Le frelon européen, de son nom scientifique Vespa crabro, est la plus grande guêpe sociale d'Europe. Deux à trois fois plus gros qu'une guêpe commune, au vol lourd et bourdonnant, il se reconnaît à sa tête et à son thorax brun-roux et à son abdomen jaune marqué de bandes brunes. Comme les abeilles et les fourmis, il appartient à l'ordre des hyménoptères et vit en société : chaque année, une reine fondatrice crée seule une colonie qui pourra compter plusieurs centaines d'ouvrières à la fin de l'été, avant de disparaître à l'automne en ne laissant que de jeunes reines fécondées pour la saison suivante. Sa taille impressionnante et sa mauvaise réputation inspirent souvent la crainte, mais le frelon européen est en réalité un insecte plutôt peu agressif loin de son nid, qui pique surtout pour se défendre. C'est aussi un chasseur efficace qui consomme une grande quantité de mouches, de guêpes et de chenilles, et un précieux régulateur des populations d'insectes. On le confond souvent avec d'autres insectes jaunes et noirs, comme les guêpes ou le syrphe, une mouche inoffensive qui imite leurs couleurs. Cet article présente sa définition, sa morphologie, son cycle de vie, son nid, son alimentation et les précautions à connaître face à sa piqûre.

Qu'est-ce que le frelon européen ? Définition et description

Le frelon européen est un insecte de la famille des Vespidés, celle des guêpes sociales, et du genre Vespa, qui regroupe les frelons proprement dits, présents surtout en Asie. C'est la seule espèce de ce genre originaire d'Europe, où il est présent de la péninsule Ibérique à la Russie, ainsi que dans une partie de l'Asie ; il a été introduit en Amérique du Nord au XIXe siècle. La reine peut atteindre environ 35 millimètres de long, les ouvrières mesurent de 18 à 25 millimètres et les mâles de 21 à 28 millimètres environ. Son corps se divise, comme chez tous les insectes, en trois parties : une tête large, brun-roux et jaune, portant de grands yeux composés en forme de haricot, trois yeux simples ou ocelles et deux antennes ; un thorax brun-roux et noir, où s'attachent six pattes et quatre ailes membraneuses d'un brun ambré ; et un abdomen jaune vif barré de bandes brunes, terminé chez les femelles par un aiguillon relié à une glande à venin. Les mâles, reconnaissables à leurs antennes plus longues, ne piquent pas. Particularité notable, le frelon européen est l'une des rares guêpes sociales à voler aussi la nuit, ce qui explique qu'il soit souvent attiré par les fenêtres éclairées en été. Son nom latin, crabro, est déjà employé par les auteurs antiques pour désigner le frelon, et le mot français frelon remonte au Moyen Âge, issu d'un terme francique.

Comparaison visuelle du frelon européen, roux et jaune, et du frelon asiatique, sombre à bande orange et pattes jaunes Frelon européenVespa crabro Frelon asiatiqueVespa velutina Tête et thorax roux-brunAbdomen surtout jaunePattes brunes, jusqu'à 35 mm Corps très sombre, face orangéeUne large bande orangeBouts des pattes jaunes
Frelon européen ou frelon asiatique ? Le premier est roux et jaune, le second presque noir avec une seule bande orange et des pattes à bout jaune.

Frelon européen ou frelon asiatique : comment les distinguer ?

Depuis l'arrivée du frelon asiatique en France au milieu des années 2000, la confusion entre les deux espèces est fréquente, et elle coûte malheureusement la vie à de nombreux frelons européens détruits par erreur. Les critères de reconnaissance sont pourtant assez simples. Le frelon européen est le plus grand des deux, avec une coloration dominée par le roux et le jaune : tête roux-jaune, thorax brun-roux et noir, abdomen principalement jaune à bandes brunes et pattes brunes. Le frelon asiatique, Vespa velutina, est un peu plus petit et paraît presque entièrement noir, avec un thorax sombre, une face orange, un abdomen foncé traversé d'une seule large bande orangée près de son extrémité et, signe distinctif, des pattes à l'extrémité jaune. Les nids diffèrent aussi : celui du frelon européen est généralement installé dans une cavité abritée, tronc creux, grenier ou cheminée, tandis que le frelon asiatique construit souvent un grand nid sphérique perché au sommet des arbres, avec une entrée latérale. Enfin, si le frelon européen chasse occasionnellement des abeilles, le frelon asiatique s'en est fait une spécialité, en faisant du vol stationnaire devant les ruches pour capturer les butineuses, ce qui en fait un véritable fléau pour l'apiculture.

