L'eczéma est une maladie inflammatoire de la peau qui se manifeste par des plaques rouges, des petites vésicules et surtout des démangeaisons intenses, évoluant par poussées entrecoupées de périodes plus calmes. Le mot vient du grec ekzema, « ébullition », une image parlante pour ces lésions qui semblent bouillonner à la surface de la peau. Contrairement à une idée tenace, l'eczéma n'est pas contagieux : on ne l'attrape pas au contact d'une personne atteinte. Le terme désigne en réalité une famille d'affections cousines, dont la plus connue est la dermatite atopique, fréquente chez le nourrisson et l'enfant, mais qui comprend aussi l'eczéma de contact, l'eczéma des mains ou encore l'eczéma variqueux des jambes. Toutes partagent un même aspect au microscope et un même trio de signes, rougeur, suintement et prurit, avec des causes différentes. La recherche s'intéresse aujourd'hui de près à la barrière cutanée, au système immunitaire et même à le microbiome de la peau, ces bactéries qui la colonisent et dont l'équilibre est perturbé lors des poussées. Cette définition fait le point sur les différentes formes d'eczéma, leurs causes, leurs symptômes, les signes qui doivent faire consulter et les traitements disponibles.
Qu'est-ce que l'eczéma ? Définition d'une inflammation de la peau
En dermatologie, l'eczéma désigne une inflammation de l'épiderme, la couche la plus superficielle de la peau, caractérisée au microscope par une spongiose : les cellules se séparent sous l'effet d'un afflux de liquide, ce qui explique la formation de minuscules vésicules. Sur le plan visible, une poussée passe généralement par plusieurs phases : une rougeur mal limitée et chaude, l'apparition de vésicules qui se rompent et suintent, puis des croûtes et une desquamation lors de la cicatrisation. Lorsque la peau est grattée pendant des semaines, elle finit par s'épaissir et prendre un aspect quadrillé et cartonné, appelé lichénification. Le point commun de toutes les formes reste une barrière cutanée altérée : la couche cornée, que l'on peut comparer à un mur de briques (les cellules mortes) cimentées par des lipides, laisse alors s'échapper l'eau et entrer les irritants. Les médecins emploient souvent indifféremment « eczéma » et « dermatite », ce qui entretient une confusion fréquente : la dermatite atopique n'est qu'une forme d'eczéma, même si elle en est la plus répandue. Le diagnostic est le plus souvent clinique, posé par le médecin traitant ou le dermatologue à partir de l'aspect des lésions, de leur localisation et de l'histoire du patient.
Dermatite atopique, eczéma de contact, eczéma variqueux : les différentes formes
La dermatite atopique survient sur un terrain dit atopique, c'est-à-dire une tendance souvent familiale à développer des allergies comme l'asthme, la rhinite allergique ou certaines allergies alimentaires. Elle débute volontiers dans les premiers mois de vie, sur les joues et les zones bombées du corps, puis se localise chez l'enfant plus grand aux plis des coudes, des genoux et du cou ; elle s'atténue souvent avec l'âge, sans que cette évolution soit garantie. L'eczéma de contact allergique est différent : il résulte d'une sensibilisation à une substance précise (nickel des bijoux, parfums, conservateurs de cosmétiques, chrome du ciment, teintures capillaires) et apparaît un à plusieurs jours après le contact, à l'endroit exact où la peau a été exposée. On le distingue de la dermite d'irritation, sans allergie, due à des agressions répétées comme l'eau et les détergents, très fréquente sur les mains des personnes qui exercent certains métiers. L'eczéma variqueux, enfin, touche le bas des jambes des personnes souffrant d'insuffisance veineuse, tandis que l'eczéma dyshidrosique se traduit par des vésicules sur les paumes et les doigts. Le tableau ci-dessous résume ces principales formes.
