Le singe hurleur, ou alouate, est un grand singe d'Amérique tropicale du genre Alouatta, célèbre pour ses vocalises d'une puissance stupéfiante : à l'aube, les mâles lancent des rugissements graves et prolongés qui roulent au-dessus de la canopée et peuvent s'entendre à plusieurs kilomètres, ce qui fait de lui l'un des animaux terrestres les plus bruyants du monde. Ce chant collectif n'a rien d'une plainte : il sert à signaler la présence du groupe et à défendre son territoire sans avoir à se battre. Massif, au pelage noir, roux ou brun selon les espèces, doté d'une barbe fournie et d'une longue queue préhensile qui fonctionne comme une cinquième main, le singe hurleur vit du sud du Mexique jusqu'au nord de l'Argentine. Mangeur de feuilles, il passe une grande partie de la journée à se reposer pour digérer une nourriture pauvre en énergie, ce qui lui vaut une réputation de paresseux de la forêt. Cette définition présente son identité zoologique, l'origine de son nom, son anatomie et le secret de sa voix, son régime alimentaire, sa vie en groupe et les menaces qui pèsent sur plusieurs espèces, de la déforestation à la fièvre jaune.

Qu'est-ce qu'un singe hurleur ? Définition de l'alouate

Le singe hurleur est un primate de la famille des Atélidés, qui rassemble les plus grands singes d'Amérique, comme les atèles, ou singes-araignées, et les singes laineux. Il fait partie des platyrhiniens, les singes du Nouveau Monde, reconnaissables à leur nez aplati aux narines écartées et tournées vers les côtés, par opposition aux singes d'Afrique et d'Asie, les catarhiniens, dont font partie les macaques et les grands singes. Le genre Alouatta compte une douzaine d'espèces ou davantage selon les classifications, réparties dans les forêts tropicales humides, les forêts sèches, les mangroves et les forêts galeries, du Mexique au Brésil, en Bolivie, au Paraguay et en Argentine. Ce sont les plus grands des singes d'Amérique centrale et parmi les plus grands d'Amérique du Sud : un mâle adulte peut peser de 6 à 10 kilogrammes environ, avec un corps d'une soixantaine de centimètres et une queue souvent plus longue encore. Ils partagent les forêts avec de nombreux autres primates, des capucins aux petits singes à moustaches comme le tamarin empereur, mais se distinguent de tous par leur voix, leur régime à base de feuilles et leur rythme de vie très tranquille.

Dessin animé légendé d'un singe hurleur qui crie sur une branche : gorge gonflée par l'os hyoïde, barbe, pelage roux, mains et queue préhensile à bout nu Gorge gonflée : os hyoïde Face nue et sombre Barbe fournie Pelage roux épais Bout de queue nu et préhensile Cri porté sur des kilomètres
Le secret du singe hurleur se cache dans sa gorge : un os hyoïde creux et volumineux qui sert de caisse de résonance à ses rugissements.

D'où vient le nom du singe hurleur ? Étymologie

Le nom de singe hurleur est transparent : il associe le mot singe, issu du latin simius ou simia, au nom d'agent hurleur, dérivé du verbe hurler, lui-même tiré du latin populaire et apparenté à l'idée de pousser un cri prolongé, comme celui du loup. Les voyageurs européens qui découvraient les forêts d'Amérique ne pouvaient que retenir ces cris impressionnants, souvent décrits comme effrayants dans les premiers récits, et le nom s'est imposé dans la plupart des langues : howler monkey en anglais, mono aullador en espagnol, Brüllaffe en allemand. Le terme savant alouate, et le nom de genre Alouatta créé par le naturaliste Lacépède à la fin du XVIIIe siècle, viennent quant à eux d'un nom vraisemblablement amérindien, en usage en Guyane pour désigner ces singes, transmis par les naturalistes français ; on lit parfois qu'il viendrait du grec, mais cette étymologie ne repose sur rien. En Guyane, le hurleur roux est familièrement appelé baboune, un nom créole qui rappelle le mot « babouin », sans que les deux animaux soient proches parents. Au Brésil, on le nomme bugio ou guariba, et au Mexique saraguato, des noms d'origine indigène.

