Le goupil est tout simplement le renard, ou plutôt le nom que portait cet animal en ancien français, avant que le mot « renard » ne s'impose. Aujourd'hui, le terme est devenu archaïque : on le rencontre surtout dans les textes médiévaux, dans les adaptations du Roman de Renart, dans les livres pour enfants, dans les grilles de mots fléchés ou sous la plume d'auteurs qui cherchent une touche d'humour ou de poésie. Il désigne le renard roux, ce petit carnivore de la famille des canidés au pelage flamboyant et à la longue queue touffue, connu pour sa ruse supposée et ses visites redoutées aux poulaillers. L'histoire du mot est l'une des plus amusantes de la langue française, car le goupil a été détrôné par l'un de ses propres personnages : Renart, prénom donné au goupil rusé d'un recueil de contes à succès, est devenu par la force de l'usage le nom commun de toute l'espèce. Comprendre ce qu'est un goupil, c'est donc à la fois découvrir un animal familier de nos campagnes et nos villes, un chapitre de l'histoire de la langue et un phénomène linguistique étonnant, celui d'un nom propre transformé en nom commun. Cette page explique le sens du mot, son origine latine, les raisons de sa disparition et ce qu'il nous dit encore du renard.
Que signifie le mot goupil ? Définition simple
Le mot goupil est un nom masculin qui désigne le renard, et plus précisément le renard roux, Vulpes vulpes, la seule espèce de renard présente à l'état sauvage en France métropolitaine. Les dictionnaires actuels le qualifient de « vieux » ou d'« archaïque », ce qui signifie qu'il n'est plus employé dans la langue courante, même s'il reste parfaitement compris par la plupart des lecteurs grâce à sa présence dans la littérature. On dit goupil comme on disait autrefois « destrier » pour un cheval de bataille ou « occire » pour tuer : le mot évoque immédiatement le Moyen Âge, les chevaliers et les fabliaux. Son usage moderne relève presque toujours de l'effet de style : un auteur qui écrit « le goupil rôdait autour de la ferme » cherche à donner à son récit un parfum de conte ancien ou une légère ironie. Le terme sert aussi de surnom affectueux ou de nom de mascotte, et l'on trouve des entreprises, des personnages de bande dessinée ou des clubs sportifs baptisés ainsi. Attention toutefois : goupil ne s'applique pas à tous les renards du monde, et l'on ne parlerait guère de goupil pour le renard polaire, cousin blanc des régions arctiques que les auteurs médiévaux ne connaissaient pas.
D'où vient le mot goupil ? Étymologie latine
Le goupil descend du latin populaire vulpiculus, forme masculine refaite sur vulpecula, diminutif de vulpes, le nom latin du renard. Les Romains disaient donc, au sens propre, « le petit renard », un diminutif affectueux ou banal qui a fini par remplacer le mot de base, comme cela s'est produit pour d'autres termes de la langue (le latin auricula, « petite oreille », a ainsi donné notre « oreille »). En passant en ancien français, le mot a connu plusieurs formes, comme volpil, gorpil ou goupil, et l'initiale en « g » s'expliquerait par l'influence d'un mot germanique commençant par « w », un phénomène fréquent dans le nord de la Gaule, où les parlers francs ont marqué la prononciation. La famille du latin vulpes se retrouve dans plusieurs langues sœurs, comme l'italien volpe ou le roumain vulpe, tandis que l'espagnol zorro et le portugais raposa ont puisé à d'autres sources. En français même, la racine survit dans l'adjectif savant vulpin, qui signifie « relatif au renard », ainsi que dans le nom scientifique de l'espèce. Certains dictionnaires rattachent aussi au goupil le mot goupille et le goupillon, dont les poils évoqueraient une queue de renard, deux hypothèses discutées.