| Forme d'eczéma | Mécanisme principal | Zones typiques | Qui est concerné ? |
|---|---|---|---|
| Dermatite atopique | Barrière cutanée fragile et terrain allergique familial | Joues et convexités chez le nourrisson, plis des coudes et des genoux ensuite | Surtout l'enfant, parfois l'adulte |
| Eczéma de contact allergique | Allergie retardée à une substance touchée (nickel, parfums, conservateurs…) | Zone de contact : poignet, lobes d'oreilles, mains, paupières | Tout âge, souvent l'adulte |
| Dermite d'irritation | Agression directe et répétée de la peau, sans allergie | Mains surtout | Métiers exposés à l'eau et aux détergents |
| Eczéma dyshidrosique | Poussées de petites vésicules, causes souvent multiples | Paumes, faces latérales des doigts, plantes des pieds | Adulte jeune |
| Eczéma variqueux (de stase) | Mauvais retour veineux et œdème | Bas des jambes, chevilles | Personnes âgées, insuffisance veineuse |
| Eczéma nummulaire | Mal connu, peau sèche fréquente | Plaques arrondies sur les membres | Adulte |

Quelles sont les causes de l'eczéma ?
Les causes de l'eczéma sont multiples et s'additionnent le plus souvent. Dans la dermatite atopique, une prédisposition génétique joue un rôle important : certaines personnes portent par exemple des variations du gène de la filaggrine, une protéine indispensable à la solidité de la couche cornée, ce qui fragilise d'emblée la barrière cutanée. À cette fragilité s'ajoute un dérèglement immunitaire qui pousse la peau à réagir de façon excessive à des stimuli banals, en libérant des molécules inflammatoires responsables de la rougeur et des démangeaisons. Les facteurs environnementaux font ensuite pencher la balance : air sec et froid de l'hiver ou chaleur et transpiration, savons trop décapants, laine et tissus synthétiques rêches, eau calcaire, tabac, pollens, acariens et poils d'animaux chez les personnes sensibilisées. Le stress et la fatigue sont aussi régulièrement cités par les patients comme facteurs de poussée, sans qu'ils soient la cause première de la maladie. Contrairement à ce que l'on lit parfois, l'alimentation n'est que rarement en cause chez l'adulte : un régime d'éviction ne se justifie qu'en cas d'allergie alimentaire prouvée par un médecin, car les restrictions inutiles exposent l'enfant à des carences. Dans l'eczéma de contact, la cause est au contraire unique et identifiable par des tests épicutanés, les patch-tests.
Comment le médecin pose-t-il le diagnostic d'eczéma ?
Le diagnostic d'eczéma repose avant tout sur l'examen de la peau et sur l'interrogatoire : le médecin observe l'aspect des plaques, leur localisation et leur évolution, puis s'intéresse aux antécédents personnels et familiaux d'allergie, aux produits utilisés au quotidien, au métier exercé et aux loisirs. Dans la dermatite atopique typique, aucun examen n'est nécessaire, et les prises de sang ou les tests cutanés aux allergènes respiratoires ou alimentaires ne sont demandés que dans des situations précises, par exemple lorsqu'une allergie alimentaire est suspectée chez un jeune enfant dont l'eczéma résiste au traitement bien conduit. Lorsqu'un eczéma de contact est évoqué, le dermatologue ou l'allergologue réalise des patch-tests : de petites quantités de substances courantes sont appliquées sous des pastilles collées dans le dos pendant quarante-huit heures, puis la peau est examinée à plusieurs reprises les jours suivants pour repérer une réaction. Le médecin doit aussi écarter d'autres maladies qui peuvent ressembler à l'eczéma, comme le psoriasis, une mycose, la gale ou certaines dermatoses plus rares, ce qui justifie parfois un prélèvement ou une biopsie lorsque l'aspect est inhabituel ou que l'évolution surprend.
Quels sont les symptômes de l'eczéma et quand consulter ?
Le symptôme dominant de l'eczéma est le prurit, c'est-à-dire la démangeaison, parfois si intense qu'elle réveille la nuit et retentit sur le sommeil de toute la famille lorsque l'enfant est touché. Les plaques sont rouges, mal délimitées, parfois gonflées, couvertes de vésicules qui suintent puis croûtent ; entre les poussées, la peau reste souvent très sèche, rugueuse et sensible, un état appelé xérose. La localisation aide à orienter le diagnostic : visage et joues chez le bébé, plis chez l'enfant, mains, paupières, cou ou visage chez l'adulte. Le grattage entretient un véritable cercle vicieux, car il soulage un bref instant mais abîme davantage la barrière cutanée et relance l'inflammation. Il ouvre aussi la porte aux infections, ce qui explique que certaines situations imposent de consulter sans tarder : des lésions qui deviennent jaunâtres, purulentes ou très douloureuses, l'apparition de fièvre, ou de petites vésicules en grappes et de petites érosions creusées sur un eczéma qui s'étend brutalement, ce qui peut évoquer une surinfection par le virus de l'herpès, une urgence chez l'enfant comme chez l'adulte. Une poussée qui ne répond pas au traitement habituel, un eczéma autour des yeux ou un retentissement important sur le sommeil justifient aussi un avis médical.