À quoi ressemble le singe hurleur ? Anatomie et queue préhensile

Le singe hurleur est un primate robuste, au corps trapu et au ventre rebondi, au pelage long et épais dont la couleur varie selon les espèces et parfois selon le sexe : roux flamboyant chez le hurleur roux, noir profond chez le mâle du hurleur noir, dont la femelle est d'un jaune paille, brun ou noir mêlé de doré chez d'autres espèces. Sa face, presque nue et sombre, est encadrée d'une barbe fournie, particulièrement développée chez les mâles, qui masque une gorge proéminente. Ses mains et ses pieds sont puissants, adaptés à la préhension des branches, mais l'atout principal de son équipement reste sa queue préhensile. Longue et musclée, elle porte sous son extrémité une zone de peau nue, striée comme une empreinte digitale, qui lui assure une prise parfaite. Le singe peut s'y suspendre de tout son poids pour libérer ses mains et atteindre des feuilles au bout des rameaux, ou s'en servir comme d'un ancrage de sécurité pendant qu'il se repose. Les hurleurs se déplacent lentement, à quatre pattes sur les branches, et sautent peu, préférant franchir les vides en s'étirant d'un arbre à l'autre. Ils descendent rarement au sol, sauf pour boire en saison sèche ou traverser une zone déboisée.

Le secret d'un cri hors norme

Le cri du singe hurleur doit sa puissance à une particularité anatomique unique chez les primates. Chez ces singes, l'os hyoïde, un petit os situé à la base de la langue chez la plupart des mammifères, est transformé en une grande capsule creuse, très volumineuse chez les mâles, reliée au larynx et à des sacs aériens. Cette structure fonctionne comme une caisse de résonance : elle amplifie et rend plus graves les sons produits par les cordes vocales, d'où ce rugissement profond qui évoque davantage un fauve ou un vent violent qu'un primate. Pour loger cet appareil, la mâchoire inférieure est très haute et la gorge proéminente, ce qui explique la silhouette caractéristique du visage, encore accentuée par la barbe. Les vocalises collectives, appelées chœurs, sont surtout émises à l'aube, parfois aussi le soir ou en réponse à un orage ou à un groupe voisin. Les mâles mènent le concert, les femelles y joignent des cris plus aigus. Selon le relief, la densité de la forêt et les conditions météorologiques, ces chœurs peuvent porter à plusieurs kilomètres, ce qui permet aux groupes voisins de se situer les uns par rapport aux autres et d'éviter les affrontements.

Espèce de singe hurleurRépartitionSigne distinctif
Hurleur roux (Alouatta seniculus)Nord-ouest de l'Amérique du SudPelage roux cuivré
Hurleur de Guyane (Alouatta macconnelli)Plateau des Guyanes, Guyane françaiseRoux doré, appelé baboune
Hurleur noir (Alouatta caraya)Brésil, Bolivie, Paraguay, ArgentineMâle noir, femelle jaune paille
Hurleur à manteau (Alouatta palliata)Mexique, Amérique centrale, ÉquateurNoir avec une frange dorée sur les flancs
Hurleur noir du Guatemala (Alouatta pigra)Yucatán, Belize, GuatemalaEntièrement noir, très massif
Hurleur brun (Alouatta guariba)Forêt atlantique du BrésilBrun roux, menacé par la déforestation

Que mange le singe hurleur ? Un mangeur de feuilles économe

Le singe hurleur est l'un des primates d'Amérique les plus folivores, c'est-à-dire mangeurs de feuilles. Son régime se compose en grande partie de jeunes feuilles tendres, plus riches en protéines et moins coriaces que les vieilles, complétées selon les saisons par des fruits, des fleurs, des bourgeons et des graines. Les feuilles sont une ressource abondante et facile à trouver, mais elles sont pauvres en énergie, difficiles à digérer et contiennent souvent des substances défensives, comme les tanins. Pour en tirer profit, le hurleur dispose d'un tube digestif adapté, avec un gros intestin où des bactéries fermentent la cellulose, et il choisit soigneusement les arbres et les feuilles qu'il consomme, en alternant les espèces végétales pour limiter l'ingestion de toxines. Cette alimentation impose un mode de vie économe : le singe hurleur passe la majeure partie de la journée à se reposer et à digérer, se déplace peu et lentement, et limite les dépenses d'énergie. Ses longs cris lui permettent d'ailleurs de défendre son territoire à distance, sans courses ni bagarres coûteuses. Lorsqu'il consomme des fruits, il avale de nombreuses graines qu'il rejette plus loin dans ses excréments, contribuant ainsi à la dispersion des graines et à la régénération de la forêt.