Comment vit une colonie de frelons européens ? Reproduction et cycle annuel

La vie du frelon européen suit un cycle annuel bien réglé. Au printemps, généralement en avril ou en mai selon les régions et la météo, chaque reine fondatrice sort de son abri d'hivernage, fécondée depuis l'automne précédent. Elle commence par se nourrir de sève et de nectar, puis cherche un emplacement abrité pour construire seule un petit nid de quelques cellules, dans lesquelles elle pond ses premiers œufs. Elle nourrit elle-même les premières larves avec des insectes broyés, jusqu'à l'apparition, quelques semaines plus tard, des premières ouvrières, des femelles stériles qui prennent en charge l'agrandissement du nid, la chasse, l'élevage du couvain et la défense de la colonie. La reine ne quitte alors plus le nid et se consacre à la ponte, plusieurs dizaines d'œufs par jour au plus fort de la saison selon les estimations. À la fin de l'été, la colonie produit des mâles et de futures reines, qui s'accouplent à l'automne lors de vols nuptiaux. Puis l'ancienne reine, les mâles et les ouvrières meurent avec les premiers froids, tandis que les jeunes reines fécondées se réfugient dans un tronc, une fissure ou sous des écorces pour hiberner. Le nid ne sert qu'une saison et n'est jamais réutilisé l'année suivante.

Cycle annuel d'une colonie de frelons européens : fondation au printemps, croissance en été, sexués à l'automne, hivernage des jeunes reines Une coloniepar an Printempsla reine sort d'hivernageet fonde seule un nid Étéles ouvrières agrandissentle nid et chassent Automnemâles et jeunes reines,accouplements, fin du nid Hiverseules les jeunes reinesfécondées hibernent
La colonie du frelon européen ne vit qu'une saison : seules les jeunes reines fécondées passent l'hiver et fonderont de nouveaux nids au printemps.

À quoi ressemble le nid du frelon européen ?

Le nid du frelon européen est une construction en papier mâché que les ouvrières fabriquent en raclant du bois mort ou de l'écorce dégradée, qu'elles mastiquent et mélangent à leur salive. Cette pâte, une fois sèche, donne un matériau léger et cassant, de couleur brune à beige, souvent marbré selon l'origine des fibres récoltées. Le frelon installe de préférence son nid dans une cavité abritée : arbre creux, ancien nid de pic, vieux mur en pierres sèches, cheminée, nichoir, mais aussi grenier, abri de jardin, soupente ou charpente, plus rarement dans un tas de compost, un ballot de paille ou un amas de vieux chiffons. À l'intérieur, plusieurs rayons horizontaux superposés, de cinq à une dizaine environ dans les grands nids, sont formés de cellules hexagonales, les alvéoles, ouvertes vers le bas, dans lesquelles la reine pond un œuf et où se développent les larves. L'ensemble est entouré d'une enveloppe protectrice plus ou moins complète, souvent ouverte vers le bas lorsque le nid est installé dans une cavité. Un grand nid peut ainsi rassembler plus d'un millier d'alvéoles en fin de saison. La taille de la colonie dépend fortement de la météo : un printemps et un été chauds et secs favorisent des nids plus imposants.

