Au tennis, un ace est un service si bien frappé et si bien placé que le relanceur ne parvient même pas à toucher la balle avec sa raquette : la balle rebondit dans le bon carré de service puis file hors de sa portée, et le serveur remporte directement le point. C'est le coup le plus rapide et le plus net du jeu, celui qui permet de gagner un point en une seule frappe, sans le moindre échange. Le mot, emprunté à l'anglais, se prononce généralement « èïce » en français, et l'on entend parfois son équivalent francisé « as », notamment au Québec. Les aces font partie des statistiques suivies de près par les commentateurs et les circuits professionnels, car ils traduisent la puissance et la précision d'un serveur, mais aussi sa capacité à se sortir des situations délicates sur ses jeux de service. Certains grands serveurs en ont fait une véritable signature. Cette définition explique ce qu'est exactement un ace au tennis, ce qui le distingue d'un simple service gagnant, quelles règles l'encadrent, comment les joueurs parviennent à en réussir, pourquoi certains en accumulent davantage que d'autres et d'où vient ce mot, qui a aussi un sens figuré dans la langue courante.

Que veut dire ace au tennis ? Définition

Dans le tennis, chaque point commence par un service : le serveur frappe la balle depuis l'arrière de sa ligne de fond pour la faire rebondir dans le carré de service situé en diagonale, dans le camp adverse. On parle d'ace lorsque ce service est bon, c'est-à-dire qu'il tombe dans le carré, et que le relanceur ne touche pas la balle. Peu importe que le relanceur ait tenté de la jouer ou qu'il soit resté figé : du moment que la raquette, ou le corps, n'a pas été effleuré, le point est compté comme un ace. Ce coup peut survenir sur un premier comme sur un second service, même si le second, généralement joué avec plus de sécurité, en produit beaucoup moins. L'ace rapporte un point comme n'importe quel autre, mais sa valeur symbolique est forte : il permet de remporter rapidement un jeu de service, d'effacer une balle de break ou de conclure un set avec panache. Dans les statistiques officielles, le nombre d'aces figure à côté du nombre de doubles fautes, son exact contraire, puisque la double faute fait perdre le point au serveur. Un joueur qui sert beaucoup d'aces met une pression constante sur son adversaire, contraint de gagner ses propres jeux de service pour ne pas être distancé.

Ace ou service gagnant : quelle différence ?

Il ne faut pas confondre l'ace et le service gagnant, deux notions proches que les statistiques distinguent soigneusement. L'ace suppose que le relanceur ne touche pas du tout la balle. Si, au contraire, il parvient à la toucher, même du bout du cadre, mais sans réussir à la renvoyer correctement dans le terrain adverse, on parle de service gagnant, ou de service non retourné : le point est bien gagné par le serveur, mais il ne compte pas comme un ace. La différence peut sembler subtile, car dans les deux cas le serveur marque sans échange, mais elle permet de mesurer précisément la qualité du service. Un service très rapide au corps, par exemple, provoquera souvent un retour manqué plutôt qu'un ace, alors qu'un service très croisé ou parfaitement placé sur la ligne médiane laissera fréquemment le relanceur sans réaction. Certaines retransmissions affichent les deux chiffres, ainsi que le pourcentage de points gagnés derrière la première et la seconde balle, pour donner une image complète de l'efficacité au service. Enfin, un service qui touche le filet avant de tomber dans le bon carré n'est jamais un ace, même si le relanceur ne le touche pas : il s'agit d'un let, et le service est simplement rejoué.

Quelles règles encadrent le service et l'ace ?

