Le mont Fuji, appelé Fujisan par les Japonais, est le point culminant du Japon et sans doute l'un des paysages les plus reconnaissables du monde. Ce volcan au cône presque parfait, souvent coiffé de neige, s'élève à 3 776 mètres sur l'île de Honshu, à cheval sur les préfectures de Shizuoka et de Yamanashi, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Tokyo. Bien plus qu'une montagne, il est depuis des siècles un lieu sacré du shintoïsme et du bouddhisme, une destination de pèlerinage, puis un motif central de l'art japonais, des estampes de Hokusai et de Hiroshige aux photographies d'aujourd'hui. Cette double dimension, naturelle et spirituelle, explique son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO en tant que site culturel, sous l'intitulé « Fujisan, lieu sacré et source d'inspiration artistique ». Chaque été, des centaines de milliers de randonneurs tentent l'ascension, souvent de nuit pour assister au lever du soleil depuis le sommet, tandis que des visiteurs bien plus nombreux encore se contentent de l'admirer depuis ses lacs, ses forêts ou la fenêtre d'un train. Cette popularité a pourtant un revers, la surfréquentation, qui a conduit les autorités à réglementer l'accès. Cette définition présente la géologie du mont Fuji, sa place dans la culture japonaise, les façons de le découvrir et les enjeux de sa préservation.

Qu'est-ce que le mont Fuji ? Définition et géographie du volcan

Le mont Fuji est un stratovolcan, c'est-à-dire un volcan construit par l'empilement de coulées de lave et de couches de cendres et de scories, ce qui lui donne ses pentes régulières et concaves. Il se dresse au centre de Honshu, la principale île de l'archipel, dans une zone où se rencontrent plusieurs plaques tectoniques, ce qui explique l'intense activité volcanique et sismique de la région. Isolé de tout autre relief comparable, il domine la plaine environnante et se voit de très loin par temps clair, y compris depuis certains quartiers de Tokyo, surtout en hiver, lorsque l'air sec améliore la visibilité. Le pied nord de la montagne est bordé par les cinq lacs du Fuji (Fuji Goko) : Motosu, Shōji, Sai, Kawaguchi et Yamanaka, nés de coulées de lave qui ont barré d'anciennes vallées. Au nord-ouest s'étend la forêt d'Aokigahara, dense et sombre, poussée sur une coulée de lave relativement récente. Le versant sud descend quant à lui vers la baie de Suruga et l'océan Pacifique. Ce territoire forme le cœur du parc national de Fuji-Hakone-Izu, qui comprend aussi la station thermale de Hakone et la péninsule d'Izu, destinations prisées pour la randonnée en haute montagne comme pour la détente.

Coupe schématique animée du mont Fuji : trois volcans emboîtés, sommet à 3 776 mètres et ascension depuis la 5e stationgoraikō, le lever de soleilSommet : 3 776 m5e station : fin de la routeTrois volcans emboîtésShin Fuji, le « nouveau Fuji »Ko Fuji, l'« ancien Fuji »Komitake, le plus ancienCoupe simplifiée, proportions non respectées
Le mont Fuji est un stratovolcan formé de trois édifices successifs ; l'ascension estivale part de la 5e station et beaucoup visent le lever du soleil au sommet.

Un volcan toujours considéré comme actif

Sous son apparence paisible, le mont Fuji reste un volcan actif aux yeux des volcanologues japonais, qui le surveillent en permanence. Sa dernière éruption, dite de l'ère Hōei, a débuté fin 1707 et s'est prolongée jusqu'au début de 1708 : elle n'a pas produit de coulée de lave spectaculaire, mais d'importantes retombées de cendres qui ont atteint la région d'Edo, l'actuelle Tokyo, et ouvert un cratère secondaire encore visible sur le flanc sud-est. Depuis, la montagne n'a plus connu d'éruption, ce qui explique qu'on la présente parfois, à tort, comme un volcan « éteint » ou simplement « endormi ». Les géologues décrivent le Fuji actuel comme le dernier d'une série de trois volcans emboîtés : le Komitake, le plus ancien, est recouvert par le Ko Fuji, ou « ancien Fuji », lui-même enveloppé par le Shin Fuji, le « nouveau Fuji », qui donne au sommet sa silhouette actuelle. Les autorités ont élaboré des plans de prévention prenant en compte les coulées de lave et les chutes de cendres en cas de réveil, un scénario qui mobilise régulièrement les spécialistes. Pour le visiteur, cette nature volcanique se lit partout : sol noir de scories, cratère sommital large de plusieurs centaines de mètres et grottes de lave au pied de la montagne.