Pourquoi le goupil est-il devenu le renard ? Le Roman de Renart
Le remplacement du goupil par le renard est l'œuvre d'un best-seller médiéval. Le Roman de Renart n'est pas un roman au sens moderne, mais un ensemble de récits indépendants, appelés branches, écrits en vers par différents auteurs, dont certains anonymes, à partir de la fin du XIIe siècle et tout au long du XIIIe siècle. Tous racontent les aventures d'un goupil nommé Renart, rusé, menteur et insolent, qui multiplie les mauvais tours aux dépens des autres animaux, en particulier de son oncle Isengrin le loup, de Chantecler le coq, de Tibert le chat, de Brun l'ours ou du roi Noble le lion. Derrière ces bêtes qui parlent se cache une satire mordante de la société féodale, de la justice, du clergé et de la noblesse. Le prénom Renart, d'origine germanique (Reginhart, souvent interprété comme « fort en conseil »), était un nom de personne courant. Le succès des récits fut tel que l'on prit l'habitude d'appeler « un renart » n'importe quel goupil, exactement comme on dit aujourd'hui « une poubelle » en souvenir du préfet Poubelle. Progressivement, le nom propre s'est imposé comme nom commun, et l'orthographe s'est alignée sur les mots en « -ard », pour aboutir à la graphie moderne renard.
Un exemple célèbre d'antonomase
Ce glissement porte un nom en grammaire : l'antonomase, procédé par lequel un nom propre devient un nom commun, ou l'inverse. Le cas du goupil est l'un des exemples favoris des linguistes, parce qu'il a fait totalement disparaître le mot ancien, au point qu'une majorité de francophones ignorent aujourd'hui que « renard » était à l'origine un prénom. Le monde animal offre d'autres exemples de ce phénomène. Le sansonnet, autre nom de l'étourneau, est un diminutif de Samson ; le perroquet a longtemps été appelé familièrement « jacquot », d'après le prénom Jacques ; et le nom même de « perroquet » viendrait d'un diminutif de Pierre, Pierrot. La pie a été surnommée « margot », et l'âne « martin », sans que ces surnoms n'aillent jusqu'à remplacer le nom commun. Ce qui rend le cas du renard exceptionnel, c'est l'ampleur du succès littéraire qui l'a porté. Pendant la période de transition, les deux mots ont coexisté, goupil restant employé dans certaines régions et dans des textes conservateurs, avant de s'effacer définitivement vers la fin du Moyen Âge et le début de l'époque moderne pour ne survivre que comme curiosité littéraire.
Le goupil dans la littérature : de Renart aux fables et au cinéma
Si le mot goupil a disparu, son héros n'a jamais quitté la littérature. Le personnage de Renart a voyagé dans toute l'Europe médiévale : les Flamands en ont tiré Van den vos Reynaerde, les pays germaniques Reineke Fuchs, que Goethe adaptera à la fin du XVIIIe siècle, et les Anglais leur propre Reynard the Fox. En France, Jean de La Fontaine a fait du renard l'un des acteurs les plus récurrents de ses fables, flatteur dans « Le Corbeau et le Renard », vexé dans « Le Renard et les Raisins », joueur de tours dans « Le Renard et la Cigogne ». Au XXe siècle, l'écrivain Maurice Genevoix a proposé une version modernisée du roman, et le cinéaste d'animation Ladislas Starewitch en a tiré un long métrage de marionnettes devenu un classique. Le renard a aussi pris une dimension plus tendre avec Le Petit Prince de Saint-Exupéry, où il enseigne le sens du mot « apprivoiser ». Dans toutes ces œuvres, on retrouve le même mélange de ruse, de séduction et d'insolence qui faisait déjà le succès du goupil médiéval, preuve que l'animal a conservé son caractère littéraire bien plus longtemps que son ancien nom.