L'eczéma du nourrisson et de l'enfant
Chez le tout-petit, l'eczéma du nourrisson apparaît souvent vers l'âge de trois mois sous forme de plaques rouges et rugueuses sur les joues, le front, le cuir chevelu et la face externe des bras et des jambes, en épargnant typiquement la zone couverte par la couche. Le bébé, qui ne sait pas encore se gratter avec précision, se frotte contre son drap ou ses vêtements et dort mal, ce qui épuise parfois les parents autant que l'enfant. Les soins reposent sur les mêmes principes que chez l'adulte, adaptés à la finesse de la peau : bain court et tiède, séchage en tamponnant, émollient appliqué généreusement, et traitement des poussées selon l'avis du pédiatre ou du médecin traitant. La dermatite atopique de l'enfant s'améliore fréquemment au fil des années, mais elle s'inscrit parfois dans ce que les médecins appellent la « marche atopique », c'est-à-dire l'apparition successive d'autres manifestations allergiques comme l'asthme ou la rhinite. Les vaccinations restent recommandées chez l'enfant eczémateux, et l'allaitement, la diversification alimentaire ou le mode de garde se discutent au cas par cas avec le professionnel de santé qui le suit, sans mesure d'éviction systématique.
Comment soigner l'eczéma ? Les traitements de l'eczéma
On ne guérit pas définitivement la dermatite atopique, mais on sait aujourd'hui bien contrôler l'eczéma dans la grande majorité des cas. Le socle du traitement repose sur les émollients, crèmes ou baumes hydratants appliqués chaque jour, même en l'absence de poussée, pour restaurer la barrière cutanée ; ils s'accompagnent d'une toilette douce avec un pain ou une huile sans savon et d'une eau tiède. Lors des poussées, le médecin prescrit des dermocorticoïdes, des crèmes anti-inflammatoires dont l'efficacité est bien établie : la crainte de leurs effets indésirables, appelée corticophobie, conduit souvent à les sous-utiliser, alors que bien employés selon la prescription, ils sont sûrs et indispensables. D'autres traitements locaux, comme les inhibiteurs de la calcineurine (le tacrolimus par exemple), peuvent être proposés, notamment sur le visage. Dans les formes sévères, le dermatologue peut recourir à la photothérapie par ultraviolets en cabine médicale, à des immunosuppresseurs par voie orale ou aux traitements plus récents, les biothérapies injectables et les inhibiteurs de JAK, qui ciblent précisément les molécules de l'inflammation. Pour l'eczéma de contact, le traitement passe avant tout par l'éviction de la substance responsable une fois identifiée, et les programmes d'éducation thérapeutique aident les familles à maîtriser ces soins au quotidien.
Vivre avec l'eczéma au quotidien
Au-delà de la peau, l'eczéma pèse sur la qualité de vie : nuits hachées par les démangeaisons, fatigue, regard des autres sur des lésions visibles, gêne à l'école ou au travail, temps consacré aux soins. Chez l'enfant, il peut perturber l'humeur et la concentration, et chez l'adulte, il retentit parfois sur l'estime de soi et la vie sociale, ce qui justifie de ne pas hésiter à en parler à son médecin, voire de bénéficier d'un accompagnement psychologique. Quelques gestes simples limitent les poussées : préférer des vêtements en coton, laver le linge avec une lessive douce et bien rincée, éviter les parfums et les cosmétiques inutiles, maintenir une chambre fraîche et pas trop sèche, garder les ongles courts. Les médecines dites naturelles sont nombreuses à promettre une guérison de l'eczéma, mais aucune n'a démontré d'efficacité comparable aux soins validés, et certaines huiles essentielles ou plantes appliquées sur la peau peuvent au contraire provoquer un eczéma de contact. Les cures thermales en stations spécialisées en dermatologie font en revanche partie des soins reconnus et remboursables sur prescription en France, où elles associent bains, douches filiformes et éducation, dans la lignée de l'hydrothérapie, en complément du traitement de fond.