La carence en fer désigne une situation dans laquelle l'organisme ne dispose plus d'assez de fer pour couvrir ses besoins. Ce minéral, présent en petite quantité dans le corps, est pourtant indispensable : il entre dans la composition de l'hémoglobine, la protéine des globules rouges qui transporte l'oxygène des poumons vers les tissus, et participe à de nombreuses réactions cellulaires. Lorsque les apports ne compensent pas les pertes, les réserves s'épuisent peu à peu, puis la fabrication des globules rouges ralentit, jusqu'à l'anémie ferriprive, stade le plus avancé. Selon l'Organisation mondiale de la santé, il s'agit du déficit nutritionnel le plus répandu dans le monde, qui touche surtout les jeunes enfants, les adolescentes, les femmes en âge d'avoir des enfants et les femmes enceintes. Fatigue persistante, pâleur, essoufflement à l'effort ou ongles cassants en sont les signes classiques, mais ils restent peu spécifiques, d'où l'importance d'un bilan sanguin. La carence en fer n'est pas toujours une simple affaire d'alimentation : elle peut révéler un saignement passé inaperçu ou un trouble de l'absorption intestinale, qu'il faut rechercher. Cette définition explique le rôle du fer, les causes et les symptômes de la carence, son diagnostic, ses traitements et les moyens de la prévenir.

Qu'est-ce que la carence en fer ? Définition et rôle du fer

On parle de carence en fer, ou carence martiale (du latin Mars, dieu associé au fer chez les alchimistes), lorsque les stocks de fer de l'organisme sont insuffisants pour assurer ses fonctions. Le fer est un oligo-élément : le corps n'en contient que quelques grammes, mais il est essentiel. La majeure partie se trouve dans l'hémoglobine des globules rouges, une autre dans la myoglobine, qui stocke l'oxygène dans les muscles, et une fraction dans des enzymes impliquées dans la production d'énergie des cellules, la synthèse de l'ADN ou le fonctionnement du système nerveux et immunitaire. Le reste est mis en réserve, principalement sous forme de ferritine dans le foie, la rate et la moelle osseuse. L'organisme recycle très efficacement le fer des globules rouges usés, mais il n'a pas de véritable moyen d'éliminer le fer en excès : l'équilibre se règle donc surtout au niveau de l'absorption intestinale, contrôlée par une hormone produite par le foie, l'hepcidine. Les pertes quotidiennes, par la desquamation de la peau et des intestins, sont faibles, mais elles augmentent fortement en cas de saignement, ce qui explique que les règles abondantes soient une cause fréquente. Les régimes qui excluent les produits animaux, comme le véganisme, peuvent aussi exposer à un risque accru si l'alimentation n'est pas bien construite.

Schéma animé du parcours du fer dans l'organisme : alimentation, absorption intestinale, transport sanguin, moelle osseuse, réserves et pertes 1. Assietteviande, légumineuses 2. Duodénumabsorption partielle 3. Sangporté par la transferrine 4. Moelle osseusefabrique l'hémoglobine 5. Réservesferritine (foie, rate) Globules rouges recyclés Pertesrègles, saignementsdigestifs, dons
Le parcours du fer : absorbé en petite quantité dans l'intestin, il circule dans le sang, sert à fabriquer l'hémoglobine et se stocke sous forme de ferritine ; les saignements constituent la principale source de pertes.

Quelles sont les causes d'une carence en fer ?

Une carence en fer s'installe lorsque les pertes ou les besoins dépassent durablement les apports absorbés. Les pertes de sang en sont la cause la plus fréquente chez l'adulte : règles abondantes, saignements digestifs discrets liés à un ulcère, à la prise régulière d'anti-inflammatoires ou d'aspirine, à des hémorroïdes, à des polypes ou à un cancer du côlon, mais aussi dons de sang très rapprochés. Viennent ensuite les besoins accrus : la grossesse, pendant laquelle le fœtus et le placenta puisent dans les réserves maternelles, la croissance rapide du nourrisson et de l'adolescent, ou encore la pratique intensive de sports d'endurance, qui augmente légèrement les pertes. Les apports insuffisants concernent les alimentations pauvres en produits riches en fer ou mal équilibrées, en particulier chez les personnes âgées, les adolescents qui mangent peu ou les régimes très restrictifs. Enfin, certaines situations gênent l'absorption intestinale : maladie cœliaque, maladie de Crohn, gastrite atrophique, infection à Helicobacter pylori, chirurgie de l'estomac ou de l'obésité, et prise prolongée de médicaments qui réduisent l'acidité gastrique. Chez un homme ou une femme ménopausée, une carence en fer sans explication évidente doit toujours faire rechercher un saignement digestif, car elle peut être le premier signe d'une lésion qui gagne à être découverte tôt.