Quel animal se cache derrière le goupil ? Le renard roux
Le goupil du Moyen Âge et le renard d'aujourd'hui sont bien le même animal, le renard roux, un canidé de taille moyenne qui mesure en général entre 60 et 90 centimètres sans la queue, celle-ci ajoutant encore une bonne quarantaine de centimètres, pour un poids de quelques kilos. Son pelage roux orangé, plus clair sur la gorge et le ventre, contraste avec l'arrière des oreilles et le bas des pattes souvent noirs, et sa queue en panache se termine fréquemment par une pointe blanche. C'est l'un des carnivores sauvages les plus répandus de la planète, présent dans presque tout l'hémisphère Nord et introduit en Australie, où il cause de lourds dégâts à la faune locale. Très adaptable, il fréquente les forêts, les campagnes, les montagnes, les littoraux et, de plus en plus, les villes. Son régime omnivore repose surtout sur les petits rongeurs, qu'il capture par un bond caractéristique appelé mulotage, mais il consomme aussi des lapins, des oiseaux, des insectes, des vers de terre, des fruits et des déchets. Contrairement à sa réputation de pilleur de poulaillers, la volaille ne représente qu'une petite part de son alimentation, même si un renard qui trouve une porte ouverte peut faire de sérieux dégâts.
Les mots du goupil : petit lexique du renard
Autour du goupil gravite tout un vocabulaire, parfois oublié lui aussi. La femelle du renard s'appelle la renarde et son petit le renardeau ; on dit que le renard glapit, un cri aigu que l'on entend surtout les nuits d'hiver, à la saison des amours. Il s'abrite dans un terrier, qu'on nomme aussi tanière ou renardière, souvent creusé par un blaireau puis réaménagé. Les chasseurs et les naturalistes emploient encore le verbe « muloter » pour décrire sa chasse aux campagnols. La langue a par ailleurs conservé l'image de l'animal rusé : on parle d'un « vieux renard » pour un homme expérimenté et habile, et l'on dit de quelqu'un qu'il « tient du renard » quand il manie la ruse. La réputation de fourberie du goupil doit d'ailleurs beaucoup au Roman de Renart et aux fables, notamment « Le Corbeau et le Renard » de La Fontaine, qui ont durablement fixé ce trait de caractère dans l'imaginaire collectif. Le tableau suivant rassemble les principaux termes liés au renard.
| Terme | Sens | Registre |
|---|---|---|
| Goupil | Ancien nom du renard | Archaïque, littéraire |
| Renard | Nom de l'animal, à l'origine prénom du héros du roman | Courant |
| Renarde | Femelle du renard | Courant |
| Renardeau | Petit du renard | Courant |
| Glapir | Pousser le cri du renard | Courant |
| Vulpin | Qui se rapporte au renard | Savant |
| Muloter | Chasser les petits rongeurs en bondissant | Technique |
Peut-on encore employer le mot goupil aujourd'hui ?
Rien n'interdit d'utiliser le mot goupil aujourd'hui, à condition d'en mesurer l'effet. Dans un texte courant, il surprendra et pourra sembler précieux ou volontairement comique ; dans un conte, une parodie médiévale, un poème ou un récit pour enfants, il apportera au contraire une couleur ancienne bienvenue. Le mot reste très présent dans les jeux de lettres : avec ses six lettres et ses voyelles bien placées, il fait partie des classiques des mots fléchés, où la définition « renard d'autrefois » appelle presque toujours la réponse GOUPIL. Il a aussi connu une seconde vie comme nom propre. La maison Goupil, galerie d'art et éditeur d'estampes parisien du XIXe siècle, est restée célèbre pour avoir employé le jeune Vincent van Gogh avant qu'il ne devienne peintre, et le nom est porté de nos jours par plusieurs marques, dont un fabricant français de petits véhicules utilitaires électriques. Les enseignants s'en servent volontiers pour illustrer l'évolution du lexique : partir du goupil pour expliquer l'antonomase est un excellent moyen de montrer que les mots naissent, changent et meurent. Le goupil rejoint ainsi la riche famille des noms d'animaux familiers ou anciens que la langue garde en réserve, à l'image de le mot cabot, terme populaire pour désigner un chien.