L'opossum est un marsupial d'Amérique, c'est-à-dire un mammifère dont les petits naissent à un stade très précoce et terminent leur développement accrochés à une mamelle, souvent dans une poche ventrale. Le nom désigne toute une famille d'animaux, les Didelphidés, qui compte plus d'une centaine d'espèces réparties du sud du Canada jusqu'à la Patagonie, mais il évoque surtout l'opossum de Virginie, seul marsupial vivant à l'état sauvage aux États-Unis et au Canada. Avec son museau pointu, ses oreilles nues, sa face blanche et sa longue queue sans poils capable de s'enrouler autour d'une branche, il a une allure singulière qui le fait parfois prendre, à tort, pour un gros rat. Nocturne, omnivore et peu exigeant, il s'est adapté aux forêts comme aux banlieues. Il est surtout célèbre pour sa défense la plus étonnante : face à un danger, il peut faire le mort de manière très convaincante, un comportement que l'on retrouve chez quelques autres mammifères, comme le chien viverrin. Cette définition présente son identité zoologique, l'origine de son nom, son anatomie, son habitat, sa reproduction de marsupial et la place qu'il occupe dans la culture populaire.

Qu'est-ce qu'un opossum ? Définition du marsupial américain

Au sens zoologique, un opossum est un mammifère de l'ordre des Didelphimorphia et de la famille des Didelphidés. Ce groupe est l'un des plus anciens parmi les mammifères marsupiaux, et il est propre au continent américain, alors que la grande majorité des marsupiaux actuels, kangourous, koalas ou wombats, vivent en Australie et en Nouvelle-Guinée. Les opossums présentent une grande diversité de tailles et de modes de vie : certaines espèces sud-américaines ne dépassent pas la taille d'une souris, tandis que l'opossum de Virginie, Didelphis virginiana, atteint celle d'un chat domestique, avec un corps d'environ 35 à 50 centimètres, une queue presque aussi longue et un poids de 2 à 5 kilogrammes en moyenne, les mâles étant plus lourds. Toutes ces espèces partagent quelques traits communs : un museau allongé, une dentition très fournie, des pattes à cinq doigts dont le premier orteil des pattes arrière, sans griffe, est opposable comme un pouce, et, chez beaucoup d'entre elles, une queue préhensile. Contrairement à une idée reçue, l'opossum n'est donc ni un rongeur ni un parent du rat : il appartient à une lignée de mammifères totalement distincte, dont l'histoire remonte à plusieurs dizaines de millions d'années.

Dessin animé légendé de l'opossum de Virginie : face blanche, oreilles nues, museau pointu, pouce opposable et queue préhensile enroulée autour d'une branche Oreilles nues et fines Face blanche Museau pointu, 50 dents Pouce opposable Queue préhensile et nue Pelage gris, poils argentés
L'opossum de Virginie s'aide de sa queue préhensile pour grimper et s'agrippe aux branches avec les pouces opposables de ses pattes arrière.

Opossum, possum, rat : ne pas les confondre

Le mot opossum est souvent source de confusion, car l'anglais d'Amérique l'abrège couramment en possum. Or, en Australie et en Nouvelle-Zélande, le terme possum désigne de tout autres animaux : des marsupiaux arboricoles australiens, comme le phalanger renard, qui ne sont que de lointains cousins des opossums américains. Les premiers colons britanniques d'Australie leur ont simplement donné ce nom en raison d'une vague ressemblance avec l'opossum qu'ils connaissaient d'Amérique. En français, on réserve donc le mot opossum aux Didelphidés américains et l'on parle de phalangers pour les animaux australiens. Autre confusion fréquente, celle qui associe l'opossum au rat à cause de sa queue nue et de son museau pointu : la ressemblance est purement superficielle, l'opossum étant un marsupial, avec une reproduction et une anatomie très différentes de celles des rongeurs. Il ne faut pas non plus le confondre avec le raton laveur, autre visiteur nocturne des poubelles américaines, qui appartient à l'ordre des Carnivores et se reconnaît à son masque noir et à sa queue touffue et annelée. Enfin, certaines espèces d'opossums sud-américains portent des noms locaux très variés, comme zarigüeya, tlacuache au Mexique ou gambá au Brésil.

