Le tamandua est un fourmilier de taille moyenne qui vit dans les forêts, les savanes et les mangroves d'Amérique tropicale, du sud du Mexique jusqu'au nord de l'Argentine. Plus petit que le célèbre fourmilier géant mais bien plus grand que le minuscule fourmilier soyeux, il se reconnaît à son long museau tubulaire, à son pelage clair barré sur le dos et les épaules d'une large bande sombre qui évoque un gilet ou un collier, et surtout à sa queue préhensile, nue sur sa face inférieure, qui lui permet de s'accrocher aux branches. Grimpeur habile, il partage sa vie entre le sol et la cime des arbres, à la recherche de fourmis et de termites qu'il capture grâce à une langue fine, gluante et d'une longueur étonnante. Solitaire, plutôt discret et actif surtout au crépuscule et la nuit, il est rarement observé et reste mal connu du grand public. Le mot désigne deux espèces très proches, le tamandua du Sud, appelé aussi fourmilier à collier, et le tamandua du Nord. Voici leur définition, l'origine de leur nom, leur anatomie si particulière, leur alimentation, leur reproduction, leur étonnante posture de défense et les menaces qui pèsent sur eux.

Qu'est-ce qu'un tamandua ? Définition du fourmilier à collier

Le tamandua est un mammifère placentaire de la famille des Myrmécophagidés, celle des fourmiliers, rangée dans l'ordre des Pilosa et dans le super-ordre des Xénarthres, une très ancienne lignée de mammifères d'Amérique qui regroupe aussi les tatous et le paresseux, son cousin arboricole le plus proche. On rangeait autrefois tous ces animaux dans l'ordre des « Édentés », un nom aujourd'hui abandonné, d'autant qu'il était inexact pour les tatous et les paresseux, qui possèdent des dents. Les fourmiliers, eux, en sont totalement dépourvus. Le corps du tamandua mesure en général entre 50 et 90 centimètres environ, auxquels s'ajoute une queue presque aussi longue, et il pèse le plus souvent entre 3 et 8 kilogrammes. Son pelage, court et rêche, va du blond doré au brun selon les régions, avec le plus souvent cette tache sombre en forme de veste qui couvre le dos et entoure les épaules, d'où le surnom de fourmilier à collier ; certains individus, notamment au sud de l'aire de répartition, sont presque uniformément clairs ou foncés. Ses petits yeux et sa vue médiocre contrastent avec un odorat remarquable, son principal outil pour localiser les nids d'insectes, tandis que ses oreilles, assez grandes et dressées, captent les bruits de la forêt.

Dessin légendé d'un tamandua sur une branche : museau tubulaire, langue gluante, gilet sombre, griffes en crochet et queue préhensile Museau tubulaire, sans dents Langue gluante, environ 40 cm « Gilet » sombre Queue préhensile Griffes en crochet pour grimper
Anatomie du tamandua : un museau tubulaire sans dents, une langue de près de 40 cm, des griffes en crochet et une queue préhensile qui sert de cinquième membre.

Une anatomie taillée pour les fourmis et les arbres

Tout, chez le tamandua, est conçu pour exploiter les nids de fourmis et de termites. Sa bouche, minuscule et située au bout d'un museau en tube, ne s'ouvre guère plus que le diamètre d'un crayon, mais elle laisse passer une langue longue d'environ 40 centimètres, fine, recouverte d'une salive très collante produite par de grosses glandes salivaires, et capable d'aller et venir à grande vitesse dans les galeries. Les insectes ainsi capturés sont broyés dans l'estomac, dont la paroi musclée remplace les dents absentes, avec l'aide de petits grains de sable avalés. Les pattes avant portent quatre doigts, dont trois munis de griffes recourbées, celle du troisième doigt étant particulièrement longue et puissante : elle lui sert à éventrer les termitières, à arracher l'écorce, à s'agripper aux troncs et à se défendre. Pour ne pas les user, l'animal marche au sol sur le bord externe de ses mains, griffes repliées vers l'intérieur, ce qui lui donne une démarche maladroite et chaloupée. La queue préhensile, enfin, agit comme un cinquième membre : enroulée autour d'une branche, elle lui permet de se suspendre, de libérer ses pattes avant ou de dormir en sécurité dans la ramure.