Quels sont les symptômes d'une carence en fer ?

Les symptômes d'une carence en fer apparaissent progressivement, si bien que beaucoup de personnes s'y habituent sans s'en rendre compte. Le plus fréquent est une fatigue persistante, qui ne cède pas au repos, accompagnée d'une baisse d'endurance, d'un essoufflement à l'effort et parfois de palpitations, le cœur accélérant pour compenser le manque d'oxygène. La pâleur de la peau, de l'intérieur des paupières et des lèvres, les maux de tête, les vertiges et les difficultés de concentration sont également classiques. Certains signes orientent davantage vers un manque de fer : ongles fragiles, striés ou creusés en cuillère, chute de cheveux, fissures aux coins des lèvres, langue lisse et douloureuse, sensibilité au froid. Certaines personnes ressentent une envie irrépressible de consommer des glaçons, de la terre ou de l'amidon, un phénomène appelé pica, et la carence peut favoriser le syndrome des jambes sans repos. Chez l'enfant, elle peut retentir sur l'appétit, la croissance et les apprentissages. Ces signes ne suffisent pas à poser un diagnostic, car ils sont partagés avec bien d'autres troubles. En revanche, un essoufflement important au moindre effort, une douleur dans la poitrine, un malaise, des selles noires ou du sang dans les selles imposent de consulter rapidement, voire d'appeler le 15 ou le 112 en cas de malaise grave.

Infographie des trois stades de la carence en fer : épuisement des réserves, carence sans anémie, anémie ferriprive Une carence qui s'installe en trois temps 1. Réserves basses Ferritine Hémoglobine souvent sans symptôme 2. Carence installée Ferritine Hémoglobine fatigue, ongles fragiles 3. Anémie ferriprive Ferritine Hémoglobine essoufflement, pâleur
La ferritine, reflet des réserves, baisse d'abord ; l'hémoglobine ne chute qu'ensuite, lorsque la carence en fer devient une anémie (niveaux schématiques, sans valeur de référence).

Comment diagnostiquer une carence en fer ? Le bilan sanguin

Le diagnostic de carence en fer repose sur une prise de sang prescrite par un médecin. L'examen de référence est le dosage de la ferritine, qui reflète l'état des réserves : une ferritine basse signe la carence. Son interprétation demande toutefois de l'expérience, car la ferritine augmente en cas d'inflammation, d'infection, de maladie du foie ou de consommation excessive d'alcool, ce qui peut masquer un manque de fer. Le médecin peut alors compléter par le dosage du fer sérique et de la transferrine, qui permettent de calculer le coefficient de saturation de la transferrine, et par un dosage de la protéine C réactive, marqueur d'inflammation. La numération formule sanguine indique s'il existe une anémie, c'est-à-dire une baisse de l'hémoglobine, et précise la taille des globules rouges : dans l'anémie par manque de fer, ils sont typiquement plus petits et moins colorés que la normale, on parle d'anémie microcytaire et hypochrome. Les valeurs de référence varient selon l'âge, le sexe, la grossesse et le laboratoire, ce qui rend toute auto-interprétation hasardeuse. Une fois la carence confirmée, le plus important est d'en trouver la cause, ce qui peut conduire, selon la situation, à un examen gynécologique, à une recherche de maladie cœliaque ou à une exploration digestive par endoscopie.

Ne pas confondre carence en fer et autres anémies

Toutes les anémies ne sont pas dues à un manque de fer, et toute carence en fer ne s'accompagne pas d'anémie. Une anémie peut aussi résulter d'un manque de vitamine B12 ou de folates, qui donne au contraire des globules rouges de grande taille, d'une maladie chronique inflammatoire ou rénale, d'une destruction excessive des globules rouges ou d'une maladie de la moelle osseuse. Certaines anomalies héréditaires de l'hémoglobine, comme les thalassémies, donnent elles aussi de petits globules rouges sans qu'il y ait de carence en fer, et prendre du fer dans ce cas serait inutile, voire nuisible. Chez les sportifs d'endurance, on décrit par ailleurs une pseudo-anémie de dilution : l'entraînement augmente le volume de plasma plus que celui des globules rouges, ce qui abaisse un peu la concentration d'hémoglobine sans manque réel de fer ni conséquence sur la performance. À l'inverse, la ferritine peut être basse alors que l'hémoglobine est encore normale, situation fréquente chez les femmes jeunes et qui peut déjà expliquer une fatigue. Ces nuances justifient de ne jamais prendre de fer « au cas où » sans bilan préalable, et de laisser le médecin interpréter l'ensemble des résultats.