D'où vient le mot « opossum » ? Étymologie et histoire

Le mot opossum vient d'une langue algonquienne parlée par les peuples amérindiens de Virginie, notamment les Powhatans, chez qui un terme proche de aposoum désignait l'animal ; on l'interprète souvent comme « animal blanc » ou « bête blanche », par allusion à sa face claire, même si ce sens reste discuté. Le mot a été transcrit au début du XVIIe siècle par les colons anglais installés à Jamestown, et l'on cite souvent le capitaine John Smith, qui décrit dans ses récits un animal de la taille d'un chat, à tête de cochon et à queue de rat, portant ses petits dans une poche. Le terme est ensuite passé de l'anglais au français. Les naturalistes européens, fascinés par cette poche ventrale inconnue chez les mammifères de l'Ancien Monde, ont multiplié les descriptions, souvent fantaisistes, de cet animal capable de « mettre ses petits dans son ventre ». Sur le plan scientifique, Linné a créé au XVIIIe siècle le genre Didelphis, du grec « double matrice », en référence à l'appareil reproducteur particulier des femelles, et l'opossum de Virginie a reçu son nom d'espèce actuel à la fin du même siècle. En anglais américain, l'expression playing possum, « faire l'opossum », signifie aujourd'hui faire semblant d'être mort ou endormi.

Opossum de Virginie à la face blanche et aux oreilles nues, photographié de nuit

À quoi ressemble l'opossum ? Anatomie et particularités

L'opossum de Virginie a un pelage grisâtre, formé d'une sous-couche laineuse et de longs poils de jarre aux pointes blanches qui lui donnent un aspect hirsute et argenté, plus sombre chez certains individus. Sa tête, allongée et conique, se termine par un museau pointu rose, et sa face est presque blanche, avec des yeux noirs et brillants. Ses oreilles, fines, arrondies et dépourvues de poils, sont sensibles au gel, si bien que les opossums des régions froides en ont parfois l'extrémité abîmée. Sa bouche abrite une dentition impressionnante de cinquante dents, record parmi les mammifères terrestres d'Amérique du Nord, qu'il découvre largement en sifflant lorsqu'il se sent menacé. Ses pattes portent cinq doigts ; à l'arrière, le premier orteil est opposable et dépourvu de griffe, ce qui lui permet d'agripper les branches comme avec une main. Sa longue queue écailleuse et presque nue est préhensile : elle lui sert à s'équilibrer en grimpant, à s'accrocher brièvement à une branche et à transporter des feuilles et des herbes pour garnir son nid. Les jeunes peuvent s'y suspendre, mais un adulte, trop lourd, ne dort pas pendu par la queue comme le montrent souvent les dessins animés.

Une température basse et une résistance aux venins

L'opossum possède plusieurs particularités physiologiques qui intriguent les chercheurs. Sa température corporelle est plus basse que celle de la plupart des mammifères placentaires, de l'ordre de 35 °C, un trait commun à de nombreux marsupiaux. On avance souvent que cette température peu élevée rendrait plus difficile la multiplication de certains virus, ce qui expliquerait que les cas de rage soient rares chez lui par rapport à d'autres mammifères sauvages comme les ratons laveurs ou les renards ; cette explication reste toutefois débattue, et l'opossum peut bel et bien contracter la maladie. L'animal est surtout connu pour sa résistance aux venins de nombreux serpents, en particulier des crotales et des mocassins d'eau d'Amérique du Nord, qui fait de lui l'un des rares mammifères capables de survivre à leurs morsures et même de les consommer. Cette protection est due à des protéines présentes dans son sang qui neutralisent certaines toxines du venin ; l'une d'elles, baptisée facteur neutralisant des toxines létales, est étudiée pour la mise au point de nouveaux antivenins. Enfin, malgré un cerveau de petite taille, l'opossum fait preuve de bonnes capacités d'apprentissage et de mémoire, notamment pour retrouver ses sources de nourriture.

Où vit l'opossum et que mange-t-il ? Habitat et alimentation

Les opossums sont originaires d'Amérique du Sud, où vit encore la grande majorité des espèces, des forêts tropicales d'Amazonie aux savanes, aux montagnes andines et aux zones arides. L'opossum de Virginie, lui, occupe une vaste aire qui s'étend de l'Amérique centrale au sud du Canada, et il n'a cessé de progresser vers le nord au cours du XXe siècle, à la faveur de l'urbanisation, des cultures et d'hivers moins rigoureux ; il a aussi été introduit sur la côte ouest des États-Unis. Animal nocturne et solitaire, il ne creuse pas de terrier et préfère occuper des abris existants : troncs creux, terriers abandonnés, tas de bois, broussailles, mais aussi greniers, cabanes et dessous de terrasses. Son régime est celui d'un omnivore opportuniste : fruits, baies, graines, insectes, vers, escargots, œufs, petits rongeurs, grenouilles, serpents, charognes et, en ville, déchets et nourriture pour animaux de compagnie. Ce rôle de nettoyeur, qui consomme cadavres et fruits tombés, est utile aux écosystèmes. On lui prête aussi la capacité de dévorer de grandes quantités de tiques, mais les études récentes invitent à nuancer fortement cette réputation. Son principal danger, en dehors des prédateurs comme les chouettes, les coyotes ou les chiens, reste la circulation routière.

