance, à une position fermée, où ils tournent ensemble, avant de se séparer de nouveau. La posture compte beaucoup : genoux souples, poids légèrement vers l'avant, corps à l'écoute de la musique. Avec l'expérience, les danseurs enrichissent cette base par des variations, des jeux de jambes empruntés au charleston, des arrêts sur les accents de l'orchestre et des moments où chacun improvise seul, tout en gardant le lien avec son partenaire.
| Terme | Signification |
|---|---|
| Swing out | Figure de base sur 8 temps, où les partenaires passent de la position ouverte à la position fermée puis se séparent |
| Rock step | Petit transfert de poids vers l'arrière puis vers l'avant, qui marque souvent les temps 1 et 2 |
| Triple step | Trois petits pas joués sur deux temps, qui donnent à la danse son rebond |
| Guideur, suiveur | Les deux rôles du couple (en anglais lead et follow), aujourd'hui ouverts à tous |
| Air step | Figure aérienne réservée aux spectacles et aux compétitions, jamais sur une piste de bal |
| Shim Sham | Chorégraphie collective en ligne, souvent dansée par toute la salle lors des soirées |
Improvisation, solo jazz et figures aériennes
Une des richesses du lindy hop tient à la place accordée à l'improvisation et à l'interprétation musicale. Les danseurs ne suivent pas une chorégraphie : ils écoutent l'orchestre, repèrent les phrases musicales, les ruptures et les solos d'instruments, et adaptent leurs mouvements en temps réel. Le lindy hop entretient aussi un lien étroit avec le solo jazz, l'ensemble des pas que l'on danse seul, hérités des danses jazz et des claquettes, que les danseurs glissent volontiers au milieu d'une danse de couple. Les soirées se terminent souvent par des chorégraphies collectives en ligne, comme le Shim Sham, que toute la salle danse ensemble. Les célèbres figures aériennes, ou air steps, où un partenaire passe par-dessus l'épaule ou entre les jambes de l'autre, sont attribuées au lindy hop des années 1930, et l'on cite souvent Frankie Manning parmi leurs inventeurs. Elles demandent une préparation, une technique et une confiance mutuelle importantes : elles sont réservées aux spectacles, aux compétitions et aux cours spécialisés, et ne se pratiquent jamais sur une piste de bal, où elles mettraient en danger les autres danseurs.
Lindy hop, charleston, balboa : quelles différences ?
Le lindy hop appartient à une grande famille de danses swing nées dans les années 1920 et 1930, qu'il est facile de confondre. Le charleston, plus ancien, est à la fois une danse solo et une danse de couple, reconnaissable à ses mouvements de jambes vers l'avant et l'arrière ; le lindy hop en a intégré de nombreux pas. Le balboa, né en Californie, se danse en position très rapprochée, avec des jeux de pieds fins, et s'adapte particulièrement bien aux tempos très rapides et aux pistes bondées. Le collegiate shag, sautillant et rapide, était prisé des étudiants américains de l'époque. Après la guerre, de nouvelles danses dérivées apparaissent, comme l'east coast swing, version simplifiée enseignée dans les écoles de danse, puis le boogie-woogie et le rock'n'roll, qui reprennent l'énergie du lindy hop sur de nouvelles musiques. En France, beaucoup de danseurs découvrent le swing par le rock à six temps avant de se tourner vers le lindy hop, plus riche en improvisation et en interprétation musicale. Toutes ces danses partagent un même esprit : le plaisir de danser à deux, la complicité avec la musique et une ambiance de bal chaleureuse.
Le lindy hop, une danse noire américaine de liberté
On ne peut pas comprendre le lindy hop sans évoquer son contexte social. Dans les années 1920 et 1930, les Afro-Américains vivent sous le régime de la ségrégation, et dans le sud des États-Unis sous les lois Jim Crow, qui les privent de nombreux droits. Dans ce contexte, les salles de bal de Harlem sont des lieux de rencontre, de fierté et de créativité, où une communauté invente sa propre culture et se l'approprie pleinement. Le lindy hop y apparaît comme une forme d'expression collective, où l'improvisation, l'humour et la virtuosité donnent à chacun la possibilité de briller. Le cinéma hollywoodien de l'époque a montré la danse, parfois en effaçant ses origines ou en cantonnant les danseurs noirs à de courtes séquences, ce qui a contribué à brouiller sa mémoire. Le renouveau moderne s'est accompagné d'une réflexion sur cette histoire : de nombreuses écoles et associations insistent aujourd'hui sur la transmission des origines afro-américaines de la danse, invitent des danseurs et historiens issus de cette tradition et rappellent le rôle des pionniers, afin que la popularité internationale du lindy hop ne se fasse pas au détriment de la mémoire de ceux qui l'ont créé.
Où apprendre le lindy hop aujourd'hui ?
Après plusieurs décennies d'oubli, le lindy hop a connu un renouveau à partir des années 1980, lorsque des danseurs américains et suédois sont partis à la recherche des pionniers du Savoy. Frankie Manning et Norma Miller, figures majeures de l'âge d'or, ont alors repris l'enseignement et transmis leur savoir à une nouvelle génération, en voyageant dans le monde entier jusqu'à un âge avancé. Des rendez-vous devenus mythiques, comme le camp de danse de Herräng, en Suède, ont contribué à faire renaître une communauté internationale. Aujourd'hui, la danse est pratiquée en Europe, en Amérique, en Asie et en Océanie, et de nombreuses villes françaises comptent des écoles de swing et des associations qui proposent des cours hebdomadaires, des stages et des soirées dansantes, souvent avec des orchestres de jazz. Les grands festivals réunissent pendant plusieurs jours des centaines de danseurs autour de cours, de compétitions et de bals jusqu'au bout de la nuit. Les cours sont généralement organisés par niveaux, du débutant au confirmé, et la plupart des structures ouvrent les deux rôles à tous, indépendamment du genre, ce qui facilite l'inscription seul ou en couple.
Conseils pour débuter le lindy hop
Pour se lancer dans le lindy hop, aucune expérience de danse n'est nécessaire : les cours débutants partent des bases, la marche en rythme, le rock step et le triple step, avant d'introduire les premières figures. Il est conseillé de choisir des chaussures confortables à semelle lisse, en cuir ou en daim, qui permettent de pivoter sans forcer sur les genoux, et des vêtements dans lesquels on se sent libre de bouger. Écouter du jazz swing en dehors des cours aide beaucoup à intégrer le rythme, la structure des morceaux et l'esprit de la musique. Les soirées de pratique, où l'on danse avec des partenaires variés, sont indispensables pour progresser, et l'usage veut que l'on accepte volontiers une invitation et que l'on change de partenaire à chaque morceau. Comme dans d'autres danses de bal à forte culture sociale, telles que le tango argentin avec ses milongas, le lindy hop possède ses codes de courtoisie, son vocabulaire et ses rituels, que l'on découvre peu à peu en fréquentant les soirées, et qui font de cette danse autant une communauté qu'une technique à apprendre.