D'où vient le mot « tamandua » ? Étymologie et histoire

Le mot tamandua vient des langues tupi-guarani, parlées par de nombreux peuples autochtones du Brésil et du Paraguay, chez qui un terme proche, tamanduá, désigne les fourmiliers en général. On l'interprète souvent comme « chasseur de fourmis » ou « mangeur de fourmis », même si la décomposition exacte du mot est discutée par les linguistes. Les Portugais du Brésil l'ont adopté très tôt et l'emploient encore aujourd'hui : le fourmilier géant s'y appelle tamanduá-bandeira, « tamandua à drapeau », en raison de sa queue en panache, et le tamandua lui-même tamanduá-mirim, « petit tamandua ». Le terme est entré dans la nomenclature scientifique avec le genre Tamandua, et il est passé en français par l'intermédiaire des récits de voyageurs et des ouvrages des naturalistes européens, qui ont découvert ces animaux en même temps que le reste de la faune déroutante du Nouveau Monde. Les illustrations anciennes représentent souvent les fourmiliers de manière fantaisiste, preuve de la difficulté qu'avaient les savants à imaginer un mammifère sans dents. Dans plusieurs régions d'Amérique latine, le tamandua porte aussi des noms populaires qui font allusion à son odeur forte, comme on le verra plus loin.

Tamandua, fourmilier au pelage clair et gilet sombre, grimpant dans un arbre de la forêt tropicale

Quelles sont les espèces de tamandua et les autres fourmiliers ?

Il existe deux espèces de tamandua, que l'on distingue surtout par leur répartition. Le tamandua du Sud, Tamandua tetradactyla, appelé aussi tamandua à collier ou tamandua à quatre doigts, occupe la plus grande partie de l'Amérique du Sud à l'est des Andes, du Venezuela et des Guyanes jusqu'au nord de l'Argentine et à l'Uruguay. On le trouve dans des milieux très variés : forêt amazonienne, forêt atlantique, savanes du Cerrado, boisements secs du Chaco, bords de rivières et mangroves. Le tamandua du Nord, Tamandua mexicana, vit plus au nord et à l'ouest, du sud du Mexique à travers l'Amérique centrale jusqu'au nord-ouest de l'Amérique du Sud. Les deux espèces sont très semblables, et seuls des détails du crâne et du pelage permettent de les distinguer. Les tamanduas forment avec deux autres animaux la petite famille des fourmiliers : le fourmilier géant, grand animal terrestre à la queue en panache qui peut dépasser deux mètres de long, et le fourmilier soyeux, ou myrmidon, petit être doré et strictement arboricole qui tient dans une main. Le tamandua occupe donc une position intermédiaire, à la fois par sa taille et par son mode de vie, partagé entre le sol et les arbres.

FourmilierNom scientifiqueTaille indicative (sans la queue)Mode de vie
Tamandua du SudTamandua tetradactylaEnviron 50 à 90 cmAu sol et dans les arbres
Tamandua du NordTamandua mexicanaEnviron 50 à 80 cmAu sol et dans les arbres
Fourmilier géantMyrmecophaga tridactylaPlus d'un mètreTerrestre, milieux ouverts
Fourmilier soyeux (myrmidon)CyclopesUne vingtaine de centimètresStrictement arboricole, nocturne

Tamandua ou fourmilier géant : comment les distinguer ?

Le tamandua est souvent pris pour un jeune fourmilier géant, alors que les deux animaux se distinguent assez facilement. Le fourmilier géant est bien plus grand et massif, il peut dépasser 2 mètres de long queue comprise et peser plusieurs dizaines de kilogrammes. Sa tête est encore plus allongée, presque tubulaire sur toute sa longueur, et sa queue est garnie de longs poils raides formant un panache qu'il rabat sur son corps pour dormir. Il vit exclusivement au sol, dans les savanes, les prairies et les forêts claires, et il ne grimpe pas. Son pelage gris porte une bande diagonale noire bordée de blanc qui part de la gorge vers le dos. Le tamandua, lui, est environ de la taille d'un chat domestique, avec un museau plus court, des oreilles plus visibles et une queue nue au bout et dessous, qu'il enroule autour des branches. Son « gilet » sombre est plus large et entoure les épaules et le ventre. Enfin, il grimpe avec aisance et passe une bonne partie de son temps dans les arbres. Leurs comportements de défense se ressemblent néanmoins, puisque tous deux se dressent sur leurs pattes arrière en brandissant leurs griffes face à un danger.