Pourquoi le mont Fuji est-il sacré ? La montagne dans la spiritualité japonaise

Le mont Fuji est vénéré depuis des siècles comme une montagne habitée par le divin. Dans la tradition shintoïste, il est associé à Konohanasakuya-hime, la déesse des fleurs de cerisier, honorée dans les sanctuaires Sengen (ou Asama) disséminés autour du volcan. Le plus important d'entre eux, le Fujisan Hongū Sengen Taisha, se trouve à Fujinomiya, au pied du versant sud, et la tradition fait remonter son installation sur ce site au début du IXe siècle ; le sanctuaire possède d'ailleurs une partie du sommet. Les premiers pratiquants de l'ascension furent des ascètes liés au shugendō, un courant mêlant bouddhisme et culte des montagnes, qui voyaient dans la montée une épreuve de purification. À l'époque d'Edo, des confréries de pèlerins, les Fuji-kō, ont popularisé cette ascension auprès des habitants des villes, qui montaient vêtus de blanc en récitant des prières. Ceux qui ne pouvaient pas faire le voyage construisaient de petites répliques de la montagne, les fujizuka, dont plusieurs subsistent encore à Tokyo. L'accès au sommet est longtemps resté interdit aux femmes, une interdiction levée au début de l'ère Meiji. Aujourd'hui encore, de nombreux randonneurs font tamponner leur bâton de marche dans les refuges et saluent le lever du soleil comme un moment presque rituel.

Le mont Fuji, muse des artistes

L'autre raison de la renommée mondiale du mont Fuji tient à sa place dans l'art. Les poètes de l'époque classique le chantaient déjà, mais c'est au XIXe siècle qu'il est devenu un véritable motif iconique grâce aux ukiyo-e, les estampes gravées sur bois. Katsushika Hokusai lui a consacré la série des Trente-six vues du mont Fuji, dont fait partie la célèbre « Grande Vague de Kanagawa », où le volcan apparaît tout petit au loin, entre les creux d'une vague immense prête à engloutir des barques. Utagawa Hiroshige a lui aussi multiplié les vues de la montagne, notamment dans ses séries sur la route du Tōkaidō. Ces images, exportées en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle, ont nourri le japonisme et influencé des peintres impressionnistes et postimpressionnistes. C'est précisément cette fonction de source d'inspiration artistique, autant que la dimension religieuse, qui a justifié l'inscription du site par l'UNESCO, avec plusieurs composantes : sanctuaires, anciens sentiers de pèlerinage, lacs, sources sacrées et points de vue célèbres. La pagode Chūreitō de Fujiyoshida, qui encadre le volcan derrière des cerisiers au printemps, prolonge aujourd'hui cette tradition à travers la photographie et les réseaux sociaux.

Comment gravir le mont Fuji ? Sentiers, saison et refuges

L'ascension du mont Fuji ne demande pas de compétences d'alpinisme pendant la saison officielle, mais elle reste une randonnée exigeante, en altitude et sur un terrain volcanique instable. Elle se pratique en général de début juillet à début ou mi-septembre, lorsque la neige a fondu, que les refuges sont ouverts et que les secours sont organisés ; en dehors de cette période, la montagne enneigée devient dangereuse et l'ascension est fortement déconseillée. On ne part pas du pied du volcan : des routes et des bus mènent aux 5e stations (gogōme), à mi-pente, d'où partent quatre sentiers balisés. Le plus fréquenté est celui de Yoshida, sur le versant nord, suivi des sentiers de Fujinomiya, Subashiri et Gotemba, côté Shizuoka. Selon l'itinéraire et la forme physique, la montée demande en moyenne de cinq à huit heures, et beaucoup de randonneurs la coupent par une nuit dans un refuge, les yamagoya, avant de repartir avant l'aube pour assister au goraikō, le lever du soleil vu du sommet. Il faut prévoir des vêtements chauds et imperméables, une lampe frontale, de l'eau et de la monnaie pour les toilettes et les achats en refuge, et rester attentif aux signes du mal des montagnes.

Sentier du mont FujiVersant et préfectureProfil de la montée
YoshidaNord, YamanashiLe plus fréquenté, nombreux refuges, accès en bus depuis Tokyo
SubashiriEst, ShizuokaDépart en forêt, longue descente sur pente de sable volcanique
GotembaSud-est, ShizuokaDépart le plus bas, montée la plus longue, peu de refuges
FujinomiyaSud, ShizuokaDépart le plus haut, itinéraire court mais raide
Saison officielleTous versantsEn général de début juillet à début ou mi-septembre, selon les années
Accès réglementéTous versantsDroit d'accès, réservation et plafonds journaliers : règles à vérifier chaque saison

Que voir autour du mont Fuji sans faire l'ascension ?