Comment traiter une carence en fer ?

Le traitement d'une carence en fer poursuit deux objectifs : corriger le manque et traiter sa cause, sans quoi la carence reviendra. Lorsque la carence est confirmée, le médecin prescrit le plus souvent du fer par voie orale, sous forme de comprimés, de gélules ou de solution buvable, pour une durée de plusieurs mois, car il faut non seulement normaliser l'hémoglobine mais aussi reconstituer les réserves. La dose et le rythme de prise sont adaptés à chaque patient ; il ne faut pas les modifier seul. Le fer se prend idéalement à distance du thé, du café, des produits laitiers et de certains médicaments qui réduisent son absorption. Les effets indésirables digestifs sont fréquents (nausées, douleurs abdominales, constipation ou diarrhée) et les selles deviennent noires, ce qui est attendu et sans gravité. Lorsque le fer oral est mal toléré, inefficace ou insuffisant, par exemple en cas de maladie inflammatoire de l'intestin, de carence sévère ou à certains stades de la grossesse, un traitement par fer injectable en perfusion peut être réalisé en milieu médical. La transfusion sanguine reste réservée aux anémies très sévères ou mal tolérées. Un contrôle sanguin permet ensuite de vérifier l'efficacité du traitement. Les compléments en vente libre ne doivent pas être pris sans avis médical : un excès de fer est toxique et une intoxication accidentelle chez un jeune enfant est une urgence.

Quels aliments pour prévenir une carence en fer ?

La prévention de la carence en fer passe d'abord par une alimentation variée. Le fer alimentaire existe sous deux formes : le fer héminique, présent dans la viande, les abats, le poisson et les fruits de mer, est le mieux absorbé, tandis que le fer non héminique, présent dans les légumineuses, les céréales complètes, certains légumes verts, les fruits secs et les graines, mais aussi dans les œufs et les produits laitiers en faible quantité, est beaucoup moins bien assimilé. L'absorption de ce dernier est favorisée par la vitamine C consommée au même repas (agrumes, kiwi, poivron, crudités) et par la présence de viande ou de poisson, alors qu'elle est freinée par le thé, le café, le cacao, le calcium et les phytates des céréales complètes et des légumineuses, que le trempage, la germination ou la fermentation réduisent en partie. Contrairement à une idée tenace, les épinards ne sont pas une source exceptionnelle de fer, et leur fer est mal absorbé. Les personnes qui suivent une alimentation végétarienne ou végétalienne peuvent couvrir leurs besoins à condition de bien associer les aliments, avec un suivi si nécessaire. Le tableau suivant résume les principales sources de fer.

Famille d'alimentsExemplesType de ferAbsorption
Viandes et abatsBoudin noir, foie, bœuf, agneauHéminiqueBonne
Poissons et fruits de merMoules, palourdes, sardines, thonHéminiqueBonne
LégumineusesLentilles, pois chiches, haricots, soja, tofuNon héminiquePlus faible, améliorée par la vitamine C
Céréales et grainesCéréales complètes, quinoa, graines de courge et de sésameNon héminiquePlus faible, freinée par les phytates
Légumes vertsPersil, cresson, épinards, blettesNon héminiqueFaible
Fruits secs et oléagineuxAbricots secs, figues sèches, amandesNon héminiquePlus faible

Les personnes les plus exposées

Certaines populations doivent être particulièrement attentives à la carence en fer. Les femmes enceintes en font partie, car une carence pendant la grossesse est associée à une fatigue marquée et à un risque accru de prématurité ou de petit poids de naissance ; le suivi prénatal comprend donc une surveillance biologique, et une supplémentation n'est prescrite qu'en cas de besoin. Les nourrissons et jeunes enfants, dont la croissance est rapide, ont besoin d'une alimentation adaptée, d'où l'intérêt du lait maternel ou des préparations infantiles plutôt que du lait de vache avant l'âge recommandé, puis d'une diversification incluant des aliments riches en fer. Les adolescentes, les femmes ayant des règles abondantes, les sportifs d'endurance, les donneurs de sang réguliers, les personnes âgées dont l'alimentation s'appauvrit et les patients atteints de maladies digestives chroniques sont également concernés. Chez les personnes âgées, la carence en fer s'inscrit souvent dans un tableau plus large de dénutrition, qui touche aussi les protéines et d'autres micronutriments et qui partage plusieurs causes avec la sous-nutrition, qu'il convient de repérer et de prendre en charge dans sa globalité.