Frise de la journée type d'un singe hurleur : chœur à l'aube, repas de feuilles, long repos pour digérer, second repas, puis nuit dans les arbres Une journée de singe hurleur (schéma indicatif) Aubechœur derugissements Matinéejeunes feuilleset fruits z z zMi-journéelong repos pourdigérer les feuilles Après-midisecond repas,peu de trajet Nuitsommeildans les arbres Un mode de vie économe, dicté par un régime pauvre en énergie
Le singe hurleur alterne de courtes périodes d'alimentation et de longues pauses, une stratégie d'économie d'énergie typique des mangeurs de feuilles.

Comment vivent les singes hurleurs ? Groupes et reproduction

Les singes hurleurs vivent en groupes qui comptent généralement de quelques individus à une vingtaine, selon les espèces et la richesse de la forêt. Un groupe type réunit un ou plusieurs mâles adultes, plusieurs femelles et leurs petits, et il occupe un domaine vital qu'il parcourt lentement et qu'il signale à ses voisins par ses chœurs matinaux. Contrairement à beaucoup de primates, les jeunes des deux sexes quittent souvent leur groupe natal en grandissant pour en rejoindre un autre ou en fonder un nouveau, ce qui limite la consanguinité. Les relations au sein du groupe sont plutôt paisibles, avec peu d'agressions et de toilettage, en accord avec le rythme économe de l'espèce ; les tensions apparaissent surtout lorsqu'un mâle étranger tente de prendre la place d'un mâle résident, et des cas d'infanticide ont alors été observés chez certaines espèces. La femelle donne naissance à un seul petit après une gestation d'environ six mois. Le nouveau-né s'accroche d'abord au ventre de sa mère, puis voyage sur son dos, la queue enroulée autour de sa base. Il est sevré vers un an et atteint la maturité au bout de plusieurs années, ce qui donne à l'espèce un rythme de reproduction assez lent.

Le singe hurleur est-il menacé ? Déforestation, fièvre jaune et culture

La situation des singes hurleurs varie fortement selon les espèces. Certaines, comme le hurleur roux, restent répandues, tandis que d'autres sont classées comme menacées par l'Union internationale pour la conservation de la nature, en particulier celles des forêts très exploitées d'Amérique centrale et de la forêt atlantique du Brésil. La principale menace est la déforestation et la fragmentation des forêts, qui isolent les groupes dans des îlots boisés, les obligent à traverser routes et pâturages et les exposent aux chiens, aux collisions et aux électrocutions sur les lignes électriques. La chasse pour la viande et la capture de jeunes pour le commerce illégal d'animaux de compagnie s'y ajoutent localement. Les hurleurs sont également très sensibles à la fièvre jaune, une maladie virale transmise par des moustiques : lors des épidémies, ils meurent en grand nombre, si bien que la découverte de cadavres de hurleurs sert d'alerte sanitaire aux autorités de santé, qui renforcent alors la vaccination des populations humaines. Ces singes, qui ne transmettent pas eux-mêmes la maladie à l'homme, ont parfois été tués à tort par peur de la contagion, alors qu'ils en sont les premières victimes et de précieuses sentinelles.

Le singe hurleur dans la culture

Les rugissements du singe hurleur font partie de l'ambiance sonore des forêts tropicales américaines, au point que le cinéma les utilise parfois pour évoquer la jungle, voire pour créer des sons de créatures effrayantes. Dans la mythologie maya, des singes hurleurs apparaissent dans le Popol Vuh, où deux demi-frères des héros jumeaux sont transformés en singes, et ils sont associés aux arts, à l'écriture et à la musique, ce qui leur vaut d'être représentés comme des scribes sur certaines céramiques anciennes. Dans de nombreuses régions, les habitants de la forêt ont appris à interpréter leurs chœurs, qui annonceraient la pluie ou l'arrivée du jour. Le hurleur est aussi devenu une attraction pour l'écotourisme, au Costa Rica, au Belize ou en Guyane, où il est souvent le premier singe que les visiteurs entendent avant même de l'apercevoir dans la canopée. Son nom a enfin inspiré la langue : on qualifie parfois de « singe hurleur » une personne qui crie fort ou s'exprime de façon tapageuse. Un autre petit singe d'Amérique a connu un destin linguistique comparable, et même moins flatteur : le sagouin, dont le nom sert aussi à désigner une personne malpropre ou un travail bâclé.