Pour qu'un ace soit valable, le service doit d'abord respecter toutes les règles fixées par la Fédération internationale de tennis. Le serveur se place derrière la ligne de fond, entre la marque centrale et la ligne de côté, et ne doit pas toucher la ligne ni le terrain avec ses pieds avant d'avoir frappé la balle, sous peine de commettre une faute de pied. Il sert alternativement depuis la droite, côté égalité, puis depuis la gauche, côté avantage, et la balle doit retomber dans le carré situé en diagonale. Il dispose de deux essais : en cas de faute sur le premier, il rejoue un second service, et en cas de nouvelle faute, il perd le point. Les règles n'imposent pas de geste particulier : le service à la cuillère, frappé par en dessous, est parfaitement autorisé, et il arrive qu'un joueur s'en serve pour surprendre un relanceur placé très loin derrière sa ligne. Si la balle rebondit deux fois avant que celui-ci ne l'atteigne, le point est un ace en bonne et due forme. Le relanceur, lui, doit laisser la balle rebondir avant de la jouer : s'il la touche de volée, il perd le point. Toutes ces règles s'appliquent aussi en double, où l'ordre de service est fixé au début de chaque set.

Schéma animé vu de dessus : depuis le côté égalité, le serveur vise le carré en diagonale, avec trois zones possibles, au T, au corps et à l'extérieur Filet Serveur (côté égalité) Carré visé, en diagonale Au T Au corps À l'extérieur Zones jaunes :les plus propicesaux aces
Pour réussir un ace, le serveur vise surtout le T, au centre du court, ou l'extérieur du carré, là où le relanceur doit parcourir le plus de distance.

Comment réussir un ace ? La technique du service

Réussir un ace repose sur trois ingrédients : la vitesse, le placement et la surprise. La vitesse réduit le temps de réaction du relanceur, mais elle ne suffit pas, car les meilleurs retourneurs sont capables de bloquer des services très puissants s'ils les voient venir. Le placement est donc décisif : les aces surviennent le plus souvent sur des services dirigés vers le T, c'est-à-dire au croisement de la ligne de service et de la ligne médiane, ou au contraire vers l'extérieur du carré, à proximité de la ligne de côté, deux zones qui obligent le relanceur à se déplacer au maximum. Le service au corps, dirigé sur le relanceur, provoque plutôt des retours manqués. Les effets jouent aussi un rôle : un service slicé s'échappe vers l'extérieur après le rebond, tandis qu'un service lifté, ou kick, rebondit haut, ce qui le rend plus sûr mais moins propice aux aces. Enfin, la dissimulation fait toute la différence : les grands serveurs utilisent un lancer de balle et un geste identiques quelle que soit la direction choisie, si bien que l'adversaire ne peut pas anticiper. Pour progresser, un joueur de club travaille d'abord la régularité de son lancer, le placement de son corps et la souplesse de son épaule.

Type de serviceTrajectoire et effetIntérêt pour faire un ace
Service à platPeu d'effet, trajectoire tendue et très rapideLe plus propice aux aces, surtout au T
Service slicéEffet latéral, la balle fuit sur le côté après le rebondEfficace vers l'extérieur du carré
Service lifté (kick)Effet vers l'avant, rebond haut et décaléPlus sûr, surtout utilisé en seconde balle
Service à la cuillèreFrappé par en dessous, balle courte et lenteArme de surprise contre un relanceur placé loin

Pourquoi certains joueurs font-ils plus d'aces que d'autres ?

Le nombre d'aces dépend d'abord du gabarit du serveur. Les joueurs de grande taille frappent la balle plus haut, ce qui leur ouvre davantage d'angles et leur permet de servir fort tout en gardant une bonne marge au-dessus du filet : il n'est donc pas surprenant que les plus grands serveurs de l'histoire mesurent souvent plus de deux mètres. La surface de jeu compte aussi beaucoup. Le gazon, sur lequel la balle fuse et rebondit bas, et les surfaces dures rapides favorisent les aces, alors que la terre battue ralentit la balle après le rebond et laisse plus de temps au relanceur. L'altitude, la température et le type de balles influencent également la vitesse du jeu, tout comme le niveau du relanceur : face à un excellent retourneur, même un grand serveur réussira moins d'aces. Le style de jeu, enfin, oriente les statistiques : les joueurs qui misent tout sur un premier service puissant, prêts à prendre des risques, accumulent plus d'aces mais aussi parfois plus de doubles fautes que les joueurs de fond de court qui privilégient la régularité. Les services les plus rapides jamais mesurés en compétition dépassent les 250 km/h, une vitesse qui rend le retour presque impossible lorsque la balle est bien placée.