Espèce d'opossumRépartitionParticularité
Opossum de Virginie (Didelphis virginiana)Amérique centrale, États-Unis, sud du CanadaSeul marsupial d'Amérique du Nord, face blanche
Opossum commun (Didelphis marsupialis)Mexique, Amérique centrale et du SudTrès proche du précédent, joues jaunâtres
Yapock ou opossum aquatique (Chironectes minimus)Rivières d'Amérique centrale et du SudPattes palmées, poche étanche chez la femelle
Opossum gris à courte queue (Monodelphis domestica)Brésil, Bolivie, ParaguayPetit, sans poche, élevé en laboratoire
Opossums laineux (Caluromys)Forêts tropicales d'AmériqueArboricoles, grands consommateurs de fruits

Comment l'opossum se reproduit-il ? Un développement de marsupial

La reproduction de l'opossum est celle d'un marsupial typique, avec une gestation remarquablement courte. Chez l'opossum de Virginie, elle dure environ douze à treize jours, l'une des plus brèves de tous les mammifères. Les nouveau-nés, qui ne mesurent qu'environ un centimètre et pèsent à peine plus qu'un grain de riz, sont aveugles et nus, mais leurs pattes avant sont déjà munies de griffes : ils rampent seuls à travers la fourrure de leur mère jusqu'à la poche ventrale, ou marsupium, et s'y fixent chacun à une tétine. La femelle peut donner naissance à une vingtaine de petits, voire davantage, mais elle ne possède qu'environ treize tétines : seuls ceux qui en trouvent une ont une chance de survivre. Les jeunes restent attachés à la mamelle pendant plusieurs semaines et se développent dans la poche durant environ deux mois. Ils commencent ensuite à en sortir, puis voyagent accrochés au dos et aux flancs de leur mère, avant de devenir indépendants vers l'âge de trois à quatre mois. Les femelles peuvent avoir une ou plusieurs portées par an selon le climat. La vie de l'opossum est courte : dans la nature, la plupart des individus ne vivent qu'un à deux ans.

Frise du développement d'un jeune opossum : naissance après environ 13 jours de gestation, vie dans la poche, transport sur le dos, indépendance Du nouveau-né à l'opossum indépendant Naissanceaprès environ 13 jourstaille : 1 cm Dans la pochefixés à une tétineenviron 2 mois Sur le dostransportéspar leur mère Indépendantvers 3 à 4 mois
Chez l'opossum de Virginie, l'essentiel du développement des petits se déroule hors de l'utérus, dans la poche puis sur le dos de leur mère.

Pourquoi l'opossum fait-il le mort ? Thanatose et place dans la culture

Le comportement le plus célèbre de l'opossum est la thanatose, ou simulation de la mort. Avant d'en arriver là, l'animal tente généralement de fuir, puis d'intimider son agresseur en sifflant, en grognant et en montrant ses nombreuses dents. Si la menace persiste, il peut s'effondrer sur le flanc, raide ou mou, la bouche entrouverte, la langue pendante et les yeux mi-clos ; ses battements de cœur et sa respiration ralentissent, et ses glandes anales libèrent un liquide à l'odeur nauséabonde qui évoque la décomposition. Cet état, qui semble en grande partie involontaire, peut durer de quelques minutes à plusieurs heures. La stratégie est efficace face à de nombreux prédateurs, qui perdent intérêt pour une proie immobile et apparemment avariée, ou relâchent leur attention, ce qui permet à l'opossum de s'éclipser. Cette aptitude a marqué les esprits : l'anglais en a tiré l'expression playing possum, et plusieurs traditions amérindiennes et populaires présentent l'opossum comme un rusé survivant, capable de se tirer d'affaire par la feinte. Au Mexique, le tlacuache apparaît même dans des récits mésoaméricains comme le héros qui aurait volé le feu pour l'offrir aux hommes.

L'opossum, star discrète de la culture populaire

Longtemps considéré comme un animal peu gracieux, l'opossum s'est fait une place inattendue dans la culture populaire. Le cinéma d'animation l'a mis en scène à plusieurs reprises, notamment avec Crash et Eddie, les deux frères opossums farceurs de la saga L'Âge de glace, apparus dans le deuxième film en 2006, qui jouent volontiers les morts pour mieux surprendre leurs amis. Sur Internet, ses mimiques figées, sa bouche grande ouverte et ses postures de « faux mort » ont inspiré d'innombrables mèmes, au point que l'animal est devenu une sorte d'icône décalée, symbole de débrouillardise et de survie dans un monde hostile. Aux États-Unis, il fait aussi partie du folklore rural du Sud, où il a longtemps été chassé et cuisiné, et il est désormais protégé par des associations de soins à la faune sauvage qui recueillent les jeunes orphelins retrouvés dans la poche de femelles tuées sur la route. Sa progression continue vers le nord, au fil du XXe siècle, en fait l'un des mammifères qui ont le mieux profité des transformations humaines du paysage, un succès qu'il partage avec le tatou, autre migrant venu du sud du continent américain.