Nid de frelon européen en papier mâché avec des frelons sur l'enveloppe

Que mange le frelon européen ? Un chasseur utile

Le régime du frelon européen diffère selon les stades de vie. Les adultes se nourrissent surtout de liquides sucrés : sève qui s'écoule des troncs, dont ils entretiennent parfois les blessures en écorçant les jeunes rameaux de frênes ou de lilas, nectar de fleurs comme le lierre, la ronce ou le fenouil, et jus de fruits mûrs, prunes, poires, pommes ou raisins, ce qui les amène parfois dans les vergers et à proximité des tables en fin d'été. Les larves, elles, ont besoin de protéines : les ouvrières chassent pour elles une grande variété d'insectes, mouches, taons, guêpes, papillons et chenilles, criquets, libellules, araignées et, plus occasionnellement, abeilles domestiques. Les proies sont tuées, découpées et mâchées en boulettes de chair apportées au nid. En échange, les larves sécrètent un liquide sucré que les ouvrières consomment, un échange de nourriture appelé trophallaxie. Une colonie bien développée peut prélever chaque jour une quantité importante d'insectes, estimée à plusieurs centaines de grammes par certains auteurs. Le frelon européen joue ainsi un rôle de régulateur des populations d'insectes, y compris d'espèces considérées comme nuisibles aux cultures ou gênantes pour l'homme, ce qui justifie sa protection dans plusieurs pays, comme l'Allemagne.

InsecteTaille indicativeCouleurs principalesComportement envers l'homme
Frelon européen (Vespa crabro)18 à 35 mmRoux-brun et jaunePeu agressif loin du nid, défend fermement sa colonie
Frelon asiatique (Vespa velutina)Environ 17 à 30 mmNoir, bande orange, pattes à bout jauneDiscret loin du nid, attaques groupées si le nid est dérangé
Guêpe commune (Vespula vulgaris)Environ 12 à 20 mmJaune vif et noirAttirée par les repas sucrés et la viande en fin d'été
Syrphe (mouche)Environ 8 à 15 mmJaune et noir, imitation de guêpeTotalement inoffensif, ne pique pas

Le frelon européen est-il dangereux ? Piqûre et précautions

Le frelon européen n'attaque pas l'homme sans raison. Il pique surtout lorsqu'il se sent menacé, quand on le coince contre la peau ou un vêtement, ou lorsqu'on s'approche trop près de son nid, à quelques mètres, en faisant des gestes brusques ou en provoquant des vibrations. Sa piqûre est douloureuse, en raison de la taille de l'aiguillon et de la composition du venin, et provoque une rougeur et un gonflement local qui disparaissent en quelques heures ou quelques jours. Contrairement à une légende tenace, il ne suffit pas de quelques piqûres de frelon pour tuer un adulte en bonne santé : le venin n'est pas plus toxique que celui de l'abeille, et le danger réel concerne surtout les piqûres multiples, les piqûres dans la bouche ou la gorge et les personnes allergiques. Chez elles, une réaction généralisée peut survenir dans les minutes qui suivent : urticaire étendue, gonflement du visage ou de la gorge, difficulté à respirer, malaise, vomissements. Il s'agit alors d'une urgence vitale qui impose d'appeler immédiatement les secours, le 15 ou le 112. Pour une piqûre simple, on retire bagues et bracelets, on désinfecte et l'on applique du froid ; les « aspire-venins » et la chaleur n'ont pas fait la preuve de leur efficacité. Un nid gênant doit être traité par un professionnel, qui pourra parfois le déplacer plutôt que le détruire.

Frelon européen buvant, vu en gros plan

Faut-il détruire les nids de frelons européens ?

La présence d'un nid de frelons européens ne justifie pas forcément sa destruction. Lorsqu'il est installé loin des lieux de passage, au fond d'un jardin, dans un arbre creux ou sous un toit inaccessible, il est souvent possible de cohabiter avec la colonie jusqu'à l'automne, puisque le nid sera abandonné aux premiers froids et ne sera jamais réoccupé. Il suffit d'éviter de s'en approcher, de ne pas obstruer l'entrée et de ne pas faire vibrer le support. Quelques gestes simples réduisent aussi les visites indésirables : poser des moustiquaires sur les fenêtres éclairées le soir, ne pas laisser de fruits tombés ou de boissons sucrées à l'air libre, vérifier les verres et les canettes avant de boire en terrasse. La destruction ne s'impose que si le nid se trouve à proximité immédiate d'une porte, d'une chambre ou d'une aire de jeux, ou si une personne allergique vit sur place. Il faut alors faire appel à une entreprise spécialisée et ne jamais intervenir soi-même, car une colonie dérangée se défend collectivement. Il est également essentiel de bien identifier l'espèce avant d'agir, afin de ne pas confondre le frelon européen avec le frelon asiatique, espèce invasive dont la lutte fait l'objet de dispositifs particuliers dans de nombreuses communes.