La plupart des visiteurs découvrent le mont Fuji sans jamais poser le pied sur ses pentes, et c'est souvent ainsi qu'on l'apprécie le mieux, sa silhouette n'étant visible que de loin. La région des cinq lacs, et en particulier le lac Kawaguchi, offre les points de vue les plus célèbres, avec ses reflets du volcan par temps calme, ses promenades en bord de lac, ses musées et ses onsen, les bains thermaux. Le village d'Oshino Hakkai, avec ses étangs alimentés par l'eau de fonte filtrée par la roche volcanique, attire aussi de nombreux curieux. Plus au nord-ouest, la forêt d'Aokigahara et les grottes de lave voisines, où la glace peut se maintenir une partie de l'année, montrent une autre facette de la montagne. Hakone, plus à l'est, combine sources chaudes, lac Ashi et vues sur le Fuji lorsque la météo le permet. Depuis Tokyo, de nombreux voyageurs l'aperçoivent simplement depuis le Shinkansen reliant la capitale à Kyoto et Osaka, à condition de s'asseoir du bon côté. Il faut toutefois savoir que le volcan se cache très souvent derrière les nuages, surtout en été : les matinées claires de l'automne et de l'hiver offrent généralement les meilleures chances de le voir dégagé, ce qui invite à prévoir un peu de souplesse dans son programme.

Carte stylisée du mont Fuji avec les cinq lacs au nord, les quatre sentiers d'ascension et la direction de TokyoPréfecture de YamanashiPréfecture de ShizuokaMotosuShōjiSaiKawaguchiYamanakaYoshidaSubashiriGotembaFujinomiyaTokyo, env. 100 kmSchéma sans échelle
Carte simplifiée : les cinq lacs du Fuji s'égrènent au pied du versant nord, et quatre sentiers balisés mènent au sommet depuis leurs 5e stations respectives.

Surfréquentation du mont Fuji : quelles règles pour protéger le site ?

La popularité du mont Fuji a fini par poser de sérieux problèmes. Pendant la courte saison d'ascension, des files de randonneurs se forment sur les sentiers les plus fréquentés, en particulier sur celui de Yoshida, avec des risques pour la sécurité et une pression forte sur un milieu fragile : déchets, érosion, saturation des refuges et des toilettes. Un autre phénomène inquiète les secours, le bullet climbing, qui consiste à monter d'une traite dans la nuit sans halte en refuge, avec un risque accru d'épuisement et de mal des montagnes. Pour y répondre, les autorités ont pris en 2024 des mesures inédites : la préfecture de Yamanashi a instauré sur le sentier Yoshida un droit d'accès, un plafond d'environ 4 000 randonneurs par jour et une fermeture de la barrière en fin d'après-midi aux personnes n'ayant pas réservé de refuge, et Shizuoka a ensuite étendu des règles comparables aux trois autres sentiers. Selon les chiffres publiés par les autorités, la fréquentation de la saison 2024 a légèrement reculé, d'un peu plus de 221 000 à environ 204 000 randonneurs, ce qui reste considérable. Le montant du droit d'accès et les modalités de réservation ayant déjà évolué d'une saison à l'autre, il faut les vérifier auprès des sites officiels des préfectures avant de partir.

Préserver un patrimoine à la fois naturel et culturel

Au-delà de la question des randonneurs, la protection du mont Fuji concerne l'ensemble de son territoire. Lors de l'inscription au patrimoine mondial, l'UNESCO a invité le Japon à mieux encadrer la fréquentation, l'aménagement des abords et l'intégrité visuelle du paysage, ce qui a conduit à des plans de gestion associant les deux préfectures et les communes. Les sanctuaires et sentiers historiques, comme le Kitaguchi Hongū Fuji Sengen Jinja à Fujiyoshida, point de départ traditionnel des pèlerins sur le versant nord, doivent eux aussi être préservés de la pression touristique. Certaines communes ont même dû réagir à des afflux ponctuels de photographes, à l'image de Fujikawaguchiko, qui a installé un écran pour dissuader les attroupements devant un point de vue devenu viral sur les réseaux sociaux. Pour le voyageur, adopter un comportement responsable est simple : rapporter ses déchets, rester sur les sentiers balisés, respecter les règles d'accès et les horaires, ne pas grimper hors saison et privilégier les transports en commun. Le Fuji se découvre aussi très bien au fil d'un circuit plus large dans l'archipel : il trouve naturellement sa place parmi les lieux à visiter au Japon, entre temples de Kyoto, grandes villes et paysages ruraux.