Que mange le tamandua et comment vit-il ?

Le tamandua est un insectivore spécialisé, dont le menu se compose presque exclusivement de fourmis et de termites, avec à l'occasion des abeilles et leur miel, des larves ou des coléoptères. Il évite en revanche certaines espèces de fourmis guerrières ou très agressives, et il visite surtout les nids installés dans les arbres, plus faciles à atteindre pour un grimpeur. Il ne détruit jamais entièrement une colonie : il se nourrit quelques minutes sur un nid, le temps que les soldats commencent à se défendre, puis passe au suivant, ce qui permet à la colonie de se reconstituer et lui assure des ressources renouvelables. Il peut ainsi visiter de nombreux nids au cours d'une seule nuit. Son activité dépend des régions et des saisons : souvent nocturne ou crépusculaire, il se montre aussi de jour, en particulier dans les zones peu dérangées. Il passe ses périodes de repos dans des troncs creux, des terriers abandonnés ou enroulé dans la ramure. Solitaire, il occupe un domaine vital dont la taille varie fortement selon l'abondance des insectes, et il le marque à l'aide de sécrétions odorantes. Son métabolisme lent, caractéristique de nombreux Xénarthres, est adapté à une alimentation peu énergétique, ce qui explique aussi sa température corporelle assez basse.

Une défense redoutable et une odeur tenace

Malgré sa taille modeste, le tamandua sait se défendre. Face à un prédateur comme le jaguar, le puma, l'ocelot ou un grand rapace, il commence par siffler et par émettre une odeur nauséabonde produite par ses glandes anales, si forte que certains habitants des forêts le surnomment le « puant des bois ». S'il ne peut fuir ou grimper, il adopte une posture caractéristique : dressé sur ses pattes arrière, calé sur sa queue comme sur un trépied ou adossé à un tronc, il écarte les bras et brandit ses longues griffes, prêt à frapper ou à étreindre son adversaire. Cette posture défensive, que l'on retrouve aussi chez le fourmilier géant, peut infliger de sérieuses blessures, et il est vivement déconseillé de s'approcher d'un tamandua sauvage. La reproduction, elle, reste discrète : mâles et femelles ne se rencontrent que le temps de l'accouplement, et après une gestation de quatre à six mois environ, la femelle donne naissance à un seul petit. Celui-ci voyage accroché sur le dos de sa mère pendant plusieurs mois, son pelage se confondant souvent avec celui de l'adulte, puis il gagne peu à peu en autonomie avant de la quitter, généralement vers l'âge d'un an.

La défense du tamandua en trois temps : il siffle, libère une odeur forte, puis se dresse sur ses pattes arrière, griffes en avant 1Il siffle et souffle 2Odeur nauséabonde 3Dressé, griffes sorties
Acculé, le tamandua siffle, libère une odeur forte, puis se dresse calé sur sa queue en brandissant ses griffes.

Le tamandua est-il menacé ? Conservation

À l'échelle mondiale, les deux espèces de tamandua sont classées en préoccupation mineure par l'UICN, car elles restent répandues sur de vastes territoires et s'adaptent à des milieux variés, y compris des forêts secondaires et des paysages agricoles boisés. Cette situation globale masque cependant des déclins locaux préoccupants. La déforestation, qu'elle soit liée à l'élevage, aux cultures de soja ou à l'urbanisation, réduit et fragmente leur habitat. Les feux de brousse, souvent allumés pour défricher, sont particulièrement meurtriers pour un animal lent au sol qui ne peut fuir les flammes. Les tamanduas meurent aussi en grand nombre sur les routes, sont attaqués par les chiens domestiques et parfois électrocutés sur les lignes électriques qu'ils escaladent comme des branches. Dans certaines régions, ils sont encore chassés ou capturés pour être vendus comme animaux de compagnie, alors que leur régime très spécialisé les rend difficiles à maintenir en captivité. Leur présence dans de nombreuses aires protégées, des forêts d'Amazonie au Pantanal, et les actions de sensibilisation des associations locales contribuent à leur préservation. Le tamandua partage d'ailleurs la canopée de ces forêts avec d'autres mammifères grimpeurs à queue préhensile, comme le kinkajou, petit carnivore nocturne friand de fruits et de nectar.