Comparaison qualitative des surfaces de tennis : le gazon favorise le plus les aces, la terre battue le moins Quelle surface favorise les aces ? (tendance générale) GazonDur rapideTerre battue balle rapide,rebond basintermédiaireballe ralentie, rebond haut Barres illustratives, sans valeur chiffrée : le résultat dépend aussi des joueurs et des conditions
Les aces sont plus fréquents sur gazon et sur dur rapide, où la balle conserve sa vitesse, que sur terre battue, qui la ralentit après le rebond.

Les grands serveurs et les records d'aces

Certains joueurs ont bâti leur réputation sur leur capacité à enchaîner les aces. Le Croate Ivo Karlović et l'Américain John Isner, tous deux mesurant plus de deux mètres, figurent parmi les serveurs les plus prolifiques de l'histoire du circuit masculin et se sont longtemps disputé les records en la matière. Isner reste aussi associé au match le plus long de l'histoire du tennis, disputé à Wimbledon en 2010 contre le Français Nicolas Mahut, une rencontre étalée sur trois jours au cours de laquelle les deux joueurs ont servi un nombre d'aces hors du commun. D'autres champions, comme Goran Ivanišević, Pete Sampras ou Roger Federer, ont associé un service redoutable à un jeu beaucoup plus complet, preuve que l'ace est une arme parmi d'autres. Dans le circuit féminin, des joueuses dotées d'un service puissant, à l'image de Serena Williams, ont elles aussi fait de l'ace une arme décisive dans les moments importants. Les chiffres exacts varient selon les sources et selon que l'on compte toutes les compétitions ou seulement les grands tournois, si bien qu'il vaut mieux consulter les statistiques officielles des circuits professionnels pour connaître les records à jour. Pour le spectateur, en tout cas, un ace bien placé reste l'un des moments les plus spectaculaires d'un match.

Ace dans les autres sports et au sens figuré

Le mot ace n'appartient pas qu'au tennis. Au volley-ball, il désigne de la même manière un service qui rapporte directement le point, soit parce que le ballon touche le sol adverse sans être contrôlé, soit parce que la réception est si difficile qu'elle devient fautive. Le terme s'emploie aussi au tennis de table ou au squash pour un service gagnant non touché. Au golf, en anglais, un ace désigne un trou réussi en un seul coup, ce que l'on appelle en français un « trou en un ». Dans la langue courante, le mot a un sens figuré : être un as, en français, c'est exceller dans un domaine, être un champion ou un spécialiste reconnu, comme dans les expressions « un as du volant » ou « un as de la cuisine ». Ce sens vient en grande partie de l'aviation : pendant la Première Guerre mondiale, la presse française a qualifié d'« as » les pilotes de chasse qui avaient remporté un certain nombre de victoires aériennes, et l'anglais a repris le terme sous la forme ace. En tennis comme ailleurs, l'idée reste la même : l'ace symbolise l'excellence, le coup parfait qui ne laisse aucune chance à l'adversaire.

D'où vient le mot ace ? Étymologie et lien avec les cartes

Le mot anglais ace vient de l'ancien français as, lui-même issu du latin as, qui désignait une unité de poids et de monnaie. Il a d'abord servi à nommer la face d'un dé marquée d'un seul point, puis la carte portant un seul symbole dans un jeu de cartes. Selon les jeux, l'as est tantôt la plus faible, tantôt la plus forte des cartes, et c'est ce second sens, celui de la carte maîtresse qui l'emporte sur toutes les autres, qui a donné au mot sa connotation d'excellence. L'origine exacte de son emploi au tennis reste en revanche discutée : certains l'expliquent par l'idée d'un point gagné d'un seul coup, à l'image de la carte unique qui suffit à remporter une levée, d'autres par l'influence de l'argot sportif anglo-saxon, qui l'utilisait déjà pour désigner une réussite parfaite. Cette parenté avec les cartes explique que l'on retrouve le mot dans de nombreux jeux de levées, où l'as joue souvent un rôle décisif, comme le bridge, dans lequel l'as est la carte la plus forte de chaque couleur et peut faire basculer une donne entière.